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Full text of "Histoire chronologique et dogmatique des conciles de la chrétienté : depuis le concile de Jérusalem... jusqu'au dernier concile tenu de nos jours. 2"

M.ROISSELET 
DE SAUCLIERES 



HISTOIRE 
DES CONQUES 




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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 




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HISTOIRE 

CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 





DEPUIS LE CONCILE DE JÉRUSALEM, 

TENU PAR CES APÔTRES, JUSQU'AU llfRNIER CONCILE DE NOS JOURS; 

CONTENANT 

les motifs cl les décrets rie chaque Concile; 

l'examen et la critique de leurs acles ou la preuve de leur authenticité , 

tirée des auteurs contemporains; 

la définition des hérésies anathématisées; 

l'exposition du dogme et l'explication de la discipline , 

d'après les décrets des Papes et des Conciles, 

les Pères de l'Eglise et les écrivains sacrés ou profanes ; 

et la critique ou la preuve des faits douteux , dogmatiques et historiques ; 



H. HOISMIKI l»i: «Al liJIKKS. 

l.'bi surit duo v«l très congrrgali in nomîne meo , ibi s uni 
in medio coram. S. Matth., Évang., ch. xxvin 

Ouvrage dédié à Mgr Dufêtre . êvêque de Nevers. 



TOME DEUXIÈME. 



CHALON-SUR-SAONE 

LIBRAIRIE DE LOUIS VIVES. 




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HISTOIRE 

CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 



des 




DEPUIS LE CONCILE DE JÉRUSALEM, 

TENU PAB LES APOTRES , JUSQU'AU DERNIER CONCILE DE NOS JOURS ; 

COHTENAÎST 

Les motifs et les décrets Je chaque Concile; 

l'exatuep et la critique de leurs actes ou la preuve de leur authenticité , 

tirée des auteurs contemporains; 

la définition des hérésies anuthématisées , 

l'eiposùion du dogme et l'explication de la discipline, 

d'après les décrets des Papes et des Conciles, 

les Pères de l'Église et les écrivains sacrées ou profanes ; 

et la critique ou la preuire des laits douteui , dogmatiques et historique*; 



M. ROISSELET DE SAUCLIÈRES. 



Uni iunl duo tel trei congrrgiti la nomin*. meo, ib> iu«i 
in nttdîo rmum. 5. Mittr., Èvaxg , eh. iitui, ». 10. 



ié à Mgr Mètre, évoque de Devers. 



TOME PREMIER. 



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PARIS. 



PAUL MELLIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 

PLACE SAINT ANDRE-DES ARTS, 11. 

1844 




BIBLIOTHEQUE '. 



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HISTOIRE 



CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 



COULES DE LA CHRÉTIENTÉ. 



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BIBLIOTHEQUE 
SAINTE | 
GENEVIEVE 





















IMPRIMERIE DE K.-J. UAIIXY, 

l'LACR SORBONNF. 2. 






HISTOIRE 



CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 

DES CONCILES 

DE LA CHRÉTIENTÉ, 

DEPUIS LE CONCILE DE JÉRUSALEM, 

TFMJ PArt I.F.S APt'iTr.FS L*A\ 50, 

JUSQU'AU DERNIER CONCILE TENU DE NOS JOURS; 



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PAU 



M. ROISSELET DE SAUCL1ERES. 



Ul>i suut duo vel irrs coïigregalj in 
nomine ntco, i Ij i sum in meilio cornni. 
S. MaTTH., F.vanrj., cil. XWiii, v. 20 












TOME SECOND. 




PARIS. 

PAUL MELLIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

PLACE SAINT-ANDRÊ-nF.S-.VRTP, 11. 



1845 



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HISTOIRE 

CHRONOLOGIQUE ET DOGMATIQUE 

DES 

CONCILES DE LA CHRÉTIENTÉ. 









#3 



N° 125. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandiunum.) 

(L'an 502.) — L'empereur Constance étant mort le 3 novembre de 
l'an 3(ïi , la paix régna quelque temps dans l'Église. Mais Julien l'Apo- 
stat, devenu maître de l'empire , ne tarda pas à s'abandonner aux ca- 
prices de son génie bizarre ; et menant sur le trône la vie d'un philo- 
sophe , il montra dans son gouvernement les travers et les petitesses 
d'un sophiste bien plus que les vues sages d'un prince éclairé. Il chassa 
du palais impérial une foule d'eunuques , de maîtres d'hôtels , de bar- 
biers, de parfumeurs et d'autres officiera qui y avaient élé introduits 
par la mollesse asiatique et qui étaient entretenus avec un luxe excessif. 
Mais, substituant un abus à un autre, il remplit le palais de sophistes , 
de magiciens , de devins et de charlatans de toutes sortes. 11 s'entoura 
surtout des philosophes de l'école néoplatonicienne , leur distribua des 
gouvernements ou des charges auprès de sa personne, leur donna toute 
sa conliance et suivit toutes leurs inspirations. Il se hâta d'appeler à sa 
cour Maxime et Clirysante , deux des principaux chefs de cette école , 
bien connus l'un et l'autre par un attachement fanatique à toutes les 
pratiques superstitieuses de la magie. Le dernier ne jugeant pas à pro- 
pos de se rendre à cette invitation , Julien le nomma souverain-pontife 
de Lydie. Mais l'ambitieux Maxime ne put résister à l'attrait séduisant 
du pouvoir et des honneurs. Admis dans l'intimité de l'empereur, de- 
venu son confident et son conseiller, il l'obséda tellement et se rendit si 
bien maître < le son esprit, qu'il semblait seu.l gouverner l'empire ; et 
T. il. 1 






— 2 — 

c'est à son influence qu'on doit attribuer une partie des mesures odieu- 
ses ou ridicules qui signalèrent le règne de Julien (1). 

Ce prince, élevé dans la religion chrétienne , avait montré presque 
dès l'enfance une sorte de penchant irréfléchi pour les superstitions du 
Paganisme ; et cette disposition , occasionnée peut-être en lui par son 
aversion pour Constance, fut entretenue et fortifiée par les exemples , 
les leçons et les flatteries adroites des sophistes qu'il fréquenta pendant 
le cours de ses études dans ta Grèce et en Asie. La politique acheva de 
le déterminer ; et, au moment de marcher contre l'empereur Constance, 
il voulut, en se déclarant pour l'idolâtrie, s'assurer l'appui du parti 
païen , puissant encore par son influence et par ses richesses surtout en 
Occident; car une grande partie du sénat et de l'aristocratie romaine 
s'obstinait à repousser le Christianisme comme une innovation dange- 
reuse , et regardait le salut de l'empire comme attaché à la conservation 
des cérémonies anciennes et au culte des dieux de Rome. Ce parti avait 
depuis longtemps jeté les yeux sur Julien, neveu de Constantin-le-Grand, 
et l'avait salué d'avance comme le restaurateur des temples de l'idolâ- 
trie. Julien voulant remplir les espérances qu'il avait fait naître, n'épar- 
gna rien pour ranimer le Paganisme expirant. Mais par la petitesse et la 
bizarrerie des moyens qu'il employa, par son attachement puéril à des 
superstitions ridicules que méprisaient la plupart des païens eux-mêmes, 
et par son engouement pour les pratiques de la magie et pour le mysti- 
cisme exalté des sophistes de l'Orient , il contribua bien plus à montrer 
la décadence et la vanité de l'idolâtrie qu'à lui rendre une influence 
définitivement perdue. 

Il publia des édits pour ordonner d'ouvrir et de réparer les temples , 
de leur rendre les biens confisqués , de restaurer les idoles précédem- 
ment abattues , d'instituer des pontifes dans les lieux où il ne s'en trou- 
vait point , et de rétablir enfin partout les sacrifices et les autres 
cérémonies du culte païen. Pour donner lui-même l'exemple, il fit 
dresser dans le palais de Constantinople une idole de la fortune et lui 
sacrifia publiquement comme au génie de cette ville, d'où Constantin 
avait banni l'idolâtrie. Et telle était sa ferveur superstitieuse, qu'il ne 
dédaignait pas de remplir avec une minutieuse exactitude jusqu'aux fonc- 
tions des moindres sacrificateurs et des ministres subalternes. Il portait 
le bois à l'autel ; il allumait ou entretenait le feu ; il égorgeait les vic- 
times , et plongeait ses mains dans leurs entrailles ; il sacrifiait à tout 
propos et quelquefois jusqu'à cent bœufs en un seul jour; enliu , on le 



(1) Amniicn Marccllin , lit). XXII. — Eunap., vitu Mavimi. 



voyait entouré d'augures, d'hiérophantes et de devins , passer souvent 
les jours et les nuits à consulter les dieux. Il honorait particulièrement 
les divinités égyptiennes, Sérapis, lsis,Anubis, elle dieu persan Mi- 
thra dont le culle plein de mysticisme plaisait par-dessus tout a son 
imagination enthousiaste. Il se fit même instituer pontife de ce dieu , et 
dans un de ses discours il se proclama avec une exaltation ridicule l'as- 
sesseur du roi soleil. 11 lui offrait chaque, jour des victimes, le matin ; 
et ie soir, il lui adressait des prières dans une chapelle qu'il avait fait 
bâtir près de son apparicment. Celte prédilection pour les divinités 
orientales provenait de son attachement fanatique aux idées de l'école 
néoplatonicienne (1). 

Malgré son zèle ardent pour le Paganisme, Julien affecta d'abord une 
assez grande tolérance en faveur des chrétiens, f Par les dieux , écri- 
« vait-il, je ne veux pas qu'on fasse mourir les galiléens, ni qu'on les 
« maltraite en aucune manière; j'ai résolu d'user de douceur et d'hu- 
« manité envers tous les galiléens, et de ne pas souffrir qu'aucun d'eux 

< soit nulle pari violenté, traîneau temple ou forcé par de mauvais trai- 
« lements de faire quelque chose qui soit contraire à sa conscience. » — 
« Je m'imaginais, dit-il dans une autre lettre, que les chefs des galiléens 
« reconnaîtraient qu'ils m'ont plus d'obligation qu'à mon prédécesseur. 
« Plusieurs d'entre eux ont été, par ses ordres, exilés, persécutés, em- 
« prisonnés; et moi, j'ai, au contraire, rappelé les bannis et rendu 

< tous les biens confisqués. Nous ne souffrons pas qu'on traîne personne 
a aux autels, nous déclarons même nettement que si quelqu'un de son 
« plein gré veut participer à nos sacrifices , il doit auparavant se purifier 
« par des expiations pour se rendre Ses dieux favorables (2). 

Cette tolérance de Julien n'était pas uniquement l'effet de la modéra- 
tion philosophique dont il voulait tirer vanité. S'il craignait le nom de 
tyran , et s'il cherchait à faire contraster la douceur de son gouverne- 
ment avec les mesures odieuses et vexatoires de Constance , afin de ga- 
gner ainsi l'affection des peuples, il avait encore d'autres motifs pour 
épargner les chrétiens ; car leur multitude était si considérable qu'on 
ne pouvait les attaquer ouvertement sans jeter l'empire dans le trouble 
et la confusion. Il leur enviait, d'ailleurs, la gloire du martyre, sachant 
par l'expérience du passé qu'ils ne craignaient ni les tourments , ni la 



■ 



(i) Ammien Marccllin , lib. xmi. — Socrale , Hist,, lib. ni. — Sozomèue , 
JJisU, lib. v. — Libaiiius , Orat. x. 

(2) Julien, Epistolte vu , xliii et LU, — Il avait lui munie tenté' d'effacer son 
baptême par des tauroboles, des lusirations et d'autres cérémonies que le Paga- 
nisme avait consacrées comme des moyens de régénération. 









-4 - 

mort, et que plus les persécutions étaient cruelles, plus elles con- 
tribuaient à fortifier le Christianisme (1). Aussi le vit-on suivre pres- 
que toujours son système de modération affectée , lorsqu'il ne trouva 
pas un prétexte étranger à la religion pour justifier des mesures de vio- 
lence. Un jour qu'il sacrifiait à l'idole de la fortune , Maris , évêque de 
Calcédoine, vint lui reprocher publiquement son apostasie; Julien se 
contenta de lui répondre d'un ton moqueur : « On s'aperçoit bien que 
« tu es aveugle , et le galiléen que tu adores ne te rendra pas la vue. i— 
« Je rends grâces à Dieu , reprit l'évêque , de ne pas voir un apostat qui 
« le blasphème. > Julien ne fit pas semblant d'entendre cette réplique. 

Ce prince apostat lit cependant à l'Église une guerre plus dange- 
reuse et plus funeste qu'une persécution déclarée. Il s'attacha surtout à 
fomenter les divisions parmi les chrétiens , en favorisant toutes les 
sectes pour affaiblir et déconsidérer la religion par l'effet naturel des 
disputes sur la foi. Ce fut par ce motif , autant que pour décrier les 
violences do dernier empereur, qu'il rappela les évêques exilés, et 
qu'en ayant fait venir quelques-uns à sa cour , il leur déclara qu'ils 
pouvaient enseigner leur doctrine avec une entière liberté. 

Saint Mélèce d'Antioche , saint Eusèbe de Verceil , Lucifer de Ca- 
gliari et les autres évèques catholiques exilés par Constance revinrent 
dans leurs églises, et se virent en état de combattre avec avantage l'in- 
Huence des ariens, qui n'avaient plus pour soutenir leurs intrigues 
l'appui du pouvoir temporel. Mais d'autres sectes presque éteintes ou 
considérablement airaiblies profilèrent des dispositions favorables de 
Julien pour essayer de se relever; car il s'efforçait de les soutenir non- 
seulement contre les catholiques, mais aussi contre les autres hérétiques. 
Il écrivit à l'hérésiarque Photin pour le louer de ce qu'il niait la divinité 
de Jésus-Christ ; il condamna l'évêque de Cyzique à rebâtir l'église des 
novatiens qu'il avait abattue sous le règne de Constance ; il fit remet- 
tre les évêques donatisles en possession de leurs sièges; et apprenant que 
les ariens avaient maltraité les valentiniens à Edesse, il fit enlever aux 
premiers les biens qui appartenaient à leur Église , c voulant , disait-il , 
« leur faciliter la pratique de leur loi et les rendre pauvres, afin que' 
« devenant sages , ils obtinssent plus sûrement l'entrée du royaume 
• céleste (2). . C'est ainsi qu'il tournait en dérision la doctrine de l'É- 
vangile, et qu'il ajoutait la raillerie aux vexations les plus odieuses. 
H étendit bientôt celle confiscation aux autres églises, dont il faisait 



(i) Libanais, Oialio x. 

(j) Julien, Epiitola ai Ecebelem. — Sotomène , llhloric, lib. t. 






■ 



enlever par force les trésors , les meubles précieux , les vases d'or ou 
d'argent ; ensuite il imposa sur les chrétiens une taxe particulière, tou- 
jours sous le prétexte moqueur de leur faire pratiquer la pauvreté 
évangélique; et parce qu'il leur est recommandé de fuir les honneurs 
et de souffrir patiemment les injures, il les déclara inhabiles à occu- 
per des emplois, il leur interdit même, au rapport de Sozwiiène, toute 
action en justice, même pour se défendre. Il révoqua tous les privi- 
lèges et toutes les immunilés que Constantin et ses fds avaient établis 
en faveur des clercs ; il supprima les distributions de blé qu'on leur ac- 
cordait , ainsi qu'aux vierges et aux veuves inscrites sur les rôles des 
églises; il ordonna même la restitution des distributions déjà faites, et 
l'on en lit le recouvrement avec une extrême rigueur. Il condamna les 
chrétiens à rebâtir à leurs frais les temples des idoles qui avaient été 
démolis, à rendre jusqu'aux moindres choses provenant de leur dé- 
pouille ; et sous prétexte de faire exécuter cet ordre, on les dépouillait 
souvent de leurs propres biens, on emprisonnait les évêques et les 
prêtres, on les appliquait aux plus cruelles tortures , et même on en 
condamna plusieurs à la mort (1). 

Et dans le même temps qu'il attaquait les chrétiens par ces mesures 
vexatoires, Julien employait tous les moyens de séduction, les caresses , 
les promesses , les récompenses, les sollicitations et même les plus 
basses flatteries pour les faire apostasier. Il parvint ainsi à en gagner 
un grand nombre , principalement parmi les officiers et les courtisans , 
dont la plupart, n'ayant d'autre loi que la volonté du prince, ni d'autre 
dieu que la fortune, s'empressaient de sacrifier aux idoles pour conser- 
ver leurs places ou pour obtenir de l'avancement. Il fit tous ses efforts 
pour séduire saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, dont il avait 
connu le mérite dans les écoles d'Athènes ; mais les offres comme les 
menaces de cet apostat furent reçues avec mépris par ces deux saints 
docteurs. Grégoire exhorta même son frère Césaire à quitter la cour, où 
il était attaché par le titre de médecin de l'empereur, qu'il avait reçu de 
Consiance avec la dignité de sénateur. Julien, qui l'estimait à cause de 
son mérite et de la considération dont il jouissait, lui conserva son titre, 
et chercha bientôt à ébranler sa foi par des attaques artificieuses ; mais 
Césaire triompha de cette dangereuse épreuve et protesta bâillement 
qu'il était chrétien et qu'il le serait toujours. Et pour éviter le péril et 



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(i) Socrate, Ilisloria, lib. ni. — Saint Chrysostome , Oralio xi, — Saint Gré- 
goire de Naziatuc, Oratio m. — Libanius , Epùlela dccxxx. 



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— 6 — 

aimer les inquiétudes de ses parents, il abandonna la cour avec tous 
les avantages de sa position (1). 

Julien cherchait aussi tous les moyens de tourner les chrétiens en 
dérision ; il affectait par mépris de les appeler galiléens ; et il ordonna 
même par une loi de leur donner ce nom. Il voulut aussi leur interdire 
l'étude des sciences et des lettres profanes ; il leur défendit expressé- 
ment la lecture des orateurs , des poètes , des philosophes , et à leurs 
enfants la fréquentation des écoles où l'on expliquait ces auteurs , pré- 
tendant qu'il ne devait être permis qu'à ceux qui suivaient la religion 
des grecs de s'appliquer à l'étude de leur langue et de leurs sciences , et 
que les galiléens devaient se contenter de savoir leur Evangile et de 
croire sans raisonner. 11 révoqua dans la suite la défense relative à la 
fréquentation des écoles, mais il eut soin de prendre en même temps 
des mesures pour qu'elles ne fussent tenues que par des païens. En ef- 
fet , par une ordonnance, il défendit aux chrétiens d'enseigner la gram- 
maire , la rhétorique , la philosophie , la médecine ou aucune autre 
science, et afin d'assurer l'exécution de son édit , il ordonna que tous 
les professeurs seraient examinés et choisis par les conseils municipaux, 
et que leur nomination serait soumise à son agrément. Il donnait pour 
raison de cette défense, qu'il n'est pas permis de donner à la jeunesse 
pour professeurs des hommes dont on condamne les opinions sur des 
points très-importants. Mais le véritable motif de cette interdiction était 
la basse jalousie des sophistes païens, qui ne pouvaient souffrir de voir 
leurs écoles presque désertes, tandis que l'on se portait en foule a 
celles des chrétiens. Julien espérait, en outre, par là ramener la jeu- 
nesse au culte des idoles , ou priver au moins les chrétiens des avanta- 
ges qu'ils liraient des études profanes pour combattre le Paganisme (2). 

Mais la plupart des professeurs chrétiens aimèrent mieux abandonner 
leur chaire que leur religion. On admira surtout la foi courageuse de 
Proérèse et de Victorin ; celui-ci rhétoricien distingué de Rome, celui-là 
célèbre philosophe d'Athènes. Parmi ceux qui eurent la lâcheté d'a- 
poslasier, on cite Ecébole, sophiste de Constantinople , moins fameux 
par ses talents que par sa légèreté. Il avait paru chrétien fervent sous 
Constance ; il devint idolâtre sous Julien ; et dans la suite il se montra 
pénitent jusqu'à l'enthousiasme. 



(i) Sainl Grégoire de Nazianze , Qrallo X; Epistola xvn. 

(î) Sozomène, llistoria, lib. V. — Tlieodoret, Wstoria, lib. m.— Saint Gré- 
goire de Nazianze , Oratio m. — - Ammien Marcellin, lib. xxv. 



— 7 — 

Dès que Julien vil son pouvoir affermi, il s'efforça par tous les moyens 
d'empêcher les assemblées des chrétiens qu'il n'osait défendre ouver- 
tement. II cherchait des prétextes pour chasser des villes les évoques 
et les prêtres, et quand il n'en trouvait point d'autres, il les accusait 
d'exciter des troubles et de porter les peuples à la sédition. Il envoyait 
même des soldats pour fermer ou pour démolir les églises. 

Les moines n'étaient pas moins odieux à Julien que les évoques et les 
prêtres ; il les accablait de railleries dans ses écrits , et faisait enrôler 
par force ceux que leur âge ne mettait pas hors d'état de porter les 
armes. 

Julien travailla surtout à bannir le Christianisme de ses armées par 
des menaces, par des caresses et même par ruses; il porta même une 
loi pour exclure de la milice tous ceux qui refuseraient de sacrifier ; 
mais il n'osa pas en presser l'exécution dans la crainte de trop affaiblir 
ses troupes au moment d'entreprendre la guerre contre les perses. 

Enfin dans presque toutes les provinces, les chrétiens eurent à souf- 
frir de la part des idolâtres les violences souvent meurtrières qu'inspi- 
rait le fanatisme joint à la certitude de l'impunité. On les outrageait 
par des insultes, par des railleries et par des blasphèmes; les gouver- 
neurs et les magistrats les maltraitaient cl les faisaient mettre à la 
torture pour en exiger de fortes rançons; et un grand nombre périrent 
au milieu des supplices les plus barbares sous des accusations injustes. 

A Alexandrie, les païens se livrèrent à tous les emportements de 
leur haine fanatique. Le faux patriarche Georges leur était devenu 
odieux depuis longtemps par son avarice , par ses exactions et sa ty- 
rannie, et il venait de les exaspérer au dernier point en exposant en 
public , pour inspirer l'horreur de leurs cruelles superstitions , les têtes 
d'hommes et d'enfants que l'on avait trouvées dans un antre secret 
destiné aux opérations magiques , à l'évocation des âmes et aux autres 
mystères abominables du culte de Mithra. Irrités de cet affront , les 
idolâtres se jetèrent sur Georges, l'arrachèrent de son église , le traî- 
nèrent par la ville en l'accablant de coups et d'injures pendant tout une 
journée , et le brûlèrent ensuite avec le comte Diodore et Draconce , 
maître de la monnaie. Cette populace furieuse lit périr en même temps 
une multitude d'autres chrétiens. 

Après la mort de Georges , saint Athanase revint à Alexandrie , où 
il fut reçu comme en triomphe par une loule immense de chrétiens qui 
firent éclater leur joie par des illuminations , des festins publics et 
toutes sortes de réjouissances. Peu de temps après, le saint patriarche 
voulant remédier aux troubles causés \m l'Arianismc et par la persé- 






A 



'— 8 — 

cution de Julien , tinl à Alexandrie un concile de vingt-un évèques , 
tous confesseurs (1) , parmi lesquels on remarque saint Eusèbe de 
Verceil , saint Astère de Pétra en Arabie , Caïus de Parétoine , Agathe 
dePhragonée, Ammone de Pachnemune , Agathodémon de Schedie , 
Draconce d'Hermopolis , Adolphe d'Onuphe , Hermion de Tanis , Marc 
de Zigrcs , Paphnuce de Sais , Marc de Philes (2). Lucifer de Cagliari , 
n'ayant pu assister à ce concile , y députa à sa place deux diacres , 
Hérennius et Agapet , avec promesse de consentir et d'approuver tous 
les décrets du concile (5). Les diacres Maxime et Calimère y vinrent 
aussi de la part du prêtre Paulin , chef des eustathiens ou catholiques 
orthodoxes d'Aniioche ; et l'évèque Apollinaire, que l'on croit être celui 
qui fut depuis hérésiarque , mais dont la mauvaise doctrine n'était pas 
alors connue , y députa quelques moines. On ne voit pas que saint 
Mélècc, qui était aussi de retour de son exil, y ait envoyé des députés. 
Ce concile est un des plus importants qui se soient jamais tenus 
dans l'Église, autant par la nature et par l'importance de ses décisions 
que par la pureté de la foi et le mérite de ceux qui le composaient. Les 
évoques assemblés s'appliquèrent d'abord à chercher les moyens de ré- 
tablir la tranquillité dans l'Eglise , et à réparer les troubles que l'hérésie 
arienne y avait causés (i). Les uns voulaient qu'on déposât des fonctions 
du sacerdoce tous ceux qui avaient communiqué avec les ariens et que 
l'on ordonnât de nouveaux évèques à leur place ; les autres deman- 
daient qu'ils fussent seulement réduits à la communion de leur Église, 
mais cet avis tendait à diviser l'Église et à exposer les évèques ainsi ex- 
communiés à devenir ariens; et d'autres opinèrent à condescendre un 
peu à la faiblesse de ceux qui étaient tombés et à se courber pour rele- 
ver ceux qui étaient abattus (5). Enfin, on jugea qu'il fallait user d'in- 
dulgence envers les évèques qui avaient souscrit par surprise ou par vio- 
lence à la formule de Rimini. Et comme il était constant , dit saint Jé- 
rôme (G), qu'ils n'avaient jamais été hérétiques, on statua qu'ils obtien- 
draient le pardon et garderaient leurs sièges , en condamnant l'erreur 



(i) Ruftin, Historia, lib, 1, cap. 38. — Vigile de Tapse , contra Eutrchem , 
lib. v. 

(3) Saint Aihanase, Epislola ad antiochenos. 

(3) Socrate, Historia, lib. m, cap. 6; cet auteur ne parle que d'un seul diacre. 
La lettre synodale de ce concile en nomme deux. — Saint Athanase , Epistola ad 
uittioclt, 

(4) Ruffin, Historia, lib. 1, cap. 58. 

(5) Idem, idem, lib. 1, cap. 29, 

(6) Aduersin luciferianos. 



— 9 — 
des ariens et en renonçant à leur communion. Quant aux partisans dé- 
clarés de l'hérésie , on convint aussi de leur pardonner s'ils abjuraient 
leur impiété et faisaient profession de la foi deNicée, mais sans leur 
conserver ni leurs fonctions ni leur rang dans le clergé (\). Lucifer 
désapprouva ce sage décret, qui fut unanimement reçu dans toutes les 
provinces ; mais il perdit bientôt après la lumière de la charité chré- 
tienne et s'égara dans les ténèbres du schisme. 

Après avoir réglé ce qui regardait la réconciliation des évoques tom- 
bés dans l'Arianisme, les Pères du concile d'Alexandrie s'occupèrent 
de la foi. Ils condamnèrent ceux qui niaient la divinité du Saint-Es- 
prit (2) , et provoquèrent des explications sur le terme d'hyposlase (3) , 
dont l'ambiguïté donnait lieu à quelques divisions parmi les catholiques. 
En effet, les latins employant ce mot comme synonyme de substance, 
conformément à la foi des Pères de Nicée, ne reconnaissaient dans la 
Trinité qu'une seule hypostase , c'est-à-dire une seule nature commune 
et identique pour les trois personnes (-4) ; les grecs , au contraire , ad- 
mettaient dans la Trinité trois hypostases, parce qu'ils entendaient seu- 
lement par ce mot ce qui subsiste réellement, et qu'ils voulaient exclure 
ainsi l'erreur de Sabellius , qui ne reconnaissait dans la Trinité qu'une 
seule personne désignée sous trois noms différents (5). Les explications 
qui furent données de part et d'autre par les soins de saint Athanase, à 
qui appartient toute la gloire de celte réunion, servirent à montrer 
que, malgré celte diversité d'expressions , on était d'accord sur le fond 
de la doctrine; et l'on condamna unanimement les impiétés d'Arius, de 
Sabellius, de Paul de Samosate , de Valentin, de Basilide et de Manès. 






■ 






(i) Ruffin, Histaria, lib. i.eap. 29. — Saint Athanase, Epistôla ad ruffinian. 

— Saint Jérôme, advenus luciferirmos. — Saint Basile , Epistnla ectv. — Saint Au- 
gustin, Epistôla clxxxv, mini, 4?. 

(2) Saint Athanase, Epistôla ad anthlochenos. — RufKn , Historia, lib. 1 , cap. 29. 

— Vigile de Tapse , contra Eutycli., lib. V, eap. 3. — Sozomène , Historia , lib. v, 
cap. 12. — Socrate, Historia, lib. III, cap. 7. 

(3) RufKn , Historia, lib. 1 , cap. 29. — Les anciens philosophes grecs ont donne 
plusieurs définitions de la substance, mais ils n'ont rien dit de l'hypostase : ce terme 
leur était inconnu; les nouveaux l'ont employé pour signifier la substance. — So- 
crate, Historia, lib. lit, cap. 7, dit que le concile d'Alexandrie défendit de se ser- 
vir du terme de substance en parlant de Dieu, parce que ce ternie ne se lit point 
dans l'Ecriture. Mais on ne trouve rien de semblable dans la lettre synodale de ce 
concile ; et saint Athanase , qui y était présent , n'aurait pas souffert qu'on interdit 
l'usage d'un mot qui avait été approuvé par les Pères du concile de Nicée. 

(4) Saint Jérôme, Epistôla xiv apud Damasum. — Ruffin, Historia, lib. i, cap. 29. 

(5) Origènc, in Toannem, — Saint Rasile, Epistoln CCIV. 









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— 10 — 

On traita aussi dans ee concile du mystère de l'Incarnation, à l'occa- 
sion des erreurs qu'Apollinaire , évèque de Laoïlicée , commençait à ré- 
pandre secrètement (1); et l'on décida que Jésus-Christ est tout à la 
fois vrai Dieu et homme parfait, qu'il a pris non-seulement un corps , 
mais uneàme humaine. Celte doctrine fut expliquée avec une lucidité 
admirable, et on la confirma par l'autorité de l'Écriture et de la tradi- 
tion , de manière à confondre d'avance l'hérésie de Nestorius (2). 

Les décisions de ce concile furent approuvées dans presque toutes les 
provinces et notamment par l'Église romaine. Le pape Libère écrivit 
une lettre aux évêques d'Italie pour leur ordonner de recevoir ceux qui 
étaient tombés à Rimini , pourvu qu'ils fissent profession de la foi de 
Nicée, et qu'ils condamnassent les chefs de l'Arianisme (3). 

Les Pères du concile, désirant surtout rétablir l'union parmi les ca- 
tholiques d'Antioche, divisés en eusthatiens et en méléciens, écrivirent 
pour cet effet une lettre synodale aux trois évêques, Lucifer de Cagliari, 
Cymace de Palte et Anatole d'Eubée , dont ils chargèrent saint Eusèbc 
de Verceil et saint Astère de Pélra (i). Cette lettre fut souscrite par 
saint Athanase et par lesautres évoques présents au concile, par les deux 
diacres de Lucifer et par ceux de Paulin. Ce dernier y souscrivit aussi 
à Antioche; et comme il était accusé de Sabellianisme (5), il envoya à 
saint Athanase la confession de foi suivante , pour se justifier de tout 
soupçon d'hérésie (6) : i Moi , Paulin , je crois , comme j'ai appris, un 
c Père subsistant , parfait ; c'est pourquoi j'approuve l'explication des 
« trois hypostases, et d'une hypostase ou substance, donnée par les évê- 
« ques réunis à Alexandrie ; car l'on doit croire et confesser la Trinité 



(i) Il est vraisemblable que ceux qui disputèrent dans ce concile touchant le 
mystère de l'Incarnation , furent les moines députés par Apollinaire. Toutefois , la 
doctrine dont ils rirent profession dans cette assemblée n'était pas conforme à celle 
de cet éveque , comme on le voit par la lettre qu'il écrivit aux évêques d'Egypte 
bannis à Diocésarcc. Apollinaire, voulant justifier sa foi sur l'Incarnation qu'il 
soutenait être conforme à celle de saint Athana.sc, qu'il appelle son maître, dit 
dans cette lettre qu'il renonce à la communion de ceux qui ne croient pas que Jé- 
sus-Christ n'a pas pris la raison humaine et muable, esclave des mauvaises peusées, 
mais la raison céleste et immuable , et qu'il est parfait en tant que Dieu et non en 
tant qu'homme. ( Apollinarius apnd Lcontium Byzantinuiu , lib. adversits fraudes 
Apollmurii , in bibliothecâ I'atrum, t. IX , p. 712.) 

(3) Saint Athanase , Epislola ad antiochenos. — Socratc , Hisl ., lib. 111 , cap. 7 . 

(3) Saint Hilaire , fragmentum. — Saint Jérôme, adversits luciferianos. 

(4) Saint Athanase , Epislola ad antiochenos. 

(5) Saint Épiphane , Hœres. 7-, num. 20. 

(6) Idem, idem, num. 11. — Saint Athanase, Epiitola adantiO' 
chenos. 



"*». XI 



— 11 — 

< dans une seule divinité. Quant à l'incarnation du Verbe qui s'est faite 
• pour nous, je crois , comme il est écrit dans la lettre synodale du 
« concile d'Alexandrie , que le Verbe a été l'ait chair , ainsi que le dit 
« saint Jean, sans avoir souffert du changement, comme le disent les im- 
c pies; je crois qu'il s'est fait homme pour nous ; qu'il a été engendré 
i de la sainte Vierge Marie et du Saint-Esprit. J'anathématise donc ceux 
« qui rejettent la foi de Nicée , et qui ne confessent pas que le Fils est de 
« la substance du Père et consubstantiel au Père; j'anathématise aussi 
c ceux qui disent que le Saint-Esprit est une créature faite par le Fils; 
« et je dis anathème à Sabellius, à Photin et à toutes les hérésies. Je 
« souscris à la foi de Nicée, et à toutes les décisions du concile d'A- 
« lexandrie. » 

Outre cette lettre synodale , il parait que le concile d'Alexandrie en 
écrivit plusieurs autres qui ne sont pas venues jusqu'à nous (1). 

La députation de saint Eusèbe à Antiochc fut sans succès. En arri- 
vant dans celte ville , il trouva un nouvel obstacle à la réunion des par- 
lis. Lucifer de Cagliari , qui s'y était rendu en revenant de son exil , avait 
d'abord essayé de réunir les eustathiens et les méléciens sous un seul 
évëque, et ne pouvant engager les premiers à reconnaître saint Mélèce, 
il leur avait donné pour évëque le prêtre Paulin , qui depuis longtemps 
élait leur chef. La division devint ainsi profonde et sans remède. La 
douleur qu'en ressentit saint Eusèbe fut grande, et par prudence il se 
retira sans avoir communiqué avec aucun des deux partis catholiques , 
et sans avoir néanmoins blâmé ouvertement la conduite de Lucifer, à 
cause du grand respect qu'il avait pour lui et des services importants 
qu'il avait rendus à l'Église. Mais cet évèque , mécontent de ce que saint 
Eusèbe n'eût point approuvé l'ordination de Paulin , se sépara de sa 
communion, rejeta les décrets du concile d'Alexandrie et refusa de com- 
muniquer avec les évèques qui s'étaient laissés surprendre par les ariens, 
et môme de rester uni à ceux qui consentaient à les recevoir après les 
marques d'un repentir sincère. Ainsi commença dans l'Église le schisme 
des lucifériens, qui dura près de quarante ans (2). 

N° 124. 

CONCILE DE THÉVESTE, EN NUM1DIE. 

(tiievestanum. ) 

(L'an 36î.) — A cette époque, les chrétiens d'Afrique n'avaient pas 

(i) Saint Athanase, Epistoîa ad antiochenos. 

(2) Ruffin , Hislnria, lib. i, cap. 3o. — Tlie'odoret , Historia, lib. M, cap. 2. — 
Socratc, Uistoria, lib. ni , cap. 9. — Sulpice Sévère , Hisloria sncra, lib. 11. 







,1 



— 1-2 — 

à souffrir seulement les vexations des idolâtres, ils étaient encore expo- 
sés à toutes les violences des donatistes , qui avaient obtenu de Julien 
la liberté de rentrer dans leurs Églises, et qui, pour en prendre pos- 
session, commirent en plusieurs endroits des excès si odieux, que les 
magistrats se virent obligés d'en porter plainte à l'empereur. Ces fana- 
tiques tueront ou blessèrent un grand nombre de personnes et même des 
enfants; ils firent avorter des femmes enceintes; ils violèrent des vier- 
ges; et regardant comme profane tout ce que les catholiques avaient 
consacré , ils brisaient les autels, les calices , et jetaient aux chiens les 
saintes hosties. 

Primose , évoque de Lemelle en Mauritanie , se plaignit de cette vio- 
lence dans le concile de Thévcste. Les donatistes l'écoutèrent , mais ne 
lui rendirent aucune justice. C'est tout ce que l'on sait de ce concile 
rapporté par saint Optât de Milève(i). 



N° 42o. 
• CONCILE DE ZÈLE , DANS LE PONT. 

(7.ELE.NSE.) 

(Vers l'an 565.) — L'hérésie qui attaquait la divinité du Saint-Esprit 
fut comprise dès l'origine parmi les impiétés de l'Arianisme , mais elle 
fit peu de bruit d'abord , et ne parut qu'enveloppée, pour 'ainsi dire , 
dans les discussions de la consubstantialité du Verbe. Ce fut Macédo- 
nius, évoque de Constantinople, qui commença proprement à la propa- 
ger sous la forme d'une hérésie distincte. Après sa déposition par les 
acaciens, au conciliabule de Constantinople, l'au 5G0(2), il se tint 
constamment séparé de leur parti , en soutenant que le Fils est sembla- 
ble au Père en substance et en toutes choses, et l'on prétend même 
qu'il ne fit plus difficulté d'admettre avec les catholiques le terme de 
consubstantiel. Mais il enseigna expressément que le Saint-Esprit n'est 
pas Dieu , ni consubstantiel au Père et au Fils , et qu'il est une créa- 
ture comme les anges, quoique d'un ordre plus élevé (3). Eustathe de 






% 



(i) De schismate donatistarum advenus Parmenianum , lib. II. 

(a) Voir le I'r vo l. de celte Histoire, p. 3o?. 

(3) Moslieim (Hisl. eccl.) a confondu sans aucun fondement l'erreur de Macé- 
donius avec celle de Photin. I,ei sectateurs de ce dernier hérésiarque prétendaient 
que le Saint-Esprit n'est pas une personne de la sainte Trinité ; mais que ce nom 
désignait seulement l'opération de Dieu dans nos âmes, cl cette erreur fut suivie 
par les sociniens. Les macédoniens, au contraire, pensaient que le Saint-Esprit est 



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— 15 — 

Sébasle et quelques autres évèques déposés à Constanlinople , adoptè- 
rent cette erreur, qui se répandit surtout dans la Thrace et dans la 
Bilhynie. Marathonius, évoque de Nicomédie, l'ut l'un de ses plus ar- 
dents protecteurs; on dit même que sans lui la secte des macédoniens 
aurait été bientôt éteinte dans Constanlinople ; car après la déposition 
de Macédonius, ses partisans n'eurent dans celte ville ni évoques, ni 
églises, jusqu'au règne d'Orcade. C'est pour ce molif , que Marathonius 
partage avec Macédonius la qualité de chef de celte hérésie , et que ceux 
qui la suivirent lurent également appelés marathoniens. Les grecs 
leur donnèrent le nom de pneumatomaques , c'esl-à.dire ennemis 
du Saint-Esprit. Ces sectaires séduisaient le peuple par un exté- 
rieur grave et par des mœurs austères, artifice ordinaire des hérétiques ; 
ils imitaient la vie des moines , et semaient particulièrement leurs erreurs 
dans les monastères (1). 

Ce fut seulement en 5G2 , sous le règne de Julien l'Apostat, que les 
macédoniens se séparèrent des ariens pour faire secte à part. Eleuzius 
de Cyzique, Euslathe de Sébasle et Sophronius de Pompéiopolis , leurs 
principaux chefs, se trouvant en liberté, s'assemblèrent alors à Zèle 
dans le Pont avec ceux qui avaient partagé leurs sentiments à Séleucie, 
et condamnèrent les acaciens avec le formulaire de liimini. Ils approuvè- 
rent de nouveau celui d'Antioche qu'ils avaient déjà .confirmé à Sé- 
leucie (2). 

N" 120. 

* CONCILE D'ANTIOCHE. 

(antiociienlm. ) 

(L'an 5G5.) — Peu de temps après le concile de Zèle , les macédo- 
niens, à la prière d'Eudoxe, en assemblèrent un aulre à Antioche, où 
se trouvèrent neuf évoques de leur parti. Eu/.oius y lit absoudre Aëtius 
de la sentence qui avait élé prononcée contre lui par les conciliabules 
de Constanlinople l'an 5G0 (3). On y leva aussi le délai qui avait élé 



une personne , un être réel et subsisiaul , un esprit crée semblable aui aii(;es, mai» 

dune nature très-supérieure à la leur, quoique fort inférieure à Dieu. 

\ (i) Théodoret, Bistoria, lib. n , cap. 5. — Haretic. fabulai:, cap. 5. — Soio- 

inène, llislmia, lib. iv,cap. -27. — Socralc, Bistoria , lib. 11, cap. 3S. Saint 

Grégoirc-le-Grand , Epistola 11 ad Maurttum Avaustum. — Saint Grégoire de Nysse, 

Oratto de ea f/ui,! su ad Imaginent. — Cassianus, De Incarnations, lib. 1 , cap, 2. 

Saint Grégoire de Nazianze , Oratto m.i\. — Saint Augustin , Ba*r?.s. ut. 

(2) Sozomèuc, llisloria , lib. V, cap. 1.;. —Saint Basile, E/ùlula ci u. 

(i) Vgir le l«r volume de celte Histoire, p. 307. 



— 44 — 
donné à Serras pour signer la condamnation d'Aëtius et la lettre îles 
évoques d'Occident (1). 

N° 127. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandfuniim.) 

(Mois de juillet ou d'août de l'an 365.) — Après la mort de Julien , 
arrivée le 26 juin de l'an 563, les principaux officiers de l'année dé- 
férèrent l'empire à Jovien , commandant des gardes impériales et fils 
du comte Varonien, aussi recommandable par sa bravoure , par ses 
services et par la bonté de son caractère, que par sa constance dans la 
foi. A peine eut-il été revêtu de la pourpre et salué des litres de César 
et d'Auguste , qu'il porta tous ses soins et sa sollicitude sur l'état de 
la religion. Il cassa tous les édils que Julien avait publiés contre les 
chrétiens, et remit en vigueur tous les privilèges établis par Constantin 
et par ses fils en faveur de l'Église. Il rappela les évêques bannis sons 
Julien ; il écrivit aux gouverneurs des provinces [tour faire rouvrir les 
églises fermées en différents endroits ; il rétablit les distributions de 
blé aux ecclésiastiques , aux vierges et aux pauvres , malgré la disette 
qui régnait alors ; enfin il publia une loi portant peine de mort contre 
ceux qui enlèveraient des vierges consacrées à Dieu. Et comme il con- 
naissait saint Atlianasc pour le principal défenseur de la foi , il le pria 
de lui envoyer des instructions précises et exactes sur l'objet des dis- 
putes sans cesse renouvelées par les hérétiques. Le saint patriarche , 
averti de la mort de Julien , par la révélation de Didyme l'aveugle , cé- 
lèbre docteur d'Alexandrie, était aussitôt sorti de sa retraite pour 
reprendre ses fonctions. 

Pour satisfaire à la demande de Jovien, saint Athanase se hâta d'as- 
sembler un concile des évêques de l'Egypte , de la Thébaïde et de la 
Libye ; et ce fut en leur nom qu'il répondit à la lettre de l'empereur. 
Après avoir loué ses pieuses dispositions en faveur de la foi catholique 
et remercié Dieu de lui avoir inspiré de si saints désirs , il l'exhorte à 
s'attacher inviolablement au symbole de Nicée , en lui représentant que 
la foi de ce concile est appuyée sur une tradition constante et univer- 
selle ; qu'elle est professée par toutes les Églises , en Espagne , dans 
les Gaules, en Italie, dans la Grèce, dans l'Afrique, dans l'Asie-Mi- 
ncure et en Orient (2) , à l'exception d'un très-petit nombre perverties 

(i) Philostorge , lib. VII, cap. 5. 

(i) Saint Ailianaïc ne parle pa« de> ÉglUei de Thrace, de Bitbynie et d'Helles- 



E/ 






— 1S — 



par l'Arianisme ; et que les actes de ces Églises , aussi bien que leurs 
lettres, fournissent une preuve authentique de leur croyance. Il rapporte 
ensuite le symbole de Nicée, avec une courte explication où il signale 
les erreurs enseignées par les ariens. 

L'empereur reçut favorablement celte lettre du saint patriarche ; elle 
lui inspira même le désir de connaître personnellement Athanase ; et 
sur l'invitation de Jovien , le saint docteur se rendit auprès de l'empe- 
reur, à Antioche , où sa présence pouvait être utile à la religion. 

Saint Grégoire de Nazianze relève beaucoup celte lettre, et dit qu'en 
cette occasion saint Athanase donna des marques éclatantes de la pureté 
et de la fermeté de sa foi , en confessant par écrit l'unité de l'essence 
divine avec la Trinité des personnes. Puis, il ajoute que le saint évêque 
d'Alexandrie fit par inspiration divine , pour établir la divinité du 
Saint-Esprit, ce que les Pères de Nicée avaient fait pour la divinité du 
Fils (1). 

N° 128.; 

CONCILE D'ANTIOCHE. 

(antiochenum.) 

(L'an ûC3.) — Dès que l'élection du nouvel empereur fut connue , 
les hérétiques se donnèrent beaucoup de mouvement pour l'attirer à 
leur parti. Les semi-ariens, qui commençaient alors à porter le nom de 
macédoniens, lui présentèrent une requête pour obtenir, à la place 
des anoméens, les églises enlevées au culte catholique sous Julien , et 
pour demander que les décisions du concile de Séleucie fussent main- 
tenues ; mais l'empereur ne leur lit point de réponse, et se contenta de 
dire qu'il n'aimait point les disputes (2) ; il accueillit plus mal encore 
les ariens d'Alexandrie , lorsqu'ils vinrent avec leur cher Lucius re- 
nouveler leurs accusations contre saint Athanase ; et comme ils te 
plaignaient que le saint patriarche les traitait de novateurs et d'héré- 
tiques : « C'est son devoir, répondit l'empereur, comme celui de tous 
« ceux qui enseignent la vraie doctrine. » 

Acace, évêque de Césarée en Palestine, ayant eu connaissance de 
celte réponse de Jovien , crut devoir se rapprocher des catholiques, soit 
par conviction, soit parce qu'il vit l'empereur ouvertement déclaré 
contre l'Arianisme. Il entra en conférence avec saint Mélèce et em- 






pont, parce qu'il n'y avait alors qu'un très-petit nombre ùVvûques, et même point 
clans la plupart. — Sozomène, liisloriu , lib. vi , cap. 10. 

(i) Oratto XXI. 

(î) Socrate, Hisloria, Ub. in , cap. a3. 






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— lfi — 
brassa le symbole de Nicée dans un concile composé de vingt-sept évê- 
ques, parmi lesquels se trouvèrent quelques ariens qui suivirent l'exem- 
ple d'Acace. 

11 ne nous reste de ce concile qu'une lettre synodale adressée à 1 em- 
pereur Jovien; elle est conçue en ces termes (1) : « Nous savons que le 
« premier et le principal soin de votre piété est d'établir la paix et la 
« concorde dans l'Église; nous n'ignorons pas non plus, comme vous 
i l'avez fort bien jugé , que cette paix ne peut être établie que sur le 
. fondement de la foi véritable et orthodoxe. C'est pourquoi, de peur 
« que l'on ne croie que nous sommes du nombre de ceux qui corrom- 
« pent la doctrine de la vérité, nous déclarons à votre piété que nous 

• embrassons et tenons inviolablement la foi du saint concile de Nicée. 
, Quant au mol de consubstantiel qui paraissait nouveau et extraordi- 

< naire à quelques-uns, il a été expliqué par les Pères en un sens con- 
« forme aux Ecritures; il signifie que le Fils a été engendré de la 

< substance du Père , et qu'il est semblable au Père en substance, sans 
« que l'on conçoive aucune passion dans cette génération ineffable , ni 
« qu'on emploie le terme de substance dans le sens ordinaire de la 
« langue grecque. Mais pour renverser ce qu'Arius a osé dire de Jésus- 

< Christ , qu'il a été tiré du néant, et ce que les anoméens disent encore 
« avec une plus grande impudence pour rompre la paix de l'Eglise, 

• nous avons joint une copie de la profession de foi dressée par les évê- 
t ques assemblés à Nicée , que nous embrassons tous. » 

Cette exposition de foi , quoique réellement catholique , fut blâmée 
par les catholiques partisans d'Eustathe comme favorisant les semi-ariens 
ou macédoniens, parce que les évèques du concile y avaient employé 
les termes de semblable en substance, et qu'ils n'y disaient rien de la 
divinité du Saint-Esprit. Saint Jérôme accuse aussi les Pères du concile 
d'Antiochc d'avoir rejeté la consubstantialilé du Verbe et établi l'erreur 
des macédoniens (2). L'auteur d'un écrit intitulé : Réfutation de l'hypo- 
crisie de Mêlèce et d'Eusèbe de Samosate, ne leur est pas plus favorable. 
Toutefois saint Athanase (3) et saint Hilaire (4) reçurent comme bons les 
termes de semblable en substance, quoique insuffisants pour expliquer 
parfaitement la génération du Verbe; et Socrate dit formellement que les 
évèques du concile d'Antioche embrassèrent d'un commun accord la 



(i) Sociale, Bistoria, lib. ni, cap. a5. 
(a) In clironicis , ail an nu m 3G5. 

(3) Ilesynodis, nuni. '41. 

(4) lie synadis. 



— 17 — 

doctrine de la consubstantialilé, el qu'ils confirmèrent la foi de Nicée (1). 
Ils le disent eux-mêmes dans leur lettre synodale; ils donnent seule- 
ment au ternie de consubstantiel une explication qui, quoique catholique, 
n'est pas tout à fait conforme à l'idée qu'en avaient les Pères de Nicée. 
Mais ils ne pensaient pas si sainement du Saint-Esprit , que quel- 
ques-uns d'entre eux mirent au rang des créatures , selon la remarque 
de saint Epiphane (2). Toutefois, saint Mélèce confessait la divinité du 
Saint-Esprit ; et le même Père de l'Église témoigne que les fidèles d'An- 
tioche attachés au parti de saint Mélèce n'étaient pas moins orthodoxes 
sur la troisième personne de la Trinité que sur la seconde , et qu'ils 
confessaient la consubstanlialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit 
dans trois hypostases. On ne peut également douter que saint Eusèbe 
de Samosate , saint Pelage de Laodicée , saint Irénion de Gaza , Atha- 
nase d'Ancyre et Tite de Bostres n'aient eu sur tous ces points des sen- 
timents catholiques. Pour ce qui est d'Acace de Césarée et de quelques 
autres , ils pouvaient bien avoir réglé leur foi sur celle du prince et 
n'avoir signé le symbole de Nicée que par un motif purement humain ; 
et, en effet, Thémistius leur reprocha en présence de l'empereur 
Jovien d'adorer la pourpre plutôt que Dieu et de changer comme l'Eu- 
ripe qui coule tantôt d'un côté tantôt d'un autre (3). 



M 



N° 129. 

"CONCILE DE LAMPSAQUE, EN MYSIE. 

(lampsaceniim.) 

(Vers le mois d'août de l'an 364 (4).) — Après la mort de l'empereur 
Jovien , arrivée le 17 février de l'an 564 , l'armée lui donna pour suc- 
cesseur Valentinien, fils du comte Gratien, qui prit la pourpre à Nicée 
le 26 lévrier suivant. Un mois après son élection , Valentinien , déter- 
miné par les besoins de l'empire et par le vœu des soldats , donna la 
pourpre et le gouvernement de l'Orient à son frère Valens , et se ré- 
serva l'Occident avec la principale autorité. Quoique Valentinien eût 
donné des preuves éclatantes de son attachement au Christianisme, il 
ne mit aucun obstacle à l'exercice du culte des idoles. Favorisant in- 
distinctement et avec une funeste indifférence les païens et les catho- 
liques, il se fit une règle de ne point intervenir dans les affaires pure- 

(i) Historia, lib. m, cap. i5. 

(a) Hœres. uxill , nutn. 34. 

(3) Socrate. Histoiia, flb al, cap. i5. 

k (4) Quelques auteur» placent ce cuncil» a l'an 365. 

T. H. o 



M 



- 18 — 

ment religieuses et ne prit aucune mesure efficace pour s'opposer à la 
persécution que Valens exerçait en Orient. Ce dernier empereur, 
entraîné dans le parti des anoméens par les suggestions de sa femme et 
par les intrigues d'Eudoxe de Constantinople , avait enveloppé dans la 
même persécution les catholiques et les macédoniens eux-mêmes , aux- 
quels il permit cependant de tenir un concile à Lampsaque, mais dans 
l'espérance qu'ils s'accorderaient tous avec Eudoxe et Acace , chefs des 
anoméens. 

Eustathe de Sébaste et un grand nombre d'évèques de l'Hellespont et 
de la Bithynie assistèrent à ce Concile. La formule de Rimini fut re- 
jetée par les évêques macédoniens , quoiqu'ils l'eussent déjà signée ; 
celle d'Antioche ou de Séleucie fut confirmée ; et l'on ordonna le réta- 
blissement des évêques déposés par les anoméens au conciliabule de 
Constantinople l'an 360. Les évêques de Lampsaque appelèrent ensuite 
les anoméens et leur offrirent de les recevoir à faire pénitence ; mais 
comme ces derniers ne voulurent point s'y soumettre, le Concjle 
déclara Eudoxe , Acace et leurs complices légitimement déposés à Sé- 
leucie. Puis, il notifia ses décrets à Valens et à toutes les Églises. Cçt 
empereur engagea les évêques macédoniens a se rattacher au parti d'Eu- 
doxe , et sur leur refus il les condamna tous à l'exil , et fit donner leurs 
églises aux partisans des anoméens (1). 



N° 150. 

* CONCILE DE NICOMÉDIE. 

(nicomediense.) 

(L'an 365 (2).) — Vers le temps de la tenue du concile de Lampsaque, 
la révolte de Procope, qui avait pris la pourpre en Orient , était venue 
presque aussitôt faire diversion aux démêlés des macédoniens avec les 
ariens et contenir pendant quelques mois les mauvaises dispositions de 
Valens : mais dès que la guerre civile fut terminée , cet empereur fit 
comparaître devant une assemblée d'évèques anoméens, Eleuse de 
Cyzique, l'un des chefs du parti semi-arien ou macédonien , et par ses 
menaces il le contraignit de communiquer avec eux. Eleuse se repentit 
au même instant de sa faute ; et étant de retour à Cyzique il répara 
celte faiblesse par des marques éclatantes de repentir. Il voulut abdi- 



(i) Soerate, Histoiia, lib. m, cap. i, 3, 4. — . Sozomènc, (liiloriu , lib. VI, 
c«p. 7. 
(1) Quelques auteurs placent ee concile à l'an 3C(». 



— 19 — 

quer l'épiscopat, mais le peuple de son diocèse l'en empêcha par se- 
prières, et demeura toujours attaché à cet évêque et à sa doctrine. Ce- 
pendant Eudoxe, ayant appris la rétractation d'Eleuse, envoya Eunome 
à Cyzique pour l'en chasser au nom de l'empereur et prendre sa place. 
Et le peuple , qui ne voulut pas abandonner son évêque , s'assembla 
avec lui dans une église située près des portes de la ville (i). 






N° 131. 

CONCILE DE ROME. 
(romanum. ) 

(L'an 3G6.) — Peu de temps après le concile de Lampsaque , les semi- 
ariens, persécutés par Valens, qui voulait les contraindre d'embrasser 
la communion des anoméens, tinrent plusieurs autres synodes en divers 
endroits de l'Asie mineure , à Smyrne , en Pisidie , en Isaurie , en Pam- 
philie et en Lycie, où ils convinrent d'avoir recours à l'empereur Va- 
lentinien, au pape Libère et aux autres évêques d'Italie et de tout l'Occi- 
dent , et d'embrasser la communion et la foi de l'Église romaine , qui 
professaient la consubstantialité du Verbe. Eustathe de Sébaste, Sylvain 
de Tarse et Théophile , évêque de Castabale , furent choisit pour rem- 
plir cette importante mission. 

Ces députés , ne trouvant plus en Italie l'empereur Valentinien , s'a- 
dressèrent au pape, qui témoigna d'abord quelques doutes sur leur 
orthodoxie; mais comme ils protestèrent qu'ils avaient depuis longtemps 
condamné les impiétés d'Arius et confessé le Fils semblable au Père en 
toutes choses , il les reçut dans un concile à sa communion , après avoir 
exigé d'eux une profession de foi par écrit, où ils adoptèrent sans res- 
triction le symbole de Nicée, condamnèrent toutes les doctrines anathé- 
matisées par l'Église et particulièrement la formule de Rimini. Et à la fin 
de leur exposition de foi , ils ajoutèrent ces paroles remarquables , qui 
étaient une reconnaissance formelle de l'autorité du Souverain-Pontife 
sur toutes les Églises : « Si quelqu'un veut intenter une accusation contre 
t nous ou contre ceux qui nous ont envoyés , qu'il vienne avec des let- 
« très de votre sainteté par-devant les évêques orthodoxes , pour se 
c soumettre comme nous au jugement de ceux que vous aurez désignés. » 
L'original de cette déclaration fut déposé dans les archives de Rome. 

Le pape leur remit ensuite une lettre, au nom de tous les évêques 
d'Italie et d'Occident , adressée nommément à soixante-quatre évêques 






(i) Socmtt, Hiittria, lib. iv, cap. 6, 7. 



— 80 — 

semi-ariens, et en général à tous les évêques orthodoxes de l'Orient, 
pour leur témoigner la joie que lui causait la pureté de leur foi et leur 
union avec les occidentaux ; il les informa en même temps que presque 
tous les évêques qui avaient souscrit par surprise ou par violence à la for- 
mule de Rimini , l'avaient déjà condamnée formellement et étaient ren- 
trés dans la communion de l'Église romaine (1). 

Ce fut le dernier acte important du pontificat de Libère, qui mourut 
le 24 septembre de l'an ôflO , après avoir tenu le Saint-Siège quatorze 
ans, laissant une mémoire en vénération; car la faiblesse passagère, 
et du reste fort douteuse (2), qu'on lui reproche, n'a pu ternir la gloire 
du zèle et du courage qu'il montra depuis pour la défense de la foi catho- 
lique. 

N° 152. 

CONCILE DE LAODICÉE, DANS LA PHRYGIE PAÇATIENNE. 

(laodicenum.) 

(Vers l'an 366 (3). ) — L'histoire et les actes de ce concile ne sont 



(i) Socrate , Historia , lib. iv, cap. 12. — Sozomène , Hisloria . lib. VI, cap. 11. 

— Ammicn Marcellin , lib. xxiv, cap. 5. — Saint Basile, Epislola lxxxii. 

(2) Voir le I er volume de cette Histoire, p. 291 et suiv. 

(3) Nous plaçons ici le concile de Laodicée , moins pour en fixer l'époque très- 
incertaine , que pour nous conformer à la disposition de l'ancien code de l'Église 
romaine [Codex velus Ecclesiœ romanre , p. 74, Paris., ann. 1609), et à celle de la 
collection de Denys-le-Petit (p. 7."), Par., ann. 1628), et de quelques autres collec- 
teurs qui placent ce concile entre celui d'Antioche , l'an 34i, et celui de Constanti- 
uople , l'an 38i . Les Pères du concile in trullo (Zonare, Comment, m canon., p. 336. 

— Labbe, sacrosancta Concilia , t. VI , p. 1 i4o , concilium quinisextum) et le pape 
Léon IV \apud Gratianum , dist. 20, p. g5) lui ont donné le même rang. 

Malgré ces témoignages , le cardinal Baron lus (Annales in appendic., t. IV, p. 
734, 735) soutient que le concile de Laodicée est beaucoup plus ancien et qu'il fut 
même tenu avant le concile de Nicée. Il en donne deux raisons : La première, 
c'est que parmi les canons de Laodicée on en trouve plusieurs qui sont les mêmes 
<jue ceux de Nicée; or, est-il probable, dit Baronius, que dans un concile particu- 
lier on ait réglé ce qui l'aurait déjà été par un concile général? La seconde, c'est 
que dans le dernier canon du concile de Laodicée, le livre de Judith est mis au 
nombre des livres qui ne se trouvaient point dans le canon des divines Ecritures ; 
et il n'est point vraisemblable, ajoute Baronius , qu'on eût ainsi rejeté ce livre de- 
puis le concile de Nicée, qui, au rapport de saint Jérôme (prcefatio in librum Ju- 
dith), l'avait déclaré canonique. Les deux raisons de Baronius ne sont pas con- 
cluantes ; car nous avons vu dans le concile d'Antioche , l'an 34 1 , des canons tout 
à fait semblables à ceux du concile de Nicée, dont ils ne font néanmoins aucune 



r 



— 21 — 

point parvenus jusqu'à nous; il ne nous reste de celte assemblée que 
soixante canons de discipline, célèbres dans l'antiquité chrétienne; les 

voici : 

1" canon (1). H faut, par indulgence et après un peu de temps de 
péniience employé en jeûnes et en prières , admettre à la communion 
ceux qui ont contracté de secondes noces librement et légitimement , 
mais non clandestinement. 

2 e canon. Les pécheurs, qui ont persévéré dans la prière et dans 
les exercices de la pénitence et montré une parfaite conversion, durant 
tout le temps qui leur a été donné pour faire une pénitence propor- 






mention. Et si saint Jérôme avait vu un décret du concile de Nicée louchant la ca- 
nomcilé du livre de Judith, aurait-il parlé de ce livre avec autant de liberté qu'il a 
fait, et aurait-il dit qu'on pouvait le recevoir ou le rejeter? {Epistota lvu ad Fu- 
riam.) 

Si ce qu'on lit louchant les photiniens, dans le ; e canon de Laodicée, était bien 
certain, iln'y aurait aucun lieu de douter que ce concile ne se soit tenu vers l'an 35o, 
c'est-à-dire à l'époque où Photin se Fut fait un grand nombre de sectateurs. Mais on 
croit que ce qui est dit des pholiniens dans ce canon y a été ajouté depuis ; et celte 
opinion n'est pas sans fondement. Plusieurs exemplaires grecs, la version de Denys- 
le-Peiit, lialsamon, Zonare, Arislhéne et l'ancien code de l'Église romaine de Wcn- 
delstin (Paris, i6uo), font mention, il est vrai , des photiniens , en rapportant ce 7 e 
canon ; mais il n'en est point parlé dans le code de l'Eglise romaine imprimé à Paris 
l'an i6t5, avec les œuvres de saint Léon, ni dans la version d'Isidore, ni dans la col - 
lection abrégée deFerrand, diacre , ni dans une ancienne collection manuscrite de 
l'ancienne bibliothèque de Saint-Germaiu-deS-Prés , à Paris , qui a , dit-on , plus de 
mille ans. Il parait , en effet, peu croyable que les Pères de Laodicée aient or- 
donné de recevoir par la seule onction du saint clirême , les photiniens , qui ensei- 
gnaient les mêmes erreurs que les paulianistes , et qui par conséquent devaient, 
comme eux, être baptisés avant d'être rerus dans l'Eglise. Le 2 e concile d'Arles, 
que l'on place vers l'an 352, rejette en termes exprès le baptême des photiniens et 
des paulianistes, et veut qu'on les baptise les uns et les autres , conformément aux 
anciens décrets, c'est-à-dire suivant le 19" canon du concile de Nicée, qui, d'après 
la version de Ruffin [Hist. eccl., cap. VI , p. a36), dont on se servait alors dans les 
Gaules, ordonne de baptiser les paulianistes ou les photiniens, lorsqu'ils viennent 
à l'Eglise. 

Au reste , sans recourir à tous ces témoiguages, on peut tirer des canons mêmes 
de Laodicée la preuve qu'ils onl été faits longtemps après ceux de Nicée; car la 
plupart ne tendent qu'à régler les rils et la vie cléricale; ce qui, évidemment, 
n'a pu se faire que lorsque la paix eut ete rendue a l'Eglise par les princes chrétiens, 
et dans un temps ou les questions de la foi agitaient moins l'Eglise que pendant les 
troubles occasionnés par l'Arianisme. (Tillcutont, Mémoires pour servir à l'histoire 
ecclésiastique, etc.) 

(1) Le P. Labbc , sacrosancia Concilia , etc., 1. |, p. t^'jô , selon la version de 
Genlianus Hcrvetut. 



^5 



- 22 — 

donnée à leur chute , doivent être admis à la communion , en vue de 
la miséricorde divine. 

3* canon. Il ne faut point promouvoir au sacerdoce les nouveaux 
baptisés. 

4 e canon. II est défendu aux clercs de prêter à usure. 

5 e canon. On ne doit point faire les ordinations en présence des au- 
diteurs (c'est-à-dire, de ceux qui n'étaient admis dans l'Église qu'aux 
instructions et non aux prières). 

6 e canon. On ne doit point permettre aux hérétiques d'entrer dans la 
maison du Seigneur, s'ils s'obstinent à demeurer dans leurs erreurs. 

7 e canon. Les novatiens, les photiniens (1), ou les quartodécimans 
qui se convertissent , ne doivent point être reçus , avant qu'ils n'aient 
anathématisé toutes les hérésies et particulièrement celle dont ils fai- 
saient profession. Ensuite ceux qui étaient nommés fidèles chez les 
hérétiques, ayant appris le symbole de la foi et reçu l'onction sacrée, 
participeront aux saints mystères. 

8 e canon. Les montanistes qui se convertissent , soit qu'ils aient 
rang parmi les clercs de leur secte , soit qu'ils aient le titre de très- 
grands (?.) , seront instruits soigneusement , et baptisés par les prêtres 
et les évêques de l'Église. 

e canon. On ne doit point permettre aux fidèles d'aller aux églises 
ou aux cimetières des hérétiques pour y prier avec eux. Les fidèles qui 
violeront cette défense seront excommuniés pour un peu de temps, et 
ne seront reçus qu'après avoir fait pénitence. 

10* canon. Il est défendu aux fidèles de marier indifféremment leurs 
enfants à des hérétiques (5). 

W canon. Il est défendu d'établir dans l'Église les femmes que l'on 
nomme prêtresses ou présidentes (4). 



(«) Voir la note ci-dessus, à la p. ai. 

(a) Le» montanistes avaient parmi eux des patriarches , qu'ils regardaient comme 
le« premiers de leur hiérarchie, et des cénons qui étaient les seconds ; les évéqnes 
chez eux n'occupaient que la troisième place. Ils donnaient apparemment le titre 
de très-grands à leurs patriarches et à leurs cénons. 

13) 11 était donc permis de contracter ces sortes de mariages en certains cas. Voir 
plus loin le canon 3i« du même concile. 

(4) C'étaient les plus anciennes diaconesses qui avaient droit de préséance. Le 
Concile défend cette distinction , apparemment parce que quelques-uns en abu- 
saient (Fleury, Hist. eccl., liv. Xyl, num. ri). Saint Épiphane témoigne que le rang 
de diaconesse est le plus haut où les femmes aient été élevées dans l'Église ; qu'il n'y 
a jamais eu de prêtresses , et qu'elles ne peuvent avoir part au sacerdoce. (Heures. 
79, num, 4.) 









— 23 — 

12« canon. Le méiropolitain et les évéques circonvoisins doivent 
éprouver longtemps la foi et les mœurs de celui qu'ils veulent élever à 
l'épiscopat. 

15' canon. On ne doit point laisser au peuple le choix de ceux qui 
doivent être élevés au sacerdoce. 

14 e canon. On n'enverra point , à la tète de pâques , la sainte Eu- 
charistie à d'autres diocèses, comme eulogie ( c'est-à-dire comme le 
pain béni que l'on envoyait dans ces temps-là en signe de communion). 

15 e canon. Personne ne doit chanter dans l'église, sinon les chantres 
qui montent sur l'ambon (ou jubé) et qui lisent dans le livre. 

16' canon. Le jour du samedi, on doit lire l'Évangile avec les au- 
tres Écritures. 

17 e canon. Dans les prières publiques , on ne lira point plusieurs 
psaumes de suite, mais on récitera une leçon entre chaque psaume. 

18 e canon. On observera la même chose dans les offices de nones et 
de vêpres. 

19 e canon. La prière des catéchumènes doit suivre le sermon de l'é- 
vèque; et après leur sortie, on doit faire la prière des pénitents. Ceux-ci 
s'approcheront, recevront l'imposition des mains, et puis se retireront. 
Les trois prières des fidèles commenceront ensuite : la première se fera 
dans le silence, on prononcera la seconde et la troisième à haute voix ; 
après quoi on donnera la paix : les prèlres la donneront à l'évèque , 
et les laïques se la donneront entre eux ; puis , on consommera la sainte 
oblation , mais on ne laissera approcher de l'autel pour y communier 
que ceux qui seront consacrés. 

20 e canon. Les diacres ne doivent point s'asseoir en présence d'un 
prêtre que par son ordre. Les minisires ( sous-diacres ) et les autres 
clercs inférieurs doivent rendre le même honneur aux diacres. 

21 e canon. Les ministres (sous-diacres) ne doivent point avoir place 
dans la diaconie , ni loucher les vases sacrés. 

22 e canon. Les ministres (sous-diacres) ne doivent point porter l'ora- 
Htira (l'étole). 

23 6 canon. Les lecteurs et les chantres ne doivent point porter 
l'orarium , même en lisant ou en chantant. 

24 e canon. Tous ceux qui sont dans le saint ministère, les piètres, 
les diacres et tous les clercs inférieurs, les ministres (sous-diacres), 
les lecteurs, les chantres, les exorcistes, les portiers, et même les 
moines ne doivent point entrer dans les cabarets. 

25 e canon. Les ministres (sous-diaercs) ne doivent point donner le 
pain sacré, ni bénir le calice, c'est-à-dire de faire les fonctions des 



— îi — 



ci 



diacres qui présentaient à l'évéque ou au prêtre célébrant le pain et le 
vin pour la consécration , et qui après la consécration distribuaient 
l'une et l'autre au peuple. 

26* canon. Personne ne doit se mêler d'exorciser dans les églises , ni 
dans les maisons, s'il n'est point ordonné par l'évéque. 

27" canon. Les clercs ou les laïques invités au festin des agapes (1 ) 
ne doivent point emporter leurs parts , pour ne point troubler l'ordre 
de l'église. 

28 e canon. On ne doit point faire les agapes dans les églises, ni 
manger ni dresser des tables dans la maison du Seigneur. 






(i) Agapes Tient du mot grec aminci), amour. C'étaient des repas de charité que 
Faisaient entre eux les premiers chrétiens dans leurs assemblées , pour cimenter la 
concorde et l'union, et pour rétablir aux pieds des saints autels la fraternité détruite 
dans la société civile par la trop grande inégalité des conditions . 

Dans les premiers temps de l'Eglise, ces agapes se faisaient sans désordres et 
sans scandales : saint Paul en rend témoignage dans sa première épitre aux corin- 
thiens, ch. îi. Les païens, qui n'en connaissaient point le but, en prirent occa- 
sion de faire aux premiers chrétiens les reproches les plus odieux. Ils les accusèreul 
d'égorger des enfants , d'en manger la chair, de se livrer dans les ténèbres à l'im- 
pudicité. Le peuple crédule ajouta foi à toutes ces calomnies; mais Pline, ayant 
pris des informations exactes, en rendit compte à l'empereur Trajan , et assura que 
l'innocence et la frugalité régnaient dans les agapes. 

L'empereur Julien, quoique ennemi déclaré des chrétiens , convenait que leur 
charité envers les pauvres , que leurs agapes , et le soin que leurs prêtres prenaient 
des malheureux , étaient un des principaux attraits par lesquels ils engageaient les 
païens à embrasser leur religion. {OEuvrcs de Julien, édit. de Spanheim, p. 3o5.) 

Les pasteurs, pour bannir toute ombre de licence , défendirent que le baiser de 
paix , par lequel s'unissait l'assemblée , se donnât entre les personnes de sexe diffé- 
rent , et qu'on dressât des lits dans les églises pour y manger plus commodément ; 
mais divers autres abus engagèrent insensiblement les évêques à supprimer les 
agapes. Saint Ambroise y travailla si efficacement, que dans l'Église de Milan l'u- 
sage en cessa entièrement. Dans celle d'Afrique , il ne subsista plus qu'en faveur 
des clercs , et pour exercer l'hospitalité envers les étrangers. Mais ce ne fut pas 
sans peine que saint Augustin parvint à faire supprimer à Hippone cette coutume 
de manger dans l'Église ; il fut obligé de prendre toutes les précautions et d'user 
de tous les ménagements possibles. (Tillemont, Mémoires, etc., t. XIII, p. 206.) 

Quelques écrivains, et Faust le Manichéen entre autres, ont prétendu que ces 
agapes étaient une coutume empruntée du paganisme; mais ils ne font pas atten- 
tion que les juifs étaient dans l'usage de manger de la chair des victimes qu'ils im- 
molaient au vrai Dieu , et qu'en ces occasions ils rassemblaient leurs parents et 
leurs amis. Le Christianisme, qui avait pris naissance parmi eux, en conserva cette 
coutume , indifférente en elle-même, mais bonne et louable par le motif qui la di- 
rigeait. L'esprit de charité institua ces repas, où régnait la tempérance ; quelques 
abus s'y glissèrent dans la suite, et l'Eglise fut obligée de les interdire. 



— 25 — 

29 e canon. II est interdit aux chrétiens de judaiser ou de chômer le 
samedi ; ils doivent , au contraire , travailler ce jour-là , et chômer le 
dimanche, s'il est possible, en bons chrétiens (i). Que ceux qui ju- 
daïseront soient anathèmes devant le Christ. 

30 e canon. H est défendu non-seulement aux ecclésiastiques et aux 
moines , mais encore aux laïques qui portent le nom de chrétien , de se 
baigner avec les femmes : cela est même condamné parmi les païens 
(chez qui toutefois cet abus était fort commun). 

31 e canon. On ne doit point contracter un mariage avec un hérétique ; 
ni lui donner ses enfants , à moins toutefois qu'ils ne promettent de se 
faire chrétien. 

52 e canon. Il ne faut point recevoir les bénédictions (les eulogies (2)) 
des hérétiques; car ce sont plutôt des malédictions que des bénédic- 
tions. 

ôâ c canon. On ne doit point prier avec les hérétiques ni avec les 
schismatiques. 

34 e canon. Il ne faut pas qu'un chrétien quitte les martyrs de Jésus- 
Christ pour aller honorer les faux martyrs des hérétiques : qu'il soit 
anathème celui qui le fera. 

35 e canon. Il ne faut pas que les chrétiens quittent l'Église de Dieu 
pour aller invoquer des anges et faire des assemblées particulières , ce 
qui est défendu. Si l'on trouve quelqu'un adonné à cette idolâtrie ca- 
chée, qu'il soit anathème, parce qu'il a laissé notre Seigneur Jésus- 
Christ, Fils de Dieu, pour s'abandonner à l'idolâtrie (5). 



(i) Ces paroles, s'il est possible , semblent marquer que les chrétiens ne s'abste- 
naient pas du travail , les jours consacrés au Seigneur, avec autatit de scrupule que 
les juifs. Saint Augustin explique fort longuement , dans son Commentaire sur le 
psaume xci e , ce que c'est que chômer ou fêler un jour en bon chrétien. 

(2) Les eulogies étaient des petits présents que l'on se faisait mutuellement le 
jour des fêtes solennelles, quelquefois même ce terme signifie l'Eucharistie. 

(3) Ce canon donne jusqu'à deux fois le nom d'idolâtrie au culte des anges qu'il 
condamne, et suppose visiblement une espèce d'apostasie chez ceux qui prati- 
quaient ce culte. Mais cette défense des Pères de Laodicée a rapport a certains 
gnostiques qui adoraient les anges a l'exclusion de Dieu, le regardant comme trop 
élevé pour que les louanges des hommes pussent arriver jusqu'à lui. 

Barbeyrac, dans sa réponse à {'apologie de la morale des Pères de l'Eglise, al- 
lègue l'autorité de ce canon pour décrier le culte que l'on rend aux anges dans 
l'Eglise romaine. Mais il est évident qu'il n'est point question dans ce canon du culte 
religieux que l'on rend aux anges dans l'Église catholique, où on les invoque sans 
abandonner Jésus-Christ , et où ils sont honorés, non comme des divinités, mais 



Is5 



H 



— 26 — 

Su' canon. H est défendu aux prêtres et aux clercs d'être magiciens, 
enchanteurs , mathématiciens ou astrologues , et de se mêler de sorti- 
lège : nous commandons que l'on chasse de l'Église tous ceux qui en 
feront usage. 

37 e canon. Il ne faut point recevoir des juifs ou des hérétiques les 
présents qu'ils envoient le jour de leurs fêtes , ni célébrer ces fêtes avec 
eux. 

,; 38 e canon. Il ne faut point recevoir les azymes (pains sans levain) 
que les juifs donnent pendant leurs piques, ni pratiquer leurs cérémo- 
nies. 

39' canon. Il ne faut point célébrer les fêtes des païens. 

40 e canon. Les évêques étant appelés à un concile ne doivent pas né- 
gliger de s'y rendre, mais y aller pour instruire les autres, ou s'instruire 
eux-mêmes de ce qui est nécessaire pour la réformalion de l'Église. Ils 
ne peuvent s'en dispenser que dans le cas de maladie. 

H* et 42 e canon. Il ne faut point qu'un clerc voyage sans lettres ca- 
noniques et sans l'ordre de son évèque. 

43' canon. Il ne faut point que les portiers quittent les portes de l'É- 
glise , sous le prétexte de vaquer à la prière. 

44' canon. Il ne faut point que les femmes s'approchent de l'autel 
(entrent dans le sanctuaire). 

45 e canon. Il ne faut point baptiser après la seconde semaine de ca- 
rême (1). 

46' canon. Ceux qui sont admis au baptême doivent apprendre le 
symbole par cœur et le réciter devant l'évêque ou les prêtres le cin- 
quième jour de la semaine sainte (le jeudi-saint). 



comme les intercesseurs des hommes auprès de Dieu. Ceui qui sont condamnes 
par ce canon , étaient, au rapport deThéodoret (in capile i et 3 episColœ ad collas.), 
qui écrivait un demi-siècle environ après le concile de Laodicée, certains Kêre'- 
îiques judaifanti, répandus en Phrygie et en Pisidie, qui voulaient que Ton adorât 
les anges; comme ceux par qui la loi avait été donnée. Cette hérésie était fort an- 
cienne dans cette partie de l'Asie, et nous ne doutons pas que saint Paul ne l'ait 
eue en vue lorsqu'il disait aux Colossiens (ch. n, v. 18), voisins de Ijaodicée : 
« Que personne ne vous séduise en affectant de paraître humide par un culte sn~ 
« perstitieux des anges. « Ils adoraient encore les astres , comme nons l'apprend 
saint Clément d'Aleiandrie (Sfrnmnr., lib. vi.).Ce fui donc, ajoute Théodoret, porir 
détruire cette ancienne pratique, que les Pères de Laodicée défendirent de prier les 
anges et d'abandonner Jésus-Christ. Le culte qu'ils rendaient à ces esprits célestes 
leur fit donner le nom d angéliques. ( Saint Épiphane , Hœres. 60, nom. 1, 1. — - 
.Saint Augustin . de tiœrcsibus.) 
(1) C'est que le carême entier était destine à l'examen des catéchumènes. 



— 27 — 

47 e canon. Ceux qui ont été baptisés pendant une maladie, doivent 
apprendre le symbole et connaître le don de Dieu , lorsqu'ils sont reve- 
nus en santé. 

48" canon. Il faut que les baptisés soient, après leur baptême , oints 
du saint chrême , afin qu'ils participent à la royauté de Jésus-Christ. 

i9° canon. Pendant le carême , on ne doit offrir le pain (c'est-à-dire 
l'Eucharistie) que le samedi et le dimanche. 

50 e canon. Il ne faut point déshonorer tout le carême, en rompant 
le jeûne durani la dernière semaine (le jeudi-saint); mais il faut jeûner 
tout le carême, en ne mangeant que des aliments secs (1). 



(i) C'est ce qui s'appelle jeûner en xerophagie, des deux mots grecs oacyo), je mange, 
et Çr.so;, sec. Cette manière de jeûner est la plus rigoureuse; on l'observait 
assez souvent pendant les premiers siècles de l'Église. 

Ceux qui pratiquaient la xerophagie ne mangeaient que du pain avec du sel, et 
ne buvaient que de l'eau. C'était la manière de vivre la plus ordinaire des anacho- 
rètes ou des solitaires de la Thébaide. Plusieurs chrétiens fervents observaient ce 
jeune sévère pendant les six jours de la semaine-sainte , mais par dévotion et non 
par obligation. Saint Epiphane [Expositio fidei ï, num. 22) nous apprend que c'était 
un usage assez ordinaire parmi le peuple , et que plusieurs s'abstenaient de toute 
nourriture pendant deux jours. Terlnllien, dans son traité de f Abstinence , observe 
que l'Église recommandait la xerophagie comme ime pratique utile dans les temps 
de persécution. Elle disposait les corps à souffrir les tourments avec constance. Ce- 
pendant l'Église condamna les montanistes qui voulaient faire de la xerophagie 
une loi pour tous les fidèles , et qui , ayant établi parmi eux plusieurs carêmes par 
an, prétendaient qu'il fallait l'observer pendant plusieurs intervalles du carême 
On leur représenta qu'il y avait plus de jactance et de vanité dans leur conduite, 
que de vraie piété; qu'il ne leur appartenait pas de faire des lois de discipline à leur 
gré; que chaque fidèle était le maître d'observer la xerophagie pendant toute 
l'année s'il le jugeait à propos ; mais que personne ne devait être obligé à faire 
quelque chose de plus que ce qui avait été ordonné et observé par les apôtres. 

l'hilon dit que les esséniens et les thérapeutes pratiquaient aussi des xéropha- 
gies en certains jours de l'année, n'ajoutant au pain et à l'eau que du sel et de l'hy- 
sope. On prétend que chez les païens mêmes les athlcics suivaient ce régime de 
temps en temps , et qu'ils le regardaient comme le plus propre à leur conserver les 
forces et la santé. 

Les jeûnes et les abstinences des orientaux , soit anciens soit modernes, nous pa- 
raîtraient incroyables , si nous n'étions pas instruits , par des témuignages digues de 
foi , du régime habituel qu'ils sont forcés de garder à cause de la chaleur du climat. 
En géuéral , la viande et tous les aliments succulents y sont dangereux; le peuple 
y est accoutumé à vivre de pain et de fruits, ou de légumes; avec une poignée de 
riz, un indien peut vivre 24 heures. Mais il faut avouer aussi que, dans nos climats 
septentrionaux , k force de sensualité et sous prétexte de besoin, nous avons poussé 
à l'excès la mollesse et l'impuissance de pratiquer aucune espèce de mortification. 
Cette impuissance , au reste , est purement imaginaire: on peut s'en convaincre par 



v^ 



a 



— 28 — 

SI» canon. Il ne faut point célébrer la fête des martyrs pendant le 
carême , mais en faire mémoire le samedi et le dimanche. 

52 e canon. 11 ne faut point célébrer en carême ni noces, ni fêtes pour 
la naissance. 

55' canon. Il est défendu aux chrétiens qui assistent aux noces , d'y 
danser et de s'y comporter d'une manière indécente ; ils ne doivent 
y faire qu'un repas modéré , et comme il convient à des chrétiens. 

54 e canon. Il ne faut point que les prêlres et les clercs assistent aux 
spectacles qui accompagnent les noces et les festins ; mais , avant l'en- 
trée des danseurs, ils doivent se lever et se retirer. 

55 e canon. Il est défendu aux prêtres et aux clercs et même aux 
laïques de faire des festins au cabaret en payant chacun leur écot. 

56 e canon. Les prêtres ne doivent point entrer ni s'asseoir dans le 
sanctuaire avant l'évêque , à moins qu'il ne soit malade ou absent. 

57 e canon. Il ne faut point établir des évêques dans les bourgs et 
dans les villages, mais seulement des visiteurs. Ceux qui y sont déjà 
établis ne doivent rien faire sans l'ordre de l'évêque de la ville. Les 
prêtres ne doivent également rien faire sans la permission de l'évêque. 

58 e canon. Il ne faut point que les évêques ni les prêlres offrent le 
sacrifice dans leurs maisons. 

59 e canon. On ne doit point dire dans l'Eglise des psaumes particu- 
liers, ni lire d'autres livres que les écritures canoniques de l'Ancien et 
du Nouveau Testament. 

60 e caîwn. Les livres canoniques de l'Ancien et du Nouveau Testament 
sont: la Genèse, V Exode, le Lévitique , les Nombres, le Deutéronome , 
Josué, les Juges, Ruth, les quatre livres des Rois, les Paratipomènes, 
Esdras, Esther, Job, les Psaumes, les Proverbes, VEcclésiaste, le Cantique 
des Cantiques, Isaie, Jérémie et Baruch; Ezéchiel, Daniel, Osée, Joël, Amos, 
Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Habacuc, Soplwnie, Aggée, Zacharie et 
Malachie ; les quatre Évangiles de saint Matthie u, saint Marc, saint Luc 
et saint Jean, les Actes des apôtres , les quatorze Épitres de saint Panl, 
les deux Épitres de saint Pierre, les trois Épitres de saint Jean, \'É- 
pilre de saint Jacques et VÈpitre de saint Jude (1). 



les abstinences forcées auxquelles sont souvent réduits les pauvres^ par le défaut 
absolu de ressources; non-seulement ils demeurent plusieurs jours sans manger, 
mais à la fin de cette cruelle abstinence , ils n'ont le plus souvent pour toute nour- 
riture qu'un pain grossier et insipide , plus propre à exciter le dégoût que l'appétit. 
(Bergier, Dictionnaire tltéoloyique , au mot Xéropliagit.) 
(i) Ce dénombrement des livres cauoniqnes de l'Ancien et du Nouveau Teita- 



— 29 — 

Voilà les 60 canons du concile de Laod icéc , à la suile desquels on ne 
lit aucune souscription ; ce qui fait que nous ne connaissons aucun 
des évèques qui y assistèrent. L'épitome des canons du pape Adrien 
marque seulement que 22 évèques y souscrivirent (1). 

N° 155. 
* CONCILE DE S1NCIDON, EN MËSïE. 

(SINCIDONENSE.) 

(L'an 366.) — Après la tenue du dernier concile de Rome , les dépu- 
tés macédoniens se rendirent en Sicile où ils assemblèrent les évèques 
et approuvèrent en leur présence la foi de Nicée et le terme de consub- 
stantiel (2). De là , ils passèrent en lllyrie et engagèrent Germinius , 
évoque de Sirmium , à abandonner les erreurs de l'Arianisme. 

Dans une formule de foi , Germinius fit profession de croire « en Je- 
« sus-Cbrist , Fils unique de Dieu , notre Seigneur et noire Dieu , vrai 
« Fils de Dieu , du vrai Père Dieu , né avaut tous les siècles, semblable 
« en tout à son Père, en divinité , en majesté , en grandeur, en puis- 
t sance et en sagesse (3). » 

A la nouvelle du changement de cet évèque , Valens et Paul , ou 
Pallade, Ursace et Caïus, évèques ariens, s'assemblèrent à Singidon, et 
écrivirent tous ensemble à Germinius pour le presser de se déclarer en 
faveur du formulaire de Rimini , qu'il avait promis de ne pas abandon- 
ner. Cette lettre est datée du 16 décembre de l'an 366 (ij. On ne sait 
pas ce que Germinius y répondit. 



ment est à peu prés conforme à celui renfermé dans le S.S' canon îles canons des 
apôlres. C'est le premier canon des livres sacrés qui ait été fait dans un concile. Il 
est le même rpie celui du concile de Trente , à l'exception toutefois des six livres 
suivants, omis par le canon de Laodicée : Judith, Tobir, la Sagesse, Y Ecclèsiuslique, 
les Macchabées et Y Apocalypse. Denys-le-Petit a supprimé dans sa collection , le 6"o* 
canon du concile de Laodicée, parce que ces six livres se trouvant dans le canon 
que le pape Innocent I" avait dressé au commencement du cinquième siècle, il 
craignait sans doute, en publiant ce 60 e canon, de rendre sa collection odieuse aux 
catholiques latins. 

(t) Le P. Lahbe , scu rosancta Concilia, etc., t. VI, p. i8tn. 

(2] Socrate , liistovia, lib. iv, cap. 12. 

(3) Saint Hilaire , Fraymentum xv. — Cette formule, en forme de [lettre fut 
adressée:! 8 évèques. Germinius y déclarait tenir le formulaire de .Sirmium sipnr 
en présence de l'empereur Constance , le 71 mai de l'an .^9. 

(4) Saint Hilaire, Frugmentwn xiv. 






— 30 - 



i(N 



55^ 



N° 154. 
CONCILE D'ILLYRIE (1). 

(ILLYRIENSE.) 

(L'an 367.) — Les évoques d'HIyrie, assemblés en concile, dressè- 
rent une lettre synodale , dans laquelle ils déclarèrent la Trinité con- 
substantielle et établirent en particulier la divinité du Saint-Esprit. A 
la fin de cette lettre, le Concile exhortait les orientaux de choisir, pour 
remplir les fonctions épiscopales, ou les enfants des évèques morts , s'ils 
les trouvaient capables , ou les plus anciens prêtres ; et il les exhortait 
aussi de ne point ordonner prêtres ou diacres des personnes qui sor- 
taient du palais ou de l'armée , mais de prendre des clercs (2). 

La décision de ce Concile fut confirmée par un édit de l'empereur 
adressé aux asiatiques , dans lequel il déclarait que le terme de consub- 
stantiel ne signifie pas seulement que le Fils est semblable au Père , 
mais qu'il est d'une même nature et d'une même substance. 



N° 15S. 
CONCILE DE TYANES, EN CAPPADOCE. 

( TYANENSE. ) 

(Vers l'an 367 (3).) — Dès leur retour en Orient, vers l'an 367, les 
députés macédoniens présentèrent au concile assemblé à Tyanes , les 
lettres du pape Libère et des autres évèques d'Occident , avec qui ils 
avaient communiqué durant leur voyage (4), et l'acte qu'ils avaient ap- 
porté de Rome , où se trouvait leur souscription à la foi de la consub- 
stanlialilé (5). Après la lecture de ces pièces, qui causèrent une très- 
grande joie aux Pères de Tyanes , Eustalhe de Sébaste fut reçu à la 
communion de l'Église et rétabli dans sa dignité d'évêque catholique (6). 

Le Concile écrivit ensuite à toutes les Eglises d'Orient pour leur don - 
ner avis des lettres du pape Libère et des évoques occidentaux , et les 
exhorter en même temps à rentrer dans la communion de l'Église , et 



\ 



(i) Le lieu où se tint ce concile est inconnu. 

(a) Théodoret, Iiistoria, lib. Iv. 

13) Le P. Pagi place ce concile à L'ao 365. 

(4) Sozomène , Histoiïa, lib. yi, caj>. u. 

(5) Saint Basile, Epistolœ ccxxvi , CCXUT. 

(6) Idem. Epistola ccum. 



— 51 — 

a le déclarer par écrit (1) ; il les invitait aussi à s'assembler a Tarse, 'en 
Cilicie, avant la fin du printemps, afin d'y confirmer solennellement la 
foi de Nicée et d'éteindre ainsi toutes les factions , les inimitiés et les 
disputes (2). Mais Eudoxe et les autres évêques ariens, craignant pour 
leur parti les résultats de ce Concile, obtinrent de l'empereur Valens, 
qui leur était dévoué, des lettres menaçantes portant défense aux évê- 
ques catholiques de s'assembler en cette ville (5). 

Les principaux évêques , qui assistèrent au concile de Tyanes, furent 
Eusèbe , évêque de Césarée , en Cappadoce , Athanase d'Ancyre , Pelage 
de Laodicée , Zenon de Tyr, Paul d'Emesse, Otrée de Mélictène , saint 
Grégoire de Nazianze le père , et plusieurs autres évêques qui avaient 
fait profession de la consubstantialité au concile d'Anliocbe , sous Jo- 
vien , l'an 363. 

N° 156. 

* CONCILE D'ANTIOCHE, DANS LA CARIE. 

(antiochenum.) 

(L'an 367.) — Les ariens , secondés par les macédoniens , après s'être 
opposés à la tenue du concile de Tarse, s'assemblèrent à Antioche , dans 
la Carie , au nombre de 34 , sous le prétexte de travailler à la réunion 
des Eglises. Mais ils persistèrent à rejeter le mol de consubstantiel , 
pour s'en tenir à la profession de foi de la dédicace d'Antioche , confir- 
mée à Séleucic , qu'ils attribuaient au martyr saint Lucien (&). 



A 



N° 157. 

I e ' CONCILE DE ROME. 

(romanlm i.) 

(L'an 367.) — Le pape Libère étant mort , on élut à sa place Da- 
mase, espagnol de naissance, et diacre, d'autres disent prêtre de 
l'Église de Rome. Il était recommandable par ses lumières , par ses 
vertus et par son inviolable attachement à la foi de Nicée. Un autre 
diacre , nommé Ursin , jaloux de celte préférence , excita des gens 
séditieux contre le successeur de Libère, et parvint à se faire ordonner 
évêque de Rome par Paul de Tibur , homme grossier et ignorant , con- 
trairement à la régie de la tradition générale , qui voulait que l'élection 

(i) Sozomène, Histo/ïa , lib. VI, cap. n. 

(2) Socrate, Historia, lib. iv, cap. 12. 

(3) Socrate, Historia, lib. ,v, cap. 12. — Sozomène , Uislorig, lib. VI , cap. 12. 

(4) SozoϏue, Historia, lib. y>, ta p. 12. 



I 



« 



A 



— 52 - 
d'un évêque fûl faite par trois autres évèques, et conlraireraent aussi 
à l'ancienne coutume de l'Église de Home , dont l'évéque devait être 
consacré par celui d'Ostie (1). Cette usurpation donna lieu à des rixes 
sanglantes , dans lesquelles un grand nombre de personnes furent bles- 
sées et cent trente-sept perdirent la vie. Les partisans de Damase, qui 
formaient la majorité et la plus saine partie du peuple , finirent par 
l'emporter, et Ursin fut banni de Rome, par ordre du préfet Pré- 
textât (2). 

Mais l'exil de l'antipape n'éteignit point le schisme , et la faction 
d'Ursin poursuivit le pape Damase par les calomnies les plus odieuses : 
elle alla même jusqu'à formuler contre le Saint-Père une accusation 
d'adultère. Ce fut à ce sujet que le pape Damase tint un concile de 
quarante-quatre évêques pour faire entendre sa justification. 

On croit que les paterniens, que quelques-uns nommaient aussi 
vénustiens, furent condamnés dans ce concile. Saint Augustin dit (3) 
que ces hérétiques attribuaient au diable la formation des parties infé- 
rieures du corps humain , et qu'ils permettaient de les faire servir à 
toutes sortes de débauches. 11 ne paraît pas que cette secte ait été nom- 
breuse ni qu'elle ail été fort connue des écrivains ecclésiastiques. Ces 
hérétiques étaient disciples de Symroaque-le-Samaiïtain. 



N° 138. 
II e CONCILE DE ROME. 

(ROMANUM II.) 

(L'an 3C9 (4).) — Pendant que les Églises de l'Orient étaient trou- 
blées par les continuelles intrigues de la faction arienne, le pape 
Damase assemblait un nombreux concile à Rome , dans lequel il fit ex- 
communier Ursace et Valens avec tous ceux qui suivaient leurs senti- 
ments; la foi de Nicée y fut confirmée , et l'on déclara nul tout ce qui 
s'était fait de contraire à Rimini. Mais on n'y parla point d'Auxence 
qui avait usurpé le siège de Milan sur saint Denis : ce fut sans doute par 
respect pour l'empereur Valentinien qui était entré dans sa communion. 
Le pape notifia ensuite ce jugement du Concile par une lettre synodale 



(l) Ruffin, Historia, lib. II , cap. 10. — Saint Jérôme, in Chronkis, , ann. 367. 
(3) Aiimiien Marcellin, lib. mil , cap. |3. 

(3) De Hœresibus , num. 85. 

(4) Le P. Pagi met ce concile i l'an AC- ; d'autres le placent à l'au 370, et quel- 
qutc-un» à l'an 368. 



— 33 — 
à tous les évoques d'Égypie, et sans doute à tous lesaulres, pour re- 
lever ceux qui étaient tombés dans l'Arianisuie (1). 

N° 139. 

CONCILE DE (2). 

( ) 

(L'an 3G9.) — Ce concile, composé de soixante-dix évêques, déposa 
Chrouope de l'épiscopat. Après cette sentence de déposition, Chro- 
nope en appela à un magistrat séculier nommé Claude, qui était pro- 
consul en Afrique Tan 3G9, d'où l'on peut inférer que Chronope était 
évêquedans la même province; et de ce magistrat il en appela à un 
autre, contrairement à la disposition des lois. Ce fut à ce sujet que 
l'empereur Valentinien publia une loi datée du y juillet de l'an 369, qui 
déclare que l'évêque Chronope serait contraint de payer une amende , 
pour avoir mal appelé de la sentence d'un concile , et que cette amende , 
au lieu d'être adjugée au fisc , serait distribuée aux pauvres , voulant 
qu'il en fût usé de même dans toutes les autres affaires ecclésiasti- 
ques (3). Cette amende était , comme on le croit , de cinquante livres 
pesant d'argent. C'est tout ce que l'on sait de ce concile. 

N° 140. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandrlnum.) 

(Vers l'an 370.) — A la réception de la lettre du pape saint Damase, 
le saint patriarche d'Alexandrie assembla dans cette ville les évêques 
d'Egypte et de Libye , au nombre de quatre-vingt-dix environ , au nom 
desquels il écrivit aux Églises d'Afrique pour les confirmer dans la foi 
de Nicée , et au pape Damase pour lui faire connaître l'évêque arien 
Auxence et lui témoigner leur étonnement de ce que le concile de 
Rome ne l'avait pas excommunié en même temps qu'Ursace et Valens (4) . 

(i) Soiomène, Historia, lib. vi , cap. ?3. — Saint Athanase, Epiitolti ad afros. 
— Baronins, an. 36g, S 36. 

(»J On ne sait eu quelle ville ce concile se tint; il est probable que ce fui eu 
Afrique. 

(3) Code tlwodosien, t. IV, cod. il, titre 36, p, j'07. 
! (4) Saiut Alliauase, Ejàitolu udajtvs. 



T. II. 



34 — 



N° 141. 
CONCILE DE (1). 

(f.ALLICANUM.) 

(L'an 371.) — La foi de la très-sainte Trinité fut confirmée dans ce 
concile, elles Pères se plaignirent au pontife romain contre ceux qui 
refusaient d'y croire. 

N° 142. 

CONCILE EN CAPPADOCE (2). 
(in cappadocia.) 

(Vers le mois de juin de l'an 372.) — L'empereur Valens ayant divisé 
la Cappadoce en deux provinces, la ville de Tyane fut choisie pour la 
métropole de la seconde. En vertu de celte division , l'évèque de cette 
ville voulut s'attribuer le litre et les droits de métropolitain ; mais saint 
Basile s'y opposa fortement. Un concile fut assemblé pour terminer ce 
différend , et l'on y accorda les parties , en multipliant les évêchés de la 
Cappadoce. 

N° 143. 

III- CONCILE DE ROME. 
(romanum in.) 

(L'an 372 (3).) — Sur les représentations de saint Athanase et des 
évèques de la Vénitie et de la Gaule , le pape saint Damase assembla 
un nouveau concile à Rome, composé de quatre-vingt-treize évoques 
de diverses nations , qui excommunièrent Auxence et ses adhérents. 
Le Concile adressa ensuite aux évèques d'Illyrie une lettre synodale, où 
il confirmait la foi de Nicée et en particulier la divinité du Saint-Es- 
prit , par le consentement unanime de presque toutes les Églises de la 
Chrétienté. Les Pères de ce concile s'attachèrent surtout à montrer 
qu'on ne pouvait se prévaloir de ce qui avait été fait à Rimini»par sur- 
prise ou par violence ; et ils exhortaient les évèques d'Illyrie à témoi- 
gner eux-mêmes de leur orthodoxie par une déclaration solennelle (A). 

Il nous reste deux exemplaires de la lettre synodale de ce concile : 
l'original latin porte en tête le nom du pape Damase , de Valérien évê- 

(l) Le lieu où ce concile fut tenu est incertain. 
(•?) On ignore le lieu où ce concile fut assemblé. 

(3) Tillemont , dans ses Mémoires , place ce concile vers la fin de l'an 371. 

(4) Tbéodoret, Historia, lib. 11, cap. aa. — Sozomènc, Histoiïa, lib. M, cap. a3. 



— 35 — 
que d'Aquilée et de huit autres, et est adressé aux évêques catholiques 
d'Orient ; la version grecque, qui ne porte que les noms de Damase et 
de Valérien , porte en tête ces mots : Aux évêques d'Illyrie. En effet , il 
y avait une raison particulière de leur adresser les décrets de ce con- 
cile , à cause du grand crédit que rArianisme avait eu dans celle pro- 
vince par les soins et les intrigues d'Ursace, de Valens , de Caïus et de 
Germinius. 

N° IM. 

CONCILE D'ANTIOCIIE. 

(avtiociienum.) 

(L'an 372 (1).) — La lettre synodale du pape saint Damase ayant été 
apportée par le diacre Sabin , aux Églises de la Cappadoce et de l'Orient, 
saint Basile, de Césarée, assembla les évêques de sa province à Antio- 
che , au nombre de cent quarante-six , qui approuvèrent tous les déci- 
sions et la foi du concile de Home. Ils écrivirent ensuite une lettre aux 
occidentaux , pour leur dépeindre la triste situation des Églises d'O- 
rient (2). 

a II ne s'agit pas d'une Église, ni de deux , disaient les Pères du 
« concile d'Antioclie ; l'hérésie s'étend presque depuis les confins de 
i l'Illyrie jusqu'à la Thébaïde. La saine doctrine est renversée, les lois 
« de l'Église confondues , les ambitieux s'emparent des premières 
« places, qui deviennent la récompense de l'impiété. La gravité sacer- 
« dolale est perdue; on ne trouve plus de pasteurs qui connaissent leurs 
• devoirs : ils tournent à leur profit le bien des pauvres ou en font 
« des libéralités. La rigueur des canons est oubliée ; la licence de prê- 
i cher est grande. Car ceux qui ont acquis l'autorité par la faveur des 
« hommes, témoignent leur reconnaissance en accordant tout aux 
i pécheurs. Ainsi, les peuples sont sans correction, et les pasteurs 
< n'osent plus parler, étant esclaves de ceux qui les ont élevés. La foi 
« catholique devient un prétexte pour couvrir les inimitiés particuliè- 
« res. Quelques-uns , craignant d'être convaincus de crimes honteux , 
i excitent du désordre dans le peuple pour s'y cacher , et rendent la 
t guerre irréconciliable , parce qu'ils craignent que la paix ne découvre 
« leur infamie. Les infidèles rient de ces maux , les faibles en sont 

(1) Quelques auteurs placent ce concile après celui d'Illyrie, qu'ils portent à l'an 
372 ; mais nous continuerons de suivre la chronologie de \'Aii de vérifier f CJ dates 
et des meilleurs collecteurs de conciles. 

(2) Saint Basile, Epistolte O9*, 92', 3j4°. 






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il 



-36- 

< ébranlés, la foi devient douteuse , et 1' gnoranee se propage dans les 
i esprits. Les gens de bien ont la bouche fermée , tandis que les raé- 
« chants blasphèment; en liberté. [Les sanctuaires sont profanés, les 

< peuples catholiques fuient les lieux d'oraison comme des écoles d'im- 
• piété , et vont dans les déserts élever leurs mains au ciel avec larmes 
i et gémissements. Le bruit de ce qui est arrivé dans la plupart des 
i lieux est parvenu jusqu'à vous : vous savez que les hommes et les 
o femmes, les enfants et les vieillards se répandent hors des villes, et 

< célèbrent les prières à découvert, souffrant toutes les injures de l'air 
« avec une extrême patience. » Les Pères conjurent ensuite les occi- 
dentaux, par les termes les plus forts, de venir promptement au se- 
cours des Églises d'Orient et d'envoyer une députation , nombreuse , 
qui puisse avoir l'autorité d'un concile. Ils marquent ensuite la division 
qui régnait entre les catholiques, c'est-à-dire le schisme d'Antioche, 
et ils finissent par l'approbation de la lettre synodale des occidentaux. 

A ce concile assistèrent saint Mélèce d'Antioche , saint Eusèbe de 
Samosate , saint Pelage de Laodicée , Zenon de Tyr, Euloge d'Edesse , 
Bématius de Malle en Cilicie , Diodore de Tarse ; les autres^ évêques 
ne sont pas nommés. 

N° 146. 
CONCILE DE NICOPOLIS, EN ARMÉNIE. 

( NICOPOLITANUM.j) 

(Vers l'an 572.) — Eustathe de Sébaste était resté longlemps attaché 
au parti des ariens, mais il avait enfin souscrit au symbole de Nicée, 
avec d'autres macédoniens, aux conciles de Rome et de Tyane; et 
comme il affectait une grande austérité de mœurs , et qu'il avait con- 
tribué à répandre les pratiques de la vie ascétique dans l'Arménie et 
les provinces voisines , le saint évêque de Césarée , trompé par ces ap- 
parences , s'était lié avec lui pendant sa retraite dans la solitude du 
Pont; et depuis lors il n'avait conçu aucun doute sur la sincérité de sa 
cenversion. 

Néanmoins la foi d'Eustathe ne laissait pas d'être suspecte à plusieurs 
évêques, et entre autres à Théodote de Nicopolis, métropolitain de 
Sébaste , qui connaissait mieux que saint Basile l'esprit mobile et arti- 
ficieux de son suffragant. Ayant appris les erreurs qu'on imputait à 
Eustathe , l'évêque de Césarée crut devoir en exiger une profession de 
foi par écrit, et il lui fit signer une déclaration rédigée par Théodote, 
dans laquelle le symbole de Nicée était approuvé sans restriction , et le s 



I: 



— 57 — 
erreurs des ariens, des macédoniens et des sabel liens formellement 
condamnées. Ensuite, Théodote et saint Basile convoquèrent à Nicopolis 
un concile des évêques de la Cappadoce et de l'Arménie, afin de les 
réunir tous dans une même communion ; mais Eustalhe refusa de s'y 
rendre; et comme il ne donna que des excuses frivoles, qui décou- 
vrirent sa duplicité, saint Basile reconnut et avoua qu'il avait été 
trompé (1). 

N° 146.^ 

CONCILE DE VALENCE, EN DAUPHINÉ. 

(VALENTINUM.) 

(12 juillet de l'an 574.) — L'humilité qui avait porté saint Ambroise 
à se décrier lui-même pour éviter l'épiscopat , était alors si commune, 
que les évêques de la Gaule se crurent obligés de tenir un concile pour 
condamner cet imprudent excès d'humilité. Vingt-deux évêques, et 
même trente selon un ancien manuscrit (2), se trouvèrent à ce concile : 
les plus remarquables sont Florentiusde Vienne, qui est nommé le 
premier dans les souscriptions, et qui dut présider cette assemblée en 
sa qualité de métropolitain delà province Viennoise; Fagadius, ou 
saint Phébade d'Agen , qui est le premier en tête des lettres de ce con- 
cile; Concordius d'Arles, Artémius d'Embrun, Vincent de Digne, 
Eortius, que l'on croit être de saint Evortius ou Euverte d'Orléans, Emi- 
lien de Valence , Evemère de Nantes, saint Paul de Trois-Chàleaux , 
saint Just de Lyon, Britton de Trêves, Nicélius de Mayence et Constan- 
tius d'Orange. On ne connaît pas les sièges des autres évêques de ce con- 
cile , qui peut être regardé comme un concile général des Gaules (5). 

Après avoir fait de sérieuses réflexions sur certains abus que la sain- 
teté de l'Église ne permettait pas de tolérer, mais qui étaient trop 
communs pour être condamnés avec toute la rigueur qu'ils méritaient, 
les évêques du concile de Valence firent les quatre canons suivants 
pour réprimer les scandales et y maintenir la pureté de mœurs. 

1 er canon. Ceux qui, après la tenue de ce concile, se marieront deux 
lois ou qui épouseront des veuves, ne pourront être ordonnés clercs, 
soit qu'ils aient contracté ces sortes de mariages avant ou après leur 
baptême. Quant à ceux qui ont été ordonnés clercs , quoique bigames , 
le Concile ne veut pas qu'on les dépose , à moins qu'ils n'aient commis 
quelques fautes qui les rendent indignes de leur ministère. 

(i) Saint Basile, Epislola ixxvin. 

(a) Hardouin, Collectio conciliorum , etc., t. 1, p. 797. 

(3) Tillcmont , Mémoires, etc., t. VIII, p. 55i. 



L 1 



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S 



m 



- 38 — 

S* canon. On ne doit point recevoir aussitôt à la pénitence les filles 
qui , après s'être vouées à Dieu , se sont mariées ; on doit aussi , après 
les avoir reçues à la pénitence , leur différer la communion jusqu'à ce 
qu'elles aient pleinement satisfait à Dieu. 

3 e canon. Ceux qui après leur baptême auront sacrifié aux démons , 
ou souffert d'être baptisés par les hérétiques , seront reçus à la péni- 
tence, suivant les prescriptions du concile de !Nicée (1), pour ne pas 
les désespérer ; mais ils la feront jusqu'à la mort (2). 

4 e canon. Ceux qui , lorsqu'on voudra les ordonner diacres , prêtres 
ou cvêques, se diront coupables d'un crime mortel , ne doivent point 
être ordonnés; car ils sont, en effet, coupables ou de ce crime qu'ils 
avouent , s'il est véritable , ou de mensonge , s'il est faux. L'on ne doit 
point pardonner dans ces personnes ce que l'on punirait dans d'autres , 
si elles en étaient coupables. 

Ces quatre canons se trouvent à la suite d'une lettre que le Concile 
écrivit aux cvêques des Gaules et des cinq provinces (3). Outre cette let- 
tre, les Pères de Valence en adressèrent une autre au peuple et au clergé 
de Fréjus , dans laquelle ils rejetaient l'élection d'Acceptus , qui , par 
respect ou par crainte de l'épiscopat , s'était faussement accusé d'un 
crime mortel. 

On attribue encore deux décrets au concile de Valence , mais ils n'ont 
aucune autorité. Le premier déclare nulle et de nul effet l'aliénation 
des biens de l'Église faite sans le consentement par écrit des prêtres qui 
la desservent. Le second veut que les prêtres , préposés au gouverne- 
ment des églises d'un diocèse , demandent eux-mêmes , ou par un autre 
prêtre , et non par un jeune clerc , le saint chrême à l'évêque et non à 
un cvêque étranger, avant la fête de Pâques. 



N" 147. 

IV e CONCILE DE ROME. 

(romamim IV.) 

(L'an 374.) — Apollinaire de Laodicée s'était acquis une réputation 



H 



(i) Voir le u« canon. 

(3) Les Pères du concile de Valence crurent devoir user de cette sévérité parce 
qu'ils regardaient comme un plus grand crime d'abandonner la foi victorieuse et 
triomphante , que de céder à la crainte de la persécution. Tillemont , Mémoires, 
etc., t. VIII, p. 55a. 

(3) Par les Gaules , on entendait la Lyonnaise et la Belgique ; les cinq provinces 
étaient la Viennoise , les deux Narboiinaiscs et les deux des Alpes. 



I ' 



-39 - 
extraordinaire par ses écrits contre l'Arianisme ; il avait composé pour 
la défense de la religion, contre Porphyre , un traité sublime qui sur- 
passait en force et en beauté tout ce qui avait été écrit précédemment 
par Eusèbe et par d'autres écrivains , lorsqu'il tomba lui-même dans 
une erreur en quelque sorte opposée à l'Arianisme. Et tandis que les 
ariens contestaient la divinité de Jésus-Christ, Apollinaire nia son hu- 
manité. II prélendit que Jésus-Christ n'avait point pris l'àme humaine ; 
qu'il avait seulement l'âme animale, c'est-à-dire un corps doué d'un prin- 
cipe de vie organique , et que la divinité tenait lieu en lui de l'âme rai- 
sonnable (1). C'est ce qui faisait dire à saint Augustin que les apollina- 
ristes accordaient à Jésus-Christ l'âme des bêtes , et qu'ils lui refusaient 
l'âme de l'homme (2). Ils alléguaient pour raison de leur doctrine, dit 
saint Grégoire de Nazianze (5), qu'ils craignaient de reconnaître en Jé- 
sus-Christ deux natures opposées l'une à l'autre et séparées , sans avoir 
d'union ni de dépendance entre elles , comme ils le reprochaient injus- 
tement aux catholiques ; aussi avaient-ils coutume d'écrire sur le fron- 
tispice de leurs maisons , comme une vérité sublime et importante , qu'il 
faut adorer en Jésus-Christ un Dieu qui porte une chair, mais non un 
homme qui porte un Dieu. Apollinaire soutenait même que le corps de 
Jésus-Christ était d'une nature différente du corps humain , et qu'il n'a- 
vait point été formé dans le sein de la Vierge, en sorte qu'elle ne mé- 
ritait pas le titre de mère de Dieu. Cet hérésiarque enseignait aussi que 
Jésus-Christ avait apporté son corps du ciel ; mais il n'est pas facile de 
décider s'il le croyait éternel et consubstantiel à la divinité, comme le 
prétendaient quelques-uns de ses disciples , ou s'il n'admettait , selon 
quelques autres, qu'un corps subtil et aérien qui s'était dissout après la 
résurrection. Dans, tous les cas, il s'ensuivait évidemment de ses prin- 
cipes, que Jésus-Christ n'avait été homme qu'en apparence, et que par 
conséquent on ne pouvait admettre la réalité de ses souffrances et de sa 
mort , à moins de soutenir avec quelques apollinaristes que la divinité 
elle-même avait souffert (i). Apollinaire errait non-seulement sur l'in- 
carnation , mais aussi sur la trinhé ; car, admettant différents degrés de 
divinité, il prétendait que le Saint-Esprit était grand , le Fils plus grand, 
et le Père très-grand ; et il disait que le Saint-Espril était comme la 

(i) Ruffiu , Wstoria, lib. n , eap. 20. 

(>) Tractatus xlvii , inJoannem. 

(3) Oratio ui. 

(,'l) Saint Vinccnl de Lcrins , in commonitorio, cap. 17. — Sainl Augustin, île 
dona persévérant., cap. 34. — Idem, Hœres. 55. — Tliwduict , H isioriu , lib. V , 
cap. 3, — S.iint Grégoire de Nazianze, Oratin Si, 



vs 



11 



— 40 — 

splendeur, le Fils le rayon , et le Père le soleil (1). Quelquefois même il 
confondait les propriétés des personnes (2), ce qui le fit accuser de Sa- 
bellianisine (3). Il tenait encore l'opinion des millénaires , admettait 
trois résurrections et enseignait que Jésus-Christ régnerait sur la terre, 
que Jérusalem serait rebâiie , que l'on observerait de nouveau le ju- 
daïsme, les sacrifices et les cérémonies de la Loi (i). 

Les erreurs d'Apollinaire furent d'abord condamnées au concile d'A- 
lexandrie, l'an 362, sans qu'on fît mention de sa personne, parce qu'on 
était prévenu d'une si grande estime pour lui , qu'on hésitait à le croire 
coupable des impiétés répandues par ses disciples. Et, en effet, l'éclat et 
la variété de ses talents , son érudition prodigieuse et surtout la régula- 
rité de ses mœurs lui avaient concilié l'affection et l'estime des plus 
illustres docteurs de son siècle , particulièrement de saint Athanase, de 
saint Épiphane , de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze. 
Mais vers l'an 373, Apollinaire s'étant ouvertement déclaré chef delà 
secte qui prit son nom , le pape saint Damase, dans un concile tenu 
à Rome , l'an 374, condamna les erreurs de cet hérésiarque , afin que la 
foi des fidèles ne fût point ébranlée par sa doctrine impie. 

C'est dans ce concile , et non dans un autre tenu la même année , 
comme le prétend le P. Mansi, que fut condamné l'arienXucius , usurpa- 
teur du siège d'Alexandrie (5). On y déposa Florent, cvêque dePouz- 
zolcs , partisan de l'antipape Ursin. 






N° 148. 
CONCILE DULYRIL\ 

(ILLYRICUM.) 

(L'an 375 (6).) — Les évêques d'Illyrie , exhortés par la lettre syno- 
dale du 2 e concile de Rome à déclarer solennellement leur foi, tinrent 
un concile nombreux par ordre de Valentinien (7). 

Après un long et sérieux examen des matières de foi , ils déclarèrent 
qu'ils professaient, touchant la consubstantialité des trois personnes di- 

(i) Théodorct , Historia, lib. v, cap. 3. — Idem , Hardie, fabular., cap. vm. 

(2) Idem, idem. 

(3) Saint Basile , Epistola CCLXV. 

(4) Saint Grégoire de Nazianze, Oratio 5i. — Saint Grégoire de Nysse , Epistola 
■ad Eustatliium. — Saint Basile, Epistola cclxv. 

(5) Voir le P. Pagi. 

(6) Quelques collecteurs , le P. Pagi entre autres, placent ce concile à l'an 37a. 
Ilardouin le met à l'an 3^4. 

(7) Théodore!, Historia, lib. it, cap. 7, 



— 41 — 

vines et l'incarnation du Verbe, les enseignements du concile deNicée , 
de Rome et des Gaules; c'est-à-dire qu'ils croyaient une seule et même 
subslance du Père, du Fils et du Saint-Esprit en trois personnes, ou en 
trois hyposlases parfaites , et que Jésus-Christ est un Dieu portant 
chair et non un homme portant divinité. Ils anathématisèrent ceux qui 
disaient que le Fils éiait en puissance dans le Père , avant d'êire actuel- 
lement engendré , ce qui ne convenait qu'aux créatures ; et ceux aussi 
qui participaient à la communion des hérétiques qui ne confessaient pas 
la consubstantialitc des trois personnes (1). Ainsi se trouva condamnée 
dans ce concile l'hérésie des ariens, des macédoniens et dessabelliens; 
et ce décret fut envoyé aux églises et aux évoques de l'Asie et de la Phry- 
gie , avec une lettre écrite au nom du Concile, dans laquelle les évoques 
d'illyrie recommandaient à leurs confrères la discipline des ordinations, 
leur faisant un devoir de choisir les évoques parmi les prèlres, et lis 
prêtres et les diacres parmi le clergé , et non parmi les membres du 
conseil des villes ou parmi les officiers militaires (2). Et à la fin de leur 
lettre synodale, les évêques du concile d'illyrie faisaient mention de la 
déposition de six évêques ariens, qui n'avaient pas voulu confesser la 
consubstantialité du Fils et du Saint-Esprit; c'étaient: Polychrone, 
Télémaque, Fauste, Asclépiade, Amanceet Cléopâtre. L'empereur Va- 
leniinien joignit à cette lettre un rescril (5) dans lequel il exhortait les 
évêques d'Asie et de Phrygie à embrasser la foi des occidentaux touchant 
la consubstantialitc du Fils et du Saint-Esprit, et à ne pas abuser de 
l'autorité de son frère Valens, empereur d'Orient, pour susciter des 
persécutions contre les catholiques. 

N° i49. 

* CONCILE D'ANCYRE, EN GALATIE. 

(ancyranuh.) 

(L'an 375.) —Après la mort de l'empereur Constance , les ariens s'é- 
taient choisi pour protecteur Démosihène , vicaire du préfet du prétoire 

(i) Le P. Labbe, sacrosancta Concilia, etc., t. Il, p. 832 Thcodorct, Historia, 

lib. iv, cap. 8, g. 

(2) Idem, idem. 

(3) Celle lettre ou rescrit porte en tête les noms de Valentinien, de Valens et de 
Gralien , suivant l'usage des empereurs romains qui mettaient à leurs ordonnances 
les noms de leurs collègues à l'empire. Mais on ne doute pas que celle-ci ne soit 
proprement de Valentinien, à qui elle est attribuée par l'historien Tliéodorel (lib. 
iv, cap. 7). 



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— 42 — 

dans le Pont et la Cappadoce , homme fort ignorant dans les affaires de 
l'Église , l'ami des ariens autant que l'ennemi des catholiques (l). Comme 
il était bien aise de se servir du nom et de l'autorité des évêques pour 
couvrir ses mauvaises actions, il fit assembler un concile arien à An- 
cyre, au 'milieu de l'hiver de l'an 375, pour y déposer Lypsius (2), et 
mettre à sa place Cédicius, surnommé de Parnasse, qui embrassa aussi- 
tôt la communion de Basilide , évoque arien de Gangrcs en Paphlago- 
nie (3). 

Saint Grégoire de Nysse fut accusé dans ce concile , par un homme de 
vile condition , nommé Philochargie , d'avoir détourné plusieurs sommes 
d'argent appartenant à son Église. Ses accusateurs ajoutèrent que son 
ordination avait été laite contre les règles de l'Église. Démosthène en- 
voya des soldats avec ordre de lui amener le saint évêque prisonnier. 
Grégoire obéit; mais en route, se trouvant attaqué d'un violent mal de 
reins et ne pouvant obtenir des soldats aucun soulagement , il s'échappa 
de leurs mains et abandonna le pays. Les évêques ariens mirent alors à sa 
place un homme vil qui lit tous ses efforts pour ruiner la foi catholique 
dans son diocèse (4). 

Eustathe de Sébaste se trouva dans cette assemblée , à la suite de la- 
quelle il communiqua ouvertement avec les ariens , sans pouvoir obte- 
nir d'eux qu'ils communiquassent avec lui ailleurs que dans des maisons 
particulières (5). 

N° ISO. 

* CONCILE DE NYSSE, DANS LE PONT. 

|(«YSSENUM.) 

(L'an 375.) — Peu de temps après le concile d'Ancyre, Démosthène 
étant à Sébaste , ordonna à tous les évoques du Pont et de la Galalie , 
qui tenaient le parti des ariens , de s'assembler à Nysse pour y tenir 
un nouveau concile. On ne sait autre chose de leur assemblée , sinon 
qu'ils députèrent aux Eglises un homme digne d'être le ministre et 
l'exécuteur de leurs volontés (6). Saint Grégoire de Nysse y fut con- 
damné , quoique absent , et déposé sur les accusations des ariens. 

(i) Saint Basile, 23-« epistola ad Eusebium Samosat. 

(2) Hélait évêque de Parnasse ou de Pamassée, et non d'Ancyre, ainsi que le 
prétendent quelques historiens. 

(3) S»int Basile, 23-j* epistola ad Eusebium Samosat. 

(4) Saint Basile, Epislolœ 225 e , il-;' et 23o,'. 

(5) Idem, Epistola' 226 e et a44*- 

(6) Idem , Epistola iSy. 



fcf- 



- 43- 

N° 181. 

* CONCILE DE PUZE, OU PÉPUZE, EN PHRYGIE. 

(puzence.) 

(L'an 575 (1).) — Ce concile , tenu par les aéliens, décida qu'il fal- 
lait célébrer la pâque avec les juifs, c'est-à-dire le 14 e jour de la lune 
de mars. 

N° 1S2. 

CONCILE DE TOURS. 

(CONVENTUS TUR0NENS1S.) 

(L'an 375.) — Ce concile fut assemblé pour l'ordination de l'cvéque 
saint Martin (2). 

N° 1S3. 

CONCILE DES GAULES (5). 

(OALLICANUM.) 

(L'an 376.) — On reçut dans ce concile une loi de Gratien , qui auto- 
risait la voie d'appel du jugement de l'ordinaire au concile de la pro- 
vince , et dans certains cas de ce concile même à celui de tout le diocèse 
du préfet ou du vicaire (i). 

N° 184, 

* CONCILE DE CYZ1QUE. 

(CYZ1CENUM.) 

(L'an 376.) — Peu de temps après le concile de Nysse , le bruit se 
répandit que les ariens avaient le dessein d'assembler un autre concile 
pour déposer saint Basile, dans le cas où il ne voudrait pas communiquer 
avec eux (5); mais Dieu ne permit pas que l'Église de Césarée fût privée 
de son pasteur. Toutefois, il paraît qu'ils en assemblèrent un l'année 
suivante à Cyzique , dans lequel Eustathe signa une nouvelle profes- 
sion de foi,!où, selon saint Basile (6), on avait supprimé le terme de 
coDSubstantiel pour mettre à sa place celui de semblable en sub- 



(i) Fabricius le place à l'an 368. 
(i) Concil. Gall., édit. de 1789. 

(3) On conjecture que ce concile fut tenu dans les Gaules. 

(4) Art de vérifier les dates. 

(5) Saint Basile, Episiala li-j' . 
((1) Idem, Evistola a44\ 



■ 



^ 



— 44 — 

stance, et où l'on proférait avec Eunorae des blasphèmes contre le 
Saint-Esprit. 

N° ISS. 

V e CONCILE DE ROME. 

(roman vu V.) 

(Vers la fin de l'an 577.) — Le 4 e concile de Rome , en condamnant 
les erreurs d'Apollinaire , avait traité sa personne avec indulgence, à 
cause de l'amitié qui l'unissait à saint Athanase, à saint Épiphane, à 
saint Basile et à saint Grégoire de Nazianze ; mais en 377 Vital, prêtre 
d'Antioche, s'étant séparé de la communion de saint Mélèce pour se 
joindre à Apollinaire, qui le nomma évêque de sa secte, à Antioche,le 
pape saint Damase (1) , instruit par les évoques d'Orient des troubles et 
des divisions que les partisans d'Apollinaire et de Vital occasionnaient 
dans les Églises (2), tint un concile à Rome pour condamner ces deux 
fauteurs du schisme et de l'hérésie. Les erreurs d'Apollinaire y furent 
de nouveau anathémalisées ; on y reconnut que Jésus-Christ était vrai 
Dieu et vrai homme tout ensemble , et l'on y déclara ennemi de l'Église 
quiconque dirait qu'il manque quelque chose soit à sa divinité , soit à 
son humanité (3). Apollinaire et Timothée son disciple , qui se disait 
évêque d'Alexandrie , furent condamnés et déposés par les Pères de ce 
concile; Vital et un certain Magnus anathématisés (4). On y déposa aussi 
un partisan de l'antipape Ursin , évêque de Parme, ou plutôt de Porto, 
dont on ne connaît pas le nom. 

Le pape saint Damase écrivit ensuite une lettre synodale aux évèques 
d'Orient , dans laquelle il leur disait au nom du concile que l'on y avait 
unanimement confessé un Dieu en une seule substance et en trois per- 
sonnes : le Fils comme ayant sa propre substance , sans être en rien dis- 
semblable au Père , né de Dieu , vrai Dieu de vrai Dieu ; né de la vierge 
Marie, homme parfait pour nous racheter; le Saint-Esprit incréé, de 
la même majesté, nature et vertu que le Père et notre Seigneur Jésus- 
Christ. Cette lettre portait aussi que dans les ordinations des clercs il 
faut suivre les règles prescrites par les canons et ne pas communiquer 
facilement avec ceux qui y contreviennent , de peur de donner lieu par 

(i) Sozomène, Historia, lib. vi , cap. 25. — Thcodoret , Histoiia, lib. v, cap. 4. 
— Saint Épiphane, Hceres. 77, nnm. 20. 
(a) Saint Basile, Epistola a65". 

(3) Ruffin, Historia, lib. 11, cap. ao. — Soiomène , Historia, lib. VI, cap. i5. 

(4) Théodorel, Historia, lib. v, cap. 10. 



cette indulgence à de nouvelles coniraveniions. Après avoir loué le 
prêtre Dorothée d'avoir pris la défense des orientaux, le pape saint Da- 
mase réfute l'erreur d'Apollinaire , qui voulait que Jésus-Christ eût pris 
de la vierge Marie un homme imparfait , c'est-à-dire sans àme raison- 
nable; et il dit que si le Fils de Dieu n'avait pas pris d'elle un homme 
parfait, notre rédemption ne serait pas entière, puisqu'il n'aurait pas 
racheté notre àme ; ce qui est contraire à l'Évangile , où il est dit « que 
< Jésus-Christ est venu pour sauver tout ce qui avait péri (1) ; > et ces 
paroles doivent s'entendre principalement de l'âme, qui a été le principe 
du péché et delà perte de l'homme. Pour nous, ajoute saint D:imasc, 
qui savons que nous sommes sauvés en entier, nous confessons , selon 
la doctrine de l'Église , qu'un Dieu parfait a pris un homme parfait (2). 
On trouve à la suite de cette lettre un décret qu'Holstenius et le P. 
Labbe après lui ont cru appartenir à ce concile de Rome ; mais nous 
prouverons ailleurs qu'il fut fait dans un autre concile tenu dans la 
même ville sous le pape Gélase. 



N° ISG. 

YT CONCILE DE ROME. 

(romanum vi.) 

(Vers la fin de l'an 578.) — Pendant que le pape saint Daraase tra- 
vaillait à rétablir la paix dans les Eglises d'Orient , il avait lui-même à 
se défendre contre les attaques de l'antipape Ursin , qui depuis plus de 
C ans lui faisait une guerre acharnée et attirail sur Kome des troubles et 
des meurtres continuels. Pour mettre fin à ces dissensions, Juventius, 
préfet de Kome , en avait banni l'antipape; mais Valentinien lui avait 
accordé son rappel; et sa présence ayant causé de nouveaux troubles, 
l'empereur s'était vu contraint de l'exiler de Home et des provinces sub- 
urbicaires. 

Gratien , devenu maître de l'Occident par la mort de Valentinien , ar- 
rivée l'an 575, ayant été averti des intrigues d'Ursin pour troubler la 
paix de l'Église , le relégua à Cologne dans les Gaules. Cependant les 
partisans de l'antipape subornaient un juif nommé Isaac, qui, après 
avoir embrassé la religion chrétienne, était retourné à la synagogue, et 
le poussèrent à attaquer le pape saint Damase dans sa conduite et dans 
ses mœurs. Le crime dont il l'accusa n'est point exprimé ; mais son 
innocence fut reconnue par un jugement de l'empereur, et Isaac exilé 

(i) Saint Matthieu, ch. ivn, v. Il, 

(2) Epistolte <lecretahi , t. 1, cpistola iv«. 



«s 



— 46 — 

en Espagne pour avoir faussement accusé Damase. Non content d'avoir 
été absous par Gratien , ce saint pape voulut encore soumettre sa cause 
au jugement des évêques d'Italie , et ce fut pour ce motif qu'il tint un 
nombreux concile à Rome sur la tin de l'an 578. 

Après avoir examiné la cause de saint Damase , les Pères du concile 
écrivirent une leltre aux deux empereurs Gratien et Valentinien , pour 
leur faire des remontrances sur les désordres occasionnés en Italie par un 
nommé Reslitut, évêque d'Afrique, et par Claudien , que les donatistcs 
avaient envoyé à Rome en qualité d'évêque , et qui par son baptême il- 
légitime profanait le véritable baptême de l'Eglise de Jésus-Christ ; et en 
outre par l'évêque de l'arme ou plutôt de Porto (1), et par Florent, 
évêque de Pouzzoles , déposés , celui-ci par le 4 e concile de Rome , ce- 
lui-là par le 5 e concile tenu dans la même ville sous le pape saint Da- 
mase. Les évêques assemblés se plaignirent aux empereurs de l'inexé- 
cution du rescrit publié par Valentinien l'an 367 (2), portant que l'é- 
vêque de Rome jugerait les autres évêques , afln que les affaires de la 
religion fussent examinées et jugées par un pontife de cette même reli- 
gion et non par des juges laïques, i Nous vous prions donc, continuent 

• les évêques, d'ordonner que quiconque ayant été condamné par Da- 
« mase ou par les évêques catholiques voudrait retenir son Église , ou 
« refusera de se présenter au jugement des évêques, lorsqu'il y sera 
« appelé , le préfet du prétoire d'Italie ou son vicaire le fasse venir à 
« Rome; ou si la question est soulevée dans un pays éloigné, qu'il soit 
t amené par les juges deslieux devant le métropolitain ; ou s'il est mé- 
t tropolitain lui-même, qu'on le fasse venir sans délai à Rome, ou devant 
« les juges que l'évêque de Rome aura nommés. Que si le métropolitain 

• ou quelque autre évêque est suspect à l'accusé, il pourra appeler à l'é- 
< vêque de Rome , ou à un concile de quinze évêques voisins. Nous 
i vous prions aussi d'imposer silence à ceux qui seront ainsi déposés et 
« de les éloigner du territoire de la ville où ils auront été évêques. Que 

• notre frère Damase ne soit pas de pire condition que ceux au-dessus 

• desquels il est élevé par la prérogative du siège apostolique , quoi- 
« qu'il leur soit égal en fonctions , et qu'ayant été justifié par vous- 

• mêmes, il ne soit pas soumis aux jugements criminels dont votre loi 
i a exempté les évêques, car s'il a bien voulu se soumettre au jugement 
f des évêques , ce ne doit pas être contre lui un prétexte de calomnie. 
« Il n'a fait que suivre les exemples de ses prédécesseurs , suivant 

• lesquels l'évêque de Rome peut se défendre dans le conseil de l'em- 

(l) Sod nom n'est pas connu. 

la) Code ihéodoAen, appendice, p, io. mmgpisMa décrétâtes, t. I, p. 524. 



— 47 — 



« pereur, si on ne confie pas sa cause à un concile. Le pape saint Syl- 
t vestre étant accusé (i) par des hommes sacrilèges, plaida sa cause 
« devant votre père Constantin (2) ; et saint Paul , opprimé par le gou- 
« verneur de la Judée , en appela à César et fut jusqu'à son tribunal. » 
Les Pères du concile finissent leur lettre en priant les empereurs, s'il s'éle- 
vait quelque nouveau chef d'accusation contre l'évoque de Home, de s'en 
réserver à eux-mêmes la connaissance , laissant aux juges ordinaires le 
soin d'examiner les faits , mais non l'autorité du prononcer un jugement. 
Ils insistent aussi pour qu'on ne reçoive , suivant les Écritures , aucune 
accusation contre un évêque , ni même contre un prêtre , sans témoins 
dignes de foi , et pour qu'on punisse rigoureusement tout calomnia- 
teur (5). 

N° 1S7. 

CONCILE D'ICONE, EN LYCAOME. 

(iCONENSE.) 

(L'an 378 (4).)— Saint Amphiloque , évêque d'Icône , reçut une lettre 
de plusieurs évêques macédoniens qui lui demandaient d'une voix una- 
nime à être reçus dans sa communion , dans celle de saint Basile et des 
autres catholiques. Mais avant d'arriver à cette réunion , ils désiraient 
savoir pour quel motif le concile de Nicée n'ayant rien décidé touchant 
la divinité et la consubstantialité du Saint-Esprit , on voulait les obliger 
à les confesser. Ces évêques avaient la réputation d'être très-zélés pour 
le bien de l'Église et très-fermes dans la foi, la plupart même avaient 
été persécutés pour le nom de Jésus-Christ ; ils s'étaient laissé entraî- 
ner dans le parti des macédoniens , sans avoir toutefois communiqué 
avec les ariens. Soit que saint Amphiloque tînt alors un concile , soit 
qu'il en eût assemblé les évêques de sa province pour répondre à la lettre 
des macédoniens , celle qu'il leur écrivit fut rédigée dans ce concile d'I- 
cone. Elle contenait en substance que si les Pères du concile de Nicée 
avaient peu parlé du Saint-Esprit , c'est qu'ils n'avaient en vue que d'é- 
touffer l'hérésie d'Arius à sa naissance , et qu'alors il ne s'agissait que 
de la divinité du Verbe , et non de celle du Saint-Esprit; que toutefois 
leur symbole exprimait assez clairement leur croyance touchant la divi- 

(i) Ce tait du pape saint Sylvestre est remarquable; il ne se trouve point ail- 
leurs. 

(2) Les évêques nom.uent Constantin père de Giatieu, parce que Cratien avait 
épousé Constanlia , fille posthume de Constance. 

(3) Epistolœ décrétâtes, t. I, p. 527 et seq. 

(4) Suivant d'autres, l'an 377. 



— 48 — 
nité du Saint-Esprit, puisqu'il y est dit que l'on doit; croire au Saint- 
Esprit , comme au Père et au Fils , et qu'on n'y établit pas deux natures 
différentes dans la trinité. Elle ajoute que Jésus-Christ , en ordonnant 
de baptiser au nom du Saint-Esprit , aussi bien qu'au nom du Père et 
du Fils , nous a obligés par là de le reconnaître Dieu comme les deux 
autres personnes; que ce précepte condamne en même temps l'hérésie 
de Sabellius et celles d'Arius et de Macédonius , puisqu'il établit un seul 
Dieu et une seule nature en trois personnes ou hypostases; qu'il n'y a 
point de milieu entre Dieu et la créature, et qu'il ne nous est point per- 
mis de mettre le Saint-Esprit au rang des créatures, puisque dans l'E- 
glise de Jésus-Christ on baptise en son nom. La lettre finissait en exhor- 
tant ces évêques, qui y sont traités avec beaucoup de respect et d'amitié, 
à joindre le Saint-Esprit avec le Père et le Fils dans la glorification 
par laquelle on terminait les psaumes , les prières et les sermons , et 
prolestant que ceux qui blasphèment contre le Saint-Esprit tombent dans 
un péché irrémissible et subissent la condamnation des ariens (1). 

Cette lettre nous apprend que saint Basile fut invité à se trouver à ce 
Concile , mais qu'il ne put y venir, parce qu'il était malade ; elle nous 
apprend aussi qu'on y lut son livre du Saint-Esprit qu'il avait envoyé à 
saint Amphiloque , voulant qu'il fût approuvé par lui avant de le rendre 
public. 

N° 188. 

VII e CONCILE DE ROME. 

( ROMANUM Vif.) 

(L'an 379.) — Ce concile, tenu sous le pape saint Damase, fit une 
confession de foi et des analhématisraes contre les erreurs de Macédo- 
nius, d'ÉunOme et d'Apollinaire (2). Les voici : « Après le concile de NU 
« cée , et celui qui fut tenu à Home par les évêques catholiques , on a 

(i) Colelerius , t. Il , p. 99. — Hardouin , CoUectio conciliorum, t. I, p. 798. 

Baluze, Nova colleclio conciliorum , t. I, p. 82. 

(a) Epistolœ décrétâtes , t. 1 , p. 5 1 1 . — Le I'. Labbe , sucrosancta concilia , t. Il , 
p. 998. — Hardouin , CoUectio conciliorum , l. 1 , p. 802. — Théodoret parle de ce 
concile et rapporte cette confession de foi [Historia, lib. v, cap. 10 et n) ; elle se 
trouve aussi dans la lettre que le pape Damase écrivit en celte année à Paulin, 
évêque d'Anlioche, qui était alors à Thessalonique, en Macédoine, pour des affaires. 
Comme cette lettre est très-favorable à Paulin, quelques auteurs en ont inféré 
quelle fut écrite vers l'an 37."), époque à laquelle le pape conseillait de communi- 
quer avec lui. Mais il est certain par le commencement de la profession de foi que 
nous allons rapporter, que celle letire est postérieure au concile de Rome, où l'on 
ajouta au symbole de Niiée quelque cliose touebant le Salât-Esprit : or, ce concile 



R 



— 49 — 



« ajouté quelque chose touchant le Saint-Esprit, parce que quelques-uns 
f ont avancé depuis qu'il avait été fait par le Fils. C'est pourquoi nous 
« anathéuiatisons les sahelliens qui disent que le Père est le même que le 
« Fils ; Arius et Eunomius qui disent également , quoique en différentes 
« paroles , que le Fils et le Saint-Esprit sont des créatures ; les Macé- 
t doniens qui viennent d' Arius sous un autre nom ; Photin , qui , re- 
t nouvelant l'hérésie d'Ebion, soutient que notre Seigneur Jésus-Christ 
« ne vient que de la vierge Marie ; ceux qui disent qu'il y a deux Fils , 
« l'un avant les siècles , l'autre après l'incarnation. Nous anathémati- 
t sons ceux qui disent que le Verbe de Dieu a tenu lieu d'âme raison- 
i nable à la chair humaine ; car le Fils et le Verbe de Dieu n'a pas été 
i dans son corps à la place de l'âme raisonnable et intelligente , mais 
i il a pris une âme semblable à la nôtre , raisonnable et intelligente , 
« exempte de péché, pour sauver l'homme entier (1). » 

Le Co ncile s'élève ensuite contre les translations d'évêques si fré- 
quentes alors en Orient. « Nous tenons pour séparés de notre commu- 
« nion , dit-il , ceux qui ont passé d'une église à une autre , jusqu'à ce 
« qu'ils soient retournés à la ville , où ils ont été premièrement établis. 
« Que si quelqu'un a été ordonné à la place de celui qui avait quitté son 
« église, celui-ci demeurera privé de l'honneur du sacerdoce, jusqu'à ce 
i que son successeur repose dans le Seigneur, i Le Concile continue 
par les anathématismes suivants : 

1 er anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Père a toujours 
été, et que le Saint-Esprit a toujours été , qu'il soit anathème. 

2 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Fils est né du Père , 
c'est-à-dire de sa substance divine , qu'il soit anathème. 

3 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Fils est vrai Dieu , 
qu'il peut tout, qu'il sait tout, et qu'il est égal à son Père, qu'il soit 
anathème. • 

4 e anathématisme. Si quelqu'un dit que le Fils n'était pas dans le ciel 
avec son Père , pendant qu'il était sur la terre avec les hommes , qu'il 
soit anathème. 
5 e anathématisme. Si quelqu'un dit que la divinité du Fils a souffert 

n'est autre que celui de l'an 377. Le pape envoya celle confession de foi à Paulin 
sur les plaintes réitérées des orientaux contre les progrès que faisaient les hérésiet 
d'Arius , de Marcel et d'Apollinaire. 

(l ) Cet anatiiématisme est contre Apollinaire, mais le concile ne le nomme point ; 
il anathématise aussi Marcel d'Ancyre sans le nommer, et avec lui ceux qui disent 
que le Verbe de Dieu est éloigné de lui par quelque sorte d'extension , qu'il n'a pas 
l'àme en substance , et qu'il finira un jour. 

T. II. , 



ts? 



■ 



— 30 — 

la douleur de la croix , et non l'âme ni le corps , auxquels le Fils de 
Dieu était uni en prenant la forme d'esclave, comme dit f Ecriture- 
Sain te , qu'il soit anathème. 

6 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Verbe a souffert 
dans la chair, qu'il a été crucifié dans la chair, qu'il est mort dans la 
chair, et qu'il a été le premier-né des morts, dont il est la vie et le Dieu 
vivifiant, qu'il soit anathème. 

7 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas qu'il est assis à la droite 
de Dieu le Père dans la chair à laquelle il s'est uni , et dans laquelle il 
viendra juger les vivants et les morts , qu'il soit anathème. 

8 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Saint-Esprit pro- 
cède véritablement et proprement du Père , comme le Fils , et qu'il est 
de la substance de Dieu et vrai Dieu , qu'il soit anathème. 

9 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Saint-Esprit peut 
tout , qu'il sait tout , qu'il est partout , comme le Père et le Fils , qu'il 
soit anathème. 

10 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Père a fait toutes 
les créatures visibles et non visibles par le Fils qui s'est incamé, et par 
le Saint-Esprit , qu'il soit anathème. 

11 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Père, le Fils et le 
Saint-Esprit n'ont qu'une divinité , une majesté , une puissance , une 
gloire , un empire , un royaume , une volonté et une vérité , qu'il soit 
anathème. 

12 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Père , le Fils et le 
Saint-Esprit sont trois personnes véritables, égales, vivantes éternel- 
lement , contenant ce qu'il y a de visible et d'invisible, toutes-puissantes, 
qui jugent tout , qui vivifient tout , qui font tout , qui savent tout , qu'il 
soit anathème. 

15 e anathématisme. Si quelqu'un ne dit pas que le Saint-Esprit doit 
être adoré par toutes les créatures comme le Père et le Fils, qu'il soit 
anathème. 

14 e anathématisme. Si quelqu'un a des sentiments orthodoxes tou- 
chant le Père et le Fils , et qu'il n'en ait pas louchant le Saint-Esprit , 
il est hérétique , parce que tous les hérétiques qui ont de mauvais sen- 
timents louchant le Fils et le Saint-Esprit , se trouvent coupables de la 
môme perfidie que les juifs et les païens. 

15° anathématisme. Si quelqu'un divise la divinité, en disant que le 
Père est Dieu , que le Fils est Dieu , et que le Saint-Esprit est Dieu , et 
que ce sont des Dieux et non un Dieu par l'unité de leur divinité ou de 
leur puissance, ou que mettant à part le Fils et le Saint-Esprit, il ne 



I 



— r,i — 
reconnaisse que le Père pour un seul Dieu , qu'il soit analhème. Le nom 
de Dieux (au nombre pluriel) a été donné par Dieu même aux anges et 
aux saints , niais il n'a pas été donné au Père , au Fils et au Saint-Es- 
prit ; c'est le nom de Dieu (au nombre singulier) qui leur a élé donné à 
cause de l'unité et de l'égalité de leur divinité, afin que nous sachions 
que nous sommes baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, 
et non au nom des anges, ni des archanges , comme le croient les héré- 
tiques , les juifs et les païens insensés. Le salut des chrétiens est donc 
d'être baptisé au nom de la Trinité , c'est-à-dire , du Père , dn Fils et 
du Saint-Esprit , et de croire fermement qu'en cette Trinité , il n'y a 
qu'une même divinité , une même puissance , une même majesté , une 
même substance. Telle est la confession du concile de Home. 

N° 139. 

CONCILE D'ANTIOCHE, EN SYRIE. 

(antiociij.mim.) 

(Mois d'octobre de l'an 579 (1).)— Les évêques orthodoxes de l'Eglise 
d'orient ayant été rappelés de l'exil et rétablis sur leurs sièges par un 
édit de l'empereur Gratien , tinrent un nombreux concile à Antioclie , 
pour remédier aux maux de celle Église , et prendre des mesures que 
les circonstances réclamaient à la suite d'une si longue persécution. 
Cent quarante-six évêques y assistèrent, parmi lesquels on remarque 
saint Grégoire de Nyssc, saint Eusèbe de Samosate. , saint Pelage de 
Laodicée, Zenon de Tyr, saint Euloge d'Édesse, Bernace de Malle, en 
Cilicie, Diodore de Tarse; saint Mélèce le présida. C'est un des plus 
illustres, dit Tillemont (2), qui se soient tenus dans l'Église, quoiqu'on ne 
trouve aucun vestige de ses actes dans les historiens. Tout ce qu'on en 
sait par Holstenius (3), c'est qu'on y souscrivit à la décision du concile 
de Rome contre l'hérésie d'Apollinaire (4). On y condamna également 
les erreurs de Photin , des macédoniens et des ariens , et on y reçut une 
formule de foi envoyée par les évêques d'Occident, appelée le tome des 






1 







(i) Le P. Matisi place ce concile à l'an 378, mais il se trompe évidemment, 
puisqu'il est certain, d'après la leurs de saint Grégoire de Nysse au moine Olympius 
[in vitâ sunctœ Macrmœ), que ce concile se tint neuf mois après la mort de saint Ba- 
sile, arrivée au commencement de l'an 370, (le 1" janvier), dans le temps que Gra- 
tien régnait seul en Orient. 

(2) Mémoires, etc. 

(3) Collcciio romanti , t. I , p. 166. 

(4) Epistotœ decretuki , t, I, p, 5oo. 



] 



— 52 — 

occidentaux (1). H est probable qu'on y chercha aussi les moyens de faire 
cesser le schisme d'Antioche ; et l'on sait positivement que saint Mélèce, 
après son retour, offrit à Paulin de gouverner l'Église en commun ; mais 
celui-ci ne voulut point consentir à cetie proposition. Il paraît cependant 
qu'il y eut un accord entre eux , par lequel on convint de ne point don- 
ner de successeur à celui des deux évêques qui mourrait le premier. 

N° 160. 

CONCILE DE MILAN. 

(memolanense.) 

(Vers l'an 580.)— Ce Concile , tenu par saint Ambroise et les évêques 
de sa province , reconnut l'innocence de la vierge Indicia, accusée de 
s'être laissé corrompre. 

N° 161. 

* CONCILE D'AFRIQUE. 

(africanum.) 

(Vers l'an 380.) — Ce concile, tenu par les évêques donatistes, con- 
damna Tichonius, donatiste, qui enseignait que la véritable Église est 
répandue par toute la terre. 

N° 162. 

* CONCILE D'ANTIOCHE. 

(antiocuenum.) 

(Mois de décembre de l'an 380.)— Les ariens, condamnés à restituer" 
aux catholiques toutes les églises d'Antioche qu'ils avaient usurpées, 
tinrent en cette ville un concile , d'où ils écrivirent à Eunomius et aux 
évêques de son parti pour leur demander leur communion. Mais ils ne 
l'obtinrent qu'à la condition d'analhématiser Aëce et ses livres. 

N° 165. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE, II e OECUMÉNIQUE. 

( CONSTANTINOPOUTANUM I.) 

(Commencé au mois de mai de l'an 381, fini le 30 juillet suivant.) — 

(l) Ce tome est cilé clans le 5' canon du concile de Constanlinople de l'an 38i, 
dans la lettre synodale de celui qui fut leim l'année suivante, et dans Théodore!, 
Hisloria , lib. v, cap. y. Il y a apparence que ce tome est la confession de foi du ?« 
concile de Home , envoyée par le pape saint Damase à Paulin d'Antioche. 



— 53 — 

Après la mort de Valens, arrivée le 9 août de l'an 378, l'empire d'Orient 
revint à ses deux neveux (1) et toute l'autorité à Gratien. Ce prince , 
qui , dès le commencement de son règne en Occident , avait publié une 
loi pour renouveler contre les hérétiques la défense de s'assembler soit 
dans les villes soit à la campagne , sous peine de confiscation des lieux 
où ils auraient dressé des autels , renouvela aussitôt l'ordre de rappeler 
les évoques bannis par Valens et prescrivit en outre à ses officiers d'ôter 
les églises aux ariens et de les restituer au culte de la religion catho- 
lique. Mais il rendit encore à l'Église un service plus signalé en élevant 
à l'empire l'espagnol Théodose (2). 

Théodose signala son règne en Orient par des témoignages éclatants 
de son zèle pour la religion. Après avoir forcé les goths par ses victoires 
à demander la paix , il s'appliqua tout entier à faire cesser les troubles 
de l'Église et à réparer les maux qu'elle avait soufferts en Orient pen- 
dant les longues persécutions de l'Arianisme. Il reçut la grâce du bap- 
tême par le ministère de saint Ascole , évêque de Thessalonique, et pu- 
blia ensuite une loi pour faire embrasser dans tout l'empire la foi de 
l'Église romaine. « Nous voulons , disait-il , que tous les peuples de 
« notre obéissance s'attachent à la doctrine que l'apôtre saint Pierre a 
i prêchée aux romains , et qui est encore enseignée par le pape saint 
i Damase, en sorte que tous reconnaissent une seule divinité et une 
< même puissance dans la trinité des personnes divines. Nous ordon- 
« nons que ceux qui professeront cette foi portent seuls le nom de chré- 
t liens catholiques , et que les autres soient désignés par le nom d'in- 
« fàmes hérétiques, leur défendant en outre de donner à leurs assem- 
i blées le litre d'Église. » Cette loi , qui fut publiée le 28 février de l'an 
380, était adressée spécialement au peuple de Constantinople , où les 
ariens dominaient depuis quarante ans. 

L'Église de cette ville était tombée , dès l'an 530, entre les mains 
d'Eusèbe de Nicomédie , chef de toute la faction arienne. Puis , elle 
avait subi la domination despotique de l'hérésiarque Macédonius, qui y 
avait exercé à diverses reprises les cruautés les plus sanglantes , et qui, 
après avoir longtemps combattu la divinité du Fils de Dieu , avait atta- 
qué la divinité du Saint-Esprit. Dépose pa r les acaciens au concile de 

(i) Valentinien et Gratien , fils de l'empereur Valentinien , mort en Ulyrie vers 
la fin de l'an 375. 

(2) Il fut revêtu de la pourpre à Sirmium, le 19 janvier de l'an 379. Il eut pour 
son partage toutes les provinces de l'Orient avec la Thraceet une partie de l'Illyrir. 
Le reste de celle province avec l'Italie et l'Afrique fut laisse au jeune Valentinien , 
et Gratien retint seulement les Gaules, l'Espagne et U Grande-Bretagne. 









«i 






— 54 — 

Conslantinoplc, l'an 360 (1), Macédonius s'était vu substituer l'impie 
Eudoxe qui avait commencé les (onctions de son ministère dans cette 
Eglise par des blasphèmes si horribles qu'il n'est pas permis à un chré- 
tien de les rapporter. A la mon de cet hérétique , survenue l'an 370, les 
catholiques élurent pour leur évêque un nommé Evagre ; mais son ordi- 
nation souleva contre eux la fureur des ariens; et Valens, qui régnait 
alors, lit bannir Evagre de Constanlinople et mit à sa place Démophile 
de Bérée , cet évêque devenu si fameux sous le pape Libère (2), et qui 
s'était plus d'une fois signalé dans la faction des ariens par des actes si 
barbares que le concile d'Aquilée rappelle le cruel chef de la perfidie : 
Dirum perfidiœ caput (3). Dès son entrée à Constantinople , les ariens 
exercèrent sur les catholiques des cruautés inouïes (4), qui ne cessèrent 
qu'à l'arrivée de Théodose , au mois de novembre de l'an 380. Cet em- 
pereur enjoignit à Démophile d'embrasser la loi de Nicéc ou de quitter 
les églises; et cet évêque arien , ne se trouvant pas en état de résister, 
sortit de la ville avec Lucius qui s'y élait réfugié après son expulsion 
d'Alexandrie , l'an 378. 

Sur ces entrefaites, saint Grégoire de Nazianze , depuis longtemps cé- 
lèbre par sa vertu, par son éloquence et son savoir, consentit, sur les 
vives instances des évoques de l'Orient , à quitter sa solitude pour venir 
relever cette Église, abandonnée sans défense aux ravages et aux sé- 
ductions de l'hérésie : c'était en l'an 379. 11 eut à surmonter des ob- 
stacles sans nombre et de toute nature : la pauvreté de ses vêtements , 
la pâleur de son visage desséché par les austérités et les maladies , son 
corps courbé par la vieillesse , son accent rude et étranger, tout son 
extérieur enlin , devint pour les sectaires un objet de railleries ; et 
comme il enseignait l'égalité des personnes divines, les ariens le dé- 
crièrent auprès de la populace , en disant qu'il prêchait trois dieux. Les 
esprits s'échauffèrent tellement contre sa personne et sa doctrine , que 
le peuple le poursuivit quelquefois à coups de pierres ; mais à tous ces 
outrages, il n'opposa qu'une patience et une modération inaltérables, 
qui , jointes à une conduite régulière et opposée i la vie mondaine des 
ecclésiastiques ariens, lui concilièrent enfin l'estime et bientôt après 
l'affection de tout le monde. 

Saint Grégoire ne s'appliqua pas seulement à réfuter les hérétiques et 
à les gagner par la douceur de sa parole , mais il mit tous ses soins à 



(1) Voir le t. I tr de celle Histoire , p. 307. 

(2) IdeiE , idem , p. 291 el suiv. 

(3) Code Théodosien, Appendice, p. 73. 

(4) Sainl Grégoire de Nazianze , Omlio XXX11. 



— 55 — 

instruire les catholiques des vérités de la morale et de la loi. Aussi son 
éloquence excita l'admiration. La profonde connaissance qu'il avait des 
Écritures , la netteté de ses idées , la justesse et la force de ses raisonne- 
ments , la facilité de son élocution riche , brillante et harmonieuse , 
attiraient une foule immense à ses instructions ; et non-seulement les 
catholiques , mais les hérétiques de toutes les sectes et les païens même, 
accouraient pour l'entendre , et souvent l'enthousiasme éclatait par des 
applaudissements, quoiqu'il attaquât sans ménagements l'hérésie domi- 
nante. 

Cependant les succès de Grégoire excitèrent la jalousie d'un prêtre 
de Constantinople , qui , pour y mettre un obstacle, profita de l'ambi- 
tion d'un philosophe cynique , nommé Maxime. Egyptien de naissance, 
Maxime avait embrassé, dès sa jeunesse, avec la religion chrétienne la 
philosophie des cyniques , dont il portait l'habit blanc , le bâton , les 
longs cheveux et les autres marques distinetives. Il affectait de si grands 
sentiments de piété et tant de zèle pour la loi , que le saint docteur, se 
laissant tromper par ces apparences , l'admit dans son intimité et lit pu- 
bliquement son éloge. < Il pratique, disait le saint docteur de Nazianze, la 
« philosophie chrétienne sous un habit étranger, dont la blancheur est 
i un signe de la pureté de son âme ; il n'a de cynique que l'habitude de 
t vivre pauvre et au jour le jour, d'aboyer contre le vice , de caresser 
« la vertu et de veiller à la garde des fidèles. > Mais cet hypocrite am- 
bitieux travaillait secrètement à se faire élever sur le siège de Constan- 
tinople. Il réussit à mettre dans ses intérêts le patriarche d'Alexandrie, 
qui envoya quelques évêques d'Egypte pour l'ordonner, quoiqu'il eût 
approuvé lui-même par ses lettres la mission de saint Grégoire de Na- 
zianze. Les évêques étant arrivés à Constantinople , Maxime réunit une 
partie de la populace et des mariniers , en présence desquels il entreprit 
de se faire ordonner. A cette nouvelle , le peuple et le clergé accouru- 
rent en foule et chassèrent de l'église les évêques ordonnateurs, qui 
achevèrent la cérémonie dans la maison d'un joueur de flûte, en pré- 
sence de la populace et de quelques excommuniés. Bientôt après , 
Maxime , devenu l'objet d'une indignation générale , fut chassé de la 
ville. L'expulsion de ce faux évêque lut approuvée par l'empereur Théo- 
dose , et son ordination blâmée par le pape Damase , qui le déclara in- 
digne de l'épiscopat. Cependant l'usurpation de Maxime fit prendre à 
saint Grégoire la résolution de se retirer ; mais lorsqu'il en eut averti 
les fidèles de Constantinople , ils le conjurèrent tous de ne point les 
abandonner et d'accepter le litre d'évèque : le saint docleur de Nazianzc 
ne put se résoudre à y consentir. Toutefois, comme ils réitérèrent leurs 









K?-' ' 



À 



— 56- 

instances , en lai disant qu'il bannissait avec lui la foi de la sainte Tri- 
nité, s'il persistait dans sa résolution , il consentit à demeurer. 

Durant cet intervalle l'empereur Théodose étant de retour à Con- 
stantinople au mois de novembre de l'an 380 , fit venir Démophile et 
lui déclara que s'il voulait garder son siège , il eût à embrasser la foi de 
Nicée. Sur le refus de cet évoque hérétique , il lui fit enlever toutes 
les églises, et les ariens se virent ainsi réduits à tenir leurs assemblées 
hors de la ville. 

Ce fut pour mettre un terme à toutes ces divisions qui troublaient 
l'Église catholique en Orient, pour confirmer la foi de Nicée (1), établir 
un évêque à Constantinople (2) et faire des règlements pour le maintien 
de la paix (3) , que l'empereur Théodose ordonna (4) par ses lettres à 
tous les évêques d'Orient de s'assembler en concile à Consiantinople au 
mois de mai de l'an 381 (5). Tous y accoururent avec empressement, à 
l'exception de ceux d'Egypte et de Macédoine , qui ne s'y rendirent que 
quelque temps après l'ouverture du concile (6). Selon l'opinion la mieux 
fondée (7), il y eut cent cinquante évêques orthodoxes, parmi lesquels 
on remarque saint Mclèce d'Antioche , saint Grégoire de Nazianze , 
saint Cyrille de Jérusalem , saint Amphiloque d'Icône , saint Grégoire 
de Nysse , saint Pierre de Sébaste , tous deux frères de saint Basile , 
saint Ascole de Thessalonique , Timothée d'Alexandrie, Héllade de Cé- 
sarée en Cappadoce , Optime d'Antioche en Pisidie , Diodore de Tarse , 
saint Pelage de Laodicée , saint Euloge d'Edesse , Acace de Bérée en 
Syrie , Isidore de Cyr , Gélase de Césarée en Palestine , Denys de Dios- 
polis en Palestine, Vitus de Carrhes en Mésopotamie , célèbre par sa 
piété, Abraham de Barre en Mésopotamie, Antiochus de Samosate, 
Bosphore de Colonie en Cappadoce , Otrée de Mélitine en Arménie, et 
plusieurs autres cités avec honneur dans les lettres de saint Basile. Les 
autres évêques qui assistèrent à ce concile ne devaient pas égaler en 
réputation de talents et de vertus ceux que nous venons de nommer, 
puisque saint Grégoire de Nazianze parle souvent de cette assemblée 
avec mépris , l'appelant tantôt une assemblée d'oisons et de grues qui 
se battaient et se déchiraient sans pitié (8) , tantôt une troupe de 

(i) Socrate, Historia, lib. v, cap. 8. 

(2) Saint Grégoire de Nazianze, Carmina I. 

(3) Saint Chrysostome, Oratio 45. 

(4) Théodoret, Historia, lib. V, cap. 6. 

(5) Socraie, Historia, lib. V, cap. 8. 

(6) Saint Grégoire de Nazianze, Carmina I. 

(7) Socrate, Histmia, lib. v, cap. 8.— Théodoret, Historia, lib. v, cap. 7 et 8. 

(8) Carmina XI, 



— 57 — 

géants, un essaim de guêpes qui sautaient au visage dès qu'on leur op- 
posait le plus léger obstacle (1). Trente-six évèques macédoniens , que 
l'empereur y avait appelés dans l'espoir de les réunir à l'Kglise catho- 
lique, y assistèrent aussi (2) : les plus connus d'entre eux étaient Eleuse 
de Cyzique et Marcion de Lampsaque. Les évèques de l'Occident ne 
furent point invités à ce concile, et le pape saint Damase n'y envoya 
aucun député et ne prit non plus aucune part à sa convocation. Toute- 
fois, ce concile est reconnu pour le second œcuménique, parce que 
ses décisions touchant la foi furent approuvées par toutes les Eglise» 
d'Occident et confirmées par l'autorité du Saint-Siège. 

Les premières séances furent présidées par saint Mélèce d'Antioche , 
à qui Théodose rendit des honneurs extraordinaires (5). Après sa mort, 
saint Grégoire ayant élé institué par le concile évoque de Conslantino- 
ple, présida celte assemblée (4); et lorsque le saint docteur de Na- 
zianze eut donné sa démission, Nectaire de Constantinople en fut le 
président. Quelques écrivains prétendent que Timothée d'Alexandrie 
présida le concile entre la démission de saint Grégoire et l'ordination de 
Nectaire (5). 

Le Concile s'occupa d'abord de donner un évêque à l'Église de Con- 
stantinople; il déclara nulle et irrégulière l'ordination de Maxime et 
déposa ceux qu'il avait ordonnés ; après quoi , sur la demande de l'em- 
pereur, il institua Grégoire évêque de celte ville. Le saint docteur fit 
une longue résistance , mais il se rendit enfin dans l'espoir que ce titre 
lui permettrait de travailler plus efficacement à la paix de l'Église (6). 

Saint Mélèce mourut bientôt après , universellement regretté et vé- 
néré de tous les fidèles. Sa mort semblait devoir finir le schisme d'An- 
tioche; car les deux partis étaient convenus que le survivant de Mélèce 
ou de Paulin demeurerait seul l'évoque des catholiques (7) ; et les occi- 
dentaux avaient écrit à Théodose pour le prier de faire maintenir cet 
accord. Saint Grégoire de Nazianze proposa de ne point lui donner de 
successeur; mais la plupart des évoques refusèrent de reconnaître l'é- 
lection de Paulin , sous le prétexte que les orientaux , dont il n'avait 






(i) Carmina 1. 

(2) Socrate, IJistoria, lib. v, cap. 8. — Sozoïnénc , lllslaria , lib. vil, cap. 7. 

(3) Saint Grégoire de Nysse, de Meletio. 

(4) Idem, klem. — Saint Grégoire de Nazianze , Carmina 1. 

(5) Lupus, 1. 1 , p. 285. 
(G) Saint Grégoire da Nazianze, Carmina 1. — Saint Gre'goire de Nysse , de Me- 



letio 



(7) Socrate, Hisloria, lib. v, cap. 5. — Sozomène, Hiitoria, lib. vu, cap. 3. 



^-58 — 

point obtenu la communion , devaient l'emporter sur les occidentaux 
qui s'étaient déclarés en sa faveur (1). On élut donc pour évêque d'An- 
tioche le prêtre Flavien , qui s'était constamment signalé par son zèle 
pour la foi , et qui , n'étant encore que laïque , avait travaillé par ses 
exhortations à prémunir les catholiques contre les impiétés de Léonce 
et des autres fauteurs de l'Arianisme. Ainsi , la mort de Mélècc, qui au- 
rait dû finir le schisme d'Antioclie, ne servit , au contraire , qu'à le per- 
pétuer; et saint Grégoire , ne pouvant se résoudre à l'approuver malgré 
les vives instances de ses amis, cessa de paraître aux assemblées du 
concile ; et comme ses efforts pour la paix demeuraient sans résultat , 
il manifesta sérieusement l'inieniion de quitter le siège de Constantino- 
ple , pour aller vivre en Dieu dans la solitude (2). 

Sur ces entrefaites , arrivèrent les évoques de l'Egypte et de la Macé- 
doine. Les premiers avaient à leur tète (3) Timothée, patriarche d'A- 
lexandrie , qui venait de succéder à Pierre son frère, mort depuis peu 
de temps ; et comme ce dernier avait embrassé la cause de Maxime-le- 
Cynique contre Grégoire , les évêques égyptiens conservaient probable- 
ment un reste des mêmes préventions. D'un autre côté , les évêques de 
la Macédoine , quoiqu'ils se fussent déclarés contre Maxime, n'étaient 
guère mieux disposés en faveur de l'élection de Grégoire. Et comme le 
pape saint Damase avait écrit à saint Ascole de faire en sorte que le con- 
cile de Constantinople choisit pour cette ville un évêque sans reproche, 
et de ne point souffrir qu'un évêque fût transféré d'un siège à un autre 
contrairement aux saints canons , les évêques de la Macédoine et de 
l'Egypte prirent de là occasion d'attaquer avec chaleur l'élection de 
Grégoire , moins toutefois par aversion pour sa personne que par oppo- 
sition contre les orientaux (t). 11 ne fut pas difficile au saint évêque de 
se justifier; car il avait depuis longtemps renoncé à l'évêché de Sasime, 
dont il n'avait même jamais été mis en possession , et il n'avait point eu 
le titre d'évêque de Nazianze , quoiqu'il eût gouverné cette Église sur 
la demande du peuple , après la mort de son père. Mais comme il sou- 
pirait après la retraite , il vint offrir sa démission au Concile, en décla- 
rant qu'il ne voulait pas être une occasion de trouble (5). Ensuite il 
pria l'empereur d'approuver sa résolution , ce que Théodose ne fit 



(i) Saint Grégoire de Nazianze , Carmina i. 

(2) Saint Grégoire de Naziarzc, Carmina 1 ; Epistola ^5. 

(3) Sozomène , Historia, lib. Vil , cap. 7. 

(4) Saint Grégoire de Nazianze, Carmina 1. " 

(5) Saint Grégoire de Nazianze, Carmina 15 (hatm 49. — Théodore! , Historia, 
lib. v, cap. 8. — Ruffio , Historia , lib. 11 , cap. <j. 



1 K 



- 59 — 
qu'avec beaucoup de peine et seulement à cause de ses infirmités con* 
linuelles(l). Quant aux Pères du concile, ils consentirent aisément à 
sa proposition ; les uns parce qu'ils étaient jaloux de son éloquence ; les 
autres parce qu'ils voyaient leur luxe et leur faste condamnés par la 
sévérité de ses mœurs; et quelques-uns parce qu'il prêchait la vérité 
avec plus de liberté qu'eux. iNéanmoins tous ne consentirent pas à sa 
démission ; il y en eut qui quittèrent le concile et la ville pour ne point 
assister à l'élection d'un autre évoque (2). 

Et ce différend alla si loin , que les orientaux , au rapport de Théodo- 
re! (5) , en prirent occasion de se séparer de la communion des égyp- 
tiens. 

Après la démission de Grégoire, les Pères du concile s'occupèrent de 
lui donner un successeur ; et sur les recommandations de l'empereur 
Théodose , qui désirait pour un siège si important un homme digne par 
ses vertus de l'occuper, Flavien d'Antioche et Diodore de Tarse désignè- 
rent un vieillard vénérable, chéri de tout le monde pour son affabilité , 
sa bienfaisance et la douceur de son caractère. Nectaire était d'une nais- 
sance illustre ; il exerçait alors la charge de préteur à Constantinople : 
ce fut sur lui que l'empereur fixa son choix. Et comme il n'était encore 
que catéchumène, il fut baptisé et élevé sur le siège de Constantinople 
par le consentement unanime de tous les Pères du concile , en présence 
de Théodose et avec le suffrage de tout le peuple et du clergé (4). Après 
l'ordination de Nectaire, Théodose, ne croyant pas l'élection du saint 
vieillard bien assurée, parce qu'elle n'avait pas été reconnue par l'É- 
glise romaine, envoya demander au Souverain-Pontife, selon la coutume, 
des lettres de communion pour le nouvel évêque (5). 

Les Pères de Constantinople travaillèrent ensuite à établir la foi ca- 
tholique. Ils ne se contentèrent pas de confirmer expressément le sym- 
bole de Nicée ; ils crurent devoir y ajouter quelques explications et 
quelques développements, à cause des hérésies qui s'étaient élevées 
depuis peu contre l'Église de Jésus-Christ. Ainsi, touchant l'incarnation 
du Fils de Dieu, le symbole de Nicée disait seulement : « Il est descendu 
i des deux , s'est incarné et s'est fait homme ; a souffert , est ressus- 
< cité le troisième jour, est monté aux cieux et viendra juger les vi- 






(i) Saint Grégoire de Nazianze, Curmina i ; Epistola 55. 

(2) Saini Grégoire de Nazianze , Çarmina 1 ; de episcopis ; Oratio 33. 

(3) Historia , lib. v, cap. 8. 

(4) Socrate, Historia, lib. v, cap. 8. — Théodore t, Hisloriu , lib. v, cap. 9. — 
Sozoniène , Historia, lib. vu, cap. Ê. 

(5) boniface, Epistola ad episcopos Macedonke, 



il 



— 60 — 

i vants et les morts. » Les Pères de Constantinople dirent dans leur 
profession de foi (i) : i 11 est descendu des cieux , s'est incarné par le 
« Saint-Esprit et de la vierge Marie et s'est fait homme. Il a été crucifié 
« pour nous sous Poncc-Pilate ; il a souffert et a été enseveli; il est 
i ressuscité le troisième jour selou les Écritures ; il est monté aux 
« cieux , est assis à la droite du Père , et viendra de nouveau dans sa 
c gloire pour juger les vivants et les morts, et son royaume n'aura point 
« de fin. » Touchant la troisième personne de la sainte Trinité, le 
symbole de Nicée portait simplement : « Nous croyons au Saint-Esprit ; > 
et il ne parlait point de l'Église. On ajouta dans celui de Constantino- 
ple : « Nous croyons au Saint-Esprit qui est aussi Seigneur et source de 
« vie, qui procède du Père (2) , qui est adoré et glorifié conjointement 
« avec le Père et le Fils , et qui a parlé par les prophètes. Nous croyons 
« en une seule Église , sainte , catholique et apostolique. Nous confes- 
« sons un seul baptême pour la rémission des péchés. Nous attendons la 
« résurrection des morts et la vie des siècles à venir. Ainsi soit-il. » 

L'usage de réciter ce symbole à la messe fut établi en Orient au com- 
mencement du sixième siècle. L'Église d'Espagne suivit cet exemple 
vers la fin du même siècle , et l'on adopta celte coutume deux siècles 
plus tard en France, en Allemagne et dans tout le reste de l'Occident. 

(i) Théodore!, Hisloria, lib. v, cap. 9.— Saint Épiphane , in Ancoralo Quel- 
ques écrivains (Nicéphore Callist. , lib. su, cap. i3) ont attribué ce symbole à saint 
Grégoire de Nazianze ou à saint Grégoire de Nysse ; mais il ne parait être ni de 
l'un ni de l'autre. On le trouve tout entier dans saint Épiphane , mort plusieurs an- 
nées avant la tenue du concile de Constantinople ; et il y a apparence que les Pères 
de ce concile aimèrent mieux employer une formule déjà eu usage dans l'Église, 
que d'en faire une nouvelle. Le Concile retrancha seulement quelques termes qui 
sont dans saint Épiphane par forme d'explication. Ce Père de l'Église , rapportant ce 
symbole après celui de Nicée , remarque qu'il avait été ainsi dressé à cause des hé- 
résies nées depuis le concile de Nicée jusqu'au règne de Valentinien et de Valens; 
puis il ajoute qu'il était en usage dans l'Église de l'apprendre mot a mot aux ca- 
téchumènes. Toutefois, ce symbole est rarement cité dans les écrits des Pères ou 
dans les actes des Conciles. Saint Grégoire de Nazianze (Oralio 5 2 ), dans la déclara- 
tion de foi qu'il fit aussitôt après la tenue de ce Concile, dit qu'il s'attachera tou- 
jours à la foi de Nicée, et ne parle pas de celle de Constantinople. Le concile œcu- 
ménique d'Éphèsc ne parle pas non plus de cette formule; on y défendit même de 
faire signer d'autre profession de foi que celle de Nicée ; et l'on ne voit pas que celle 
de Constantinople ait été citée avant le concile œcuménique de Calcédoine, où il 
en fut, il est vrai , heaucoup parlé. 

(a) Les latins ont ajouté depuis : et du Fils; addition qui fut dans la suite une 
occasion aux grecs de se plaindre des latins. Cette addition et du Fils commença en 
Espagne l'an 44 7 . Les Églises de Fiance l'ont eusttite reçue , et celle de Rome les a 
imitées après le poutiGcat de Paul III. 






- Cl - 

Le voici tel qu'il est aujourd'hui récité dans l'Église catholique : « Je 
« crois en Dieu , Père tout-puissant , qui a fait le ciel et la terre et 
« toutes les choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus- 
« Christ, fils unique de Dieu et né du Père avant tous les siècles : Dieu 
« de Dieu , lumière de lumjère , vrai Dieu de vrai Dieu ; qui n'a pas été 
« fait mais engendré ; qui est consubstantiel au Père , et par qui toutes 

< choses ont été faites; qui est descendu des cieux pour nous hommes 

< et pour notre salut ; qui s'est incarné dans le sein de la vierge Marie , 
c par l'opération du Saint-Esprit, et s'est fait homme; qui a été aussi 

< crucifié pour nous, sous Ponce-Pilate; qui a souffert la mort, et a 
• été enseveli; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures; 

< qui est monté au ciel ; qui est assis à la droite du Père , et qui vien- 
i dra de nouveau dans sa gloire pour juger les vivants et les morts, et 
t dont le règne n'aura point de lin. Je crois au Saint-Esprit , qui est 
« aussi Seigneur et source de vie ; qui procède du Père et du Fils ; qui 
« est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils ; qui a 
t parlé par les prophètes. Je crois en une seule Église, sainte, catholique 
€ et apostolique. Je confesse un baptême pour la rémission des péchés, 
i J'attends la résurrection des morts et la vie des siècles à venir. 
« Ainsi soit-il. » 

Les macédoniens n'ayant pas voulu signer celte profession de foi se 
retirèrent de Constantinople; ils écrivirent ensuite à toutes les Eglises 
de leur parti de ne point recevoir la foi de Nicée. Cette séparation leur 
mérita lesanathèmcs des Pères de Constantinople elles fit traiter comme 
hérétiques déclarés dans les canons de ce concile, qui sont au nombre 
de sept (1). 






' (i) Le P. Labbe, sucwsancta Concilia , t. II , p. 945. — Dcnys-le-Pelil n'a mis 
dans son code que les quatre premiers canons de ce concile, réduits en trois; le 
P. Quesnel ( nouvelle édition des œuvres de saint Léon ) les a publics de la même 
manière dans l'ancien code de l'Kglisc romaine. On croit avec beaucoup de 
Vraisemblance qu'ils ont été ajoutes à ce codedepuis le pontificat de saint Grégoire- 
le-Grand qui témoigne (b'b. vu , Epistohi 34) que de son temps l'Kglise romaine ne 
connaissait point les canons de ce concile ; et en effet, les orientaux n'envoyèrent 
au pape saint Damase que la profession de foi qu'ils avaient approuvée à Constan- 
tinople, et non les canons qu'ils y avaient faits, qui regardaient particulièrement 
la discipline des Églises d'Orient. (Le P. Labbe, saerpstmeta Concilia, t. II, p. 96'4.) 
Saint Léon [Epistola 8o ad Anatolium) a donc pu soutenir que le troisième canon 
de Constantinople n'avait point été notifié à Rome. 

Les trois derniers canons ne se lisent que dans le texte grec et dans les collecteurs 
grecs des canons , entre autres dans Babamon , dans Zonare et dans l'ancien code 
*ie l'Église grecque. Le 6* est cité dans la 8 e lettre du pape Nicolas à l'empereur 









— 62 — 

1" canon. Personne ne doit rejeter la foi de Nicée ; mais qu'elle de- 
meure dans son autorité, et que l'on analhématise toutes les hérésies et 
nommément celles des eunoméens ou anoméens , des ariens ou des eu- 
doxiens, des semi-ariens (1) ou ennemis du Saint- Esprit, des sabelliens, 
des marcelliens , des photiniens et des apollinarisles. 

2 e canon. Que les évoques n'aillent point aux églises qui sont hors 
de leur diocèse ; mais que , suivant les canons , l'évéque d'Alexandrie 
ne gouverne que l'Egypte. Que les évoques d'Orient n'administrent que 
l'Orient, en respectant les privilèges et les prérogatives de l'Eglise 
d'Anlioche qui lui ont été conservés par les canons du concile de Nicée. 
(6 e canon.) Que les évoques de la diocèse (2) asiatique, ceux de la 
Thrace et du Pont, se contentent d'exercer leur autorité sur les églises 
de leur district. Que les évoques ne sortent point de leur diocèse pour 
des élections ou pour d'autres affaires ecclésiastiques sans être appe- 
lés (5) ; mais que les affaires de chaque province soient réglées par le 
concile de la province , conformément aux canons de Nicée (4). Quant 
aux Églises qui sont chez les nations barbares, elles doivent être gouver- 
nées suivant la coutume reçue du temps des Pères (5). 



Michel. On ne trouve pas le y dans la paraphrase arabique , ni dans la collection 
des canons par Jeau d'Anlioche , ni dans quelques autres écrivains grecs, 
(i) Denys-le-Petitdit : niamloniens. 

(2) Une diocèse était autrefois un grand gouvernement comprenant plusieurs 
provinces, dont chacune avait sa métropole; car ce qu'on appelle aujourd'hui un 
diocèse, c'est-à-dire le territoire d'une ou de plusieurs cités soumis à nu seul évéque, 
se nommait alors voisinage , paroisse, 

(3) On croit que ce qui obligea le concile de Constantinoplc à resserer dans l'E- 
gypte l'autorité de l'évéque d'Alexandrie, fut l'entreprise de Pierre, évéque de celle 
ville , qui s'était donné la liberté de faire établir Maxime sur le siège de Constatai - 
nople. — David, des jugements des évê(/ues, p. 27. 

(4) On voit ici toute la constitulion de l'Église d'Orient, qui se divisait en cinq 
grands districts. Premièrement les deux patriarcats : celui d'Alexandrie, dont l'évé- 
que exerçait en même temps les fonctions de patriarche et de métropolitain dans 
toutes les provinces d'Egypte, car il conférait l'ordination à tous les évéques; celui 
d'Anlioche et de l'Orient , dans lequel on comptait plusieurs métropolitains qui re- 
cevaient l'ordinatiou de l'évéque d'Antioche et qui la conféraient eux-mêmes à leurs 
suffragants; ensuite trois autres districts dont les chefs, exerçant une juridiction 
analogue à celle des patriarches, prirent le litre d'exarques ou de primats. Le primat 
de l'Asie-Mineure était l'évéque d'Éphèse; celui du Pont, l'évéque de Césarée en 
Cappadoce , et celui de la Thrace, l'évéque d'Héraclée; mais ils furent dans la suite- 
subordonnés à l'évéque de Constantinople. 

(5) Les peuples barbares que ce canon confirme dans leurs usages étaient tous 
ceux qui ne dépendaient point de l'empire romain, comme les Scythes et les golhs, 
chez lesquels il n'y avait qu'un seul évéque. 



— 05 — 
3 e canon. Que l'évoque de Constanlinople ait le premier rang d'hon- 
neur après l'évêque de Rome, parce que Constanlinople est la nouvelle 

Rome(l). 

4 e canon. Maxime-le-Cynique n'a jamais été et n'est point evèque; 
ceux qu'il a ordonnés , quel que soit leur rang dans le clergé, n'y doi- 
vent point être comptés; et tout ce qui a été l'ait ou pour lui ou par lui 

est sans effet. 

5 e canon. Quant au tome des occidentaux (2), nous approuvons ceux 
d'Antioche qui confessent une seule divinité du Père et du Fils et du 
Saint-Esprit. 

6 e canon (3). Si quelqu'un porte une plainte contre un évêque, et qu'il 
s'agisse d'un intérêt particulier, on ne regardera ni la personne de l'ac- 
cusateur, ni sa religion , parce qu'il faut faire justice à tout le monde. 
Mais s'il s'agit d'une affaire ecclésiastique , un évèque ne pourra être ac- 
cusé ni par un hérétique ou un schismatique , ni par un laïque excom- 
munié, ni par un clerc déposé. Celui qui est accusé ne pourra accuser 
un évêque ou un clerc , qu'après s'être justifié lui-même. Ceux qui sont 
sans reproche intenteront leurs accusations devant tous les évêques de 
la province. Si le concile de la province ne suffit pas, ils s'adresseront 
à un plus grand concile (c'est-à-dire à celui de la diocèse). L'accusation 
ne sera reçue que lorsque l'accusaleur se sera soumis à la même peine 



fi) 11 ne s'agit point dans ce canon de juridiction, ainsi que quelques écrivains 
l'ont prétendu , mais seulement de rang et d'honneur. Cependant , à l'occasion de 
cette prérogative d'honneur, l'évêque de Constanlinople lit ensuite ses efforts pou. 
étendre son autorilé sur les diocèses du Pont, de la Thrace et de l'Asie , et iném, 
sur rillyrie orientale , qui dépendait du patriarcat d'Oc. -idem. Ces diocèses lui fu- 
renl enfin soumis par décision du concile de Calcédoine. - Ce canon est le plus 
célèbre de tout le concile. - Socrate , Hhtoriu , lib. V, cap. 8. - Sozomène , His- 
torié, lib. vu, cap. 9. —Les souverains-pontifes protestèrent longtemps Contre 
l'innovation introduite par ce canon; mais il reçut l'approbation du Sainl-Siége l'an 
1215, au4« concile de Latran. - Ce fut ce canon qui delermiua le pape saint Da- 
mase à donner le titre de son vicaire ou de son légat daus l'Illyric .'. saint As, oie de 
Tl.essalonique , dont les successeurs furent longtemps honorés du même litre. 

(î) Marca , * Concvul. sacerd. <•( ,wu<er., lib. 1 , cap. 4, 1>- '9. « oil 1<" F« lon,e 
des occidentaux était un de leurs écrits dans lequel ils témoignaient.recevoir à leur 
communion tous ceux d'Antioche qui reconnaissaient la divinité des trois personnes, 
soit qu'ils fussent du parti de Paulin , soit qu'ils apparussent à celui de M.lè, e. 
D'autres écrivains pensent que c'est la lettre synodale du concile tenu a Rome, l'au 
J77, envoyée par le pape saint Damase au concile ,1'Aulioche de l'an 3 79 . 

tî) Ce canon ne se trouve point dans le recueil de Denys-le-Pelit ; il a pour but 
d'empêcher que toutes sortes de personnes soient iudislincleuicnl admises à accuser 
les évêques et les autres ecclésiastiques. 



-64- 



■ 



,r 






en cas de calomnie. Celui qui , au mépris de ce décret , osera importu 
ner l'empereur ou les tribunaux séculiers, ou troubler un concile œcu- 
ménique, ne sera point recevablc en son accusation; il sera, au con- 
traire, rejeté comme violateur des canons et de l'ordre de l'Église. 

7 e canon. On recevra de la manière suivante les hérétiques qui re- 
viennent à la foi catholique : les ariens , les macédoniens , les sabba- 
tiens (1), les novatiens, qui se nomment eux-mêmes cathares et aris- 
tères, les quartodécimans et les apollinaristes seront reçus en donnant 
un acte d'abjuration , et en anathématisant toute hérésie. On leur don- 
nera premièrement le sceau ou l'onction du saint chrême (2) au front, 
aux yeux , aux narines , à la bouche et aux oreilles ; et en faisant cette 
onction , on dira : Le sceau du don du Saint-Esprit. Mais pour les euno- 
méens qui sont baptisés par une seule immersion, les niontanistes ou 
phrygiens, les sabelliens et les autres hérétiques, principalement ceux 
qui viennent de la Galalie , doivent être reçus comme des païens. Le 
premier jour, on les fera chrétiens ; le second , catéchumènes ; le troi- 
sième , on les exorcisera , après leur avoir souillé trois fois sur le visage 
et sur les oreilles. Ainsi , ou les instruira , on les tiendra longtemps 
dans l'église à écouter les Écritures, et enfin on les baptisera (3). 

Les Pères de Constantinople adressèrent ces canons à Théodose avec 
une lettre synodale et le symbole de foi pour le prier d'appuyer par un 
édit leurs ordonnances et d'en assurer 4'exécution. Ce que lit cet empe- 
reur par une loi du 50 juillet de la même année (4), portant ordre de 
livrer sans délai toutes les églises aux évêques dont la foi était ortho- 
doxe sur la Trinité , et qui , faisant profession d'admettre une seule 
divinité en trois personnes égales, seraient unis de communion avec 
Nectaire de Constantinople (5), Timothée d'Alexandrie, Uelladede Cé- 

(i) Ces hérétique! étaient une secte de novatiens. Un prêtre, nommé Sabbace , 
les avait séparés de ceux-ci pour célébrer la pâque à la manière des juifs. 

(■>) Les onctions du saint chrême prescrites par ce canon et les paroles consacrées 
pour cette cérémonie , sont les mêmes que celles ordonnées pour le sacrement de 
confirmation chez les grecs. — Eucholog., p. 64. 

(3) Les hérétiques, que le Concile ordonne de baptiser, sout ceux qui n'avaient 
point reçu le baptême, ou qui ne l'avaient pas reçu selon la forme et avec les céré- 
monies usitées dans l'Église. — Zonare, ta canon,, p. -8. 

(4) CodcThéodosien, livrent, de Jute cutlmlicà.— Sozomène, Historia, lib. vu, 
cap. 9. — Socrate , Historin, lib. v, cap. 8.— Facundus Hermianus, lib. iv, cap. s. 

(5) Il est à remarquer que , quoique Constantinople fût la dernière des cinq 
grandes diocèses de la ïbracc soumises au préfet du prétoire d'Orient, son évéque 
est néanmoins nommé le premier dans cette loi, à cause dn rang d'honneur qu'on 
venait de lui accorder dans le concile. — Gothofredus, notis fn tnje Itrlm Tlwodos., 
p. 11. 



— C5 — 



saréc en Cappadoce , Diodote de Tarse , Grégoire de Nysse , Aniphiloque 
d'Icône, Pelage de Laodicée, Optime d'Anlioche en Pisidie, Olrée de 
Mélitine , Térence de Tomes en Scythie et Martyrius de Marcianople. 
Celle loi fut spécialement adressée à Auxonius, proconsul d'Asie, parce 
que cette province était la plus infectée par les hérésies que le Concile 
venait de condamner. Une autre loi, rendue quelques jours auparavant 
et adressée au concile d'Orient, défendait aux ariens, aux eunomiens 
et aux aétiens de bâtir des églises, soit dans les villes, soit dans les 
campagnes , sous peine de confiscation. 

Dans la suite des temps, ce concile de Constanlinople fut reconnu 
pour le second œcuménique par tous les évêques d'Occident, qui don- 
nèrent leur consentement à ce qui avait été décidé touchant la foi. Pho- 
tius (1) dit que le pape saint Dainase en confirma les décisions, et saint 
Grégoire-le-Grand répète souvent dans ses lettres (2), qu'il reçoit comme 
les quatre Évangdes, les conciles de Nicée, de Constantinople , d'Éphèse 
et de Calcédoine. Il le regarde comme une pierre à quatre angles , sur 
laquelle s'élève l'édifice de la foi, condamnant ce qu'ils ont condamné, 
recevant ce qu'ils ont reçu, souhaitant à tous ceux qui reçoivent la loi 
enseignée par ces conciles la paix de Dieu par Jésus-Christ son Fils. 






N° KM. 

CONCILE D'AQUILEE. 

(aquileiensf.) 



(3 seplembre de l'an 381.)— Immédiatement après le concile de Con- 
slaminople, l'empereur Gratien en tint un autre à Aqnilée, pour extir- 
per en Occident les derniers restes de l'Arianisme. 11 fut assemblé sur 
les prières de Pallade , évèque d'Ulyrie (3), accusé par les occidentaux 
de suivre la doctrine des ariens et d'être uni de communion avec Ursace 
et Valens. Les évêques catholiques avaient demandé que Gratien fût 
lui-même l'arbitre de la dispute; mais cet empereur le refusa , croyant 
devoir le renvoyer au jugement des évêques, qu'il regardait comme les 
véritables interprètes des Écritures. Trente-deux ou trente-trois évêques 
et deux prêtres assistèrent à ce concile. Les prélats de l'Orient, quoi- 
que convoqués par Gratien , ne crurent pas devoir se rendre à cette as- 
semblée, et quitter leurs églises pour juger deux hérétiques obscurs. 



(i) De synodis, p. n4<, édit. de Justellus 
, rpistola l5. 
Epislolu i. 



(2) Liber epistolarum i, 



(3) Saint Ambroisi 

T. Il 



- 66 - 



l 



Parmi ceux de l'Occident, on distinguo saint Ambroise de Milan, saint 
Valérien d'Aquilée , saint Eusèbe de Boulogne , Liinène de Verceil, saint 
Sabin de Plaisance, Abondance de Trente , saint Philasire de Bresse, 
Maxime d'Emone, saint Bassien de Lodi , Héliodore d'Altino , Evence ou 
Juvence de Pavie , Exupérancc de Tortone , Diogène de Gênes , Anème, 
métropolitain d'Illyrie, Constance de Sciscie , Félix de Jadre ou Zara, 
sur la côte de Dalmatie, saint Just de Lyon, Constance d'Orange, 
Procul de Marseille , Théodore d'Oclodure ou Martigny, Domnin de Gre- 
noble, Amance de. Nice; Félix et Numidius souscrivirent au nom des 
évêques d'Afrique sans prendre ni titre ni qualité. Le pape saint Da- 
mase , l'Espagne et le vicariat de Rome n'envoyèrent aucun député. 
Les évêques ariens Palladc et Secondien furent présents à cette assem- 
blée , avec un prêtre nommé Altale , disciple de Valens , évêque de 
Pettau, en Illyrie. 

Saint Valérien d'Aquilée présida ce concile en sa qualité d'évêque 
diocésain; mais saint Ambroise conduisit toute l'action , et cette défé- 
rence n'était pas moins due à son mérite qu'à la dignité de son siège. 
Ce fut lui qui interrogea Pallade sur sa doctrine , qui répondit aux ob- 
jections de cet hérétique et réfula ses erreurs ; et ce fut encore lui qui 
demanda que les actes fussent rédigés par écrit , qui recueillit les voix 
pour en former la conclusion et qui déclara aux évêques les intentions 
de l'empereur (1). 

Après plusieurs jours passés, sur la fin du mois d'août, en conférences 
particulières avec les deux évêques ariens , le Concile s'ëtant assemblé 
le 3 de septembre dans l'église d'Aquilée , saint Ambroise parla en ces 
termes (2) : « Nous avons longtemps parlé sans actes , mais puisque Pal- 
« lade et Secondien nous frappent les oreilles de tant de blasphèmes 
i incroyables , et de peur qu'ils n'usent de quelque artifice pour nier 
« ensuite ce qu'ils ont dit , quoique l'on ne puisse douter du témoignage 
< de tant d'évêques, il est bon que l'on fasse des actes. Vous devez 
t donc, saints évêques, déclarer si vous le voulez. > Tous les évêques 
répondirent : t Nous le voulons. » On lut ensuite le rescrit de l'empe- 
reur Gratien à saint Valérien d'Aquilée pour la convocation du concile, 
puis saint Ambroise ajouta : < Voilà ce que l'empereur a ordonné. Il n'a 

• pas voulu faire tort aux évêques , c'est pourquoi il les a déclarés in- 

• terprètes dfcs Ecritures et arbitres de cette dispute. » Et s'adressant à 
Pallade et à Secondien : < Puisque nous som mes assemblés en concile , 



(i) Saint AmbroUf, Epistola i. 

(a) Idem, idem. — Le P. l.abbei Sacrosançta concilia , t. Il, p, 979. 



— 67 - 

« répondez à ce qui vous a été proposé. —La lettre ù'Aiius a été lue : 

< dès le commencement elle contient des blasphèmes , elle dit que le 

« Père seul est éternel. Si vous croyez que le fils de Dieu ne soit pas éter- 

« nel , prouvez-le comme vous voudrez. Au contraire , si vous croyez 

« cette proposition condamnable , condamnez-la. L'Évangile est pré- 

« sent, saint Paul et toutes les Écritures sont ici. Prouvez par où il 

« vous plaira que le Fils de Dieu n'est pas éternel. » — Pallade n'osant 

répondre à cette question, dit : i Vous avez fait en sorte que le concile 

« ne lût pas général; nous ne pouvons répondre en l'absence de nos 

« confrères. » — Saint Ambroise : « Qui sont vos confrères? i — l'al- 

lade : « Les évoques orientaux, i — Saint Ambroise : « Puisque dans 

« les temps passés , l'usage des conciles a été que les orientaux tinssent. 

i les leur en Orient et les occidentaux en Occident, nous qui sommes 

« en Occident nous sommes assemblés à Aquilée suivant l'ordre de l'em- 

« pereur. Le préfet d'Italie a néanmoins déclaré par ses lettres que les 

« orientaux pouvaient y venir, s'ils voulaient ; mais parce qu'ils savaient 

« la coutume , ils n'ont pas voulu venir à cette assemblée, s— Pallade : 

« Notre empereur Gralien a ordonné aux orientaux de venir, le nierez- 

« vous? il nous l'a dit lui-même. » — Saint Ambroise : i II l'a bien 

« ordonné, puisqu'il ne l'a pas défendu. » — Tallade : « C'est par vos 

« sollicitations que vous les avez empêchés de venir, sous prétexte d'un 

< faux ordre , et vous avez éloigné le concile. » 

Saint Ambroise ne croyant pas devoir répondre à ces injustes accusa- 
lions de Pallade , « il ne faut pas s'écarter plus longtemps, lai dit-il, 
« répondez maintenant : Arius a-t-il bien dit que le Père seul est éter- 
n nel? i'a-t-il dit selon les Écritures ou non ? » —Pallade : « Je ne vous 
« réponds pas. » — Constance : « Vous ne répondez pas après avoir 
« blasphémé si longtemps? — Saint Eusèbe : « Vous devez déclarer 
• simplement votre foi ; si un païen vous demandait comment vous 
« croyez en Jésus-Christ, vous ne devriez pas rougir de le confesser. » 
— Saint Sabin : « C'est vous qui nous avez pressé de nous assembler 
« aujourd'hui, sans attendre nos frères qui pouvaient venir; ainsi il 
« ne vous est pas libre de reculer. Dites-vous que le Christ soit créé, 
« ou que le Fils de Dieu soit éternel ? i— Pallade invoquant encore l'ab- 
sence des orientaux, dit : « Nous vous avons dit que nous viendrions 
« pour vous convaincre d'avoir eu tort de surprendre l'empereur, i — 
Saint Ambroise : i Laissons les orientaux; je vous demande aujour- 
t d'hui votre sentiment. On a lu la lettre d' Arius; vous dites que vous 
« n'êtes point arien : ou condamnez Arius , ou défendez-le. > — Pal- 
lade chicanant toujours sur l'absence, des orientaux et sur la validité du 



'lé 



v5 



— 68 — 

Concile , saint Ambroise dit : « On a condamné unanimement celui qui 
« disait que le Fils de Dieu n'est pas éternel : Arius l'a dit, Pallade le 
« suit , ne voulant pas condamner Arius. Voyez donc s'il faut approuver 

< son opinion, et s'il parle selon l'Écriture ou contre l'Ecriture; car 

• nous lisons : < La vertu éternelle de Dieu et sa divinité (1); »eten- 
c core : « Jésus-Christ est la vertu de Dieu (2). » Donc si la vertu de 

• Dieu est éternelle , Jésus-Christ est éternel, i — Saint Eusèbe : « C'est 
« là notre foi, c'est la doctrine catholique ; anathème à qui ne ledit 
t pas. » Tous les évoques dirent anathème. Pallade dit qu'il ne connais- 
sait point Arius, et comme on le pressait de condamner ses erreurs, il 
répondit : i Je ne parle point hors d'un concile légitime. » — Saint 
Ambroise : « Doutez-vous de condamner Arius, après que Dieu même 
« l'a condamné. » Constance, interrogé par saint Ambroise, répondit : 

• Nous avons toujours condamné cette impiété , et nous condamnons 
« encore non-seulement Arius, mais quiconque ne dit pas que le Fils 
« de Dieu est éternel, i Saint Just interrogé : « Qui ne confesse pas que 
« le Fils de Dieu est co-éternel avec le Père , soit anathème. » Tous les 
évêques dirent aussi anathème. 

Après avoir établi l'éternité du Fils de Dieu , on passa , suivant l'ordre 
de la lettre d'Arius, à sa divinité. Saint Ambroise dit à Pallade : « Con- 
t damnez encore celui qui dit que le Fils n'est pas vrai Dieu » — Pal- 
lade : « Qui me dit que le Fils est vrai Dieu 7 » — Saint Ambroise : 

< Arius l'a dit. > — Pallade : « Puisque l'Apôtre dit que « Jésus-Christ 
« est Dieu par-dessus tout , » quelqu'un peut-il nier qu'il ne soit vrai 
« Fils de Dieu ? > — Saint Ambroise : « Afin que vous sachiez combien 
« nous cherchons la vérité , voyez , je dis ce que vous dites , mais vous 
i n'en dites que la moitié ; car en parlant ainsi , vous semblez nier 
t qu'il soit vrai Dieu. Si donc vous confessez simplement que le Fils de 
« Dieu est vrai Dieu , dites ces paroles dans le même ordre que je les 
« avance. » — Pallade : « Je vous parle selon les Ecritures : je dis que 
« le Seigneur est vrai Fils de Dieu. » — Saint Ambroise : « Dites-vous 
i que le Fils de Dieu est vrai Seigneur? > — Pallade : « Puisque je dis 
« qu'il est vrai Fils , que faut-il de plus ? » — Saint Ambroise : « Je ne 

< demande pas seulement que vous disiez qu'il est vrai Fils , mais que 
« le Fils de Dieu est vrai Seigneur, i — - Saint Eusèbe : t II est vrai Fils 

< de Dieu selon la foi catholique, i— Pallade : < Il est vrai Fils de Dieu ; 
« je confesse aussi une divinité, > On le pressa de déclarer s'il enten- 



(i) Epître aux romains, ch. 1 , v. 20. 
(i) I" Epîfre aux corinthiens, ch. 1, v. 8. 



— 69 — 

dait parler de la divinité du Fils ou seulement de celle du Père ; mais il 
ne le voulut point. Ce qui obligea les Pères du concile à prononcer ana- 
thème contre celui qui ne dira point que le Christ tils de 'Dieu est vrai 
Seigneur. 

On examina ensuite ces paroles de la lettre d'Anus : « Le Père seul 
i possède l'immortalité ; » et quoique Palladc n'osât nier ouvertement 
que Jésus-Christ fût immortel selon sa génération divine , il s'expliqua 
sur ce point avec tant d'anibiguité et d'embarras , que saint Ambroise 
et tous les autres évèques du concile lurent obligés de dire anathème à 
celui qui n'explique pas librement sa foi. 

Pallade dissimula moins son impie sentiment sur la sagesse du Fils. 
Arius avait dit dans sa lettre : « Le Père est sage par lui-même, mais le 
« Fils n'est pas sage. » Palladc soutint à peu près la racine erreur, car, 
pressé par les évêques du concile, il ne voulut jamais dire que le Fils de 
Dieu est sage , quoiqu'il avouât qu'il est la sagesse même. Saint Eusèbe 
ayant dit anathème à celui qui nie que le Fils de Dieu soit sage , tous 
les autres évêques dirent anathème. Interrogé sur cet article , Secon- 
dien refusa de répondre. 

Arius avait écrit que le Père seul est bon ; on demanda à Pallade s'il 
était du même sentiment. 11 avoua que le Fils est bon. On lui demanda 
s'il était bon comme les hommes sont bons , ou comme Dieu ; mais il 
ne voulut point s'expliquer sur ce point , et les évêques dirent anathème 
à quiconque ne confesse pas que le Fils de Dieu soit un Dieu bon. 

Pallade refusa aussi de reconnaître que le Fils de Dieu est le puis- 
sant Seigneur; il se contenta d'avouer qu'il est puissant : ce qui obli- 
gea les Pères du concile à dire anathème à celui qui nie que le Christ 
soit le Seigneur puissant. 

On examina cette parole de la lettre d'Arius, que « le Père est le juge 
« de tous, i Pallade confessa que le Père avait donné au Fils le pouvoir 
de juger. « Le lui a-t-il donné , dit saint Ambroise , par grâce ou par 
« nature? car on le donne aussi aux hommes. » — Pallade: • Dites- 
« vous que le Père est plus grand ou non? » — Saint Ambroise voyant 
que cet hérétique voulait détourner la dispute par cet incident , qui 
était le grand fort des ariens , lui dit : t Je vous répondrai après. » Mais 
comme Pallade s'opiniâtrait à ne pas vouloir répondre , si on ne le sa- 
tisfaisait sur ce point , saint Eusèbe dit : i Selon la divinité, le Fils est 
i égal au Père. Vous voyez dans l'Evangile que les juifs le persécu- 
« taient, parce qu'il disait que Dieu était son Père (1), se faisant ainsi 



(i) Saiiii Jean, Bv 



— 70 — 



« 



Cs 



h n 



< égal à Dieu. Ce que les impies ont confessé en le persécutant, nous 
i autres fidèles nous ne pouvons le nier. > Saint Ambroise ajouta : 
« Vous lisez ailleurs : c Etant en ta forme de Dieu il n'a pas cru que ce 
« fût une usurpation d'être égal à Dieu ; mais il s'est anéanti en prenant 
c la forme d'esclave (1). » Voyez-vous comment il est égal en la forme 
a de Dieu? En quoi donc est-il moindre ? Selon la forme d'esclave , mais 
« non selon celle de Dieu, i— Saint Eusèbe : « Comme étant en la forme 
« d'esclave, il n'a pu être au-dessous de l'esclave ; ainsi étant en la 
« forme de Dieu, il n'a pu être au-dessous de Dieu, i— Saint Ambroise 
ajouta : « On dit que selon la divinité le Fils de Dieu est moindre, i 

— Pallade : c Le Père est plus grand, t — Saint Ambroise : « Selon la 
« chair, s ■ — Pallade : « Celui qui m'a envoyé est plus grand que moi , 
t dit l'Ecriture {2) ; la chair est-elle envoyée ou bien est-ce le Fils de 
«r Dieu? » — Saint Ambroise: « Vous voilà convaincu aujourd'hui de 
c falsifier les Ecritures , car il est écrit : « Le Père est plus grand que 

< moi ; » et non pas : i Celui qui m'a envoyé est plus grand que moi. » 

— Pallade : « Le Père est plus grand, i— Saint Ambroise : « Analhème 
t à celui qui ajoute ou qui diminue aux divines Ecritures. » Et tous les 
évoques dirent anathème. Après quelques contestations sur ces paroles : 
i Le Père est plus grand , i Pallade se leva et voulut sortir, parce qu'il 
se sentait, dit l'évêque Sabin , convaincu par la force des témoignages 
de l'Ecriture qu'on avait allégués contre lui; néanmoins il demeura, et 
les Pères du concile voyant qu'il continuait à défendre l'erreur d'Arius, 
dirent anathème à celui qui nie que le Fils soit égal au Père selon la 
divinité. Pallade soutenant toujours que le Fils est moindre que le Père, 
dit : i Le Fils est sujet au Père ; il garde les commandements du Père ; » 
et sans vouloir distinguer l'humanité de la divinité , il soutint opiniâtre- 
ment que le Père était plus grand ; à quoi il ajouta qu'il ne voulait ni 
répondre aux évoques du concile, ni les reconnaître pour juges.— Saint 
Ambroise : a Quand on lisait les impiétés d'Arius , on a aussi condamné 
t la vôtre qui y est conforme. Il vous a plu , au milieu de la lecture , 
c de proposer ce que vous vouliez ; on vous a répondu comment le Fils 
c a dit que le Père est plus grand, savoir selon la chair qu'il a prise, 
t Vous avez aussi proposé que le Fils de Dieu est sujet; et l'on vous a 
c répondu qu'il l'est selon la chair, mais non selon la divinité. Vous 
« avez notre déclaration , écoutez maintenant le reste. Puisqu'on vous 

— a répondu , répondez à ce qu'on va lire. » — Pallade : « Je ne vous 



(i) Saint Paul, Epibre. aux pliitipptens , ch. xi , 
(2) Saint Jean , Evangile, ch, xir, v. 37, 



ie 






v. 6. 



— 71 — 

i réponds point, parce que tout ce que j'ai dit n'a point clé écrit; on 

< n'écrit que vos paroles : je ne vous réponds point. » — Saint Am- 
broise : « Vous voyez que l'on écrit tout. Ce qui est écrit ne suffit que 
f trop pour vous convaincre d'impiélé. > — Pallade demanda qu'on fit 
venir des écrivains de son parti ; et quand , sur l'avis de saint Sabin , 
on le lui eut accordé , il dit : a Je vous répondrai dans un concile gé- 

< néral. » 

Saint Ambroise 6'adressa au prêtre Attale , qui était aussi de la fac- 
tion des ariens, et le pressa de déclarer s'il avait souscrit au concile de 
Nicée. Attale refusa de répondre , et Sabin dit ; « Nous sommes témoins 
i qu'Attale a souscrit au concile de Nicée , et qu'il ne veut pas répon- 

< dre. > 

Saint Ambroise fit ensuite continuer la lecture de la lettre d'Arius , 
et dit à Pallade : « Je vous ai répondu sur le plus grand et sur le sujet, 
i répondez-moi à votre tour, i — Pallade : a Je ne vous répondrai point 
« s'il ne vient des auditeurs après le dimanche. » Saint Ambroise le 
pressa de dire s'il croyait que Jésus-Christ lût créé, et s'il a été un temps 
où il n'était pas; mais Pallade s'obstina à ne pas vouloir répondre avant 
que le Concile eût fait venir des auditeurs et des écrivains de part et 
d'autre. — « Quels auditeurs demandez-vous? lui dit saint Ambroise. > 
— Pallade : « il y en a ici plusieurs constitués en dignité. > — Saint 
Ambroise : « Les évêques doivent juger les laïques, et non pas être jugés 
« par eux. Nous rougissons de ce que celui qui se prétend évèque veut 
« être jugé par des laïques ; et il mérite encore en cela d'être condam- 
« né, outre les impiétés dont il est convaincu; ainsi je prononce qu'il 
a est indigne du sacerdoce , et qu'il doit en être privé ; un catholique 
« doit être ordonné à sa place. » Tous les évêques dirent anathème à 
Pallade. Saint Ambroise prenant ensuite les suffrages de chaque évoque 
en particulier, saint Valérien parla le premier en ces termes : i II me 
« semble que celui qui défend Arius est arien , celui qui ne condamne 
c pas ses blasphèmes est blasphémateur lui-même. C'est pourquoi je 
« suis d'avis qu'il soit retranché de la compagnie des évêques. i Anènie 
de Sirmium dit ensuite que Pallade était arien et déposé de l'épiscopat; 
et tous les évêques furent du même avis. 

Après la condamnation de Pallade, saint Ambroise interrogea Sccon- 
dien sur la divinité du Fils de Dieu ; mais cet hérétique s'élant obstiné 
à dire qu'il est vrai Fils unique de Dieu, sans vouloir ajouter de vrai 
Dieu , il fut déposé du sacerdoce et condamné comme Pallade avec le 
prêtre Attale. Telle fut l'issue de cette dispute qui dura depuis le point 
du jour jusqu'à la T heure (une heure après midi). 









— 7Î — 

Les Pères d'Aqoilée écrivirent ensuite plusieurs lettres synodales dont 
quatre sont venues jusqu'à nous. La première fut adressée aux évêques 
de la Gaule et des provinces de Vienne et de Narbonne, pour leur rendre 
compte de la condamnation de Pallade et de Secondien. La seconde, la 
troisième et la quatrième furent envoyées aux trois empereurs , Gratien, 
Valentinien et Théodose , suivant l'usage des romains , pour les remer- 
cier d'avoir assemblé le concile d'Aquilée , leur en faire connaître le 
succès , et les prier d'en faire exécuter les décrets. Comme l'antipape 
Ursin conlinuait ses intrigues à Rome, par le moyen de ses partisans, 
et qu'il s'était d'ailleurs uni aux ariens de Milan pour fomenter des trou- 
bles dans cette ville , les Pères du concile cherchaient à prémunir l'em- 
pereur Graiien contre les artifices et les calomnies de ce schismatique ; 
et ils demandaient à Théodose la convocation d'un concile général à 
Alexandrie pour mettre fin aux divisions de l'Eglise d'Antioche. 

Y 168. 
CONCILE DE SARRAGOSSE. 

(CESARAUCUSTANl'M.) 

(•t octobre 381 (1).) — L'hérésie des priscillianistes , qui donna occa- 
sion à ce concile, eut pour premier auteur un nommé Marc (î), origi- 
ginaire de Memphis, magicien habile, qui avait apporté d'Egypte en 
Espagne les rêveries des manichéens. Il eut pour premiers disciples dans 
cette province une femme de qualité nommée Agape et un rhéteur 
nommé Lipide. Agape et Elpidc instruisirent Priscillien , et ce fut lui 
qui donna son nom à la secte. Priscillien était distingué par sa naissance 
et par ses richesses ; d'un caractère affable et insinuant , versé dans 
les sciences profanes et parlant avec grâce et facilité, laborieux , frugal, 
désintéressé , il joignait à toutes ces belles qualités des vices qu'il savait 
cacher sous les dehors d'une vie austère et pieuse. 

Le fond de sa doctrine était un mélange monstrueux de toutes les im- 
piétés que le Manichéisme avait empruntées aux sectes les plus ancien- 
nes ; il enseignait avec Sabellius que le Père , le Fils et le Saint-Esprit 



B^ 



(i) Le P. Muni pense que ce n'est pas dans ce concile, mais dans un autre tenu 
l'année précédente à Sarragosse , que les priscillianistes furent condamnés pour la 
première fois. 

(5) Saint Vincent de Lérins, lib. il, cap. 34. — Sulpicc Sévère, Hisloria , lib. h, 
|>. 46°- — Isidore, d* scriptoiibw, nclesimticis, cap. n. — Saint Jérôme, epislolu 
1$ mi CtesipUonem, 



— 73 — 

n'étaient qu'une seule personne (1). Il disait avec Paul de Samosate et 
Photin que Jésus-Christ n'était pas avant de naître de la Vierge, et 
qu'il n'était Fils unique de Dieu que parce qu'il était né d'une vierge (2); 
il ne voulait même pas que cette naissance fût réelle, mais seulement 
en apparence, soutenant avec Marcion et Manès que Jésus-Christ n'avait 
pas eu véritablement une nature humaine (3). Ses disciples étaient en- 
nemis de la croix, et ne voulaient pas croire la résurrection de la 
chair (4). Cet hérésiarque prétendait que le démon n'avait pas été créé 
de Dieu , mais qu'il était sorti du chaos et des ténèbres éternelles (5). 
11 attribuait au démon ou au mauvais principe la formation du corps des 
hommes et la création du monde (6) . On ne sait pas bien positivement 
quel était son système sur les âmes, qu'il disait être de la nature 
de Dieu (7). Il paraît par le témoignage de saint Léon (8), qu'il supposait 
qu'elles avaient péché dans le ciel , et qu'en punition de leurs fautes elles 
étaient tombées sur la terre entre les mains des diverses puissances de 
l'air, qui les avaient enfermées dans des corps , et réglé la différence de 
la vie et de la condition des hommes sur la différence des péchés que 
leur âme avait commis dans le ciel. Mais saint Augustin (9) ne parle 
point de ces péchés des âmes dans le ciel , il dit seulement que selon les 
priscillianistes , les âmes , avant d'être unies aux corps , avaient été dans 
un état saint et heureux ; qu'étant ensuite descendues du ciel pour com- 
battre les princes malins et le prince créateur du monde , c'est-à-dire 
les démons, ceux-ci les avaient distribuées dans les corps comme ils l'a- 
vaient jugé à propos. Ce sont ces démons que les priscillianistes faisaient 
auteurs de la formation de l'homme, d'où ils avaient en horreur la 
naissance des* enfants et l'usage du mariage. Ils ajoutaient à leurs im- 
piétés, dit encore saint Augustin (10), que ces démons en enfermant 
les âmes dans les corps , leur avaient imprimé leur caractère , que Jé- 
sus-Christ avait depuis effacé en attachant son corps à la croix ; et a 
l'occasion de ce caractère, ils tiraient divers horoscopes, prétendant 






j^ (i) Saint Augustin, Bares. 70. — Saint Léon, Epistola l5 ad Turibium. 
(a) Saint Léon, Epislola i5 ad Turibium. 

(3) Idem , idem. 

(4) Idem , idem. 

(5) Idem. idem. — Saint Augustin, Hœres. 70. 

(6) Saint Léon, Epistola i5 ad Turibium. 

(7J Idem, idem. — Saint Augustin, Hœres. 70. 

(8) Ubi supra. 

(g) Epistola ad Renalum, lib. 11, cap. 7. 

(10) Epistola ad Orosiunt. 



— 74 — 

que les ânies des hommes étaient soumises .\ des étoiles fatales (1). Leur 
atiachement aux folies des astrologues leur faisait trouver du rapport 
entre les corps et les douze signes du zodiaque : ils enseignaient que 
chacun de ces signes présidait à quelque parti du corps; par exemple, 
le bélier à la tête , etc. Ils divisaient aussi l'âme en douze parties aux- 
quelles ils attribuaient un conducteur et une vertu qu'ils nommaient du 
nom des douze patriarches , Ruben , Juda , etc. Ces vertus , selon eux , 
opéraient la réformation de l'homme intérieur par leur opposition aux 
douze astres qui présidaient aux corps. Ils ne rejetaient pas ouverte- 
ment les livres de l'Ancien-Testament , mais ils les corrompaient par 
leurs fausses allégories , ou en falsiliaient les passages qui combattaient 
leurs erreurs ; ils préféraient même aux véritables Écritures certains 
livres apocryphes, qui étaient répandus sous le nom des apôtres , entre 
autres les actes de saint Thomas , de saint André , de saint Jean , les 
livres de l'ascension d'Isaïe et l'Apocalypse d'Elie (2). 

Quant à leurs mœurs, les priscillianisles affectaient une très-grande 
auslérité , faisant profession de renoncer au mariage , jeûnant très-sou- 
vent et s'abstenant du vin et de la viande , qu'ils regardaient comme des 
productions du mauvais principe ; mais sous ces apparences , qui leur 
attiraient le respect et la vénération des peuples , ils cachaient des dé- 
règlements non moins infâmes que ceux des manichéens (5). Ils tenaient 
leurs assemblées pendant la nuit ; et à la faveur des ténèbres , les hom- 
mes et les femmes mêlés ensemble et tout nus se livraient aux plus 
abominables impuretés (4), qu'ils avaient grand soin de cacher; car Us 
avaient pour maxime de ne jamais découvrir les mystères de leur secte ; 
ce qu'ils exprimaient en ces termes : « Jure-toi , parjure-toi , mais ne 
c trahis pas le secret (5). » 

Toutefois, Priscillien ne put si bien voiler les infâmes mystères de sa 
secte, qu'ils ne parvinssent à la connaissance d'Hygin, évèque deCor- 
dou. Ce prélat en avertit aussitôt Idace, évèque métropolitain de Mé- 
rida , qui s'unit à lui pour eu arrêter les progrès. Mais Hygin , après 
avoir été le premier dénonciateur des priscillianisles, se laissa lui-même 
surprendre à leurs artifices , et les reçut à sa communion. Idace, au 
contraire, les attaqua avec tant de chaleur, qu'il les aigrit au lieu de les 



(i) Epi-ilnlii adOroslurn. — Ilaircs. 70. — Saim Léon , Epistolu |5 ud Turibium, 
ap. xi , \iv. 

(2) Idem, idem. 

(3) Saint Augustin, Bares. 70. — Sulpice Sùvèrc, Hisloiia , lib. 11 , p. 463. 
l/l) S.iinl Lc'oii , Epistaia i5 ud Turibium , cap. xvi. 

(5) Saiut Augustin, Bares. 70. — Bpislola 2^7 ad Ccicnum.] 



; • 



— 75 — 

ramener (1). Après bien des conférences inutiles, on crut qu'il était 
nécessaire d'assembler un concile pour arrêter les progrès de celte hé- 
résie. II se tint à Sanagosse, capitale du royaume d'Arragon , l'an 581; 
les évèques d'Aquitaine et ceux d'Espagne s'y trouvèrent au nombre de 
douze, savoir : Fitade , que l'on croit être saint Phébade d'Agen ; saint 
Dolphin de Bordeaux , Eutychius , Ampelius, Augentius, Lucius, Ithace, 
évèque de Sossube, ville que l'on ne connaît plus.Splendonius, Valère, 
Symphosius, Caitérius et Idace deMérida; le faux Dexter (2) ajoute 
sans aucune preuve saint Martin de Tours ; mais on doit s'en rapporter à 
Sulpice Sévère (5), qui dit que les évèques d'Aquitaine et ceux d'Espagne 
assistèrent à ce concile': or, la ville de Tours dépendait de la Celtique. 

Les priscillianisles n'osèrent se présenter devant le Concile pour y 
défendre leur doctrine ; mais leur absence n'empêcha pas qu'ils ne lus- 
sent condamnés. Instance et Salvin , évèques , Priscillien et Elpidius , 
laïques , furent nommément excommuniés et leur infâme doctrine con- 
damnée par le Concile dans les huit canons suivants (4 

1 er canon. Les femmes ne doivent point s'assembler avec des hommes 
étrangers , sous prétexte de doctrine, ni tenir elles-mêmes des assem- 
blées pour instruire d'autres femmes, parce que l'Apôtre le défend. 
Tous les évèques du Concile disent anathème à ceux qui n'observeront 
pointée décret. 

2 e canon. Que ceux qui jeûnent le dimanche par persuasion ou par 
superstition, qui n'entrent point dans les églises pendant le carême, 
et qui se retirent dans les montagnes ou dans les maisons ou qui s'as- 
semblent dans les campagnes , ne voulant pas suivre les préceptes et les 
exemples des prêtres, soient anathèmes. 

3 e canon. Si quelqu'un est convaincu de ne pas avoir consumé 
l'Eucharistie qu'il aura reçue dans l'église , qu'il soit anathème pour 
toujours. 

(i) Sulpice Sévère, Historia , lib. il, p. 463, 4*>4> 465. 

(2) In chronico , ad aunum 384. 

(3) Historia, lib. 11 , p. 465. 

(4) Hardouin, Collectio conciliorum , t. I , p- 806 et suiv. — Le P. Labbe , sacro- 
sancta Concilia, t. II , p. 1009. — Tous les actes de ce concile ne sont point par- 
venus jusqu'à nous, et Sulpice Sévère ne nous en a pas donné le détail ; mais il nous 
en reste un fragment qui paraît en être la conclusion. IL est date du 4 octobre de 
l'ère d'Espagne 4 18, c'est-à-dire de l'an 38o, et contient divers analhèmes et divers 
règlements qui out visiblement rapport aui priscillianisles. Lucius , l'un des douze 
évèques du Concile, les lut dans la sacristie de l'église de Sarragosse, à la requête 
de tous les évèques présents. — Il y a probablement ici une erreur de date; car 
tous les principaux collecteurs de conciles s'accordent à dire que celui-ci lut tenu 
l'an 38 1. 



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! 



"M 



— 76 — 

V canon. Il n'est point permis de s'absenter de l'église, pour se 
cacher dans les montagnes ou dans les maisons , pendant les vingt et 
un jours qui sont depuis le seize des calendes de janvier (le 17 décem- 
bre) jusqu'au huit des ides de janvier (6 janvier, jour de l'Epiphanie). 
Si quelqu'un n'observe point ces décrets, qu'il soit anathème. 

5 e canon. Que ceux qui ont été excommuniés par la sentence de leur 
êvèque ne soient point reçus par d'autres évoques. Ceux qui contre- 
viendront à ce décret seront eux-mêmes excommuniés. 

6 e canon. Si quelque membre du clergé quitte le saint ministère vo- 
lontairement et par vanité sous prétexte de pratiquer une plus grande 
perfection dans la vie monastique , il doit être chassé de l'Église , et n'y 
être reçu qu'après avoir satisfait en le demandant pendant longtemps. 

C'est la première fois qu'il est parlé de la vie monastique en Es- 
pagne. 

7 e canon. Il n'est point permis de prendre le nom de docteur si on ne 
l'a point reçu. 

8 e canon. On ne doit point voiler les vierges vouées à Dieu , avant 
qu'elles n'aient atteint l'âge de 10 ans et sans l'approbation de l'évèque. 

N° 166. 
CONCILE D'ITALIE. 

(iTALICUM.) 

(L'an 381.) — Sur la fin de cette année , les évoques du vicariat d'I- 
talie s'assemblèrent en concile , à Milan , selon quelques auteurs , sous 
la présidence de saint Ambroise , évêque de cette ville. Maxime-le-Cy- 
nique , dont l'ordination avait été déclarée nulle par le concile de Con- 
stantinople , vint se présenter à cette assemblée, muni des lettres que 
Pierre d'Alexandrie avait autrefois écrites en sa faveur. Trompés par ces 
lettres, les évêques d'Italie approuvèrent la demande que Maxime fai- 
sait de l'évêcbé de Constantinople et l'admirent à leur communion ; mais 
ils ne voulurent rien décider sur le fond de ses prétentions, dont ils ré- 
servèrent la connaissance au Concile œcuménique qui devait se tenir à 
Rome : ils se contentèrent de prier l'empereur Théodose d'avoir égard 
à ses intérêts (1). Nectaire ', que le concile de Constantinople avait mis 
à la place de Maxime , fut regardé comme un intrus. 

Les évêques de ce concile condamnèrent ensuite les erreurs d'Apol- 
linaire (2). 

(i) Cette lettre du Concile à Théodose rt'esl point parvenue jusqu'à nous. 

(2) Saint Ambroise, Bpistolœ l3 cl i4- — Soïomène, Historia, lib. vu, cap. a. 






£ 



— 77 



N° 167. 



II* CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(OONSTANTINOPOLITINUM II.) 

(Au commencement de l'été de l'an Ô82.)— Sur la demande des Pères 
du concile d'Aquilée , l'empereur Théo-dose assembla les évêques de l'O- 
rient à Conslanlinople. Les évoques du concile d'Italie, présidé par saint 
Ambroise, auraient souhaité que les évêques de l'Orient et de l'Occident 
fussent assemblés à Rome ; mais Théodose , à qui ils avaient manifesté 
leurs désirs , leur avait représenté que les affaires qui étaient à traiter 
dans une assemblée d'évèques, entre autres celle de Flavien d'Anlioche, 
devaient être jugées en Orient, où toutes les parties étaient présentes, 
et qu'il n'y avait aucune raison de faire venir les orientaux à Rome. 
Saint Grégoire de Nazianze , invité par l'empereur de se rendre à ce 
concile , s'en excusa sur ses infirmités et sur le peu de fruits qu'il y avait 
à espérer de ces sortes d'assemblées ; car il était toujours vivement frappé 
du mauvais succès que ses bonnes intentions avaient eu dans le précé- 
dent concile de Conslanlinople (1). 

A peine arrivés dans rette ville , les évêques d'Orient reçurent une 
lettre synodale des occidentaux , qui les invitaient à venir au concile de 
Rome ; mais ils s'en excusèrent sur l'inutilité d'un voyage qui serait à 
charge à la plupart d'entre eux. Dans leur réponse au pape Damase et 
aux autres évêques assemblés à Rome, que l'histoire nous a conservée (2), 
ils font d'abord la description des sanglantes persécutions qu'ils avaient 
souffertes de la part des ariens, dont les désordres étaient si considé- 
rables , qu'on ne pouvait les réparer qu'avec beaucoup de temps et de 
travail. « Et quoique, ajoutaient-ils, les hérétiques soient chassés des 
« églises, leurs faux pasteurs continuent leurs assemblées, excitent des 
t séditions et nuisent à l'Église de tout leur pouvoir. Ainsi, quelque 
« désir que nous ayons de correspondre à la charité avec laquelle vous 
« nous avez invités , nous ne pouvons délaisser entièrement nos églises ; 
f et le voyage serait absolument impossible a la plupart d'entre nous. 
< Nous sommes venus à Constantinople suivant les lettres que vous 
« écrivîtes après le concile d'Aquilée au très-pieux empereur Théodose. 
« Nous ne sommes préparés que pour ce seul voyage ; nous n'avons ap- 



■ . 1 

! 



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(l) Saini Grégoire de Nazianze, Epislala fi 5 - 

{2) Tliéodorct , ffistorta, lih, v, cap, 9, — Tlardouin, ColiecHo conciliorum , t.,1, 



fu 



'mm 



- 78 — 

« porté le conseniement des autres évêques qui sont demeurés dans les 
i provinces que pour ce seul concile ; nous ne nous attendions pas à 
t aller plus loin , et nous n'avons pas entendu parler de votre invitation 
« avant de nous assembler à Constantinople. De plus , le terme est trop 
« court pour faire nos préparatifs ou pour avertir tous les évêques de 
« noire communion et recevoir leur consentement. Ce que nous avons 
« pu faire , c'est de vous envoyer nos vénérables frères les évêques Cy- 
« riaquc , Eusèbe et Priscien , qui vous feront connaître notre amour 

< pour la paix et notre zèle pour la foi. Car si nous avons souffert les 

< persécutions, les tourments, les menaces des empereurs, les rigueurs 
« des gouverneurs des provinces et les violences des hérétiques , ce n'a 
« été que pour la défense de la doctrine évangélique , qui a été publiée 
« par les 318 évêques du concile de Nicée en Bithynie. Vous devez aussi 

< bien que nous approuver cette doctrine ; et il faut que tous ceux qui 
t ne veulent pas renverser la foi l'approuvent de même, puisque c'est 

< l'ancienne doctrine et qu'elle est conforme au baptême : nous ensei- 
i gnant a croire au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, c'est-à- 
« dire , d'une seule divinité , puissance et substance , d'une égale dignité 
« et d'un règne co-éternel , en trois parfaites hypostases, ou trois par- 
« faites personnes ; en sorte qu'il n'y ait point lieu à l'erreur de Sabel- 
« lius, qui confond les hypostases, ou détruit les propriétés ; ni à celles 
t des eunomiens, des ariens et des ennemis du Saint-Esprit, qui divi- 
« sent la substance , la nature ou la divinité , et qui introduisent une 
« nature postérieure créée , ou une autre substance dans la trinité iii- 
« créée , consubstantielle et co-éternelle. Nous conservons aussi dans 
« sa pureté le mystère de l'Incarnation , et nous ne recevons point dans 
« ce mystère une chose imparfaite, sans âme et sans entendement; 
i mais nous reconnaissons que le Verbe de Dieu est entièrement parlait 
i avant les siècles, et que dans les derniers jours il est devenu parfait 
« homme pour notre salut. 

« Voilà en abrégé la foi que nous prêchons , et dont vous pourriez 
« vous instruire plus amplement par l'écrit du concile d'Antioche ei 
« par celui du concile œcuménique, qui fut tenu l'année dernière à 
« Constantinople , où nous avons exposé plus au long notre créance et 
« condamné par notre signature les hérésies qui se sont élevées depuis 
« peu de temps. 

t Quant à l'administration de nos églises , vous savez l'ancienne cou- 
t tume confirmée par le décret de Nicée , que les ordinations se feraient 
« dans chaque province parles évêques de la province , en y appe- 
« lant, s'ils le voulaient, leurs voisins. Nous vous prions de croire 






- 70 - 

• qu'elle est religieusement observée parmi nous , et que les évoques 
« des plus grandes villes ont été ordonnés conformément à celte règle. 

< C'est ainsi que pour l'Église de Constantinople nouvellement rétablie , 
« puisque par la miséricorde de Dieu nous l'avons arrachée de la gueule 

< du lion, c'est-à-dire des mains des hérétiques, nous avons ordonné 
f évèque le vénérable Nectaire, dans le concile œcuménique, d'un com- 

< mun consentement , à la vue du très-pieux empereur Théodore, et 

• avec l'agrément de tout le clergé et de toute la ville. 

i Pour ce qui est de l'Église d'Antioclie, où le nom de chrétien fut 
« premièrement connu , les évêques de la province et de la diocèse d'O- 

< rient ont élu canoniquement le révérendissime et très-religieux Fla- 
i vien , d'un commun accord de toute l'Église ; et tout le Concile a ap- 
« prouvé celte ordination comme légitime. 

< Nous vous donnons aussi avis que le très-religieux et très-vénérabîe 

< Cyrille , évêque de Jérusalem , qui est la mère de toutes les Eglises , 
« a été autrefois ordonné canoniquement par les évêques de la province, 
« et qu'il a beaucoup souffert on divers lieux de la part des ariens. 
« Nous vous prions de leur témoigner la joie que vous ave/ de l'ordi- 
« nation canonique qu'ils ont reçue parmi nous, et de leur être unis par 
« la charité et par la crainle de Dieu , qui réprime les mouvements hu- 

< mains, et préfère l'édification de l'Église à l'amour des créatures. La 

< vérité delà foi et la sincérité de la charité une fois établies parmi 
i nous d'un commun consentement, nous cesserons de dire cette pa- 
« rôle que saint Paul a condamnée : « Je suis à Paul , et moi je suis à 
« Apollon et moi à Céphas. » Nous serons tous à Jésus-Clirist, qui ne 

• sera point divisé en nous; nous conserverons l'unité du corps de l'É- 
i glise, et paraîtrons avec confiance devant le tribunal du Soigneur. > 

Outre les hérésies de Sabellius , d'Arius et de Macédonius , les Pères 
de Constantinople condamnèrent encore celle d'Apollinaire, en décla- 
rant qu'ils tenaient une saine doctrine touchant l'incarnation du Sau- 
veur, et en rejetant celle qui enseignait que le Verbe s'était uni à un 
corps sans âme ou sans esprit (1). 

(i) Théodoret, Historin, lib. v, cap. g. — C'est à tort et sans preuves que 
quelques écrivains attribuent à ce concile les canons et le symbole du I" concile de 
Constantinople, et l'ordination de Nectaire. 






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— 80 ;— 

N° 168. 

VIII" CONCILE DE ROME. 

(romanum vin.) 

{L'an 582 (1).) — Ce concile fut convoqué par les soins de l'empe- 
reur Gratien et du saint évêque de Milan , pour mettre fin aux divisions 
de l'Église d'Antioche, que les Pères de Constantinople et d'Aquilée 
n'avaient pu faire cesser. Parmi les évoques qui assistèrent à cette 
assemblée, on remarque saint Ambroise de Milan, saint Valérien 
d'Aquilée, saint Ascole de Thessalonique, Aménius de Sirmium , Brit- 
ton , que l'on croit avoir été évoque de Trêves , Basile , dont le siège 
n'est pas connu, saint Épiphane de Salamine, Paulin d'Antioche 
et saint Jérôme; Cyriaque, Eusèbe et Priscien y furent députés 
par les Pères du second concile de Constantinople. 11 y eut en outre 
cinqmélropoliiains d'Occident et le pape saint Damase. Ce concile fut 
très-nombreux ; mais nous n'avons presque aucune connaissance de ce 
qui s'y passa. On conjecture seulement que la communion avec Paulin 
d'Antioche y fut confirmée. Après on y résolut de ne point communi- 
quer avec Flavien, Diodore de Tarse et Acace de Bérée, qui avaient favo- 
risé son élection (2). On ne voit point que les Pères du concile de Rome 
aient refusé de communiquer avec Nectaire de Constantinople. Ainsi se 
perpétua le schisme de l'Eglise d'Antioche qui subsista jusqu'à l'an 414. 

On s'occupa aussi des apollinaristes dans le concile de Rome ; on y 
disputa avec eux et l'on y traita de la manière de les recevoir à l'É- 
glise (3). 

N° 169. 

III e CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM III.) 

(Mois de juin de l'an 585.) — Les troubles causés par l'Arianisme 
continuant à agiter les Églises de l'Orient, l'empereur Théodose convo- 
qua un nouveau concile à Constantinople, où il appela les principaux 
chefs des ariens, des novatiens, des eunomiens et des macédoniens, 



(i) Le P. Mansi est d'avis qu'il iaut placer ce concile an mois de septembre on 
d'oetohre de l'an 383 ; mais les principaux collecteurs et les meilleurs historiens 
le mettent à l'an 38t. 

(a) Sozomène, Histmiu, lib. vu, cap. il. 

(3j Buffin, </e adultérât, lib. Origen,, t. V, in oper. çnneli Hieronymi, p. a53. 



— 81 — 

dans l'espoir do les ramener à la doctrine catholique par des conférences 
on seraient disculées d'une manière approfondie toutes les questions 
qui divisaient les esprits (1). Des évèques de toutes les religions et de 
toutes les provinces se trouvèrent à cette assemblée. L'Egypte, l'Ara- 
bie , la Chypre , la Palestine , la Phénicie , la Syrie , y envoyèrent leurs 
évèques. Saint Grégoire de Nazianze n'y vint pas, mais il écrivit à 
Posthumien , préfet du prétoire , pour l'exborler à rétablir la paix des 
Églises et a employer même la force pour faire cesser la division (2). 
Nectaire de Constanlinople est le seul des évèques catholiques dont les 
historiens fassent mention (j).' On croit avec assez de fondement que 
saint Grégoire de Nysse fut aussi présent à ce concile. Nous avons de ce 
Père de l'Église un discours remarquable sur la divinité du Fils et du 
Saint-Esprit et sur le sacrifice d'Abraham , prononcé à Constanlinople 
dans une assemblée d'évêques vers le milieu de l'an 38Ô (4). Agélius 
y fut dépulé par les novatiens , Démophile par les ariens , Eunomius par 
les eunomiens , et Eleuze de Cyzique par les macédoniens (5). Les évo- 
ques avaient amené avec eux un grand nombre de dialecticiens pour 
soutenir la dispute. 

Avant l'ouverture du concile , l'empereur lit venir Nectaire pour con- 
férer avec lui sur les moyens de réunir les hérétiques à l'Église, et lui 
dire qu'il ne croyait pas que l'on pût terminer les contestations avant 
d'avoir clairement expliqué les questions qui leur avaient donné nais- 
sance. Mais , sur l'avis d'Agélius , évêque des novatiens , et de Sisinnius, 
lecteur de son Église, homme très-savant dans les saintes Écritures et 
les dogmes des philosophes, Nectaire représenta à l'empereur les incon- 
vénients de ces disputes , plus propres à augmenter les divisions qu'à les 
terminer, et lui conseilla d'éviter avec soin toutes les subtilités philoso- 
phiques pour s'en rapporter à l'autorité de la tradition, constatée par 
l'enseignement uniforme des anciens docteurs. L'empereur applaudit à 
cet avis et l'exécuta avec adresse. Mais comme plusieurs d'entre les 
hérétiques se refusèrent à reconnaître les écrits des Pères comme des 
témoins dignes de foi de la doctrine chrétienne , Théodose demanda à 
tous les évèques leur confession de foi par écrit ; puis , les ayant lues , 
il déchira toutes celles qu'il reconnut être contraires an symbole de Ni- 






(i) Socrale, Hislorin, lib. v,cap. 10. — Sozomène, Bisioria, lib. VII, cap. 12. 

(2) Saint Grégoire de Nazianze, Epistcla 71. 

[ij Socrate , BisloHa, lib. v, cap. iu. 

(4) In opertbus , t. H, 

('1) Socrate, Hislorin , lili. T, cap. 10, 

T. IL (i 



- 81- 

cée (1); et les chefs des hérétiques , s'accusant les uns les autres et se 
voyant condamnés et accusés par leurs propres disciples , se retirèrent 
pleins de honte et de confusion. 

Lé Concile s'étant ensuite occupé du schisme d'Antioche, les évêques 
d'Egypte, d'Arabie et de Chypre demandèrent que Flavien fût chassé 
du siège de cette ville; ceux de Palestine, de Phénicie et de Syrie s'ef- 
forcèrent au contraire de l'y maintenir, voulant que Paulin en fût 
chassé. Ainsi la victoire des catholiques sur les hérétiques ne fut pas 
exempte de tristesse par suite de cette déplorable division. C'est tout ce 
que l'on sait de ce concile de Constantinople (2). 



1 

11 



N° 170. 
CONCILE DE BORDEAUX. 

(BURDICALENSE.) 

(Vers l'an 584.) — Après la condamnation des priscillianistes au con- 
cile de Sarragosse , Priscillien et deux évêques de son parti se rendirent 
à Rome , et de là à Milan , dans l'espérance de parvenir à tromper le 
pape et saint Ambroise ; mais se voyant repoussés de l'un et de l'autre , 
ils firent ensuite tous leurs efforts pour gagner les bonnes grâces de 
l'empereur Gratien ; et, à force d'intrigues et de présents , ayant séduit 
Macédonius , grand maître du palais , ils obtinrent par son intervention 
un édit qui les rétablissait dans leurs Églises. Ils achetèrent aussi la 
protection de Volventius , proconsul d'Espagne ; et l'évêque catholique 
Ithace , poursuivi lui-même comme un perturbateur des Églises , fut 
contraint de se réfugier à Trêves dans les Gaules , sous la protection de 
Britton , évêque de cette ville , où il essaya vainement de faire parvenir 
la vérité aux oreilles de Gratien, toujours obsédé par son grand maître 
Macédonius (3). 



(0 Tel est le récit deSocrate, Historia, lib. v, cap. to, et de Sozomène, Hlst., 
lib. vil , cap. 12. Mais il n'est pas croyable qne Théodose, quoiqu'il fût très-instruit 
dans les matières de la foi , se soit rendu le seul juge de toutes ces différentes for- 
mules , sans consulter aucun des évêques du concile; et il est encore moins croya- 
ble qu'il ait eu besoin de tant de formules pour choisir la plus orthodoxe , parce 
qu'il était très-instruit dans la doctrine chrétienne et qu'il faisait profession de la 
consubslan t iali té . 

(2) C'est à tort que Elites du Pin , dans sa nouvelle bibliothèque des auteurs sa- 
crés, t. II , p. 890 , attribue à ce concile les symboles et les canons dn i« concile 
de Constantinople. 

(3) Sulpice Sévère, HMorta, lib, il, —Saint Augustin, H&res, 70. 



Sur ces entrefaites, Maxime, lieutenant de Gratien dans la Grande- 
Bretagne, se fit proclamer empereur et passa dans les Gaules, où Gra- 
tien , abandonné de ses troupes , fut défait et tué à Lyon le 25 août de 
l'an 383. Maxime montra quelque zèle pour la foi catholique, et prit 
surtout des mesures pour réprimer l'hérésie des priscillianistes. Sur une 
requête d'Iihace , cet empereur convoqua un concile à Bordeaux , où il 
fit amener Priscillicn avec ses principaux disciples. L'évêque Instantius, 
un des chefs du parti , fut déposé ; mais Priscillicn , craignant la même 
peine , appela au tribunal de l'empereur, et le Concile eut la faiblesse 
de déférer à cet appel irrégulier, au lieu de condamner cet hérétique , 
malgré son opposition, ou de porter la cause devant d'autres prélats (i). 



I 



N° 171. 

CONCILE DE TRÊVES. 

(trevirense.) 

(L'an 385.) — Après le concile de Bordeaux , Priscillien et ses disci- 
ples, qui avaient appelé au tribunal de l'empereur, furent menés à 
Trêves devant Maxime, suivis d'Jdace et d'Ithace, leurs accusateurs. 
Saint Martin de Tours sollicita la grâce de ces hérétiques et conjura 
l'empereur de ne point s'arroger le jugement d'une cause ecclésiastique , 
mais de se borner à chasser les priscillianistes de leurs églises sans ré- 
pandre leur sang. Maxime parut d'abord céder aux remontrances de 
saint Martin ; mais après le départ du saint évèque, on reprit le cours 
des procédures , et Priscillien fut condamné à mort et exécuté avec plu- 
sieurs de ses disciples. L'évêque Instantius et quelques autres furent 
seulement condamnés à l'exil. 

Les catholiques blâmèrent Ithace et les évoques de son parti d'avoir 
montré dans cette affaire plus de passion et d'animosité que de vérita- 
ble zèle. Un évêque nommé Théogniste, ou Théoniste, alla même jus- 
qu'à se séparer de leur communion par une sentence publique. Mais 
Ithace fut déclaré innocent dans un concile qui se tint à Trêves l'an 385, 
et les évêques qui le composèrent ne firent aucune difficulté de commu- 
niquer avec lui (2). 



(i) Sulpice Sévère, Historia, lib. II. 

{■>.) Sulpice Sévère , Diulog, i, cap, xv, p. Goy, — Idem, Flistork, lib. u, uum 






J 



— 84 - 

«• i72. 

* CONCILE DE TRÊVES. 

(trevirense.) 

(L'an 385.) — Ce concile, à ce qu'il paraît, fut convoqué pour pro- 
céder à l'ordination de Félix , évoque de Trêves. Ithace y fut de nou- 
veau déclaré absous de la mort de Priscillien ; et saint Martin y commu- 
niqua avec les évêques ithaciens pour sauver la vie à de malheureux ol- 
ficiers de Gratien que Maxime allait faire égorger. Depuis ce temps-là, 
le saint évêqne de Tours n'assista plus à aucun concile (1). 

N° 175. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(6 janvier de l'an 586.)— On voit par la lettre du pape Sirice aux évê- 
ques d'Afrique, que le 6 janvier de l'an 586, il se tint à Rome un concile 
nombreux , dans le dessein d'y renouveler quelques anciennes ordon- 
nances que la négligence avait laissé abolir. Nous ne pouvons connaître 
quelles étaient ces anciennes ordonnances , que par celles qui furent 
laites dans ce concile. Elles sont au nombre de huit , les voici : 

1 er canon. Personne ne pourra ordonner un évèque sans le consen- 
tement du siège apostolique ou du primat (ou du métropolitain). 

-2' canon. Un évèque ne doit point être ordonné par un seul évèque. 

3' canon. On ne doit point admettre dans le clergé celui qui après fa 
rémission de ses péchés (c'est-à-dire après le baptême) aura porté l'é- 
pée dans la milice du siècle. 

V canon. Un clerc ne doit point épouser une femme veuve. 

5 e canon. On ne doit point recevoir dans le clergé un laïque qui initiât 
épousé une veuve. 

6' canon. On ne doit point ordonner un clerc d'une Église étrangère .- 

7 e canon. On ne doit point recevoir un clerc chassé de son Église. 

8 e canon. On recevra par l'imposition des mains les novatiens et les 
montagnards (ou donatistes de Rome), excepté ceux qu'ils auront re- 
baptisés. 

Le reste de la lettre décrétale du pape Sirice regarde l'entière conii- 
nence que les prêires et les diacres doivent garder, comme étant obli- 



(i) Siilpice Sévère, HislorUi, liti. 11. 



— 85 — 

£és de servir tous les jours au ministère divin. Il déclare à la fin que 
ceux oui refuseront d'observer ces décrets seront séparés de sa commu- 
nion et punis dans l'enfer (1). Ces derniers termes font voir qu'on ne 
regardait pas alors dans l'Église la continence des clercs comme une 
chose de simple conseil, mais comme d'une obligation absolue dont la 
prévarication était punie de l'excommunication en ce monde et des 
peines de l'enfer en l'autre. Aussi , dès le commencement de sa lettre , 
le pape Sirice déclare que les ordonnances qu'elle renferme sont des 
préceptes anciens , qui viennent de la tradition des Pères et des Apôtres. 






N° 174. 

CONCILE DE (2). 

(gallic.vnum.) 

(L'an 386.) —Ce concile fut assemblé au sujet du piètre Agricius , 
dont l'ordination n'était point régulière. 

N° 173. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(L'an 586.) — Les évêques d'Afrique approuvèrent dans ce concile la 
lettre décrétale du pape Sirice et confirmèrent par un nouveau canon 
ce qu'il avait réglé touchant le célibat des prêtres et des diacres (3). 



N° 176. 

CONCILE DE NISMES. 

[(nemausence.) 

(Vers l'an 389 (4).) — Saint Martin fut invité de se trouvera ce con- 
cile; mais inébranlable dans la résolution qu'il avait prise à la dernière 
assemblée de Trêves , l'an 586, de ne se trouver jamais à aucun concile , 
il refusa d'assister à celui-ci. Toutefois , comme il désirait savoir ce qui 
s'y était passé , un ange le lui révéla, lorsqu'il était en voyage avec Sul- 
picc Sévère (5). C'est tout ce que l'on sait de ce concile. 

( 1 ) Epistola ad tifros. 

(2) Le lieu où se lint re concile est incertain. 

(3) Le P. Mansi, supplem. enneil., t. I. 

(4) Quelques collecteurs pbceul ce concile a l'an .-ÎÇ|J. 

(5) Diafoq. 2, nuui. i5, p. 5o4. 






— 86 — 

N° 177. 

CONCILE D'ANTIOCHE. 

(antiochenum.) 

(L'an 388 ou 389.)— Saint Marcel, évoque d'Apamée, ayant été tué par 
les idolâtres , ses enfants résolurent de venger sa mort. Mais le concile 
de la province s'étant assemblé , on leur défendit de poursuivre la pu- 
nition d'un mort dont il fallait plutôt rendre grâces à Dieu, puisqu'elle 
procurait un illustre martyr à l'Église (I). 



N° 178. 

CONCILE DE ROME. 
(romamum.) 

(L'an 390.)— Après avoir passé plusieurs années dans un monas- 
tère (2), domptant son corps par le jeûne , l'abstinence et le travail , ne 
vivant que de pain et d'eau et marchant nu-pieds (3), Jovinien aban- 
donna les pratiques de celte vie austère et se plongea dans les délices de 
la volupté, dans le luxe et les plaisirs de Rome. Pour justifier sa déser- 
tion du cloître , il enseigna que l'abstinence et la sensualité étaient en 
elles-mêmes des choses indifférentes , et que l'on pouvait sans consé- 
quence ne point s'abstenir des viandes , pourvu qu'on le fit avec actions 
de grâces. Il prétendit aussi que la virginité n'était point un état plus 
parfait que le mariage , et qu'on ne pouvait dire que la mère de Notre- 
Seigneur lut demeurée vierge après l'enfantement , à moins d'attribuer 
à Jésus-Christ , comme le disaient les manichéens , un corps simplement 
apparent et fantastique. Il soutint que les hommes régénérés par le bap- 
tême ne pouvaient plus être vaincus par le démon , et que comme la 
grâce du baptême est égale dans tous les hommes , et de plus le prin- 
cipe de tous leurs mérites , ceux qui la conserveraient jouiraient dans le 
ciel d'une récompense égale. Il osa même avancer que tous les péchés 
sont égaux. Ce qui fait dire à saint Augustin que cet hérétique était 
stoïcien en enseignant l'égalité des péchés , et épicurien en prenant la 
défense des voluptés (4). 

(i) Tbéodorcl , Histoiia, lib. v, cap. ai. — Sozomèue, Hisloria, lib. vu , cap. i5. 
(a) Quelques auteurs rapportent qu'il avait été moine dans le monastère que 
saint Àmbroise gouvernait à Milan ; mais ce saint évêque ne parle que de Sarmatiou 
et de Barba tien. — Baronius , Annales, ad annum 382. 

(3) SainLJérôme, adversits Jovinianuni , lib. M. 

(4) Saint Jérôme, adversùs Jovinianum , lib, i. — - Hcruiaul , Vie de sainl Am- 



— 87 — 

Les mœurs de Jovinien n'étaient pas moins corrompues que sa doc- 
trine ; il vivait en épicurien. A le voir tous les jours dans la débauche , 
on aurait dit qu'il voulait venger son corps des austérités et des jeûnes 
dont il l'avait affligé dans le monastère (1) . 

Une doctrine aussi commode que celle de Jovinien, et qui ilattait si 
fort les inclinations corrompues, ne manqua pas de trouver à Rome beau- 
coup de sectateurs. L'on vit même des vierges consacrées à Dieu , après 
avoir saintement vieilli dans la continence et la chasteté, violer leur ser- 
ment et se marier (2). 

Pour arrêter les progrès de cette criminelle hérésie, plusieurs laïques 
illustres par leur naissance et leur piété , et entre autres le sénateur ro - 
main saint Pammaque, célèbre par les lettres de saint Jérôme , portè- 
rent au pape Sirice un écrit renfermant la doctrine de Jovinien et de- 
mandèrent au Souverain-Pontife qu'elle fût soumise au jugement des 
évèques et condamnée par la sentence du Saint-Esprit (3). 

Le pape ayant aussitôt assemblé son clergé, la doctrine de Jovinien 
lut examinée et trouvée contraire à la foi catholique. De l'avis de tous 
ceux qui étaient présents, prêtres, diacres et autres clercs, on con- 
damna d'une voix unanime Jovinien , Auxence, Génial, Germinator, 
Félix Prontin , Martianc , Janvier et Ingeniosus , comme auteurs d'une 
nouvelle hérésie , et l'on ordonna qu'ils demeureraient excommuniés 
pour toujours. Ce jugement de l'Église romaine étouffa l'hérésie de Jo- 
vinien à sa naissance (4). 

N° 179. i 

CONCILE DE MILAN. 

(mediolanense.) 






(Vers le mois d'avril de l'an 590.)— Dès que Jovinien se vit condamné 
par le concile de Rome et chassé de l'Église comme un hérétique , il alla 
trouver Théodose à Milan , suivi de tous ceux que le pape avait excom- 
muniés. Mais pour empêcher que les j ovinianif tes ne surprissent la reli- 
gion de cet empereur, saint Sirice écrivit une lettre à l'Église de Milan 

broise , lib. vu, p. 43»- — Saint Augustin , contià Julian., lib. i, cap. a. — De 
uuptiis et concupiscent., lib. n , cap. 23. — Epistola 167. 

(1) Saint Jérôme, adversus Jovinianum , lib. 1 et n. — Saint Anibroise , Epistola 
ad Silicium. — Saint Augustin , De hœresibus , cap. 82. 

(2) Saint Augustin, Jtctruclat., cap. 22. 

(3) Saint Ambroise, Epistola ad Silicium. — Saint Jiiiouie, in apologetico pru tibio 
irdi'eriits Jovinianum. 

(4) Saint Augustin , De hœresibus, cap. UCXX1I, — RehactfU,, lib, 11 , cap. 13 — 
Sirice, Eptstota ud Ecchsiam ircdiuluneinai'. 



.1 



pour lui taire connaître la sentence rendue contre Jovinien et la réfuta- 
tion de ses erreurs. Aussi ces hérétiques n'inspirèrent que de l'horreur 
à Théodose et à toute la population de Milan, d'où ils furent chassés 
comme des manichéens (1). 

Les évêques qui se trouvèrent alors à Milan avec saint Ambroise , 
s'assemblèrent en concile et confirmèrent le jugement de Rome contre 
Jovinien et ses sectateurs (ï). 

On croit que ce fut dans ce concile , ou dans un autre tenu vers ce 
même temps , que les évêques des Gaules firent confirmer la sentence 
qu'ils avaient rendue l'année précédente contre les ithaciens. Iihace 
fut déposé de l'épiscopat et excommunié , à cause de sa cruauté qui l'a- 
vait porté à poursuivre la mort de Priscillien (3). 

Le Concile était encore assemblé , lorsque la nouvelle du meurtre de 
Thessaloniquc parvint à Milan. 

N k 180. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

( CARTHAGINENSE. ) 

(Le 17 mai de l'an 590.) —On fit dans ce concile divers règlements de 
discipline, et l'on renouvela la loi delà continence des évêques, des 
prêtres et des diacres , et celle aussi qui défendait aux prêires de faire 
le saint carême , de consacrer les vierges et de réconcilier solennelle- 
ment les pénitents (4). Les règlements et les actes de ce concile ne sont 
point parvenus jusqu'à nous. 

N° 181. 
! II e CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE II.) 

(Le 16 juin de l'an 590.) — Généthœlius ou Génédius, évêque de 
Carthage, présida ce concile, auquel assistèrent un grand nombre d'évê- 
ques. Les canons seuls sont parvenus jusqu'à nous. 

1" canon. Avant de nous occuper des affaires particulières et de la 



(i) Saint Sirice, Epistnta ud JScclesiam merliolanensem.— Saint Ambroise, Epis- 
loin ad Silicium. 

( 2) Saint Ambroise , Epislola nd Siricium. 

(S) Snlpicc Sévère, Historia , lib. H, p. 478. 

(4) Le P. Labbe, Saervsancta conctHa, etc., t. Il, p. n5g, 1160. 



s i 



— 89 — 

discipline ecclésiastique, nous devons l'aire profession delà foi de 
l'Église afin de fortifier l'esprit des évêques nouvellement ordonnés. 
Nous enseignons donc au peuple, ainsi que nous l'avons appris par une 
tradition certaine de nos Pères, qu'il n'y a qu'un Dieu en trois person- 
nes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. — Tous les évêques protestent 
qu'ils enseignent l'unité de la Trinilé , selon la tradition des Apôtres. 

2 e canon. Il plaît à tous que les évêques , les prêtres, les diacres et 
ceux qui touchent les divins mystères , gardent la continence et s'abs- 
tiennent de leurs femmes. La même chose est établie pour tous ceux qui 
servent à l'autel. 

5 e canon. La bénédiction du saint chrême et la consécration des vier- 
ges ne doivent point êlre faites par les prêtres ; il ne leur est pas non 
plus permis de réconcilier les pénitents à la messe publique. 

4« canon. Si quelqu'un se trouve en péril et demande à êlre réconcilié 
aux divins autels , et que l'évêque soit absent , le prêtre doit le consulter 
et réconcilier ainsi par son ordre celui qui est en péril (1). 

5 e canon. On mettra des évêques dans les lieux qui n'en ont plus , 
mais on n'en donnera point à ceux qui n'en ont jamais ru , à moins que 
les fidèles , devenus nombreux , le désirent ; on pourra alors établir un 
nouvel évêque par la volonté de celui dont le nouveau diocèse dépend. 

6- canon. On ne doit point admettre comme accusateur celui qui est 
prévenu de quelque crime. 

~' canon. Il est défendu à tous évêques, prêtres ou clercs de recevoir 
ceux qui auraient été excommuniés pour leurs crimes, et qui, au lieu de 
se soumettre , se seraient pourvus à la cour ou devant des juges sécu- 
liers, ou d'autres juges ecclésiastiques. 

8' canon. Si un prêtre excommunié par son évêque , au lieu de se 
plaindre aux évêques voisins, lient des assemblées particulières et oirre 
le saint sacrifice , il doit être déposé, excommunié, anathématisé et 
chassé loin de la ville où il demeurait, dans la crainte qu'il n'y séduise 
les simples. Mais s'il porte une plainte raisonnable contre son évêque , il 
faudra l'examiner (2). 

9 e canon. Tout prêtre qui offre en quelque lieu que ce soit, sans la 
permission de son évêque , agit contre son honneur (et mérite d'en être 
privé par la déposition). 

10 e canon. Selon les anciens canons , un évêque doit être jugé par 



(i) On voit par là que l'évêque était le ministre ordinaire de la pénitence , et le 
piètre seulement en son absence , en cas de nécessité cl par son ordre. 

(•>) On voit dans ce canon la différence qu'il y a entre l'excommunication passa- 
gère , employée pour corriger le pécheur, et tanathèuic, 



sv 



VU 



— 90 — 

douze autres évêques, un prêtre par six évêques , un diacre par trois , 
y compris l'évêque diocésain. 

11 e canon. Pour le maintien de la discipline , les évêques doivent de- 
meurer dans les formes de leur diocèse , sans rien entreprendre sur les 
diocèses voisins , parce que la loi de Dieu défend de désirer même ce qui 
est à autrui. 

12 e canon. Aucun évoque n'entreprendra d'en ordonner un autre , 
quelque nombreux que soit le Concile , sans l'ordre par écrit du primat 
de la province ; avec cet ordre, trois évêques suffiront pour l'ordination 
en cas de nécessite. 

15 e canon. Tous les évêques approuvent les règlements précédents, et 
celui qui n'exécutera pas ce qu'il a promis et signé, se séparera lui- 
même de la communion de ses frères. 



N° i«2. 
CONCILE D'ANTIOCHE. 

(ANTIOCHENUM.) 

(Vers l'an 391.) — Sur la fin du quatrième siècle, quelques héré- 
tiques, connus sous le nom de massaliens ou messaliens, et faisant 
profession d'être chrétiens , se mirent à enseigner que la prière était 
l'unique moyen de salut et suffisait pour être sauvé. Ils prétendaient 
aussi que chaque homme tirait de ses parents , et apportait en lui en 
naissant , un démon qui possédait son âme et le portait toujours au mal ; 
que le baptême ne pouvait chasser entièrement ce démon ; qu'ainsi ce 
sacrement était inutile ; que la prière seule avait la vertu de mettre en 
fuite l'esprit malin ; qu'alors le Saint-Esprit descendait dans l'âme et y 
donnait des marques sensibles de sa présence par des illuminations , 
par le don de prophétie, par le privilège de voir distinctement la divi- 
nité et les plus secrètes pensées du cœur. Ils ajoutaient que, dans cet 
heureux état , l'homme était affranchi de tous les mouvements des pas- 
sions et de toute inclination au mal; qu'il n'avait plus besoin de jeûnes, 
de mortifications , de travail , de bonnes œuvres ; qu'il était alors sem- 
blable à Dieu , et absolument impeccable. Et pour être conséquents avec 
leur doctrine , ces hérétiques se livraient à tous les excès de l'impiété , 
de la démence et du libertinage. Souvent, dans les accès de leur enthou- 
siasme , ils se mettaient à danser, à sauter, à faire des contorsions; 
ils disaient alors qu'ils sautaient sur le diable. On les avait nommés 
messaliens ou euchites, c'est-à-dire adonnés à la prière : on les nomma 



— 91 — 

aussi enthousiastes , clioreutes ou danseurs, adelpliiens , eustathiens , du 
nom de quelques-uns de leurs chefs, psaliens ou chanteurs de psaumes , 
emphémites (1). 

Saint Épiphane accuse ces hérétiques d'avoir cru que la divinité se 
changeait en diverses manières pour servir à leurs âmes , et que l'âme 
de l'homme spirituel était changée en la nature divine. De là venait ap- 
paremment que lorsqu'on demandait à quelqu'un d'entre eux s'il était 
patriarche, ou prophète , ou un ange , ou Jésus-Christ même, il répon- 
dait hardiment : Oui , je le suis (2). 

C e fut pour condamner ces hérétiques que Flavien tint un concile de 
trois évêquesel de trente prêtres et diacres. Les messaliens, se voyant 
convaincus d'hérésie, demandèrent qu'on les admit comme pénitents. 
Les évêques y consentirent ; mais comme leur repentir ne parut pas 
sincère au concile , car ils communiquaient par écrit avec ceux qu'ils 
avaient eux-mêmes condamnés comme messaliens , ils furent fouettés , 
anathématisés et chassés de la Syrie et de tout l'Orient par Flavien , qui 
écrivit une lettre synodale aux fidèles de la province de l'Osrhoëne, pour 
les informer de la sentence du Concile (3). Cette lettre n'est point par- 
venue jusqu'à nous. 

Photius nous apprend que ces hérétiques avaient été déjà condamnes 
dans un autre concile (4). 

N" 183. 
CONCILE DE SIDE, EN PAMPHYLIE. 

(S1DENSE.) 

(L'an 391.) — Saint Amphiloque, évoque d'Icône, assembla un con- 
cile à Side, métropole de la province, et y fit condamner par vingt- 
cinq évêques l'hérésie des messaliens (5). Nous n'avons plus la lettre 
synodale de ce concile adressée à Flavien d'Antioche. 






(i) Saint Épiphane, Hœres. 80, num. 1, 2, 3. — Théodorcl, BœreUc fabul., 
lib. iv, cap. 10, II. — Saint Augustin, Hœres. 57. 

(■>.) Saint Épiphane, Hœres. 80, num. 3. — Saint Jérôme, in procemio , Dialog. 
aduers'us pelagianos. 

(3) Théodoret, Histaria, lib. iv, cap. 1 1 . — Hœretlc. fàbular., lib. iv, cap. 12. 
— Cotelerius, monumentum, t. IÏI , p. 4o5. — Photius , Codex 52, p. 37 et 4°- 

(4) Codex 52, p. 3g. 

(5) Saint Jérôme , in proœmio, Diuloi/. advershs pelagianos, — Pholius, Coder 
5i, p. 37. — Thcodoret , Historia , lib. IV, cap. 10. — Hœrelir, fabul., lib. iv, 
cap. 12, 



V 



— 92 — 






tri 

2 



N» 184. 
CONCILE DE CAPOUE. 

(CAI'UANUU.) 

(Mois de décembre de l'an 391.) — Paulin d'Antioche étant mort, il 
y avait lieu d'espérer que le schisme qui avait banni la paix de cette 
Église pendant sa vie , cesserait de la troubler après sa mort : mais la 
division semblait prendre des forces nouvelles et une nouvelle vie à la 
mort de chaque prélat. Quelque temps avant de mourir, Paulin , violant 
les canons de l'Église , s'était donné lui-même un successeur et l'avait 
ordonné seul (1). Ce successeur était Évagre , d'une famille illustre 
d'Antioche et l'ami de saint Jérôme. Quelque défectueuse - que fût son 
ordination , les catholiques du parti de Paulin le reconnurent pour évo- 
que d'Antioche , et les occidentaux embrassèrent sa communion. 

Pour mettre un terme au schisme de cette Église , les évêques d'Oc- 
cident s'assemblèrent à Capoue au mois de décembre de l'an 391, et 
l'empereur Théodose enjoignit à Flavien de se rendre à ce concile. Mais 
celui-ci s'étant excusé sur la rigueur du froid , les occidentaux , vu l'ab- 
sence des parties, renvoyèrent l'examen de cette affaire à Théophile 
d'Alexandrie et aux évêques d'Egypte , qui ne paraissaient point préoc- 
cupés de ce schisme ; et en attendant la décision de ce différend , les 
évêques de Capoue accordèrent la communion à tous ceux qui profes- 
saient la foi catholique (2). 

Le concile de Capoue fit ensuite plusieurs décrets touchant la disci- 
pline ecclésiastique (3). L'un défendait de baptiser et d'ordonner deux 
fois la même personne ; l'autre déclarait illicites les translations des 
évêques d'un siège à un autre. 

Les évêques s'occupèrent aussi de l'affaire de Bonose , dit de 
Naisse , évêque de Sardique. Ce prélat , qui donna son nom à la secte 
des bonosiaques , attaquait la virginité perpétuelle de Marie , prétendant 
qu'elle avait eu d'autres enfants depuis Jésus-Christ , et niait avec Pho- 
tin et Ébion la divinité du Fils de Dieu (4). Le pape saint Damase avait 



(t) Socrate, Historia , lib. v, cap. i5. — Sozomène, Historia, lib. vu , cap. i5. 
— Théodore!, Historia, lib. v, cap. ?.3. 

(2) Saint Ambroise, Epislola 5o. — Théodorct, Hisloria, lib. v, cap. a3. 

(3) Le P. Labbe , Sacrosancla concilia , t. H, p. iG44- 

(4) Marins Mereator, t. II, p. 128. — Gélase, Epistola 33 , num. 4. — Saint 
Grégoire-lc-Grand , Epislola (j-. — Second coucile d'Arles, 16 e cation. — Avitus 
de Sienne , Epislola i. 



— 93 — 

déjà condamné cette doctrine ; toutefois , il n'avait point ôlé Bonose de 
son siège. Le concile de Capoue se contenta de le renvoyer aux évêques 
voisins, principalement à ceux de la Macédoine et à Anysius de Thessa- 
lonique , leur métropolitain , afin qu'ils connussent de tous les laits dont 
iJ était accusé ; car on lui reprochait aussi d'avoir violé les saints canons 
en ordonnant des clercs dans le diocèse de Naisse , dont il n'était pas 
évoque (1). 

Quelques critiques (2) ont prétendu , d'après cette décision du con- 
cile de Capoue , que ce Bonose n'était pas le même que lfonose , chef 
des bonosiaques , et ils ont dit qu'il fallait, en effet, distinguer Bonose 
évèque de Naisse, de Bonose évèque de Sardique ; car nous ne trouvons 
point, ajoutent-ils, que l'on ait reproché aucune erreur à Bonose de 
Naisse : il n'est accusé que d'avoir ordonné des clercs d'une autre Eglise 
contrairement aux lois de l'Église; et s'il avait été accusé d'erreurs 
contre la foi , le concile de Capoue n'aurait point remis le jugement de 
son affaire aux évêques de Macédoine : d'ailleurs , les lettres des papes 
Sirice et Innocent nous donnent l'idée d'un homme accusé de crimes 
canoniques et non d'hérésie. Mais ces raisonnements mêmes des cri- 
tiques sont plus spécieux que solides. 

Et d'abord , Sirice dit nettement , dans sa lettre à Anysius, que Bo- 
nose, dont il fut question au concile de Capoue , avait été repris avec 
justice, comme enseignant que Marie avait eu des enfants après Jésus- 
Christ et avait par conséquent perdu sa virginité; et ce saint pape ajoute 
que Bonose tombait dans la perfidie des juifs qui rejettent l'idée du 
Christ naissant d'une vierge. Le pape Innocent ne définit point les er- 
reurs de Bonose , mais en exigeant que ceux qu'il avait ordonnés avant 
le jugement prononcé contre lui, fussent reçus après avoir condamné 
ses erreurs, il marque assez clairement qu'il en avait enseigné (5). 

Il est encore aisé de démontrer que Bonose dont parle le pape Sirice 
est le même que celui qui fut le chef de la secte des bonosiaques. Bonose 
et ses disciples niaient avec Pbotin la divinité de Jésus-Christ ; ceci n'est 
point contesté : or, celle erreur n'est pas différente de la perfidie des 
juifs, que le pape Sirice attribuait au Bonose qui niait la virginiié per- 
pétuelle de Marie, le même qui fut jugé à Capoue. Ainsi, le chef des 
bonosiaques et le Bonose du pape Sirice sont une seule et même per- 
sonne. Quant à l'ordination des clercs qu'il avait faite dans le diocèse de 
Naisse , il n'est nullement prouvé par là qu'il en lût évèque, puisqu'il 



( i) Saint Sirice , Kpislolœ décrétâtes , t. 1 , epistola 9 ad Any (bon, 

(■}) Tilleniout, Mémoires, t. X, p. 7'. r >. 

{?>) EpLtoUe décrétâtes, epistoht i(i ad M&rciamim, 



■ 



— 94 — 
est certain qu'il les avait ordonnés contre les canons , et que , comme 
le dit expressément Innocent I" (1), il faisait de semblables ordinations 
partout où il pouvait , afin d'augmenter le nombre de ses sectateurs. Et 
d'ailleurs , s'il eût été évêque de Naisse , le concile de Capoue n'aurait 
pas renvoyé son affaire à l'examen des évoques voisins , ni à ceux de la 
Macédoine , mais à l'évêque de Sardique , métropolitain décaisse. 
On croit que saint Ambroise fut le président du concile de Capoue. 

N° 188. 
* CONCILE DE PAZE, EN PHRYGIE. 

( PAZENZE. ) 

(Vers l'an 393.) — Les novatiens décidèrent dans ce concile que l'on 
se conformerait pour la célébration de la pâque au calcul des juifs, avec 
cette différence seulement qu'on la célébrerait le dimanche. 

N° 186. 
* CONCILE DE SANGARE, EN BITHYNIE. 

(SANGARENSE.) 

(L'an 393.) — Marcicn, évêque des novatiens à Constantinople , as- 
sembla les évêques de sa secte pour détruire le schisme que le prêtre 
Sabbatius introduisait parmi les novatiens, à l'occasion de la célébration 
de la pâque. Pour ôler tout prétexte de schisme à Sabbatius , on décida 
dans un canon, qui fut nommé l'indifférent, que chacun célébrerait la 
pâque le jour qu'il lui plairait de choisir (2). Ce décret violait la disci- 
pline établie dans toute la Chrétienté par le concile de Nicée. 



N° 187. 
CONCILE D'HIPPONE. 

(llIPPONENSE.) 

(Le 8 octobre de l'an 393.) — Après la mort de Genethœlius, évêque 
de Carthage , Aurélius lui succéda dans le gouvernement de cette Église 
et mit tous ses soins à faire refleurir en Afrique l'ancienne discipline et 
surtout à réformer les abus qui s'y étaient glissés. Il y en avait un , entre 
autres , dans les festins que l'on faisait en l'honneur des martyrs , 

(i) Epistola 17, 

(a) Sociaie : Bisloria, lib, v, cap, 21 .— Sozomène, Historia , lib, vu, cap, 18. 



- 95 - 

non seulement au jour de leurs fêtes, mais encore tous les jours et 
même dans les églises. Cet abus était particulier à l'Afrique, et il y 
avait jeté de si profondes racines, que saint Augustin, écrivant à Au- 
réliuspour l'exhorter à le détruire, lui disait qu'il ne pourrait le répri- 
mer sans l'autorité d'un concile (1). Aurélius suivit ce conseil et tint à 
Hippone un concile général de toute l'Afrique, auquel il présida. Saint 
Augustin, alors prêtre de celte ville, fut exhorté par les évêques du 
concile de faire un discours sur le symbole et la foi (2), dont il fit de- 
puis, à la prière de ses amis , le livre intitulé : de la Foi et du Symbole. 
Jusque-là aucun prêtre en Afrique n'avait point parlé devant des évêques 
en assemblée publique ; et saint Augustin fut le premier qui jouit de ce 
privilège. 

Le concile d'Hippone fit plusieurs règlements de discipline, dont il 
nous reste un abrégé incomplet en il canons , qui furent lus et approu- 
vés dans le 3 e concile de Carthage, de l'an 3U7. Les autres canons ne 
sont point parvenus jusqu'à nous. L'authenticité de cet abrégé des ca- 
nons du concile d'Hippone est fort suspecte , et l'on doute que nous les 
ayons tels que Musonius les lit publier par toute la Byzacène , dont il 
était le primat. Les voici : 

V canon. L'évêque de Carthage indiquera tous les ans aux Églises 
d'Afrique le jour de la célébration de la pàque de l'année suivante. 

2 e canon. Les lecteurs, lorsqu'ils commenceront à lire, ne salueront 
point le peuple , ce droit étant réservé aux seuls évoques (qui en Afrique 
avaient coutume de saluer le peuple, au nom du Seigneur, en com- 
mençant leurs discours). 

3 e canon. On n'élèvera de la cléricature à un degré supérieur, que 
ceux qui seront trouvés instruits dans les sciences. 

i' canox. On ne donnera point les sacrements aux catéchumènes. 

5 e canon. On ne donnera point l'Eucharistie aux morts. 

C e cunon. On tiendra chaque année un concile général. 

T canon. Si un évèque est accusé de quelque crime , son affaire sera 
jugée par le primat. 

8 e canon. Un évêque accusé , qui ne se présentera pas devant le con- 
cile général , se déclarera lui-même coupable. 

'J e et 10 e canon. Le jugement d'un prêtre accusé sera rendu par cinq 
évêques, celui d'un diacre par deux. 

11 e et 12 e canon. Ces deux canons ne font aucun sens. Voici le texte 

(i) Epistola 11. 

(2) Possidius, tn'fa AuguMni, cap, vu. — > Sauil Augustin, ttelractàcl., lib, 1, 
cap, 17. 



V 






J 



96 — 



kV>- 



latin : 11 e canon. Episcopo mit clerico si (uerit crimen institution. 12 e ca- 
non, lltjudices ecclesiastici ad alios judices causam non provocent. 

15 e canon. Les enfants des ecclésiastiques ne feront point représenter 
de spectacles. 

14 e canon. Les enfants des évèques no se marieront point avec des 
hérétiques. 

15 e canon. Les évoques et les clercs ne chasseront point leurs en- 
fants. 

16 e canon. Les évèques et les clercs ne donneront point leurs biens 
à ceux qui sont hors de l'Église. 

47 e canon. Il n'est pas permis à un évoque, ni à un prêtre, ni à un 
diacre , de prendre des recettes. 

18 e canon. 11 n'est pas permis aux clercs en général d'avoir chez eux 
des femmes étrangères. 

19 e canon. Ce canon porte simplement : des deyrés sacrés. 

20 e canon. Celui-ci : des lecteurs. 

21 e canon. Il est défendu de retenir un clerc d'une autre Église. 

22 e canon. On ne doit pas ordonner un clerc avant que l'on se soit 
assuré de lui par l'examen qu'on en aura fait. 

23 e canon. Il est défendu de mettre dans les prières les noms du Père 
et du Fils l'un pour l'autre. 

24 e canon. Il est défendu aux clercs de rien recevoir au delà de ce 
qu'ils ont prêté. 

25 e canon. On ne doit oflrir à l'autel pour le sacrifice que le pain et 
le vin mêlé d'eau. 

20 e canon. Il est défendu indistinctement à tous les clercs et même 
aux évèques d'aller seuls chez les veuves et les vierges. 

27 e canon. Il est défendu de donner à l'évêque du premier siège la 
qualité de prince des prêtres. 

28 e canon. Il n'est pas permis aux clercs de boire ni de manger dans 
les cabarets. 

29 e canon. Il n'est pas permis aux évèques de passer la mer (sans la 
permission du primat). 

30 e canon. 11 n'est pas permis aux ministres des autels de célébrer les 
saints mystères s'ils ne sont à jeun. 

31 e canon. Il n'est pas permis à un évêque, ni à aucun ecclésiastique , 
de manger dans les églises. 

52 e canon. Il n'est pas permis aux prêtres de réconcilier les pénitents 
sans consulter l'évêque. 



— 97 — 

T t y canon. Les vierges (apparemment les orphelines) seront mises sous 
la conduite d'une femme sage et vertueuse. 

"A" canon. On donnera le baptême aux malades. 

55 e canon. On accordera la réconciliation à ceux qui se convertissent. 

56 e canon. La consécration du saint chrême n'appartient pas aux 
prêtres. 

37 e canon. Les clercs ne doivent point demeurer dans une ville étran- 
gère. 

58 e canon. On voit par l'abrégé de ce canon qu'il contenait une dé- 
claration des Ecritures que l'on doit recevoir comme canonique et lire 
dans l'église , et des actes qu'on ne doit pas y lire , comme n'ayant pas 
la même autorité. 

39 e canon. Un évèque doit être ordonné au moins par trois évêques. 

40 e canon. On doit conférer le baptême à ceux qui n'ont aucun té- 
moignage qu'ils l'aient reçu. 

iV canon. On doit recevoir les donalistes comme laïques. 

A la suite de ce dernier canon on en voit un autre qui y est contraire, 
et qui par conséquent ne peut être attribué au même concile. Il est 
conçu en ces termes : Dans les conciles précédents , il a été ordonné que 
nous ne recevrions aucun donaliste dans le rang qu'il occupe en son 
église, mais seulement comme laïque, alin de ne point lui refuser le 
salut. Toutefois, à cause du besoin extrême de clercs, il a été résolu 
que l'on exceptera de cette règle ceux qui n'auront point rebaptisé, ou 
qui voudront passer avec leur peuple à la communion de l'Église catho- 
lique ; car il ne faut pas douter que le bien de la paix et le sacrifice de 
la charité n'efface le mal qu'ils ont fait en rebaptisant , entraînés en cela 
par l'autorité de leurs ancêtres. Mais celte résolution ne sera confirmée 
qu'après avoir consulté l'Eglise d'outre-nier. 

Ferrand , diacre de l'Eglise de Carthage , le plus ancien collecteur 
de canons parmi les latins, puisqu'il écrivait sous le règne de l'empereur 
Juslinien , rapporte encore d'autres canons du concile d'Hippone, [dont 
on ne peut révoquer en doute l'authenticité. 

Le 1 er (3 e d'Hippone, selon Ferrand) : Si un évêque a été excommunié 
par un synode , il doit s'abstenir de la communion. Celui qui violera ce 
décret n'aura aucune espérance d'être rétabli. 

Le 2 e (5 e d'Hippone) : Il est défendu aux évêques et aux prêlres de 
transporter dans un autre lieu les choses dont le soin leur a été confié , 
s'ils n'en ont auparavant rendu compte. Si l'accusateur craint quelque 
violence du peuple dans le lieu où se trouve l'accusé , il en pourra choi- 
sir un autre peu éloigné (pour y poursuivre son action). 

T. II. 7 






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— 98 — 

Le 3' (8 e d'Hippone) : Les évêques pourront laisser à une personne 
de leur choix ce qui leur aurait été donné ; mais ils devront rendre à 
l'Église tout ce qu'ils auront acquis en leur nom, comme l'ayant acquis 
des deniers de l'Église. 

Le 4* (9 e d'Hippone) : L'évêque de l'Église matrice (le métropolitain) 
ne doit point usurper ce qui a été donné aux autres Églises de son diocèse 
(de sa province). Les évêques ne vendront point les biens de leur Église 
sans l'avis du primat , et les prêtres à l'insu de leur évêque. 

Ce fut au concile d'Hippone que la province de Stefe dut son origine. 
Jusqu'à cette époque, elle avait été soumise à la juridiction du primat 
de Numidie et elle assistait à ses conciles ; mais Cécilien et Honorât , 
évêques de cette province , demandèrent au concile d'Hippone , au nom 
de tous leurs confrères , qu'elle eût un primat particulier, promettant 
expressément qu'à la mort de leur primat , son successeur enverrait ses 
mémoires à l'évêque de Carthage , afin d'être fait primat par lui. 



N" 188. 
* CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(L'an 593.) — Après la mort de Parménien , évêque donatiste de 
Carthage , Primie» , élu à sa place , condamna , excommunia le diacre 
Maximien (1). Celui-ci , mécontent d'une censure qu'il ne croyait pas 
mériter, se sépara de la commun ion de son évêque et l'accusa de com- 
muniquer avec des personnes indignes. A sa prière , quarante-trois 
évêques donatistes s'assemblèrent en concile pour examiner cette affaire 
en présence de Primien. Mais sur le refus de ce dernier de se présenter 
devant le Concile , les évêques se contentèrent d'ordonner que Pri- 
mien pourrait se justifier devant un concile plus nombreux qui allait se 
tenir (2). 

N° 189. 

* CONCILE DE CABARSUSSI, DANS LA BYZACÈNE. 

(CABARSUSSIANUM.) 

(L'an 393.) — Plus de cent évêques donatistes assistèrent à ce con- 
cile. Primien ayant refusé de comparaître, les évêques le condamnèrent 
pour avoir donné des successeurs à des évêques vivants ; pour avoir 

(i) Saint Augustin , lie gestis atm Emerilo, 
(■>) Idem, contra Crescoiiium, lib, iv, cap. C. 



- 99 - 



reçu des infAmes à la communion contre la loi et les décrets des évo- 
ques , malgré la résistance de la plus grande partie du peuple , et au 
mépris des remontrances que lui avaient faites les anciens sur ce sujet ; 
pour avoir engagé des prêtres à une conjuration contre le diacre 
Maximien et contre trois autres diacres de Carthage , Rogatien , Donat 
et Salgame; pour avoir fait jeter le prêtre Fortunat dans un cloaque , 
parce qu'il avait baptisé des malades ; pour avoir refusé la communion 
au prêtre Démétrius , qui ne voulait point abdiquer son fils ; pour avoir 
trouvé mauvais que ce même prêtre eût exercé T hospitalité envers 
quelques évêques du concile ; pour avoir envoyé des gens séditieux 
avec ordre de démolir les maisons de ceux qui tenaient le pani de 
Maximien ; pour avoir fait jeter des pierres à des évêques et à des clercs , 
et maltraiter ceux d'entre les anciens qui s'étaient opposés à l'admission 
des claudianistes à la communion ; pour avoir refusé de se présenter 
devant le Concile, et en avoir injurié les députés; et pour s'être 
emparé de plusieurs églises par violence et avec l'autorité des juges 
séculiers. Le Concile excommunia Primien, le déposa de l'épiscopat, et 
avertit tous les évêques , tous les clercs et tous les fidèles de fuir avec 
soin sa communion et de l'avoir en horreur comme un homme con- 
damné , sous peine d'être eux-mêmes excommuniés et de ne pouvoir 
rentrer dans l'Église que par la péniience. Il mit ensuite à sa place le 
diacre Maximien , son accusateur, qui fut ordonné par douze évêques 
en présence du clergé de Carthage (1). 






N° 190. 

CONCILE DE BAGAIA, EN NUMIDIE. 

(bagaïense.) 



(Le 24 avril de l'an 394.) — Primien , se voyant condamné par les 
conciles de Carthage et de Cabarsussi , alla trouver les évêques de Nu- 
midie et les établit pour ses juges , sans avoir interjeté appel des deux 
jugements rendus contre lui. Trois cent dix évêques s'assemblèrent 
en concile à Bagaïa, et, sur les plaintes de Primien , condamnèrent 
Maximien , et avec lui les douze évêques qui l'avaient ordonné et tous 
les clercs qui s'étaient trouvés présents à son ordination (2). 

(0 Saint Augustin, contra Crescortlùm, lib. iv, <ap. G; lil). m, cap. i3; — Serin» 
i in psalmuni 36. 
(?) Saint Augustin, sermo ?. inpsalmum 3ti; — contra Cresconium, lil>. m et iV. 



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— 100 — 

N° 191. 
* CONCILE DES CAVERNES DE SUZE , PRÈS DE CARTUAGE. 

(CAVERNENSE.) 

(L'an 394.) — Cinquante - trois évoques donatistes , du parti de 
Maviiiiicii, confirmèrent dans ce concile la condamnation de Primien. 






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N" 192. 
CONCILE DE CARTUAGE. 

(CARTHAGUNENSE.) 

(Le 16 juin de l'an 394.) — On nomma dans ce concile des évêques 
de la proconsulaire pour assister en qualité de députés de la province 
au concile d'Adrumet (1). 

C'est tout ce que l'on sait de ce concile , donl les actes sont perdus. 






N° 195. 
CONCILE D'ADRUMET. 

(AI)RUMETUM.) 

(L'an 394.) — On croit qu'il se trouva à ce concile des évêques de 
toutes les provinces d'Afrique. Les actes en sont perdus (2). 

N° 194. 
CONCILE DE CONSTANTINOPI.E. 

(CONSTANTI.NOPOUTANIM.) 

(Le 29 septembre de l'an 394.) — Kuflin , préfet du prétoire et gou- 
verneur de tout l'Orient , assembla des évêques de diverses provinces 
pour la dédicace d'une église qu'il venait de taire bâtir au Chesne près 
de Calcédoine , en l'honneur des apôtres saint Pierre et saint Paul (3). 

(1) Codex canonum ecclesiœ qf ricana. —Le P. labbe, Sacrosancta concilia, t. II, 
p. io65. — Hardouin, Cnlleclio conciliorum, t. I, p. 882, 

(2) Hardouin, Colleclio conciliorum, I. I , p. 882 Le P. Labbe , Sacroscmcta 

concilia, t. II , p. io65. 

(3) Ce fut durant la cérémonie de cette dédicace que Ruffin reçut le bapiêiue. 
bvagre, évêque de Pont, fut son parrain. Jusque-là, on n'avait point donné de 
parrains aux adulte». — Rosveyd, Yilœpatrum, p. 64 7 . — Pallade , Ilistork, la,,. 
siaca, cap. XH.— Tilletnont dit que le parrain lui le saùit solitaire Ammone. 



— 101 — 

La cérémonie (inic, les évèques se réunirent en concile à Constantino- 
ple pour juger un différend survenu entre deux évèques , Àgapius et 
Basadius, qui se disputaient le siège épiscopal de Bostres, métropole de 
l'Arabie. Parmi les évèques qui se trouvèrent à ce concile , on remar- 
que Nectaire de Constantinople , qui en lut le président, Théophile d'A- 
lexandrie , Flavien d'Antioche , Pallade de Césarée en Cappadocc , Gé- 
lase de Césarée en Palestine , Grégoire de Nysse , Amphiloque d'Iconc , 
Paul d'Héraclée, Arabien d'Ancyre , Ammon d'Andrinople , Phalérius 
de Tarse, Lucius de Hiéraple, Elpidius de Laodicée, Dioscore d'Her- 
mopole, Probatien de Bérénice, Théodore Mopsuesle, Biron de Sé- 
leucie, Épagalhon de Marcianople et Gérontius de Claudiopole, presque 
tous métropolitains. 

Agapius et Bagadius , présents au concile , et debout comme parties, 
exposèrent chacun leurs raisons ; et il fut prouvé que la déposition de 
Bagadius avait été laite par deux évèques seulement et en son absence. 

Le Concile décida , sans condamner le passé , que le nombre de trois 
évèques, qui est suffisant pour l'ordination , ne le serait pas pour la dépo- 
sition d'un évêque ; mais qu'il en faudrait un plus grand nombre et même 
faire intervenir le Concile de la province (1). Balsamon , qui rapporte 
ce décret , remarque qu'il n'était point observé de son temps , et que 
l'on suivait le 12 e canon de la collection africaine : ce canon prescrit 
que les causes des évèques seront examinées par douze évèques , dans 
le cas où l'on ne pourrait pas assembler tous les autres prélats de la 
province. 

La suite des actes de ce concile nous manque , et l'on ne sait auquel 
de ces deux évèques , Agapius et Bagadius , le siège de Bostres fut 
donné. 

Il est important de remarquer deux choses dans la tenue de ce Con- 
cile : la première , c'est l'exécution du 5 e canon du concile œnuméni- 
que de Constantinople de l'an 381 , qui donnait à Pévêque de cette 
ville le premier rang d'honneur après celui de Borne. Et l'on voit , en 
effet, Nectaire présider le Concile de l'an 594 , sans que Théophile d'A- 
lexandrie , ni aucun autre évêque d'Orient , lui conteste ce droit. La 
seconde , c'est que Théophile , qui ne reconnaissait pas Flavien pour 
évêque d'Antioche , et qui jusque-là ne l'avait pas admis à sa commu- 
nion , se trouva néanmoins avec lui dans ce Concile. 






(i) Le P. Lahbc , Sacrosmielu concilia , t. Il , p. i l5i, 1 ( 53. — H.ndouiu , Col- 
leclio i.conciUorum , t.I, p. g55. 



* ^ 



■^ 



— 102 — 

JS' 193. 
CONCILE D'HIPPONE. 

(HIIT'ONENSE.) 

(L'an 395.) — Saint Augustin fut ordonné évêque par ce Concile , 
contre les règles et malgré lui, du vivant de Valère. 



i 



N° 196. 

CONCILE DE LA BYZACÈNE. 

(bïzacenum.) 

.(L'an 397.) — Les évêques y ordonnèrent de se conformer aux ca- 
nons du concile d'Hippone de l'an 393. 

N° 197. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(Le 26 juin de l'an 397.)— 11 ne nous reste de ce Concile qu'un canon 
portant qu'aucun évêque ne pourra passer la mer sans avoir une lettre 
formée de son primat (1). 

C'est à tort que quelques auteurs ont confondu ce Concile avec le 
suivant , car les dates en sont absolument différentes dans le grec 
comme dans le latin ; et ils sont distingués l'un et l'autre dans la col- 
lection de Denys-le-Petit. Quoique le canon de ce Concile se trouve 
après ceux du Concile suivant , ce n'est pas une raison suffisante pour 
confondre ces deux assemblées , ou pour rejeter la première ; car 
rien n'est plus commun dans l'histoire de l'Église que de voir renou- 
veler dans des conciles postérieurs les décrets déjà rendus par d'autres : 
les canons des conciles ne sont pas toujours mis à exécution dès qu'ils 
sont faits ; et il est quelquefois besoin de les renouveler plusieurs fois 
avant qu'ils soient religieusement observés par tous les ndèles de la pro- 
vince. C'est probablement pour cette raison que le canon du 26 juin se 
trouve à la suite de ceux du 28 août. 

(i) Le \>. Labbe, Sacntsancla concilia , 1. 11, p. 1081. 



103 — 



N° 198. 
III e CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE III.) 

(Le 28 août de l'an 397.) — Quarante-quatre évêques se trouvèrent 
à ce Concile sous la présidence d'Aurélius de Carthage. Saint Augustin, 
évêque d'Hippone , dut y assister en personne ; car ce fut lui qui fit le 
troisième canon (1). Isidore, dans sa collection , le compte parmi les 
évêques qui assistèrent à ce Concile. 

Aurélius le commença par la lecture de l'abrégé des canons d'Hip- 
pone, que les évêques de la Byzacène lui avaient envoyés, et de la lettre 
que Musonius , primat de cette province , y avait jointe. Les Pères de 
Carthage confirmèrent tous ces canons ; ils ajoutèrent seulement au 
premier que l'on indiquerait le jour de la célébration de la pâque pen- 
dant la tenue de ce Concile. Ils firent ensuite cinquante canons, dont 
un grand nombre se trouvent en substance dans ceux du concile 
d'Hippone et dans quelques autres conciles ; ce qui a fait douter si 
tous ceux qui portent le nom du 3 e concile de Carthage en étaient ef- 
fectivement. 

1" canon. Pour éviter qu'on ne se trompe dans le jour de la célé- 
bration de la pâque , toutes les provinces d'Afrique auront soin de le 
demander à l'Église de Carthage. 

2 e canon. De peur que les affaires ecclésiastiques ne vieillissent au 
préjudice du peuple , le Concile général d'Afrique s'assemblera tous les 
ans. Toutes les provinces d'Afrique , qui ont des premiers sièges , y en- 
verront chacune trois députés de leurs Conciles , mais trois seulement , 
de peur d'être à charge à leurs hôtes. La province de Tripoli n'enverra 
qu'un seul député, à cause du petit nombre de ses évêques. 

3 e canon. Lorsqu'on ordonnera des évêques ou des clercs , on doit 
leur lire auparavant les décrets des Conciles , afin que s'ils viennent à 
les violer, ils n'en prétendent cause d'ignorance. 

4 e canon. On ne doit point ordonner un diacre , ni consacrer une 
vierge avant l'âge de 25 ans. Les lecteurs ne doivent point saluer le 
peuple. 

Dans quelques anciens exemplaires, on trouve à la suite de ce canon, 
qu'on n'ordonnera même à l'âge de 25 ans que ceux que l'on trouvera 
instruits dans les saintes Écritures , et qui auront été élevés dès l'en- 



A 



(1) Possidius, vila Augustin! , cap. vm. 



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PS 



>1 






— 104 - 

lance dans la science de l'Église, aGn qu'ils puissent enseigner la foi et 
la soutenir contre ceux qui la combattent. 

5 e canon. 11 est défendu de donner les sacrements aux catéchumè- 
nes , niëme dans la grande solennité de Pâques , mais seulement le sel 
qu'on a coutume de leur donner ( pendant qu'on les dispose au bap- 
tême, comme pour les préparer à l'Eucharistie) ; parce que, si les fidèles 
ne changent pas de sacrement pendant les jours de fêtes , à plus forte 
raison les catéchumènes ne doivent pas en changer (1). 

6 e canon. On ne donnera point l'Eucharistie aux morts ; car le Sei- 
gneur a dit : Prenez et mangez. Les cadavres ne peuvent ni prendre ni 
manger ; et de plus il est à craindre, en continuant de la leur donner, 
que les faibles d'entre les frères ne s'imaginent qu'on peut aussi bap- 
tiser les morts. 

7 e canon. Toute accusation contre un évêque doit être portée devant 
le primat de la province; et l'accusé ne doit être suspendu de la com- 
munion que dans le cas où , étant appelé par le primat, il ne se serait 
pas présenté dans l'intervalle d'un mois , à partir du jour qu'il aura reçu 
ses lettres. Mais s'il donne des excuses légitimes de son absence , il aura 
un nouveau délai d'un mois, à l'expiration duquel, s'il n'a point com- 
paru , il sera retranché de la communion jusqu'à ce qu'il se justifie. Et 
s'il ne vient pas même au Concile général , qui se tient tous les ans, il 
sera réputé s'être condamné lui-même. Pendant tout le temps qu'il sera 
excommunié, il ne communiquera pas même avec son peuple. Si l'ac- 
cusateur ne comparaît point aux jours fixés pour l'examen de la cause , 
il sera excommunié et l'évêque accusé rétabli. Une personne de mau- 
vaise réputation ne doit point être admise à accuser un évêque, à moins 
qu'il ne s'agisse de causes personnelles , et qui cependant ne soient 
point ecclésiastiques. 

8 e canon. Si un prêtre ou un diacre sont accusés , ils devront être ju- 
gés avec la même forme et le même délai , prescrits par le 7 e canon , le 
prêtre par cinq évêques, et le diacre par deux. L'évêque jugera seul 
les autres personnes. 

9 e canon. Si un évêque, un prêtre ou un diacre, poursuivi devant un 
tribunal ecclésiastique, a recours aux juges séculiers, il sera déposé 

(1) Il est difficile de dire quel est le sacrement que le Concile défend de donner 
aux catéchumènes pendant la solennité de Pâques. Ce ne peut pas être l'Eucbaris- 
t.e puisqu'il était défendu de la leur donner en «ont temps. Mais le 3 r canon du 
code grec des canons de l'Église d'Afrique nous paraît éclaircir cet endroit eu 
marquant qu ,1 nclait permis ,„ catëchllmcnes d . offrir . n)ie , du .. ' 
jour de Pâques. " 



— 105 — 
quoiqu'il ait été absous , s'il s'agit d'une cause criminelle ; et si la cause- 
est civile , il perdra ce qu'il aura gagné , pour F affront qu'il a fait à 
l'Église , en témoignant se défier de son jugement. 

10 e canon. Si quelqu'un appelle d'un jugement ecclésiastique à d'au- 
tres juges ecclésiastiques , dont l'autorité soit plus grande, et est ab- 
sous , la sentence rendue par les premiers juges ne devra point leur être 
imputée à crime, s'ils ne sont pas convaincus de s'être laissé corrom- 
pre par animosité ou par faveur. Il n'est point permis d'appeler de la 
sentence des juges choisis du consentement des parties , quoiqu'il soit 
prouvé qu'ils n'étaient pas en nombre suffisant. 

IV canon. Il est défendu aux enfants des évoques ou des clercs et à 
tous les laïques de donner des spectacles profanes et même d'y assister ; 
car il n'est point permis aux chrétiens de se trouver dans un lieu où 
l'on profère des blasphèmes. 

12 e canon. Il est défendu aux enfants des évèques et des clercs de 
contracter mariage avec des païens, des hérétiques ou des schisma- 

tiques. 

13 e canon. Les évêques ni les clercs ne doivent rien donner par do- 
nation entre vifs ou par testament à ceux qui ne sont point chrétiens 
catholiques , quoique leurs parents. 

W canon. Les évêques ni les clercs ne doivent pas émanciper leurs 
enfants, s'ils ne sont pas sûrs de leurs bonnes mœurs , afin que l'on ne 
puisse pas imputer à leur père les péchés qu'ils commettent. 

15 e canon. Les évêques, les prêtres, les diacres elles clercs ne peu- 
vent être ni fermiers , ni procureurs , ni gagner leur vie à aucun trafic 
déshonnête; car il est écrit : Celui qui est enrôlé au service de Dieu ne 
s'embarrasse point dans les affaires séculières. 

16 e canon. Aucun ecclésiastique ne peut rien prendre au-delà de ce 
qu'il a prêté. 

17 e canon. Aucun ecclésiastique ne doit point demeurer avec une 
femme étrangère ; il lui est seulement permis de demeurer avec sa mère, 
son aïeule, ses tantes, ses sœurs, ses nièces, celles de sa famille qui 
demeuraient avec lui avant son ordination , les femmes de ses enfants 
mariés depuis , ou de ses domestiques. 

18 e canon. On ne doit ordonner aucun clerc, ni évèque, ni prêtre, ni 
diacre , s'il n'a rendu chrétiens catholiques tous ceux qui sont dans sa 
maison. 

19 e canon. Les lecteurs étant arrivés à l'âge de puberté , seront obli- 
gés de se marier ou de faire profession de continence. 

Quelques anciens manuscrits rapportent différemment ce canon : Les 












R 






À 



— 106 — ] 

lecteurs liront jusqu'à l'âge de puberté ; mais ensuite ils ne liront plus , 
à moins qu'ils n'épousent une femme d'une pudicité inviolable, ou 
qu'ils ne fassent profession de continence. 

20' canon. Aucun évêque ne doit usurper le peuple d'autrui , ni rien 
entreprendre dans le diocèse d'un de ses collègues. 

21 e canon. Un évêque ne doit point retenir un clerc étranger sans la 
permission de son évêque , ni le promouvoir aux ordres dans son église ; 
et dans cette défense sont compris , sous le nom de clercs , les lec- 
teurs , les psalmistes et les portiers. 

22 e canon. On ne doit ordonner aucun clerc qu'il ne soit éprouvé par 
l'examen de son évêque ou par le témoignage du peuple. 

23 e canon. Dans les prières , on ne mettra point le Père à la place du 
Fils , ni le Fils à la place du Père. A l'autel , on adressera toujours les 
prières au Père. Ceux qui auront copié des prières ne s'en serviront 
point qu'ils ne les aient communiquées aux frères les plus instruits. 

24 e canon. Dans le sacrement du corps et du sang du Seigneur, on 
n'offrira que ce que le Seigneur lui-même a ordonné , c'est-à-dire du 
pain et du vin mêlé d'eau ; et dans les autres sacrifices ( les prémices ) 
on n'offrira que des raisins et du blé. 

Quelques manuscrits rapportent ce canon d'une manière différente : 
Dans le sacrement du corps et du sang du Seigneur, on n'offrira que ce 
que le Seigneur lui-même a ordonné , c'est-à-dire du pain et du vin 
mêlé d'eau. Quant aux prémices, aussi bien que le miel et le lait qu'on 
a coutume d'offrir sur l'autel pour les nouveaux baptisés en la seule so- 
lennité (de Pâques), on les bénira d'une manière particulière pour les 
distinguer du sacrement du corps et du sang du Seigneur : on n'offrira 
pour les prémices que des raisins et du blé. 

25 e canon. Les ecclésiastiques et ceux qui font profession de conti- 
nence , ne rendront point visite aux veuves et aux vierges , sans l'ordre 
ou la permission de l'évêque ou du prêtre. Et ils ne seront point seuls 
dans ces visites , mais avec d'autres ecclésiastiques , ou avec les per- 
sonnes que l'évêque ou le prêtre leur aura indiquées. Les évêques ou 
les prêtres eux-mêmes ne les visiteront point seuls , mais accompagnés 
de clercs ou de chrétiens d'une probité reconnue. 

26 e canon. L'évêque du premier siège ne prendra pas le nom de prince 
des prêtres, ni celui de souverain prêtre, ni un autre titre semblable, 
mais seulement celui d'évêque du premier siège. 

27 e canon. Les clercs n'entreront point dans les cabarets , soit pour 
boire , soit pour manger, si ce n'est en voyage. 

28' canon. Les évêques n'entreprendront point des voyages au delà de 



I 



— 107 — 
la mer, sans la permission et la lettre formée de l'évèque du premier 
siège de la province , qui doit aussi adresser les lettres du Concile aux 
évêques d'outre-mer. 

29 e canon. On ne célébrera qu'à jeun le sacrement de l'autel , à l'ex- 
ception du jeudi-saint; et si l'on est obligé de faire des funérailles 
après dîner, on se contentera de faire des prières , dans le cas où ceux 
qui seraient chargés de ces funérailles auraient dîné (1). 

50 e canon. Les évêques ni les clercs ne feront point des festins dans 
les églises , si ce n'est par la nécessité des voyages. On doit aussi empê- 
cher les peuples d'y faire des festins , autant qu'il se pourra. 

31 e canon. L'évèque réglera le temps de la pénitence selon la gran- 
deur des péchés. 

32 e canon. Le prêtre ne doit point réconcilier un pénitent , sans en 
avoir demandé la permission à l'évèque , à moins que l'évoque étant ab- 
sent, il n'y ait nécessité. On imposera les mains devant l'abside (le sanc- 
tuaire) aux pénitents dont les crimes seront publics et connus de toute 
l'Église. 

35 e canon. Les vierges, qui perdront leurs parents^à la garde desquels 
elles étaient , seront mises , par les soins de l'évèque ou du prêtre en son 
absence , dans un monastère de vierges , ou en compagnie de femmes 
vertueuses , de peur qu'étant vagabondes elles ne blessent la réputation 
de l'Église. 

34 e canon. Les malades , qui ne peuvent répondre , seront baptisés 
sur le témoignage de ceux qui sont auprès d'eux. 

33 e canon. On ne refusera point la grâce (le baptême) ni la réconci- 
liation (la pénitence) aux histrions ni aux apostats convertis. 

36 e canon. Le prêtre ne doit point consacrer de vierges sans l'ordre 
de l'évèque ; il lui est absolument défendu de faire le saint chrême. 

37 e canon. Les clercs ne doivent point s'arrêter dans une autre ville 
que celle de leur résidence , si ce n'est pour des causes légitimes ap- 
prouvées par l'évèque et par les prêtres du lieu. 

38 e canon. Ainsi qu'il a été ordonné au concile plénier de Capoue , 
les translations de sièges , les réordinations et les rebaplisations sont 
défendues. 

39 e canon. Les ordinations seront faites par trois évêques au moins. 
40' canon. S'il s'élève quelque contradiction dans l'élection d'un 
évêque, trois ne doivent plus suffire pour le justilier ; on en appellera 




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(l) On voit par là, dit Tillemont , que l'on se hâtait d'offrir le s;iint sacrifice dès 
qu'une personne était morte, — Mémoires, t, III, p. 181. 



I ■ 









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— 108 — 
encore un ou deux; et avant de procéder à l'ordination, l'opposition 
sera jugée devant le même peuple pour lequel il avait été ordonné. 

41 e canon. L'Église de Canhage indiquera tous les ans le jour de la 
célébration de la pâque. 

42 e canon. Les lieux qui n'ont jamais eu d'évêque ne doivent 'point 
<n recevoir, sans le consentement de l'ancien évèque du diocèse. 

43 e canon. Les évèques qui se contentent de demeurer dans leur 
diocèse , sans se mettre en peine de communiquer avec leurs confrères, 
et qui refusent même de venir au concile , lorsqu'ils y sont appelés , 
perdront non-seulement la juridiction sur les paroisses de leur diocèse, 
mais leur cvêcbé même , et , au besoin , ils en seront chassés par l'au- 
torité séculière. 

44 e canon. On ne pourra enlever aux évèques leurs clercs pour les 
faire évèques , sans leur consentement. 

45 e canon. Si, sur la demande de l'évêque de Carlhage, un évèque 
de sa juridiction, mais d'un autre diocèse, refuse de lui donner un de 
ses prêtres pour l'ordonner évèque, l'évêque de Carlhage a le droit de 
le prendre , n'en aurait-il qu'un seul , et de l'ordonner ; il peut même 
ordonner un de ses clercs pour une autre église. 

46 e canon. Celui qui aura été fait évèque d'un lieu où il n'y en 
avait point auparavant , ne gouvernera que le peuple pour lequel il a 
été ordonné, sans rien entreprendre sur le diocèse qui reste à l'Église 
matrice (celle dont la nouvelle église a été Urée). 

47 e canon. On ne lira point dans l'église d'autres livres que ceux qui 
sont réputés canoniques. Ce sont (1 ) : La Genèse, V Exode, le Lévitique, les 
Nombres, le Deuiéronome, Josué, Judith, Ruth, les Juges, les quatre livres 
des Rois, les deux livres des Paralipomènes, Job, les Psaumes de David, 
les cinq livres de Salomon , les douze livres des prophètes , haïe, Jéré- 
mie , Ézéchiel , Daniel, Tobie, Judith, Esther, les deux livres d'Esdras , 
les deux livres des Machabées , les quatre livres du Nouveau Testament , 
les Actes des Apôtres , les treize èpitres de Paul, son épitre aux Hébreux, 
les deux épîtres de Pierre, les trois épitres de Jean, Vépître de Jude, Yé- 
pitre de Jacques, V Apocalypse de Jean. 

48 e canon. Ceux qui dans leur enfance auront été baptisés chez les 
donatistes, pourront être admis, après leur conversion, au saint mi- 
nistère de l'autel. 

On croit que les évèques ne prirent cette résolution que parce qu'ils 
manquaient d'ecclésiastiques ; car les règles de l'Église excluent du saint 

(i) Ce canon est entièrement conforme .'. celui qui est actuellement en usage 
dans l'Église catholique. 



— 109 — 

ministère ceux qui ont été engagés dans l'hérésie. Mais avant de mettre 
ee décret à exécution , le concile dé Cartilage dit que l'on consulterai! 
le pape Sirice et Simplicien , évêque de Milan , qui avaient défendu de 
recevoir au saint ministère les donatisles convertis. 

49° canon. Les évêques , les prêtres, les diacres et tous les autres 
clercs, qui, au temps de leur ordination, n'avaient aucun bien, s'ils 
acquièrent ensuite des héritages en leur nom , seront réputés usurpa- 
teurs des biens sacrés , à moins qu'ils ne les donnent à l'Église. Mais ils 
pourront disposer du bien qui leur sera venu par donation ou par suc- 
cession. 

50 e canon. Tous les évoques présents au concile déclarèrent approu- 
ver ces décrets , et quarante-quatre y souscrivirent. 

Gratien et quelques écrivains postérieurs citent cinq autres canons 
appartenant à un concile de Carthage, sans indiquer s'ils ont été faits 
par le 1 er , par le 2 e ou par le 3 e . Le 1 er de ces canons défend de rien 
exiger de ceux qui amènent leurs enfants pour èire baptisés; mais il 
permet de recevoir ce qui leur sera offert volontairement. Le 2 e permet 
de révoquer les aliénations des biens ecclésiastiques à titre de précaire , 
quand elles auront été faites sans raison , c'est-à-dire sans nécessité et 
sans utilité. Ces sortes de contrats s'appellent aujourd'hui emphyiéose 
ou censive. Le 3'' défend de donner la communion , si ce n'est à la fin 
de la vie , à celui qui aura accusé un évêque, un prêtre ou un diacre , 
d'un crime qu'il n'aura pu prouver. Le 4 e veut qu'on punisse sévère- 
ment un clerc ou un moine qui lient des discours de boullbn et propres 
à faire rire. Le 5 e ordonne la peine d'excommunication contre un 
laïque qui méprise les saints canons, et contre un clerc coupable de la 
même faute la peine delà dégradation. 



I ; 






N° 199. 
IV e CONCILE DE CARTHAGE. 

(tARTHAGINENSE IV.) 

(Le 8 novembre de l'an 398.) — Deux cent quatorze évêques assistè- 
rent à ce concile, qui fut présidé par Aurélius avec Donatien , évêque 
de Tabraca et primat de Mumidie. Saint Augustin y l'ut aussi présent , 
et y souscrivit même le troisième, quoique, l'un des derniers évêques 
d'Afrique pour le temps de son ordination (1). On y fil 104 canons très- 

(l) Ceci pourrait faire naître quelques difficultés , si l'on ne savait que la plu- 
part des souscriptions, des anciens conciles ne sont nullement exactes, ni pour le 
rang, ni pour le nombre des évêques qui y ont assisté. 






1 



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- 110 — 
célèbres dans l'antiquité (1) et intitulés différemment selon les diffé- 
rents exemplaires manuscrits où on les trouve. Dans quelques-uns , ils 
sont appelés statuts anciens de l'Église ; en d'autres , statuts anciens d'O- 
rient ; mais ces titres ne peuvent passer pour originaux. Et l'on ne voit 
pas, d'ailleurs, pourquoi on les aurait intitulés statuts d'Orient , puis- 
qu'ils conviennent beaucoup mieux a la discipline de l'Église d'Occident 
qu'à celle d'Orient. Toutefois, on ne peut rien inférer de ces titres contre 
l'authenticité de ces canons. Et quoiqu'ils ne soient jamais cités ni dans 
la collection africaine , ni dans celle du diacre Ferrand , ni dans Denys- 
le-Petit , ni dans les autres anciens collecteurs latins , leur authenticité 
ne saurait être sérieusement contestée. Ils ne furent probablement ren- 
dus publics que longtemps après la tenue de ce concile général, à cause, 
dit Schélestrat (2), de ce qui y est prescrit touchant le sacrement de 
l'ordre , car, dans ces temps-là , l'Église avait pour maxime de tenir 
fort secret tout ce qui regardait les mystères, afin que ceux qui n'y 
étaient point admis n'en eussent pas connaissance; il ne serait donc pas 
étonnant que ces collecteurs ne les eussent pas vus. D'ailleurs , ces col- 
lecteurs de canons n'ayant eu le dessein de recueillir en un corps que 
ceux qui, étant séparés , auraient pu se perdre, il n'était pas néces- 
saire qu'ils y fissent entrer les canons du -4 e concile de Carthage qui, par 
leur grand nombre, formaient déjà un corps considérable. Et puis en- 
core , il y a des conciles d'Afrique que personne ne conteste (5), et dont 
les décrets n'ont point été insérés dans les collections de ces écrivains. 
On ne peut donc faire aucune objection solide contre l'authenticité de 
ces canons. 

I e ' canon. Avant d'ordonner un évêque , on l'examinera sur ses 
mœurs , s'il est prudent , docile , modéré , chaste , sobre , charitable , 
humble , affable et miséricordieux ; sur son savoir, s'il est instruit dans 
la loi du Seigneur, habile dans l'intelligence des saintes Ecritures et 
versé dans la connaissance des dogmes de l'Église ; mais par-dessus tout 
sur sa foi , s'il croit que le Père , le Fils et le saint-Esprit ne sont qu'un 
seul Dieu , et la Trinité divine consubstantielle , coéternelle et toute- 
puissante ; que chacune des trois personnes de la Trinité est Dieu par- 
fait ; que c'est le Fils qui s'est incarné et non le Père , ni le Saint Es- 
prit ; Fils de Dieu le Père dans la Divinité , Fils de l'Homme-mère dans 
l'homme; vrai Dieu selon le Père, vrai homme selon la mère; ayant 



(i) Le P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. II, p. 1 1 98. — Le P. l'agi. 

(a) Dissertatio 3 , cap. S. — De ecclesiâ africanâ , p. 2i5. 

(3) Du Perron, réplique un roi d-, lu Grande-Bretagne , p. 337, ^38. 



— m — 



pris dans les entrailles de la mère une chair et une finie humaine raison- 
nable ; ayant en même temps deux natures en lui, c'est-à-dire Dieu et 
homme , mais ne formant qu'une seule personne , un Fils , un Christ , 
un Seigneur, un créateur de toutes les choses qui existent , auteur, 
seigneur et gouverneur avec le Père et le Saint-Esprit de toutes les créa- 
tures ; qui a réellement souffert la mort ; qui est ressuscité dans sa vé- 
ritable chair, dans laquelle il viendra pour juger les vivants et les morts. 
On lui demandera aussi s'il croit que l'Ancien et le Nouveau Testament 
ont pour auteur un même Dieu, et que le diable est devenu méchant 
par sa liberté , et non par sa nature ; que nous ressusciterons dans la 
même chair que nous portons actuellement et non dans une autre , et 
qu'au jugement futur chacun recevra selon ses œuvres et ses mérites , 
les peines ou la gloire ; s'il n'improuve point le mariage et ne condamne 
pas les secondes noces; s'il ne blâme point l'usage des viandes; s'il 
communique avec les pénitents réconciliés ; s'il croit que le baptême 
efface les péchés actuels et le péché originel , et que hors de l'Eglise 
personne ne peut être sauvé. Et s'il se trouve suffisamment instruit sur 
tous ces points, on pourra l'ordonner évêque du consentement du 
clergé , du peuple et du concile de la province , avec l'autorité , ou en 
présence du métropolitain. Après avoir reçu l'épiscopat au nom du 
Christ , il doit se gouverner selon les définitions (les règles) prescrites 
par les Pères (les conciles) et non suivant sa passion ou sa fantaisie. On 
doit encore prendre garde que celui qu'on ordonne ai t atteint l'âge re- 
quis par les décrets des saints Pères. 

2 e canon. Dans l'ordination d'un évêque , deux évoques poseront et 
tiendront le livre des Évangiles sur sa tête et sur ses épaules; l'un des 
évêques assistants prononcera la bénédiction sur lui , tous les autres 
toucheront sa tête de leurs mains. 

5 e canon. Dans l'ordination d'un prêtre, tous les prêtres présents met- 
tront leurs mains sur sa tête , pendant la bénédiction et l'imposition 
des mains de l'évêque. 

4 e canon. Dans l'ordination d'un diacre , l'évêque qui le bénira lui im- 
posera seul les mains sur la tête , parce qu'il n'est pas consacré pour le 
sacerdoce , mais pour le ministère. 

5 e canon. Dans l'ordination d'un sous-diacre , comme il ne reçoit pas 
l'imposition des mains , l'évêque lui présentera la patène et le calice 
vide ; les burettes avec de l'eau , le bassin et l'essuie-main lui seront 
donnés par l'archidiacre. 

6 e canon. Dans l'ordination d'un acolylhe , l'évêque l'instruira de la 
manière dont il se doit conduire dans son ministère , et l'archidiacre 



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lui présentera un chandelier avec un cierge , afin qu'il sache que par 
son ministère , il est destiné à allumer les luminaires de l'Eglise. Il re- 
cevra aussi la burette vide, pour apprendre que c'est à lui de servir le 
vin employé dans l'Eucharistie pour le sang du Christ. 

7 e canon. Dans l'ordination d'un exorciste , l'évéque lui mettra entre 
les mains le livre où sont écrits les exorcismes , et lui dira : Recevez-les 
et apprenez-les ; ayez le pouvoir d'exorciser, par l'imposition des mains, 
les énergumènes, les baptisés et les catéchumènes. 

8* canon. Dans l'ordination d'un lecteur, l'évéque instruira le peuple 
de sa foi , de ses mœurs et de ses bonnes dispositions. Puis , toujours 
en présence du peuple , l'évéque lui donnera le livre (des Evangiles) en 
disant : Recevez et soyez lecteur de la parole de Dieu. Si vous remplis- 
sez fidèlement et utilement votre devoir, vous aurez part à la récom- 
pense de ceux qui sont les ministres de la parole de Dieu. 

9 e canon. Dans l'ordination d'un portier, l'archidiacre l'instruira d'a- 
bord de la manière dont il se doit conduire dans la maison de Dieu , 
puis il le présentera à l'évéque pour être ordonné ; et l'évéque lui re- 
mettant les clefs de l'Eglise du haut de l'autel , lui dira : Conduisez- 
vous bien , car vous rendez compte à Dieu de toutes les choses qui sont 
enfermées sous ces clefs. 

i e canon. Le psalmiste ou chantre peut , sans la participation de 
l'évéque et à la prière du prêtre Seul , remplir la charge de chantre. Le 
prêtre , en la lui donnant , lui dira : Voyez , croyez de cœur ce que 
votre bouche chantera , et prouvez par vos œuvres ce que vous croyez 
de cœur. 

11 e canon. Lorsque la vierge sera présentée à l'évéque pour être con- 
sacrée, elle devra étic revêtue de l'habit de sa profession, qu'elle portera 
toujours. 

12 e canon. Les veuves et les religieuses , qui sont destinées au bap- 
tême des femmes , doivent être capables d'instruire les plus ignorantes 
et de leur apprendre comment elles doivent répondre pendant la céré- 
monie du baptême et se conduire après l'avoir reçu. 

15 e canon. L'époux et l'épouse doivent être présentés au prêtre par 
leurs parents ou les paranymphes , lorsqu'ils vont recevoir de lui la 
bénédiction nuptiale ; et l'ayant reçue , ils doivent par respect garder 
la continence durant la première nuit. 

di e canon. L'évéque doit avoir son petit logis près de l'église. 

45 e canon. L'évéque doit avoir des meubles de vil prix ; sa table et sa 
nourriture doivent être pauvres ; et il doit soutenir sa dignité par sa foi 
et par les mérites d'une vie sans reproche. 



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115 — 



16* canon. L'évêque ne doit point lire les livres des païens ; il ne lira 
ceux des hérétiques que par nécessité (1). 

17 e canon. L'évêque ne doit point se charger du soin des veuves , des 
pupilles et des étrangers, mais il doit le confier à l'archiprêtre ou à 
l'archidiacre» 

18 e canon. L'évêque ne doit point se charger d'être exécuteur testa- 
mentaire. 

19 e canon. L'évêque ne doit point plaider pour des intérêts temporels. 

20 e canon. L'évêque ne doit point s'occuper de ses affaires domes- 
tiques , mais il doit se donner tout entier à la lecture, à la prière et à 
la prédication de la parole de Dieu. 

21 e canon. L'évêque ne doit point se dispenser d'aller an concile sans 
une cause grave. Et dans ce cas, il doit y envoyer un député, pour rece- 
voir en son nom tout ce que le concile décidera, la vérité de la foi étant 
sauvée. 

22 e canon. L'évêque ne doit point ordonner de clercs, sans le con- 
seil de son clergé, le témoignage et l'approbation du peuple. 

25 e canon. L'évêque ne doit entendre la cause de personne qu'en pré- 
sence de ses clercs; et les sentences qu'il aurait rendues en leur absence 
seront frappées de nullité. 

24 e canon. Celui qui sort de l'église pendant la prédication (sacerdo- 
lis) doit être excommunié. 

Tu' canon. Si la crainte de Dieu nengage pas les évéques divisés à se 
réconcilier, le concile doit les réconcilier. 

26 e canon. Les évêques doivent exhorter les frères divisés, soit clercs, 
soit laïques, à terminer leurs différends à l'amiable plutôt qu'à se faire 
juger. 

27 e canon. Un évêque ni un clerc ne doivent passer par ambition 
d'une place inférieure à une place élevée. Mais s'il s'agit de l'utilité de 
l'Église, l'évêque pourra être transféré par l'autorité du concile d à la 




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(i) Dupin , HOituelle bibliothèque ecclésiastique, t. H , p. 924, traduit ce canon de 
la manière suivante : L'évêque ne doit pas lire les livres des païens ni ceux des hé- 
rétiques que par nécessité, et quand l'occasion le requiert. Mais cette traduction 
est évidemment vicieuse ; car le latin porte : Vt episcopus gentil tant libws non leyat, 
hœreticorum autem (libros) pro necessitate el tempore legato. La lecture des livres 
païens était donc absolument défendue aux évêques parce canou ; ils pouvaient lire 
les livres des hérétiques, niais seulement dans les cas de nécessité. Les canons de 
Dupin sont en général fort mal traduits; quelquefois même ils présentent un sens 
contraire. Ne pouvant indiquer et corriger toutes les fausses traductions de cet écri- 
vain, nous avons cru cet avis mile à ceux qui font unf- étude sérieuse et approfou 
die des canons de l'Église. 

T. II. S 






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i iquisii ion des clercs et des laïques ; la translation des prêtre* et des 
autres clercs se fera par l'autorité de l'évêque. 

28 e canon. Une condamnation injustement prononcée par un évêque 
est nulle ; elle pourra être revue dans un concile , 

29' canon. Qui jugera aussi l'accusation intentée par un évêque , soit 
contre un clerc, soit contre un laïque. 

30 e canon. Mais les juges ecclésiastiques devront prendre garde de ne 
point prononcer leur sentence en l'absence de la partie accusée; car 
elle serait nulle , et ils en rendraient compte devant le concile. 

3 I " canon. L'évêque doit user des biens de l'Église comme en étant le 
dépositaire et non comme propriétaire. 

32 e canon. La donation , la vente ou l'échange des biens de l'Eglise 
laite par un évêque , sans le consentement et la souscription des clercs , 
est nulle. 

53 e c\non. Les evèques et les prêtres, appelés à visiter une autre 
Eglise , garderont leur rang et seront invités à prêcher et a consacrer 
l'oblation. 

34 e canon. Un évêque, étant assis, ne doit point souffrir qu'un prê- 
tre soit debout , en quelque lieu qu'il soit. 

3S e canon. Dans l'église et dans l'assemblée des prêtres, l'évêque doit 
avoir un siège plus élevé ; mais dans la maison il traitera les prêtres 
comme ses collègues. 

56* canon. Les prêtres, qui gouvernent les paroisses, demanderont 
le saint chrême avant pâques , non au premier évêque qu'il leur plaira 
de choisir, mais à l'évêque diocésain , non encore par un jeune clerc , 
mais par eux-mêmes ou par le sacristain. 

57' canon. Le diacre doit se considérer comme le ministre du prêtre 
aussi bien que de l'évêque. 

58' canon. En présence d'un prêtre, le diacre ne doit point distri- 
buer au peuple l'eucharistie du corps du Christ , si ce n'est par son or- 
dre et en cas de nécessité. 

59 e canon. En quelque lieu qu'il soit , le diacre , ne doit s'asseoir que 
par l'ordre du prêtre. 

40 e canon. Le diacre ne doit parler dans l'assemblée des prêtres que 
lorsqu'il sera interrogé. 

41 e canon. Le diacre doit porter l'aube pendant le temps de l'obla- 
tion et de la lecture seulement. 

42 e canon. Les clercs qui , au milieu des tentations (des persécutions 
des donatistes), sont assidus à leur devoir, doivent être promus à de 
plus hauts degrés. 



— US — 

43' canon. Ou doit honorer les chrétiens catholiques qui souffrent 
pour la foi ; et les diacres doivent pourvoir à leurs besoins. 

44' canon. Les clercs ne doivent point laisser croître leurs cheveux 
ni leur barbe. 

45 e canon. Les clercs doivent faire connaître leur profession par la 
modestie de leurs habits et de leur contenance; et ils ne doivent point 
chercher à se distinguer par leurs habits ou leurs chaussures. 

46 e canon. Les clercs ne doivent point demeurer avec des femmes 
étrangères. 

47" canon. Les clercs ne doivent point se promener dans les rues 
ni sur les places , si leur office ne les y oblige. 

48 e canon. Les clercs ne doivent se trouver aux foires que pour 
acheter, sous peine de dégradation. 

49 e canon. Les clercs qui n'assisteront point aux vigiles, sans en être 
dispensés par maladie , seront privés de leurs gages. 

50 e canon. Les clercs qui, au milieu des tentations, s'éloigneront 
de leur devoir, ou s'en acquitteront négligemment , seront privés de 
leur office. 

51 e canon. Les clercs, quelque instruits qu'ils soient dans la parole 
de Dieu, gagneront leur vie en travaillant. 

52 e canon. Les clercs gagneront de quoi se vêtir et se nourrir, soit 
par un métier, soit par l'agriculture, sans préjudice de leurs fonctions. 

53' canon. Tous les clercs qui ont la force de travailler, apprendront 
des métiers. 

54' canon. On ne doit point élever à un degré supérieur un clerc , 
envieux des avantages de ses frères , s'il persiste dans ce vice. 

55' canon. L'évêque doit excommunier ceux qui accusent injuste- 
ment leurs frères. S'ils se corrigent, il doit les recevoir à la communion, 
mais non dans le clergé. 

56' canon. Les clercs traîtres et flatteurs doivent être déposes. 

57' canon. Les clercs médisants, surtout s'ils sont prêtres, doivent 
être forcés à demander pardon (à ceux qu'ils ont offensés). El s'ils ne 
le veulent pas, qu'ils so ent dégradés, et qu'ils ne soient replacés dans 
leur charge que lorsqu'ils auront demandé satisfaction. 

58' canon. On ne doit pas recevoir sans examen le témoignage de 
celui qui aime les procès et qui est querelleur. 

59' canon. L'évêque doit réconcilier les clercs divisés ; ceux qui ne 
voudront pas lui obéir seront punis par le concile. 

60 e canon. Les clercs bouffons et trop libres dans leurs paroles doi- 
vent être interdis de leurs fonctions. 






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11C — 



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61 e canon. On doit réprimander très-sévèrement les clercs qui jurent 
par les créatures ; et s'ils persévèrent dans leur mauvaise habitude , on 
les excommuniera. 

62 e canon. Les clercs qui chantent à table doivent être punis avec la 
même sévérité. 

63' canon. On punira moins sévèrement les clercs qui rompent le 
jeûne sans nécessité. 

64 e canon. On ne doit point croire catholique celui qui jeûne assidû- 
ment le dimanche. 

65 e canon. Tous les chrétiens doivent célébrer la solennité de pâques 
en même temps et le même jour. 

66 e canon. Le clerc , qui se croira puni trop sévèrement par son 
évèque , doit se pourvoir au concile. 

67 e canox. On ne doit jamais ordonner clercs ni les séditieux , ni les 
usuriers, ni ceux qui se vengent des injures qu'ils ont reçues. 

68 e canon. On ne doit point ordonner clercs les pénitents , quelque 
bons qu'ils soient . Si un pénitent a été ordonné sans que l'évêque le 
connût, il doit être déposé de la cléricature, pour n'avoir pas dit dans 
le temps de son ordination qu'il était pénitent. Mais si l'évêque le 
connaissait pour pénitent, lorsqu'il l'a ordonné, qu'il soit lui-même 
privé du pouvoir d'ordonner. 

6'J' canon. L'évêque qui aura ordonné un homme marié avec une 
veuve ou avec une femme répudiée, ou en secondes noces, sera soumis 
à la même peine. 

70 e canon. Un clerc doit éviter de se trouver aux festins et aux as- 
semblées des hérétiques et des schismatiques. 

71' canon. Les assemblées des hérétiques ne doivent point porter le 
nom d'Églises, mais de conciliabules. 
7Si c canon. On ne doit point prier ni psalmodier ayee les hérétiques. 
73 e canon. Celui qui communiquera ou priera avec un excommunié 
sera lui-même excommunié , qu'il soit clerc ou laïque. 

74' canon. Le prêtre doit donner la pénitence à celni qui la demande, 
sans acception de personne. 
75° canon. On doit recevoir plus tard les pénitents p lus négligents. 
76' canon. Si un malade demande la pénitence, et qu'avant l'arri- 
vée du prêtre il perde la parole on la raison, il recevra- la pénitence sur 
le témoignage de ceux qui l'ont ouï. Si on le croit prêt ù mourir, on le 
réconciliera par les impositions des mains, et l'on 1er» couler l'eucha- 
ristie dans sa bouche. S'il survit, il sera soumis aux lois de la péni- 
tence , aussi longtemps que le prêtre le jugera à propos. 



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— 117 — 

77' canon. Les pénitents qui sont malades , recevront le viatique. 

78' canon. Les pénitents qui ont ainsi reçu le viatique de l'eucharis- 
tie, ne devront pas se croire absous sans avoir reçu l'imposition des 
mains , s'ils reviennent à la santé. 

79' canon. Les pénitents qui, ayant exactement observé les lois de 
la pénitence, mourront en voyage ou sur mer sans aucun secours (spiri- 
tuel), (recevront la sépulture ecclésiastique), et l'on fera mémoire d'eux 
dans les prières et dans les oblations. 

80' canon. Les prêtres imposeront les mains aux pénitents tous les 
jours de jeûne (1). 

81' canon. Les pénitents doivent porter à l'église et ensevelir les 
morts (2). 

82' canon. Les pénitents doivent fléchir les genoux , même dans le 
temps où les chrétiens en sont exempts (comme dans le temps pascal). 

83 e canon. Les pauvres et les vieillards de l'Église doivent être plus 
honorés que les autres. 

84' canon. L'évêque ne doit point interdire l'entrée de l'Église soit 
au païen , soit à l'hérétique , ni au juif; il peut le laisser entendre la pa- 
role de Dieu, jusqu'à la messe des catéchumènes (c'est-à-dire jusqu'à 
ce qu'on les renvoie). 

85 e canon. Ceux qui se disposent à être baptisés doivent d'abord don- 
ner leur nom , et puis être longtemps éprouvés par l'abstinence du vin 
et de la chair et de fréquentes impositions des mains. 

(i) Il est question, dans ce canon , de la troisième classe des pénitents (voir t. 1 , 
p. i5y, note 3 de celte histoire), c'est-à-dire, des prosternés, qui étaient obligés de 
se trouver dans l'église les jours de la célébration des saints mystères, et particu- 
lièrement les jours solennels et les jours de jeûne. Prosternés, la face contre terre, 
dans un endroit de la nef éloigné du sanctuaire et près de la porte, ils recevaient 
en cet état, en présence de tout le peuple, l'imposition des mains de l'évêque et 
des prêtres. Mais celte imposition des mains n'était pas l'absolution sacramentelle, 
qu'ils ne recevaient qu'après avoir passé par le quatrième degré, appelé des consis- 
tants. 

(a) Dupin, nouvelle bibliothèque , t. II , p. o3o, traduit ce canon de la manière 
suivante : On donnera la sépulture ecclésiastique aux pénitents. Le (eue latin porte : 
M ortuos pœnitentes ecclesiœ afferant elsepeliant. Evidemment la traduction de Du- 
pin est contraire au texte latin , qui exprime littéralement cette pensée : Que les 
pénitents portent les morts à V Eglise et qu'ils leur donnent la sépulture. Les verbes 
affermit et sepeliant, étant au pluriel, doivent être nécessairement régis par un sujet 
également au pluriel ; et en supposant que ce sujet ne soit pas pœnilentes , ce ne 
pourrait être que ecclesiœ; et il faudrait alors traduire de la manière suivante : Que 
les églises portentel ensevelissent les morts pénitents. Ce qui est évidemment absurde. 
D'ailleurs, on ne refusait pat la sépulture ecclésiastique aui pénitents. 






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— ii» — 

8tt e canon. Les néophytes (nouveaux baptisés) doivent s'abstenir quel- 
que lemps des spectacles, <tes festins et de leurs femmes. 

87 e canon. Le catholique qui porte sa cause, soit juste, soit injuste, 
devant le tribunal d'un juge infidèle, doit être excommunié. 

88 e canon. Celui qui, en un jour solennel, quitte les assemblées de 
l'église pour assister aux spectacles , doit être excommunié. 

89 e canon. On doit excommunier celui qui s'adonne aux augures, 
aux enchantements et aux superstitions judaïques. 

90 e canon. Les exorcistes doivent imposer chaque jour les mains sur 
les énergumènes. 

91 e canon. Les énergumènes doivent balayer le pavé des Églises. 

92 e canon. Les exorcistes doivent donner aux énergumènes, qui sont 
assidus aux églises, leur subsistance journalière. 

93 e canon. On ne doit point recevoir ni dans la sacristie , ni dans 
les troncs , les aumônes des frères qui sont en dissension. 

9-4' canon. Les prêtres doivent rejeter les présents de ceux qui op- 
priment les pauvres. 

95 e canon. On doit excommunier comme meurtriers des pauvres ceux 
qui refusent aux Églises les oblalions des défunts , ou les rendent avec 
peine. 

96 e canon. Dans les jugements , on doit examiner les mœurs et la foi 
de l'accusateur aussi bien que de l'accusé. 

97 e canon. L'évêque doit examiner celui qui est chargé de gouverner 
des religieuses. 

98' canon. Il est défendu aux laïques d'enseigner en présence des 
clercs , si ce n'est par leur ordre. 

99 e canon. Les femmes, quelque instruites et saintes qu'elles soient, 
ne doivent point enseigner les hommes dans les assemblées. 

100" canon. Les femmes ne doivent point baptiser. 

101 e canon. Les veuves jeunes , mais d'une faible santé, doivent être 
nourries aux dépens de leur Eglise. 

102 e canon. Les jeunes veuves ne doivent point, sous prétexte de 
leur subsistance, vivre familièrement avec les clercs. C'est à l'évêque 
ou au prêtre (curé) de la paroisse à veiller que cela n'arrive. 

103 e canon. Les veuves que l'Eglise nourrit doivent être assidues au 
service de Dieu, afin qu'elles puissent aider l'Eglise de leurs prières et 
de leurs bonnes œuvres. 

104 e canon. On doit priver de la communion des chrétiens et de toute 
communication avec eux dans les repas , les femmes qui passent à des 
noces séculières , après s'être consacrées à Dieu dans un âge mûr et 






— «19 — 

a»oir quitté l'habit séculier pour revêtir l'habit religieux en présence 
de l'évèque et de l'Eglise. Celles qui , après avoir été enlevées, épou- 
sent leur ravisseur, doivent êire punies de la même peine. 

Quelques auteurs, etBaluze entre autres, ajoutent un 105 e canon ; 
le voici : 

103* caxon. L'entrée de l'église doit être défendue aux accusateurs 
jusqu'à ce qu'ils aient fait pénitence. 

N° 200. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandrinum.) 

(L'an 399 (1).) — Ce concile , dont les actes sont perdus , fut tenu 
par Théophile , évêque d'Alexandrie , contre les origénistes , qui admet- 
taient la préexistence des âmes et attribuaient à Dieu un corps et une 
figure humaine. Les écrits d'Origène y furent condamnés , et la peine 
d'excommunication prononcée contre quiconque approuverait les œu- 
vres de cet auteur. Théophile écrivit une lettre synodale à tous les évê- 
ques pour leur faire connaître la discussion de ce concile. Il ne nous en 
reste que des fragments , où le zèle passionné de cet évêque apparaît 
dans toute son amertume. Il y représente Origène comme l'abomina- 
tion de la désolation au milieu de la véritable Eglise; il va même jus- 
qu'à dire qu'il posséda la dignité du sacerdoce de la même manière que 
Judas posséda celle de l'apostolat ; et il prétend qu'il était tombé du 
ciel comme un éclair, ainsi que le diable son père. 



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N° 201. 

CONCILE DE JÉRUSALEM. 

(hierosolyhitanum.) 

(L'an 399.) — Ce concile fut tenu par l'évèque Jean. On y approuva 
la lettre synodale de Théophile contre l'Origénisme (2). 

(i) Quelques auteurs placent ce concile à ('an 4oi. VoirBaluze, Collectio con- 
ciliorum, t. M, p. 99. — Le P. Pagi ; Tillemont, Mémoires : Mausi, suppt, cow:il., t. I. 
— Saint Jérôme , Epistola 62 Theophit. 

(a) Saint Jérôme, Epistola g3 episcopi ,/oonni». 






— 120 — 

N° 202. 
CONCILE DE CHYPRE. 

(CYPRIUM.) 

(L'an 399 (4).) — Saint Épiphane assembla ce concile à la prière de 
Théophile d'Alexandrie; il y défendit la lecture des livres d'Origène , 
mais sans con damner sa personne (2). 

Les actes de ce concile ne sont point venus jusqu'à nous. 



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N" 205. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM.) 

(L'an 399.) — Peu de temps après le concile de Chypre, saint Épi- 
phane, excité par Théophile d'Alexandrie, se rendit à Constantinople , 
où il assembla de son autorité plusieurs évêques étrangers qui s'y trou- 
vaient alors. Et leur ayant communiqué les décisions du concile de 
Chypre contre les écrits d'Origène , quelques-uns y souscrivirent ; mais 
la plupart refusèrent avec fermeté de condamner un homme mort de- 
puis si longtemps , et dont les livres renfermaient tant de choses utiles 
à la religion. Théotime , évêque de Tomes , osa même soutenir devant 
Épiphane , que ceux qui blâmaient les écrits d'Origène rejetaient par 
là les vérités qu'il y avait enseignées (3) . 



3 



N° 204. 
I er CONCILE DE TOLÈDE. 

(TOLETANUM I.) 

(Le 1" septembre de l'an 400.) — Les erreurs des priscillianistes , qui 
se perpétuaient en Espagne, entretenaient la division parmi les Églises. 
Pour remédier à ces maux , dix-neuf évêques de toutes les provinces 
d'Espagne se réunirent à Tolède le septième des ides de septembre de 
l'an 400 (4) de Jésus-Christ , sous le consulat de Stilicon. Patruin de 
Mérida, président du concile , en fit l'ouverture en proposant de réta- 



(i) Quelques auteurs placent ce concile à l'au 4oi. 

(a) Socratc, Historia, lib. vi , cap. 13. — Sozomène, Historia , lib. VHI, cap. 14. 

(3) Baluzc , Collectio conciliorum , t. Il f p. 103. 

(4) 4^8 de l'ère espagnole. 



— 121 — 

blir les règlements de Nicée pour détruire la diversité scandaleuse et 
même schismatique, qui se trouvait dans la conduite des évêques et en 
particulier dans les ordinations. Cet avis fut trouvé bon ; et l'on con- 
vint, d'un consentement unanime , d'excommunier quiconque violerait 
les règlements du concile de Nicée , à moins qu'il ne rectifiât lui-même 
sa contraveniion. On fit ensuite vingt canons de discipline (1), qui, d'a- 
près Tillemont , appartiennent à un concile postérieur. 

1" canon. On peut donner le diaconat à des personnes mariées , 
pourvu qu'elles soient chastes, et qu'elles gardent la continence. Les 
diacres qui auront eu des enfants avant la loi des évêques de Lusila- 
nie , ne pourront être élevés à la prêtrise. Le prêtre qui aurait eu des 
enfants avant l'interdiction prononcée par celte loi , ne pourra être 
élevé à l'épiscopat. 

2 e canon. Celui qui, après avoir reçu le baptême, aura fait péni- 
tence publique pour le crime d'homicide ou pour quelque autre 
crime très-grave , ne pourra être ordonné clerc , à moins que la néces- 
sité n'exige qu'il soit nommé portier ou lecteur ; mais dans ce cas il ne 
doit point lire ni les Evangiles ni les Epîlres. Et si quelqu'un a été or- 
donné diacre avant la tenue de ce concile , il doit tenir le rang de sous- 
diacre , en sorte qu'il ne puisse à l'avenir ni toucher les choses saintes, 
ni imposer les mains. 

3 e canon. Le lecteur qui épousera une veuve , ne pourra être élevé à 
un degré supérieur, si ce n'est au sous-diaconat. 

i" canon. Le sous-diacre qui , après la mort de sa femme , en épouse 
une autre, doit perdre son grade et devenir portier ou lecteur, mais sans 
pouvoir lire ni l'Evangile ni les Epîtres. El s'il épouse une troisième fem- 
me, il doit être séparé de la communion pendant deux ans, qu'il consa- 
crera à faire pénitence et après lesquels il recevra la communion parmi 
les laïques. 

5 e canon. Le prêtre , le diacre , le sous-diacre ou tout autre clerc qui, 
se trouvant dans un lieu où il y a une église , n'assistera pas tous les 
jours au sacrifice , ne sera plus tenu pour clerc , à moins qu'il ne se 
corrige et n'obtienne le pardon de son cvêque. 

6 e canon. La vierge consacrée à Dieu ne doit point avoir de familia- 
rité avec un confesseur ou un laïque , qui n'est point son parent ; elle 
ne doit pas aller seule aux festins , s'il n'y a des anciens , des personnes 
et dei veuves de probité, et où un confesseur pourrait lui-même aller. 



(i) Le P. Lahbe, Sacrosamlu concilia, t. II, p. 1121. 



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Elle ne doit pas non plus aller dans les maisons des lecteurs , si elle 
n'est leur sœur consanguine ou utérine. 

7 e canon. S'il arrive que la femme d'un clerc pèche , il pourra la lier 
dans sa maison , la faire jeûner et la châtier, sans néanmoins attenter à 
sa vie ; mais il ne lui sera pas permis de manger avec elle, jusqu'à ce 
qu'elle ait fait pénitence , et qu'elle soit rentrée dans la crainte de Dieu. 

8 e canon. Si quelqu'un , après avoir reçu le baptême , s'engage dans 
la milice , et qu'il soit plus tard reçu dans la cléricature , il ne pourra 
être élevé au diaconat , quand même il n'aurait pas commis de plus 
grandes fautes. 

9 e canon. Aucune religieuse , ni veuve , ne pourra faire des prières 
publiques dans la maison , soit avec un confesseur, soit avec un domes- 
tique , sans la présence de l'évêque ou d'un prêtre. L'office des vêpres 
ne doit se lire que dans l'église ; mais si on le lit dans une maison de 
campagne , ce doit être en présence de l'évêque , d'un prêtre ou d'un 
diacre. 

10 e canon. On ne doit point ordonner clercs ceux qui sont sous la 
puissance d'autrui , sans le consentement de leurs maîtres , et s'ils ne 
sont d'une vie éprouvée. 

11» canon. Tout homme puissant qui , averti par l'évêque de restituer 
les biens qu'il a usurpés , refuse de le faire , doit être excommunié 
jusqu'à ce qu'il ait rendu ce qui ne lui appartient pas. 

12 e canon. Un clerc ne doit point quitter son évêque pour entrer dans 
le clergé d'un autre , à moins qu'il ne quitte le schisme ou l'hérésie 
pour se réunir à la foi catholique. Sont excommuniés tous ceux qui se 
séparent des catholiques pour s'unir secrètement ou ouvertement avec 
des excommuniés. 

13 e canon. Ceux qui entrent dans l'église et ne communient pas, se- 
ront avertis de se mettre en pénitence , ou de ne point s'abstenir de la 
communion ; et s'ils refusent , on doit les excommunier. 

H e canon. Et si quelqu'un reçoit l'Eucharistie de la main du prêtre 
et ne la consume pas , il doit être chassé comme un sacrilège. 

15' canon. On doit éviter de se trouver avec un excommunié, soit 
clerc , soit laïque. Et si quelqu'un est surpris mangeant ou parlant avec 
lui, il sera lui-même soumis à l'excommunication; mais ce décret re- 
garde seulement ceux à qui l'on a fait connaître l'excommunié, soit 
clerc , soit laïque. 

16 e canon. La religieuse qui aura péché, ne sera point reçue dans 
l'église qu'elle ne se soit corrigée et qu'elle n'ait fait pénitence pendant 
dix ans , après lesquels elle recevra la communion. Il est détendu , 



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- 125 - 

sous peine d'excommunication , de manger avec elle pendant tout le 
temps de sa pénitence. Le corrupteur subira la même peine. Si elle se 
marie avec lui , on ne pourra la recevoir au nombre des pénitents , à 
moins que du vivant de son mari , ou après sa mort , elle ne devienne 
chaste. 

iT canon. Celui qui, ayant une femme fidèle , prend une concubine , 
doit être excommunié. Mais on ne doit pas excommunier celui qui 
n'ayant point de femme prend une concubine, pourvu qu'il se contente 
d'une seule femme à titre d'épouse ou de concubine, à son choix. S'il 
en agit autrement , il doit être excommunié jusqu'à ce qu'il se corrige 
et qu'il rentre dans son devoir par la pénitence (1). 

18« canon. Si la veuve d'un évèque, d'un prêtre ou d'un diacre se 
remarie, aucun clerc, aucune religieuse ne doit manger avec elle; et 
elle ne doit recevoir la communion qu'à la mort. 

49» canon. La fille d'un évêque , d'un prêtre ou d'un diacre qui , après 
s'être consacrée à Dieu, pèche ou se marie, ne doit recevoir la com- 
munion qu'après la mort de son mari , si elle fait pénitence. Le père et 
la mère seront excommuniés , s'ils ne se séparent d'elle ; mais si du vi- 
vant de son mari , cette femme s'en sépare , on doit lui accorder la 
grâce de la réconciliation à la Gn de sa vie. 

20 e canon. Quoique l'on observe presque partout de ne point consa- 
crer le saint chrême sans l'évêque , cependant on nous rapporte de di- 
vers lieux que les prêtres le consacrent. Nous ordonnons donc qu'à l'a- 
venir l'évêque seul consacrera le saint chrême et l'enverra dans tout 
son diocèse. Et afin que cela s'exécute ainsi , chaque Eglise enverra à 
son évêque, avant la fête de pâques, un diacre ou un sous-diacre , 
chargé de recevoir le chrême pour cette solennité. Toutefois, il est cer- 

(i) Le terme de concubine est devenu odieux; il servait autrefois à désigner une 
femme à qui l'on donnait la foi du mariage, mais que l'on n'épousait pas avec toutes 
la solennité des lois romaines; car toute femme ne pouvait être l'épouse légitime 
de tout homme. Il fallait que les deux époux fussent citoyens romains et d'égale 
condition. Un sénateur ue pouvait épouser une affranchie; un homme libre ne 
pouvait contracter mariage avec une esclave ; et l'union de deux esclaves n'était 
point nommée mariage. Or, la femme à qui l'on ne pouvait donner le titre d'é- 
pouse , pouvait être concubiue ; et les lois le souffraient , pourvu qu'un homme n'en 
eût qu'une, et ne fût point marié. Les enfants qui naissaient de ce mariage n'é- 
taient ni légitimes , ni bâtards, mais enfants naturels , reconnus par les pères et ca- 
pables de donations. L'Eglise n'entrait point dans toutes ces distinctions; et se te- 
nant an droit naturel, elle approuvait toute union d'un homme et d'une femme . 
pourvu que cette union fût unique et perpétuelle. L'Ecriture-Sainte emploie quel- 
quefois indifféremment les noms d'épouse et de concubine. — Saint Augustin , De 
bono conjugio , cap. * . 



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- 124 — 

tain que l'évêque peut consacrer le chrême en 'tout temps ; mais les 
prêtres ne peuvent le faire sans la permission et l'amodié de l'évêque. 
En l'absence de l'évêque, les diacres ne doivent point administrer le 
saint chrême, cela n'est permis qu'aux prêtres; mais s'il est présent, 
les prêires ne peuvent l'administrer que par son ordre. L'archidiacre 
aura soin de faire exécuter ce décret. 

Après que le concile eut dressé ces vingt canons , Dictinius et Sym- 
posius, évéques priscillianistes , Comasius, prêtre, et plusieurs autres 
se présentèrent devant l'assemblée, condamnèrent les erreurs et la 
personne de Priscillien et furent reçus à la communion de l'Eglise. 
Ensuite on condamna et l'on déposa plusieurs évéques de Galice qui 
soutenaient avec obstination la doctrine de cet hérésiarque. 

On fit aussi une formule de foi pour être envoyée aux évéques de la 
Galice, en leur promettant que s'ils y souscrivaient, ils seraient reçus 
à la paix de l'Eglise, après la décision du pape Anastase, devant qui 
l'affaire des priscillianistes avait été portée. C'est la première fois , dit 
Fleury, que l'évêque de Rome est nommé le pape , comme l'évêque par 
excellence. 

Plusieurs auteurs prétendent , mais sans aucune preuve, que cette 
confession de foi et les vingt canons qui l'accompagnent, furent faits 
dans un autre concile de Tolède , et peut-être , disent-ils , dans celui 
que le pape saint Léon fit assembler vers l'an 447. Et en effet, le titre 
de celte confession porte qu'elle fut faite par ordre du pape Léon et 
envoyée aux évéques deTarragone, de Carthagène, de Lusitanie, de 
la Bétique, et à Balcone, évêque de Brague. Il est encore dit dans ce 
tiire que les mêmes évéques firent aussi les vingt canons de discipline. 
Mais il y a ici une erreur évidente ; car on ne connaît point de concile 
de Tolède autre que celui de l'an 400 , qui ait fait vingt canons , et les 
évéques qui les ont souscrits vivaient de ce temps-là. Comme les actes 
de ce concile ne sont point arrivés entiers jusqu'à nous , nous n'avons 
aucune preuve solide pour détruire toutes ces conjectures. 



N° 205. 

CONCILE DE ROME. 

(romanuh.) 



(L'an 400.) — Ce concile fut tenu par le pape Anastase. On y décida 
que les évéques ou les clercs donatistes , qui reviendraient à la foi ca- 
tholique , ne seraient point maintenus dans leurs grades. 



— m — 

N° 206. 
CONCILE DE CONSTANT/NOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM . ) 

( Vers le mois de septembre de l'an 400. ) — Vingt-deux évéques 
d'Asie s'étant assemblés en concile avec saint Jean Clirysostome (1) , 
Eusébe de Valentinianople comparut devant eux , et leur présenta une 
requête contenant sept chefs d'accu>ation contre Antonin , évoque 
d'Éphèse, exarque de toute l'Asie. Eiisèbe accusait son métropolitain, 
1° d'avoir fait fondre les vases sacrés pour en faire de l'argent qu'il 
avait donné à son fils ; 2° d'avoir enlevé une pierre de marbre du bap- 
tistère pour la mettre dans ses bains ; 5° d'avoir pris des colonnes de 
l'église , qui depuis longtemps étaient demeurées sans être employées , 
pour en soutenir le plancher de sa salle ; 4° d'avoir chez lui un valet 
qui avait commis un homicide ; 5° d'avoir vendu les terres qui avaient 
élé laissées à l'Église par Basiline, mère de l'empereur Julien, comme 
si elles lui eussent appartenu en propre ; G d'avoir repris sa femme 
après l'avoir quittée , et d'en avoir eu des enfants ; 7° d'avoir éiabli la 
coutume et d'avoir presque fait une loi de vendre les ordinations des 
évoques d'après la valeur des évêchés. 

Antonin , présent au concile , nia les fails dont il était accusé ; en- 
suite on interrogea les évéques accusés d'avoir acheté de lui l'ordina- 
tion, et ils nièrent tous ce crime. Ne pouvant convaincre l'accusateur 
de calomnie ou le coupable de simonie, les Pères du concile députèrent 
trois évéques en Asie pour aller entendre les témoins qui devaient être 
produits par l'accusateur ; mais Eusèbe et Antonin s'étant mis d'ac- 
cord , les commissaires du concile ne purent poursuivre cette affaire, 
faute de preuves suffisantes. Durant cet intervalle , Antonin mourut , 
et sa mort prévint la condamnation dont il était menacé. Mais Eusèbe 
fut excommunié comme calomniateur ou comme ayant abandonné la 
cause qu'il avait entreprise avec un zèle si ardent (2). 

N° 207. 

CONCILE D'ÉPHÈSE. 

(ephf.simim.) 

(Sur la fin de l'hiver de l'an 401.) — Après la mort d'Antonin , le 

(i) Ce père île l'Église a été surnommé Chrysoslomc, à cause de son éloquence. 
(3) Palladc, Dialog. rie vit» Chrysostorni. — Batiizr, Colli'ctio coricitlorttm , t. ] , 
p. io3. 






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cierge d'Kphèse et les évêques de celle province écrivirent à saint Jean 
Chrysosiome pour le prier de venir réformer cette Église, depuis long- 
temps affligée par l'bérésie d'Arius et par les brigues des mauvais 
catholiques. Le saint évêque se rendit aux pressantes sollicitations de 
ses confrères, et partit pour Éphèse, où il tint dès son arrivée un con- 
cile de soixante-dix évêqnes venus d'Asie , de Lydie et de Carie pour 
voir celui dont la réputation remplissait déjà tout l'Orient. Héraclide , 
diacre de Saint-Jean , fut accepté par les Pères du concile et ordonné 
par eux évêque de l'Église d'Épbèse (I). 

La paix ayant élé rendue à l'Église d'Éphèse, Eusèbe de Valentinia- 
nople vint se présenter devant le concile , demandant à être rétabli 
dans la communion. Plusieurs évêques s'y opposèrent, en le traitant de 
calomniateur; mais comme il s'offrit de fournir à l'instant des témoins 
dignes de foi contre les évêques simoniaques , le Concile trouva bon 
d'examiner celte affaire. Six évêques furent convaincus de s'être en- 
gagés dans l'épiscopat à prix d'argent ; le Concile les déposa et mit à 
leur place d'autres évêques recommandantes par leur science et par 
leurs vertus. Il enjoignit en même temps aux héritiers d'Antonin de 
rendre l'argent que ces évêques lui avaient donné pour leur ordina- 
tion (2). 



N° 208. 
r CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE V.) 

(Le 27 mai de l'an 401 (5).) — Ce concile, composé de soixante-douze 
évêques et présidé par le célèbre Aurélius , dressa quinze canons de 
discipline , dont voici la substance. 



(i) Socrate, HistorUi , lib. vi, cap. il. — Sozomèoe, Historia , lib. vin, cap. 6. 
— Pallade , Dialog. de vità Cltrysostomi. 

(a) Pallade , Dialog. de vità Cltrysostomi, p. 53. 

(3) L'époque de ce concile , que l'oo nomme communément le 5' de Canha»e . 
est entièrement contestée par les savants. Baronius (Annales, ad annnin 3q8) , 
Godefroy [Cod. theod., I. V, p. 386) et le P. Labbe ( Sacrosunctu concilia, t. II, 
p. 1216) mettent ce concile en l'an 398. Le premier se fonde sur un manuscrit où 
on lit qu'il fut tenu après le consulat de Cxsaire et d'Atlicus, c'est-à-dire l'an 398. 
Le second dit qu'il y a quatre canons et quatre demandes de ce conrile , aux- 
quelles l'empereur Houorius semble répondre par diverses lois des années 399 ei 
{00. Srlielestrat [Ecclcsia africana , p. ji5, 126 ) et Fleury (Bistoire ecclésiastique. 
livre XX ) placent ce concile à l'an 400. Ce sentiment est appuyé sur une date mise 



— 127 — 
1" canon. Il est détendu d'appeler les clercs en justice pour Aire 
témoins. 

2« canon. Un clerc , de quelque rang qu'il soit , condamné pour un 
crime par le jugement des évêques , ne doit être protégé ni par l'Église 
qu'il a gouvernée, ni par qui que ce soit. 

3« canon. L'usage du mariage est défendu aux évéques , aux prêtres 
et aux diacres , sous peine de déposition. Les autres clercs doivent se 
conlbrmer, louchant la continence, à la coutume de leur Église. 

i' canon. Il est défendu aux évêques d'aliéner le bien de l'Église 
sans l'autorité du primat de la province et du concile. 

S' canon. 11 n'est permis à aucun évêque de changer le lieu de son 
siège , ni de résider dans son diocèse, ailleurs qu'en l'église cathédrale. 

6' canon. On doit baptiser sans scrupule les enfants dont le baptême 
n'est pas prouvé par des témoignages certains. On en usera de même 
à l'égard des églises , toutes les fois que l'on douiera si elles sont con- 
sacrées ou non. 

7 e canon. Le saint jour de pàques doit être déclaré à tous les évêques 
par des lettres formées. Le concile général d'Afrique se tiendra (tous 
les ans) le onzième des calendes de novembre (le ~2ï octobre) , et l'on 
avertira par écrit les primats de chaque province de ne pas tenir en ce 
temps- là leur concile provincial. 

8 e canon. L'intercesseur (celui qui prenait soin de l'Église vacante ) 
doit y procurer un évêque dans l'année. S'il néglige de le faire durant 



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a la tête des actes de ce concile, portant qu'il a été tenu l'an 4"i8 de l'ère d'Espagne, 
c'esl-à-dire l'an 4oo de l'ère vulgaire. La collection d'Isidore ne porte point les noms 
des consuls , si re n'est dans un manuscrit de Juste! , où ce concile est daté du con- 
sulat de Flavius Slilicou , c'est-à-dire de l'an 4oi- D'autres (Justel, Bihlititluva 
patnim, p. 3 1 7 ; Tillemnnt, Mémoires, t. XIV , p. 987, 988) croient que ce cin- 
quième concile de Carlh.igc n'est qu'un abrégé confus de deux conciles tenus en 
cette ville l'an 4oi ; et ce qui paraît appuyer ce sentiment , c'est que presque tous 
les canons attribués à ce cinquième concile se trouvent faits par les deux conciles 
de Carthagc de l'an 4°' , e t saint Augustin {Epiftola, 6.V, dans une lettre écrite 
en 4° 3 > cite le 1 2 e canon du 5 e concile comme ordonnance assez récente pour 
n'être pas encore connue des prêtres mêmes pour qui elle avait été faite. Le saint 
évêque d'Hippoue se serait-il exprimé ainsi, si ce canon avait été Fait dès l'an 3y8 ou 
même dès 4oo? Quant au rapport des canons de ce 5" ronrile avec les lois d'Honoriiis 
•le l'an ^99 et de l'an 4oo , rien ne prouve que le concile soit antérieur à ces lois , 
autrement il faudrait dire que tout ce que ce concile avait demandé à ce prince lui 
avait été relusé : ce qu'il n'est pas permis de penser. 11 vaut mieux dire que l'em- 
pereur ayant fait par surprise des lois peu favorables à l'Église l'an 3qq et l'an 4oo 
le 5« concile de Cartilage lui en demanda de contraires l'an 'inr. Quoi qu'il en soit, 
les canons sont datés du 17 du mois de mai. 



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- «28 — 

cet intervalle de temps, on mettra à sa place un autre intercesseur (ou 
interventeur). 

9* canon. On sollicitera auprès des empereurs , afin que les évoques 
puissent établir des défenseurs chargés de prendre soin des affaires 
des pauvres et de les défendre contre l'oppression des riches. 

10 e canon. Les évêques doivent se trouver au concile , à moins qu'ils 
n'aient un empêchement légitime ; dans ce cas , ils doivent le déclarer 
par écrit. Les primats diviseront en deux ou trois bandes les évoques 
de la province, afin qu'ils viennent tour à tour au concile. Les évêques 
qui ne pourront se rendre au concile, feront insérer leurs excuses dans 
la lettre publique que la province écrira au concile. S'ils sont retenus 
par quelque empêchement après le départ de celte lettre, ils doivent en 
rendre compte au primat , sinon ils ne pourront communiquer avec 
personne hors de leur église. 

11 e canon. On ne doit point imposer les mains aux prêtres et aux 
diacres coupables de crimes qui méritent la déposition, mais les mettre 
en pénitence comme les laïques, ni permettre qu'on élève à la clérica- 
ture ceux qui ont été rebaptisés. 

i2 e canon. Les ecclésiastiques , privés de la communion pour quel- 
que crime, auront un an pour se justifier ; mais après ce délai, ils 
ne pourront être reçus à poursuivre leur justification. 

13 e canon. L'évêque qui aura ordonné clerc ou supérieur de son 
monastère un moine soumis à un autre évêque , sera réduit à la com- 
munion de son église seule , et le moine ne sera ni clerc , ni supérieur. 

1-4* canon. Pour éviter les superstitions, les évêques détruiront, au- 
tant qu'il se pourra , les autels élevés dans la campagne et sur les che- 
mins comme mémoire des martyrs , s'il n'y a réellement le corps ou les 
reliques d'un martyr. On n'admettra aucune mémoire ou chapelle soib 
le nom d'un martyr, si l'on n'est pas assuré que son corps ou ses reli- 
ques s'y trouvent, ou qu'il y ait demeuré, ou qu'il ait possédé ce lieu, 
ou qu'il y ait souffert le martyre ; et l'on rejettera absolument les autels 
élevés sans preuves certaines sur des songes ou sur de prétendues ré- 
vélations. 

15 e canon. On demandera aux empereurs l'abolition de tous les restes 
de l'idolâtrie, même dans les bois et les arbres. 



— 129 — 

N° 209. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHACINENSE.) 

(Le 16 juin (1) de l'an 401.) — Aurélius, évoque de Carthage et 
président de ce concile , y proposa d'envoyer des députés au pape Anas- 
tase et à Vénérius de Milan pour leur demander l'autorisation de mettre 
dans le clergé les enfants des donatistes convertis en Age de raison ; 
car cela avait été défendu par les évèques de Rome et de Milan (2). 

La disette des clercs , en Afrique , venait , en partie, de la multitude 
des donatistes et du grand soin des évêques dans le choix des clercs. 

Aurélius proposa ensuite de demander à l'empereur Honorius qu'il 
fit abattre toutes les idoles qui étaient encore debout en Afrique , et 
même les temples païens qui , étant situés la plupart dans les champs 
ou dans des lieux cachés, ne pouvaient servir d'aucun ornement. Auré- 
lius ajouta qu'il fallait aussi demander à l'empereur que les ecclésiasti- 
ques ne fussent point obligés à comparaître devant les juges civils , 
pour porter témoignage surtout dans les affaires laïques qui auraient été 
soumises à leur jugement; que les clercs condamnés par le jugement 
des évoques ne pussent être défendus , ni par les églises qu'ils auraient 
gouvernées, ni par qui que ce lût, sous peine d'infamie, d'amende et 
même de punition corporelle; que si un bateleur ou un comédien vou- 
lait abandonner son exercice inlàme pour se faire chrétien, personne ne 
pût l'obliger de le continuer. L'évêque de Carthage voulut que l'on de- 
mandât encore une loi pour défendre les festins que faisaient les païens, 
à cause des danses indécentes qui les accompagnaient et parce que l'on 
forçait les chrétiens de s'y trouver. « Les festins, disait Aurélius, vien- 
» nent de l'erreur du paganisme; ils sont contraires aux ordres de Dieu. 
« En quelques endroits, ils se font pendant les solennités des chrétiens ; 
« le dimanche et le saint jour de pâques , on donne même des spectacles 
< et des jeux. Et sans demander l'abolition de ces festins, de ces jeux et 
« de ces spectacles, parce qu'ils ont été autorisés par une loi de l'empe- 
« reur.le 20 août de l'an 599, demandons au moins qu'on ne les célèbre 
« pas durant les jours des fêtes des chrétiens (3). » 

Le grand Constantin avait autorisé ceux qui voulaient affranchir 

(t) Quelques auteurs fixent l'ouverture de ce conoile au 8 juin , d'autres au iK 
du même mois. 

(2) Le P. Labbe , S uemsancta concilia, t. Il, p. 121S. 

(3) Corle Thèortosien tfi, titre X, liv. xv, p, 580, î84i 

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- 130 






leurs esclaves à le l'aire dans l'église en présence de l'évéque , sans être 
astreints à toutes les formalités requises par la loi. Comme cet usage 
n'était pas apparemment bien établi en Afrique , ou qu'il y souffrait 
quelques difficultés, Aurélius demanda que le député qui serait envoyé 
par le Concile en Italie , s'informât de l'usage de cette province , afin de 
s'y conformer (1). 

Tous les évêques furent de l'avis d'Aurélius ; et après avoir consenti a 
l'exécution de la sentence reçue contre un nommé Équitius, évêquc d'I- 
talie , ils souscrivirent à toutes les propositions de l'évéque de Carthage. 



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N" 210. 
CONCILE DE CARTHAGi: 

(CARTIIACINENSE.) 

(Le 13 septembre de l'an 401.) — Le concile éiant assemblé, on fit 
d'abord la lecture des lettres que le pape Anastnsc écrivait aux évéques 
d'Afrique , pour les exborler à ne point dissimuler les mauvais trai- 
tements que l'Église catholique recevait dans leur province, de la part 
des hérétiques et des schismatiques donatistes. Les évêques, sensibles 
aux marques de tendresse et de charité dont elles étaient remplies , ren- 
dirent grâces à Dieu qui les avait inspirées à ce saint pontife (2). 

Après avoir résolu d'écrire aux évéques d'Italie et surtout au pape 
Anastase pour les consulter, relativement aux ecclésiastiques dona- 
tistes qui se réuniraient à l'Église, le Concile fit divers règlements de 
discipline, dont la plupart sont rapportés dans le cinquième concile de 
Carihage; ce qui a donné lieu de croire que ce cinquième concile n'était 
qu'une compilation des deux conciles de l'an 401 et de quelques autres 
tenus en Afrique vers ce temps-là (3). 

1" canon. L'usage du mariage est défendu auxjévêques, aux prêtres 
et aux diacres , sous peine de déposition. Les autres clercs doivent se 
conformer, touchant la continence, à la coutume de leur Église. 

(i) Code Thèodosicn, titre I, p. 354 et 355. 

(1) Quelques auteurs ont cru que ces leitres répondaient j celles que le dernier 
concile de Cartilage avait résolu d'écrire au pape et à l'évéque de Milan pour leur 
demander l'autorisation d'à (meure dans le clergé («s donatistes convertis. Mai» les 
lettres d'Anastasc ne l'indiquent point, et d'ailleurs cela ne pourrait s'accorder avec 
la résolution qui fut prise dans ce concile d'écrire au Saiut-Siége et aux évêques 
d'Italie la lettre projetée dans le concile précédent , et qui , selon t nues les appa- 
rences, n'avait pas été envoyée. 

(3) Codex canonum Ecclesim afriran <■. — [. c p, Lilibe, Sacromndn concilia, 
t. II , p. toSq et sequentes. 



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- 131 — 

2" canon. Il n'est permis à aucun évêque de changer le lieu de son 
siège , ni de résider dans son diocèse, ailleurs qu'en l'église caihédrale. 
5 e canon. On doit baptiser sans scrupule les enfants dont le baptême 
n'esl pas prouvé par des témoignages certains. On en usera de même 
à l'égard des églises , toutes les fois que l'on doutera si elles sonteon- 
acrées ou non. 

*• canon. Le saint jour de pàques doit être déclaré à tous les évêques 
par des lettres foimées. Le concile général d'Afrique se tiendra (tous 
les ans) le onzième des calendes de novembre (le 2-2 octobre), et l'on 
avertira par écrit les primats de chaque province de ne pas tenir en ee 
temps-là leur concile provincial. 

5* canon. L'intercesseur (celui qui prenait soin de l'Église vacante) 
doit y procurer un évêque dans l'année. S'il néglige de le faire durant 
cet intervalle de temps, on mettra à sa place un autre intercesseur (ou 
intervenicur). 

6» canon. On demandera aux empereurs, que les évêques puissent, 
établir des défenseurs chargés de prendre soin des affaires des pauvres 
et de les défendre contre l'oppression des riches. 

7 e canon. Les évêques doivent se trouver au concile, à moins qu'ils 
n'aient un empêchement légitime; dans ce cas , ils doivent le déclarer 
par écrit. Les primats diviseront en deux ou trois sections les évêques 
de la province, afin qu'ils viennent tour à tour au concile. Les évêques 
qui ne pourront se rendre au concile , feront iméter leurs excuses dans 
la lettre publique que la province écrira au concile. S'ils sont retenus 
par quelque empêchement après le départ de cette leitre , ils doivent 
en rendre compte au primat , sinon ils ne pourront communiquer avec 
personne de leur église. 

8 e canon. On priera le primat de Numidie de sommer Cresconius, 
évêque de Villerège (villareijensis), de comparaître devant le prochain 
concile général, sous peine de déposition (1). 

9« canon. On ne doit point imposer les mains aux prêtres et aux dia- 
cres coupables de crimes qui méritent la déposition , mais les mettre en 
pénitence comme les laïques, ni permettre qu'on élève à la cléricature 
ceux qui ont éié rebaptisés. 

10» canon. Les ecclésiastiques , privés de la communion pour quelque 
crime , auront un an pour se justifier ; mais après ce délai , ils ne pour- 
ront être reçus à poursuivre leur justification. 

Il* canon. L'évêque qui aura ordonné clerc ou supérieur de son mo- 

(i) Cet evtqne ayant al>amlotiné son Eglise , s'était emparé tir celle de Tuli», 
dans la Mauritanie rie Steri-. 



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nasière un moine soumis à un autre évèque , sera réduit à la commu- 
nion de son église seule , et le moine ne sera ni clerc , ni supérieur. 

12' canon. Si un évèque préfère à l'Église ou des héritiers étrangers, 
ou même ses parents s'ils sont hérétiques ou païens , il sera anathéma- 
tisé , du moins après sa mort , et son nom ne sera point lu parmi ceux 
des prêtres du Seigneur, quand même il n'aurait point fait de testament; 
car un évèque doit donner ordre à ses affaires d'une manière qui con- 
vienne à sa profession. 

13» canon. On demandera à l'empereur qu'il soit permis d'affranchir 
les esclaves dans l'église. 

14 e canon. Pour éviierles superstitions, les évêques détruiront, au- 
tant qu'il se pourra , les autels élevés dans la campagne et sur les che- 
mins comme mémoire des marlyrs, s'il n'y a réellement le corps ou les 
reliques d'un martyr. On n'admeitra aucune mémoire ou chapelle sous 
le nom d'un martyr, si l'on n'est pas assuré que son corps ou ses reliques 
s'y trouvent, ou qu'il y ait demeuré , ou qu'il ait possédé ce lieu, ou qu'il 
y ail souffert le martyre; et l'on rejettera absolument les autels élevés 
sans preuves ceriaines sur des songes ou sur de prétendues révélations. 

15» canon. On demandera aux empereurs l'abolition de tous les restes 
de l'idolâtrie, même dans les bois et les arbres. 

Le Concile donna pouvoir à l'évêque de Cartilage de dicter et de si- 
gner au nom de tous les évêques l'instruction qu'il fallait donner 
touchant lesdonaiisies et toutes les lettres qu'on avait résolu d'écrire. 
Et ces ordonnances furent approuvées et souscrites par tous les évêques 
du concile. 

N° an. 

CONCILE DE TLP.IN. 

(taurinense.) 

(Le 22 septembre de l'an 401 (1).) — Ce concile fut assemblé à la 
prière de plusieurs évêques des Gaules, pour régler des différends qui 
troublaient alors la paix de leurs Églises (2). 

La lettre synodale de ce concile renferme huit décrets ou canons 
concernant les difficultés soumises aux évêques de cette assemblée. 

Le 1 er canon traite de l'affaire de Procule , évèque de Marseille, dont 
le siège était dans la Gaule viennoise , et qui se prétendait néanmoins 

(i) Baronius (A,m., ad an. 3 97 ) place ce concile à l'an 3r) 7 ; d'autre, le mettent 
a.l'au4oi; mais les meilleurs chronolo s istes le rapportent à l'an 4oi. Quoi qu'il eu 
soit, l'ouverture «'en fit le la* des calendes d'octobre, c'est-à-dire le aa septembre. 

(a) Le P. Labfce, Sacrosancta concilia, t.. H, p. it55. 



— 133 — 

le métropolitain de la seconde Narbonnaise. Il disait pour soutenir sa 
prétention que les églises de cette province avaient élé démembrées de 
son diocèse , et qu'il leur avait donné des évoques. Les évoques de la 
seconde Narbonnaise disaient, au contraire, qu'ils ne devaient pas avoir 
pour métropolitain un évêque d'une autre province. Le Concile, voulant 
rétablir la paix entre les Églises sans violer les canons, décida que 
Procule aurait pendant sa vie la primatie qu'il réclamait, mais seule- 
ment connue un privilège personnel accordé à son mérite et à son âge, 
et non comme un droit de son siège , et qu'après sa mort ce litre ne 
passerait point à ses successeurs. 

Le 2 e canon règle le différend qui s'était élevé entre les évèques 
d'Arles et de Vienne, qui se disputaient aussi la primauté. Vienne était 
l'ancienne métropole de la Viennoise; mais depuis le règne de Con- 
stantin , la ville d'Arles avait reçu des privilèges qui la faisaient regarder 
comme la seconde ville des Gaules. D'un autre côté , saint Tropliime, 
évéque d'Arles, avait le premier pièché la foi djns ces provinces. Le 
Concile s'abstint de juger au fond cette contestation ; il décida seu- 
lement que celui des deux évèques qui prouverait que sa ville avait le 
rang de métropole civile jouirait des droits de métropolitain ecclésias- 
tique. On leur laissa toutefois la liberté de terminer leur différend , en 
exerçant par un consentement mutuel la juridiction métropolitaine sur 
les églises les plus voisines de leur siège (i). 

Le 3 e canon absout les quatre évoques Octave , Ursion , Rémi et Tri- 
fère , accusés d'avoir commis diverses fautes dans les ordinations. Ces 
évèques, avouant leur faute, s'étaient excusés sur ce qu'ils n'avaient 
pas élé auparavant avertis; et le Concile, en recevant leurs excuses, 
arrêta que quiconque violerait à l'avenir les anciens décrets de l'Eglise , 
perdrait le droit d'ordonner et n'aurait plus voix délibéralive dans les 
conciles , et que ceux qui auraient été ainsi ordonnés contre les canons , 
seraient privés pour toujours de l'honneur du sacerdoce (2). 

Le 4" et le 5 e canon confirment la sentence que Ti ifère avait pronon- 
cée contre le prêtre Exupérance , qui l'avait outragé , et contre le laïque 
Pallade.qni avait calomnié le piêlreSpanus, réservant néanmoins à 
Trifère le pouvoir de faire grâce quand il le jugerait à propos, et d'ac- 
corder à Exupérance la communion du Seigneur, dont il avait été privé 
pour diverses fautes contre la discipline ecclésiastique. 

Le (i« canon décide que , conformément à ce qui avait été pratiqué 
par le pape saint Sirice et par saint Ambroise, on n'accorderait la com- 

(1) Arles fut érigée en métropole, l'an 4'°', par l'empereur rlonoriua. 
(3) Ce canon fui confirme par le concile de Riez , l'an '\'i<j. 



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— 134 — 

munion de l'Église qu'à eux qui se sépareraient de celle de Félix , or- 
donné par les iihaciens évêque de Trêves. 

Le 7 e canon défend de recevoir ni les clercs d'un autre évêque , ni 
ceux qu'il aura excommuniés. 

Le 8* canon délend d'élever à un degré plus éminent ceux qui auront 
eu des enfants, étant ministres de l'Église, ou qui auront été ordon- 
nés d'une manière irregu ière (i). 

Lazare, évêque d'Aix, fut condamné par les Pères de ce concile pour 
avoir calomnié saint Ui ice de Tours. 

N° SIS. 
1 er CONCILE DE MILÉVE, EN NUMID1E. 

(MILEVITAMJM I.) 

Le 27 août (ï) de l'an 402.) — Sous le cinquième consulat des em- 
pereurs Arcade et Honorius, il se tint à Milève un concile général 
d'Afrique. Aurélius , quoique infirme , y présida. On y confirma d'abord 
les canons des conciles d'Hippone et de Cannage. 

1 er et i' c\non. Puis , sur la demande de l'évêque Valentin , on con- 
firma par un décret, ce qui s'était toujours observé en Afrique, que le 
rang des évêques serait réglé par l'ancienneté de leur promotion, sans 
avoir égard à la grandeur du siège. On excepta toutefois de celte règle 
les primats de Numidie et de Mauritanie à qui l'on réservait la pré- 
séance au-dessus des autres primats, même plus anciens. Et pour empê- 
cher qu'il ne survint quelques difficultés touchant l'ordre de la promo- 
tion , on régla que tous ceux qui seraient ordonnés prendraient une 
lettre écrite ou signée de la main de leur ordinateur, où le jour et le con- 
sulat de leur ordination seraient marqué* ; et qu'en outre la matricule ou 
liste des évêques de Numidie serait affichée tant dans la ville primatiale 
que dans Const intine, métropole civile de celte province. 

2« canon. L'accusation portée contre Quod-Vuli-Deus, évêque de Cen- 
turie en Numidie , fut ensuite examinée; mais cet évêque s'étant retiré, 
sa cause ne put êire jugée à fond, et le Concile ne crut pas devoir le 
déposer ; il ordonna seulement qu'il demeurerait séparé de la commu- 
nion des autres évêques, jusqu'à ce que son procès fût terminé. 

3» canon. Maximin, évêque de Bagaïa ou de Vagine, ayant quitté le 
schisme des donatistes pour se réunir à l'Église catholique , offrit volon- 

(i) Ce canon louchant l'incontinence des clercs fut cité dans le concile d'Orange 
île l'an 44'- 

(3) Ellies Dupin ( Nouvelle Bibliothèque des auteur* -ncrés , t. III, p. flT>5 ) fait 
tenir ff concile le j6 ortobre de la même ann^e. 



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- 155 — 

tairement de se démettre de l'épiscopat , afin de ne point troubler la 
paix de l'Eglise. Le Concile accepta sa démission et ordonna que l'on 
écrirait à Maximin pour l'engager à se retirer et à son peuple pour qu'il 
procédât à l'élection d'un nouvel évêque. Le choix tomba sur Castorius, 
frère de Maximin , qui avait aussi quille le schisme des donatistes. 

5* canon. Quiconque aura fait une seule fois la fonction de lecteur 
dans une église , ne pourra être retenu pour clerc dans une autre (1). 

n° ai5. 

* CONCILIABULE DU CHÊNE, PRÈS DE CALCÉDOINE. 

(ad quercum.) 

(Mois de juin de l'an 403.) — Pendant que les évêques d'Afrique ré- 
glaient la discipline de leurs Églises, et que le pape Anasiase condam- 
nait à Rome l'Origénisme de Rul'fiu, Théophile d'Alexandrie , excité par 
le désir de satisfaire ses animosilés particulières, entreprenait avec une 
grande ardeur et un zèle passionné la Condamnation de ceitc même 
doctrine, et suscitait contre saint Jean Chrysostome une violente per- 
sécution. Cet évêque avait longtemps hé-ité à se prononcer contre Oii- 
gène, malgré les pressmies instances de saint É ; iiphane et de saint 
Jérôme ; mais des disputes s'étant élevées dans les monastères d'Egypte, 
il se vit enfin obligé d'attaquer l'Origénisme , et il le lit avec tant de 
véhémence et d'injustice qu'on peut lui reprocher d'avoir tiré des prin- 
cipes origénistes des conséquences forcées , ou d'avoir pris à la lettre 
certaines expressions susceptibles d'une interprétation favorable. 

Un grand nombre de moines simples et grossiers, prenant à la lettre 
quelques passages allégoriques de l'Écriture , attribuaient à Dieu un 
corps et une figure humaine , d'où ils reçurent le nom d'anthropomor- 
phites. Et comme Origène , dont les principes étaient alors fort dé- 
criés, avait souvent poussé jusqu'à l'excès le goût des allégories, 
ces moines ignorants traitaient d'origénistes tous ceux qui cherchaient 
à les désabuser. Instruit de cette erreur grossière, Théophile la com- 
battit et démontra dans une de ses lettres pascales, par L'Éci iture-Sainte 
et parla croyance universelle et constante de toutes les Églises, (pie 
Dien est absolument incorporel. La plupart des moines , scandalisés de 
cette doctrine, quittèrent leurs solitudes et vinrent par troupes à 
Alexandrie, traitant publiquement l'évèque d'impie et proférant contre 

(ij C^odcx tanouum Etrlrsiv nfrciilME. — !.'• 1\ t.iihbr, S'il fosnneta itmcilm , 
l. II, y. l IOQ fl »ui>. 






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— 156 — 

lui les plus violentes menaces. Théophile les apaisa par quelques pa- 
roles équivoques et leur promit de condamner les écrits d'Origène. 

En ce temps-là vivait à la lête de l'hôpital d'Alexandrie , saint Isi- 
dore, ancien moine de Nitrie, ordonné prêtre par saint Athanase. Une 
dame, veuve et noble, lui remit un jour mille sous d'or, et lui fit pro- 
mettre par serment d'en acheter des vétemenls pour les pauvres femmes 
de la ville, mais à l'insu de Théophile, de peur que cet évêque n'em- 
ployât toute la somme aux constructions souvent inutiles qu'il avait la 
passion de faire exécuter. Le saint vieillard , en remplissant les vœux 
de cette dame, ne put échapper aux espions de l'évêque; et ce dernier 
l'ayant interrogé, il avoua la vérité. Théophile dissimula d'abord son 
ressentiment; puis ayant assemblé tout son clergé, il produisit contre 
Isidore un mémoire qu'il prétendit avoir reçu dix-huit ans auparavant 
et qui contenait l'imputation d'un crime infâme. Des témoins gagnés à 
prix d'argent conlirmèrent celte accusation ; et saint Isidore , chassé de 
l'Eglise sous le prétexte vague d'un crime que la bienséance ne permet- 
tait pas de raconter, se réfugia parmi les moines de Nitrie. 

Par malheur, quelques-uns de ces moines étaient soupçonnés d'Ori- 
génisme, à cause de leur zèle pour la défense d'Origène, quoiqu'ils ue 
fussent point attachés à ses erreurs; car, tout en exaltant le mérite et 
l'utilité de ses écrits, ils prétendaient qu'ils avaient éié altérés par les 
hérétiques. Irrité de ce qu'ils avaient accueilli le prêtre Isidore , Théo- 
phile écrivit aux évoques voisins de chasser de la montagne et du désert 
de Nitrie les solitaires les plus renommés et principalement ceux qui 
gouvernaient les monastères. Ces moines vinrent à Alexandrie pour 
apprendre le motif de leur condamnation. Parmi eux se trouvaient ceux 
que l'on désignait communément sous le nom des quatre grands frères, 
à cause de leur taille gigantesque. Ils se nommaient Dioscore , Ammo- 
nius, Eusèbe et Euthymius. Quand ils parurent en présence de Théo- 
phile, cet évêque s'emporta contre eux, les traita d'hérétiques, leur 
ordonna d'anatbématiser Origène ; et sans égard pour l'âge vénérable 
d'Ainmonius, il lui jeta son pallium (1) à la tête et le souffleta. Les moines 



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(0 C'était un ornement de laine, qui, selon saint Isidore de Péluse (lib. i, 
Epistola i36), est le symbole de la brebis sur les épaules du bon pasteur. Cet orne- 
ment ponlifical, propre aux évoques, désigne ordinairement la qualité d'arche- 
vêque. Il est formé de deux bandelettes d'éloffe blanche, large de deux doigts, qui 
pendent sur la poitrine et derrière les épaules, et qui sont marquées de croix. Cette 
étoffe est tissée de la laine de deux agneaux blancs qui sont bénis à Rome, dans 
l'église de sainte Agnès, le jour de la fête de celte sainte. Ces agneaux sont ensuite 
gardés dans une communauté de religieuses, jusqu'à ce que le temps de les tondre 



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— 157 - 

retournèrent dans leurs solitudes ; mais Théophile assembla contre eux 
un concile el sans y faire comparaître les moines accusés, il en excom- 
munia trois des principaux , parmi lesquels on nomme Dioscore et Am- 
monius. Puis il obtint du préfet d'Egypte un ordre et des soldats pour 
chasser de la province les moines excommuniés. Théophile , à la têle 
d'une troupe de gens armés , alla fondre de nuit sur les monastères de 
Nilrie, les livra au pillage, fit arracher Dioscore de son église, et ne 
trouvant point les trois autres grands frères, qui s'étaient cachés dans 
un puits couvert d'une natte, il brûla leurs cellules, et avec elles fu- 
rent consumés les saintes Ecritures , les saints mystères et un jeune 
solitaire qui n'eut pas le temps de s'échapper. Les grands frères se ré- 
fugièrent alors en Palestine, avec le clergé de Nilrie et environ trois 
cents moines. Théophile écrivit aux évêques de la Palestine de ne point 
recevoir les solitaires fugitifs; et la plupart d'entre eux, après avoir 
quelque temps erré sans pouvoir trouver un lieu de retraite, prirent le 
parti d'aller chercher un asile à ConsUnlinople. 

Ils se présentèrent au nombre de cinquante devant saint Jean Chry- 
sostome, lui racontèrent les persécutions qu'ils avaient endurées et le 
prièrent d'écrire à Théophile pour que cet évêque leur permît de de- 
meurer en Egypte. Touché jusqu'aux larmes au récit de leurs souf- 
frances, saint Chryi-ostome écrivit à Théophile pour le conjurer de les 
recevoir ; mais celte démarche du saint évêque n'eut aucun résultat 
heureux. Théophile prit, au contraire, le parti d'envoyer à Constanti- 
nople cinq moines chargés de présenter des requêtes pour accuser d'er- 
reur la doctrine des solitaires de Nilrie. De leur côté , les quatre grands 
frères, après avoir condamné les erreurs qu'on leur imputait, remi- 
rent à saint Chrysostome un mémoire dans lequel ils exposaient les 
violences de Théophile et l'accusaient de plusieurs autres crimes. Le 
saint évêque de Constantinople n'ayant pu les déterminer à se désister 
de leur plainte, en informa le patriarche d'Alexandrie qui lui répondit 

soit arrivé. Les palliums faits de leur laine sont déposés sur le tombeau de saint 
Pierre, où ils restent pendant toute la nuit qui précède la fête de cet apôtre; ils 
sont bénis le lendemain sur l'autel de cette église et envoyés au* métropolitains ou 
aux évéques qui ont droit de le porter. 

Languet {du véritable esprit de l'Eglise , p. 288) a réfuté Dom de Vert qui pré- 
tendait que le pallium était dans son origine le parement ou la bordure de la cha- 
suble des prêtres et qu'il en a été détaclié depuis trois siècles environ pour éire un 
ornement particulier. Langue! prouve que c'était un ornement épiscopal du temps 
de saint Isidore de Damielte , mort au milieu du cinquième siècle , puisque ce saint 
en a parlé et en a donné les signilications mystiques. H fut accordé par le pape 
Kvmmaquc à saint Césaire d'Arles, mort au milieu du 6i'iième siècle. 



■ i à 






u 



— 138 — 

avec hauteur : < Vous n'ignorez pas sans doute que les canons du con- 
« cile de Nicée défendent à un évèque d'intervenir dans les affaires qui 
« ne sont point de son ressort ; si vous l'ignorez , apprenez-le , et ne 
« recevez point de requête conire moi ; car si je dois être jugé, c'est 
« par les égyptiens, et non par vous qui êtes à soixante-quinze jour- 
« nées de distance. > Après celle réponse , saint Jean Chrysoslome 
exhorta les deux partis à la paix et cessa de se mêler de leurs diffé- 
rends. Les quatre grands frères s'adressèrent alors à l'empereur et lui 
présentèrent des requêtes dans lesquelles ils accusaient Théophile de plu- 
sieurs crimes, et les moines, ses envoyés , de calomnie , demandant que 
ceux-ci fussent jugés par les préfets et que l'évêque d'Alexandrie lût 
sommé de comparaître en personne devant saint Chrysostome. Cette 
demande eut un plein succès. L'empereur envoya un officier à Alexan- 
drie , avec ordre d'en amener l'évêque à Constantinople ; et l'on com- 
mença par examiner les accusations intentées contre les moines de ISi- 
trie par les agents qu'il avait subornés. Ceux-ci ne pouvant prouver 
aucune de leurs accusations , se trouvaient menacés d'être condamnés 
à mort, suivant les lois, comme calomniateurs, lorsqu'ils déclarèrent 
que Théophile les avait trompés et qu'il avait lui-même dicté leur 
requête. On les mit denc en prison jusqu'à l'arrivée de l'évêque 
d'Alexandrie. 

Sur ces entrefaites , Théophile intriguait pour fortifier son parti et 
suscitait contre les quatre grands frères saint Epiphane et saint Jérôme, 
dont il connaissait le zèle pour combattre l'Origénisme. Saint Jean 
Chrysostome était d'avis de ne rien précipiter et d'entendre la défense 
des accusés avant de prononcer contre eux une sentence de condamna* 
tion ; mais saint Epiphane , poussé par les ennemis du saint patriarche 
de Constantinople, prit une résolution extrême qui pouvait avoir des 
suites fort graves. On lui persuada de se présenter à l'église devant 
tout le peuple assemblé , d'y condamner publiquement les écrits d'Ori- 
gène, les quatre grands frères et les moines de leur parti comme ori- 
génistes , et le patriarche de Constantinople comme leur fauteur. Averti 
de cette démarche imprudente d'Epiphane , saint Chrysostome lui fit 
représenter par un diacre qu'elle était contraire aux lois de l'Eglise et 
qu'elle pourrait d'ailleurs exciter parmi le peuple un soulèvement dan- 
gereux. Cette circonstance arrêta saint Epiphane, mais n'affaiblit point 
ses préventions , et il mourut peu de temps après , l'an 402 ou 403. 

Sur l'ordre de l'empereur, Théophile se rendit enfin à Constantino- 
ple, accompagné de trente évèques; et malgré les instantes prières de 
saint Chrysostome , il ne voulut point communiquer avec lui > ni accep- 



- 159 — 

ter les logements qu'il lui offrit, ni même le voir et lui parler. Au lieu 
de songer à se défendre des crimes dont on l'accusait , l'évêque d'A- 
lexandrie avait résolu d'attaquer saint Chrysostome sur son propre 
siège, et pour mieux exécuter son dessein il se lia avec tous les ennemis 
du saint évéque de Conslantinople , avec les ecclésiastiques déréglés et 
tous les évêques qu'il avait déposés comme coupables de prévarications. 
11 entraîna aussi dans son complot quelques personnes de la cour tou- 
jours prêtes à se laisser corrompre , et trois veuves nobles et riches 
qui ne pardonnaient point au saint patriarche les avis mortifiants que 
leur attirait le contraste ridicule de leurs parures affectées avec les 
rides de la vieillesse. On prétend que l'impératrice Eudoxie, irritée 
contre saint Chrysostome à cause d'un discours assez véhément qu'il 
avait prononcé contre les vices des femmes en général , mais dont plu- 
sieurs traits avaient été appliqués par le peuple à celte princesse , se mit 
aussi dans le complot et seconda par esprit de vengeance les projets de 
Théophile. Celui-ci, habile à profiter de toutes les circonstances, répan- 
dait l'or avec profusion, tenait table ouverte pour tous les mécontents, 
flattait les clercs ambitieux et se faisait le centre de toutes les inimitiés 
que le zèle ardent de saint Chrysostome avait soulevées contre lui. 

Cependant les moines chassés d'Egypte demandaient avec instance 
qu'on leur rendit justice; et l'empereur avait ordonné à saint Jean 
d'examiner leur cause et de procéder juridiquement contre Théophile, 
que l'on accusait de violences, de meurtres et de plusieurs autres 
crimes. Mais le saint évêque refusa d'en prendre connaissance, par 
respect pour les canons, qui renfermaient l'autorité des métropolitains 
dans les limites de leur province. Théophile ne fut point arrêté par 
celte règle de discipline, quoiqu'il l'eût peu de temps auparavant invo- 
quée en sa faveur. Il s'adressa à deux diacres que saint Chrysostome 
avait chassés de l'Eglise, l'un pour cause de meurtre, l'autre pour 
crime d'adultère ; et leur promettant de les rétablir dans leur rang , il 
les détermina à lui présenter contre leur évêque des requêtes calom- 
nieuses qu'il dicta lui-même. Muni de ces pièces , l'évêque d'Alexan- 
drie se concerta avec les ennemis de saint Chrysostome sur les moyens 
de lui faire son procès ; et l'on décida que les accusateurs présenteraient 
une requête à l'empereur pour demander que le saint patriarche fût 
tenu de comparaître avec eux devant un concile présidé par Théophile. 
L'argent distribué avec profusion aux courtisans et le ressentiment de 
l'impératrice , joint à la faiblesse de l'empereur Arcadius , firent accueil- 
lir cette demande. 
Mais comme Théophile redoutait l'affection que le peuple de Constan- 












— 140 — 

tinople portait à saint Jean , il choisit pour tenir son conciliabule le 
bourg du Chêne, près de Calcédoine, dont l'évéque. Cyrin était l'en- 
nemi déclaré du saint patriarche. Quarante-cinq évéques (1), presque 
tous égyptiens, se trouvèrent à cette assemblée. Les plus connus sont 
Théophile, Acace de Bérée, Cyrin de Calcélo ne et P.iul d'Héraclée. 
Saint Cyrille y accompagna Théophile son oncle, dont il fut depuis le 
successeur. On y fit venir l'archidiacre de Consiautinople, qui entraîna 
avec lui une partie du clergé el proposa contre saint Chrysosiome vingt- 
neuf chefs d'accusation; les voici : 

1" chef. Saint Chrysostome fut accusé d'avoir excommunié l'archi- 
diacre parce qu'il avait frappé son valet, nommé Eulalius; 

2* chef. D'avoir fait battre , traîner et enchaîner par son ordre un 
moine nommé Jean ; 

3* chef. D'avoir vendu des meubles précieux appartenant à l'Eglise, 
elles marbres préparés par Nectaire, son prédécesseur, pour orner 
l'anastasie ; 

4* chef. D'avoir injurié les clercs, les appelant des gens corrompus, 
prêts à tout faire et ne valant pas trois oboles; 

5 e chef. D'avoir appelé saint Epipbane radoteur et petit démon ; 

6* chef. D'avoir fait une conjuration contre Séverin de Gabales , 
excité contre lui les bas officiers de l'Eglise nommés doyens ; 

7* chef. D'avoir composé contre les ecclésiastiques un livre plein de 
calomnies ; 

S* chef. D'avoir fait venir devant son clergé trois diacres, Acace, 
Edaphius et Jean , les accusant d'avoir dérobé son pallium ; 

9* chef. D'avoir ordonné évoque Antoine, convaincu d'avoir fouillé 
dans des tombeaux ; 

10* chef. D'avoir décelé le comte Jean dans une sédition militaire ; 

11* chef. De ne point prier Dieu, ni en allant à l'Eglise, ni en y 
entrant ; 

12* chef. D'avoir ordonné sans autel des diacres et des prêtres ; 

13* chef. D'avoir fait quatre évéques dans une seule ordination ; 

14* chef. De recevoir des femmes seules , après avoir fait sortir tout 
le monde ; 

15* chef. D'avoir vendu , par l'intermédiaire d'un nommé Théodule, 
la succession de Thécle (apparemment léguée à l'Eglise) ; 

16* chef. De ne donner connaissance à personne de l'emploi qu'il 
faisait des revenus de l'Eglise ; 



(i) Quelques auteurs disent qu'il n'y eut que trente.tix rvrqun. 



I 



— ut — 

17e chef. D'avoir ordonné prêtre Sérapion , prévenu de crimes ; 

48» chef. D'avoir fait mettre en prison des hommes qui étaient en 
communion avec toute l'Eglise , et de les avoir méprisés après leur 
mort jusqu'à ne pas accompagner leurs corps à la sépulture; 

19» chef. D'avoir fait injure au très-saint Acace de Bérée , et de n'a- 
voir pas voulu même lui parler ; 

20» chef. D'avoir livré le prêtre Porphyre à Eutrope pour le faire 
bannir; 

21» chef. D'avoir aussi livré le prêtre Bérennius d'une manière ou- 
trageante ; 

22« chef. De ne faire chauffer le bain que pour lui seul , et d'en faire 
ensuite défendre l'entrée par Sérapion , afin que personne ne s'y baignât 
après lui ; 

ï,5 e chef. D'avoir ordonné plusieurs personnes sans attestations ; 

24» chef. De manger seul ; 

25 e chef. De vivre licencieusement comme un eyelope ; 

2l« chef. D'être lui-même l'accusateur, le témoin et le juge , comme 
il paraît dans l'affaire de l'archidiacre Martyrius et dans celle de Proëre- 
sius , évêque de Lycie ; 

27» chef. D'avoir donné à Memnon, dans l'église des apôtres , un 
coup de poing si fort qu'il lui en avait fait sortir le sang de la bouche , 
et d'avoir ensuite offert les saints mystères ; 

28. chef. De se déshabiller et de s'habiller dans l'église sur son trône 
pontifical (1) et d'y manger des pastilles ; 

29» chef. Davoir donné de l'argent aux évèques après les avoir or- 
donnés, afin de se servir d'eux pour persécuter le clergé. 

Les évêques du conciliabule citèrent ensuite saint Chrysostome à 
comparaître devant eux pour se justifier des crimes dont on l'accusait ; 
l'empereur lui-même envoya un notaire avec ordre de contraindre le 
saint à se présenter devant ses juges. Mais il refusa constamment de 
comparaître devant une assemblée de ses ennemis, qui n'avaient pas 
pouvoir de le juger. On examina d'abord les vingt-neuf chefs d'accusa- 
tion proposés par l'archidiacre Jean ; puis on passa, à l'examen des 
plaintes formées contre Héraclide et Pallade d'Hélénople, accusés d'Ori- 
génisme. Cette requête fut présentée par le moine Jean , qui y accusait 
aussi saint Chrysostome de favoriser les partisans d'Origène. L'évêque 
Isaac donna aussi une requête contenant dix-huit chefs d'accusation 

(i) Ceci prouve qu'on se servait alors «le vêlements pafticulierl pour la célé- 
bration des saints mystères. 



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contre le saint patriarche , mais qni étaient à peu près les mêmes que 
ceux de l'archidiacre Jean. Le 7e, qui est le principal, accusait saint 
Chrysoslonie de donner trop de conliance aux pécheurs, en leur disant : 
« Si tu pèches encore , fais encore pénitence. Viens à moi , et je te 
« guérirai (1). » 

Les évêques du Chêne examinèrent ce chef d'accusation et quelques 
autres, et ensuite ils déposèrent saint Chrysostome de l'épiscopat, sous 
le seul prétexte qu'il n'avait pas voulu comparaiire devant les évêqoes 
assemblés. Puis ils écrivirent une lettre synodal» au clergé de Constan- 
tinople et une seconde aux empereurs Arcadius et Honorius, pour leur 
donner avis de la déposition de saint Jean. Celle-ci commençait dn ces 
termes : « Comme Jean, accusé de quelques crimes, et se sentant cou- 
« pable , n'a pas voulu se présenter devant nous , il a été déposé selon 
« les lois. Mais parce que les requêtes contiennent aussi une accusation 
« de lèse-majesté, voire piété commandera qu'il soit chassé et puni 
i pour ce crime ; car il ne nous appartient pas d'en prendre cortnais- 
f sance. i Ce crime élait d'avoir parlé contre l'impératrice Eudoxie et 
de l'avoir nommée Jézabel. Conformément à la demande du concilia- 
bule, l'empereur ordonna de chasser saint Chrysostome, et cet ordre 
fut exécuté sur-le-champ. 

Après le bannissement du saint , les évêques du Chêne procédèrent 
contre Héraclide, l'évêque ordonné par Chrysostome à la place d'Anto- 
nin. Un l'accusait d'Origénisme, de violence envers quelques personnes 
et de larcin avant son épiscopat. Les amis d'Héraclide , qui étaient ab- 
sents, s'élevèrent contre l'injustice de cette procédure; les partisans 
de Théophile la soutinrent; et le peuple ayant pris part à la querelle, 
on en vint aux mains. Plusieurs personnes furent blessées, quelques- 
unes même tuées. 

Photius dit que ce fut uussi dans ce conciliabule que Géronce, Faus- 
lin et Eugnomone, évêques d'Asie, déposés l'an 401 par saint Chryso- 
stome, présentèrent une requête, disant qu'ils avaient éié déposés in- 
justement , et que Théophile les rétablit sur leurs sièges une année après 
le conciliabule du Chêne. 

Les actes de l'assemblée du Chêne furent envoyés par Théophile au 
pape Innocent, qui, les ayant lus, cassa le jugement rendu contre 
saint Chrysostome et Tépondit en ces termes à l'évêque d'Alexandrie : 



(i) Socralc, qui raconle un fait à peu près semblable, dit que les amis de saint 
Chrysostome l'en reprirent. Mais il ne parait point par cet historien, dit Flcury 
{Hist. eccl., liv. xxt), que saint Chrysostome parlât de la penitenre publique, qui, 
selon 1rs canons , ne s'accordait qu'une fois. 



— Uù — 

t Nou» vous tenons dans notre communion , vous et notre frère. Jean. 
« Que si l'on examine légitimement tout ce qui s'est passé par collu- 
i sion , il est impossible que nous quittions sans raison la communion 
« de Jean. Si donc vous vous confiez à votre jugement, préseniez-vous 

< au concile qui se tiendra, Dieu aidant, et expliquez les accusations , 
« suivant les canons deNicée; car l'Église romaine n'en connaît point 
« d'autres (1). » 

N» 214. 
CONCILE DE CONSTANTINOl'LE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM.) 

(L'an 403.) — Ce concile , composé de quarante évêques , présidés par 
saint Jean Ctirysostome , fut tenu en laveur du saint patriarche de 
Constantinople , et en même temps que le conciliabule du Chêne (2). 

IN 21B. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAUINENSE.) 

(Le 25 août (3) de l'an 403.) — Saint Augustin assista à ce concile gé- 
néral de toutes les provinces d'Afrique. Il y fui décidé' qu'on inviterait 
les donatisies à examiner avec les catholiques les raisons qui les sépa- 
raient de communion , et l'on convint que chaque évêque , dans sa ville , 
irait trouver lui même l'évèque donatis:e, seul ou accompagné de l'é- 
vêque voisin , et qu'il se ferait assister des magistrats du lieu. Auiélius 
dressa la formule de sommation qui devait être signifiée par le magis- 
trat de chaque ville à l'évèque donatisle. Elle portait en substance : 
« Nous vous invitons , de l'autorité de noire concile, à choisir ceux à 
i qui vous voudrez confier la défense de votre cause. De notre côié , nous 
i choisirons nos défenseurs, pour qu'ils examinent avec les vôtres, dans 

< le lieu et le temps marqué , les raisons qui nous séparent de commu- 

(i) Palladc , Dtulog., p. il\ el suiv . — Socrate , Historié, lil>. vi , cap. 14, 15, 
ly. — Sozoniène , Ilistorin, lib. VIII, cap. 17. — Throdom , Historia, lib. v, 
cip. 34. — Photius, Codex 5o, p. 54 — Le P. LaMie , Sacroiançta corui'in, 1. 11 , 
p. i32/j. — Baluzc , Cnllectio concilinruni , p. 106. 

(2) Pallade, Dialog., p. 27, 28, 2y. 

(3) Quelques auteurs disent le 23 août , d'autres le 24 , mais ils sont évidem- 
ment dans l'erreur: car ce concile se tint le 8' des calendes de septembre, c'est-a- 
dire le 25 août. 



H 



— 144 — 

c «ion. Si vous acceptez cette décision , la vériié paraîtra; si vous la 
c refusez , nous jugerons que vous vous défiez de voire cause (i). » 

Les donatisles ne firent aucun cas de cette sommation , disant qu'il 
était indigne d'eux de conférer , et même de s'assembler avec des pé- 
cheurs. 

N° 216. 

* CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM. ) 

(L'an 404.) — Saint Chrysostome fut déposé dans ce concile pour la 
seconde fois, et cliassé de Constanlinople cinq jours après la Pentecôte, 
qui tombait, en cette année-là , le S juin. On élut à sa place , le lundi 
27 du même mois, Arsace, frère du patriarche Nectaire (2). 



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■ 



N° 217. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(Le 26 juin (3) de l'an 404.) — Les donatisles continuaient à exercer 
leurs violences en Afrique, où des iroupes de circoncellions couraient 
dans les campagnes, pillant les maisons, commettant des assassinats, et 
se livrant à toutes sortes d'inhumanités. Plusieurs évoques furent mis à 
mort; d'autres, pour se soustraire à leur cruauté, se virent obligés de 
prendre la fuite. A Bagaïa, les donatistes vinrent attaquer l'évêquc dans 
son église, le percèrent de coups de poignard, et se jetèrent avec fureur 
sur les catholiques accourus pour le défendre. Ces odieux excès déter- 
minèrent les évoques à réclamer le secours de l'autorité séculière contre 
celte secte fanatique. S'étanl assemblés à Carlhage , ils décidèrent, sui- 
vant l'avis de saint Augustin, d'écrire à l'empereur pour lui demander 
que la loi qui défendait aux hérétiques de donner ou de recevoir par do- 
nation et par testament , fût appliquée aux donatistes ; que ceux qui se- 
raient reconnus coupables de violences devinssent passibles de l'amende 
de dix livres d'or, infligée contre les hérétiques qui faisaient des ordi- 

(i) Cndex canonum Ecclesia africanœ, — Collai, diei 3, S i4'> "46, '74.— '' p 
P. l.abbc, Soctosnncta concilia, t. Il, p. iioi et suiv. 

(a) Sociale, Historia, lib. \>i, cap. 18. — Sozomène, Hisloria, lib. VIII, cap. 
30. — Pallade , Diuloy., p. 77. 

(3) Quelques auteurs disent le î5 juin , mais c'est une erreur ; car il se tint le 6* 
«les calendes de juillet. 



us — 



nations ou lenaient des assemblées; et enfin qu'il lui donné ordre aux 
magistrats des villes de réprimer ces violences (1). 

Il y a apparence que ce fut à celte occasion, et sur la remontrance du 
concile de Carthage, que l'empereur Honorius publia , le 13 février de 
l'an 405, des lois très-sévères contre ces fanatiques. Il condamna 
leurs évêques et leurs ministres à l'exil, ordonna que toutes les peines 
décernées par les lois précédentes contre les hérétiques, feraient appli- 
cables aux donatistes, et défendit, en particulier, de rebaptiser, sous 
peine de confiscation des biens. Il soumit aussi à une forte amende les 
juges qui négligeraient l'exécution de cette loi. Ensuite, comme la plu- 
part des magistrats, les uns par crainte , les autres par d'autres causes, 
montraient peu de zèle pour la faire exécuter, un nouveau rescrit fut 
adressé au proconsulaire vers la lin de la même année, pour le presser 
d'en surveiller l'exécution (2). 

Ces lois amenèrent la conversion d'un grand nombre de donatistes , 
dont la plupart n'étaient retenus dans la secte que par une habitude ir- 
réfléchie , ou par la crainte de se voir exposés aux fureurs de leurs co- 
religionnaires fanatiques. 

N° 218. 

CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 






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! 









(Le 25 (3) août de l'an 405.) — Ce Concile ne fit point de canons gé- 
néraux pour l'Afrique; il régla seulement quelques affaires particulières, 
que le collecteur du Code des canons de l'Église d'Afrique a rédigées en 
ces termes : < 11 fut ordonné dans ce concile que toutes les provinces 
i enverraient leurs députés au concile général. On écrivit à Misonius 
< (probablement celui qui était primat de la Byzacène l'an 597), pour 
i lui dire qu'il pouvait en toute liberté envoyer des députés. On envoya 
« aussi des lettres aux juges pour les prier de travailler à la réunion 
« des donatistes cl des catholiques. On décida que l'on écrirait à l'em- 
« pereur pour le remercier d'avoir exclu les donatistes. Mais, comme le 
« pape Innocent disait dans une lettre qui fut lue en plein concile, qu'il 
« n'était pas à propos d'envoyer des évêques au delà des mers, on ap- 



i! i 



(i) Saint Augustin, Epistola g3 ad Vincent. — Le P. Lablie , Sacrostmctà cemi- 
lia , t. lï , p. 1 1 08 et suiv. 

{■>.) Code Thcodosien, t. VI, p. 3o8 et 309. 

(3) Dupin dit le 3 1; mais c'est évidemment une erreur. Ce concile se tint le 20* 
des calendes de septembre, qui eorrespnnd au i3 août, 



T. II. 



III 



■ 
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- 146 — 



« prouva son avis, et l'on résolut d'envoyer seulement des clercs d« 
« l'Église de Cartilage pour uorier les remerciements des évoques d'A- 



i frique. » 

N° 219. 
CONCILE D'ITALIE. 

(iTALICDH.) 

(L'an 405.) — Ce concile, tenu par le pape Innocent I", décida que 
l'on demanderait la convocation d'un concile à Thessaloniqne , en fa- 
veur de saint Jean Chrysostome (1). 

N° 220. 
CONCILE DE CARTHACE. 

(CARTHAlilNENSE.) 

(Le 15 juillet (2) de Tan 407.) — Des députes de toutes les provinces 
d'Afrique, de laNumidie, delà Byz; cène, de la Mauritanie deSlèfe, 
de la Césarienne , de la Tripolilainc , assistèrent à ce concile, qui fut 
présidé par l'cvcque de Cannage Aurélius. 

On y fit plusieurs règlements de discipline, et sur la proposition d'Au- 
rélius , on réforma celui du concile d'Hippone relatif a la tenue annuelle 
d'un concile général. 

1 er canon. Toutes les fois seulement que l'intérêt commun de toute 
l'Afrique l'exigera, et afin de ne pas fatiguer inutilement les évoques, 
on tiendra le concile général (que le concile d'Hippone avait ordonné 
d'assembler tous les ans), Pévcque de Cirihige le convoquera, sur la 
demande de ses confrères , dans le temps et le lieu qu'il lui plaira de 
choisir. A l'égard des autres affaires particulières des Églises , elles se- 
ront jugées chacune dans leur province. 

2 e canon. Celui qui se rend appelant d'un jugement ecclésiastique , 
et son accusateur, pourront chacun se choisir des juges, dont il leur sera 
défendu d'appeler. 

3» canon. On pourra demander à l'empereur des évêques pour juges; 
mais celui qui demandera des juges laïques , sera privé de sa dignité. 



(i) Tillemont, Mémoires. — I,e P. M. in m. 

{>) Dupin, Nouvelle bibliothèque des auteurs ecclésiastiques , i. III, p. 8£i , die 
par erreur le i3 jnio. Ce eoncile se tint le jour dea ides de juillet , qui correspond 
au i j du mémo mois. 









— 147 — 

4' canon. Le clerc qui, frappé d'excommunication en Afrique, sur- 
prendra la communion en passant la mer, sera dégradé. 

5' canon. Ceux qui voudront aller à la cour seront obligés de le faire 
marquer dans la lettre formée qu'ils recevront pour l'Église de Rome . 
où on leur donnera une lettre formée pour la cour. Mais si, après avoir 
reçu la lelire formée pour le voyage de Rome, sans dire qu'ils ont be- 
soin d'aller à la cour, ils s'y rendent, ils seront séparés de la commu- 
nion. El si, étant à Rome, il leur survenait une nécessité qui les obli- 
geât d'aller à la cour, ils devraient le représenter à l'évêque de cette 
ville et en rapporter un témoignage. Ces lettres formées seront données 
aux évoques par les primats et aux autres ecclésiastiques par les évê- 
ques ; on y marquera le jour de pàques de l'année courante , et dans le 
cas où on ne le saurait pas encore, celui de l'année précédente, ainsi 
qu'on a coutume de dater les actes publics par les consuls. 

6 e canon. Lorsqu'on voudra ériger un nouvel évêché , il faudra (outre 
le consentement de l'évêque dont on démembrera le nouveau siège), 
celui du concile de la province cl du primat. 

7 e canon. Les églises des donaiisles qui se sont converties pourront 
garder leurs évêques (s'il a été légitimement ordonné), sans consulter le 
concile. Après la mort de l'évêque, elles pourront se réunir à un autre 
diocèse, au lieu de lui demander un successeur. 

Mais le concile n'accordait aux évêques donaiisles convertis la faculté 
de conserver le siège que dans le cas où ils seraient retournés à la foi 
catholique avant l'édit d'union du 12 février 403, voulant que toutes 
les églises comerties depuis celle loi appartinssent avec leurs ornements 
cl leurs droits à l'évêque catholique dans le diocèse duquel elles se trou- 
vaient enfermées, et que dans le cas où un aulre s'en fût mis en posses- 
sion, il fût obligé de les rendre. 

8 e canon. Les évêques ordonnent que, soit pour les préfaces de la 
messe, soit pour les bénédictions, soit pour les impositions des mains, 
on ne se serve d'aucune prière qui soit contraire à la foi , mais seule- 
ment de celles qui auront été dressées par des personnes sages , et qui 
seront approuvées par le concile. 

9 e canon. Les évêques Vincent et Forlunatien seront députés auprès 
des empereurs pour leur demander le pouvoir d'établir des avocats , du 
nombre de ceux qui sont d.ins l'exercice actuel , qui aient droit de dé- 
fendre les intérêts de l'Église, avec lu liberté d'entrer au barreau des 
gouverneur et des juges, toutes les fois qu'ils le jugeront nécessaire 
soit pour présenter des requêtes , soit pour faire des oppositions. 
10 e canon. Conformément à la discipline évangélique et apostolique , 



1,1 ! 









— 448 — 

les personnes répudiées ne pourront point se marier avec d'autres ; niais 
elles seront obligées de garder la continence , si elles ne peuvent se ré- 
concilier, sinon elles seront mises en pénitence. Les députés du concile 
feront en sorte d'obtenir une loi pour confirmer ce décret du concile (1). 

N° 221. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CAnTHACINENSE.) 

(Le 16 juin (2) de l'an 408.) — Tout ce que l'on sait de ce concile , 
c'est que les évêques Vincent et Fortunaiien furent envoyés à l'empe- 
reur avec pouvoir d'agir contre les hérétiques et les païens (3). 



Û 

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IN° 222. 
CONCILE DE CARTHAGE.' 

(CARTHAGINENSE.) 

(Le 13 octobre (4) de l'an 408.) —Ce concile fut tenu à l'occasion du 
meurtre de Sévère et de Macaire commis par les païens ou les héré- 
tiques. On y députa auprès de l'empereur les deux évêques Florent et 
Restilut avec pouvoir d'agir contre les meurtriers (5). 

11 paraît, d'après Tillemont, que ce concile et le précédent n'en for- 
ment qu'un , le premier étant supposé (6). 

N° 225. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(Le 15 juin (7) de l'an 409.) — On décida dans ce concile provincial 
qu'un évêque seul ne pouvait pas rendre un jugement (8). 

(i) Les lois civiles permettaient alors au mari , qui avait répudié sa femme, d'en 
épouser une aulre. — Le P. Labhc, Sacrosancla concilia, t. II , p. 1 1 13 et seq. 

(2) Quelques auteurs disent le i4 juin, d'autres le I" juillet. 

(3) Le P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. H, p. nao. 

(4) Dupio, 1. 111, p. 864, dit le n octobre. 

(5) Le P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. Il , p. 1 1 30. 

(6) Mémoires, concile de Carlhagc de l'an 407. — 4^* noie sur saint Augustin. 

(7) Dupin place ce concile au i3 juin. 

(8) Codex canonum Kcclesix africam*. — Le P. Labbe, Sacrosancla concilia, t. Il, 
p. 1 120. 



— 149 — 

N° 224. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(Le 14 juin (1) de l'an 410.) — Ce concile général députa quatre 
évêques auprès de l'empereur pour solliciter la révocation de la loi qui 
laissait aux liéréliques la liberté de conscience (2). En conséquence de 
cette demande, Honorius rendit une loi le '25 août de la même année, 
par laquelle il révoque absolument la liberté qu'il avait accordée aux 
ilonalisles pour l'exercice de leur religion , leur défendant de tenir au- 
cune assemblée publique, sous peine de proscription et même de mort. 
Cette mesure était rigoureuse, mais les crimes des sectaires n'en justi- 
fiaient que trop la sévérité. Honorius avait déjà ordonné par une loi du 
24 novembre de l'an 408 de punir rigoureusement, et même du dernier 
supplice , ceux qui feraient quelque entreprise contre les catholiques (3). 
Saint Augustin fit tous ses efforts pour faire modérer la rigueur de cette 
loi. Il écrivit à ce sujet une lettre fort pressante au proconsul d'Afrique. 
< Si vous punissez de mort les coupables, lui disait il, vous nous en- 
« levez la liberté de nous plaindre ; et quand ils s'en apercevront, ils 
t se déchaîneront contre nous avec plus d'audace, nous voyant réduits 
f à la nécessité de nous laisser ôier la vie plutôt que de les exposer à 
i la perdre par vos jugements (4). » 

N° 22S. 
CONCILE DE SËLEUCIE, EN PERSE. 

(SELEUCIENSE.) 

(L'an 410.) — Ce concile , composé de quarante évêques , fut présidé 
par Jean, métropolitain de Séleucie. On y fit 22 canons de discipline 
qui ne sont point parvenus jusqu'à nous. 






N° 226. 
CONCILE DE PTOLÉMAIDE, EN LIBYE. 

(PTOLEMAÏDENSE.) 

(L'an 411.) — Depuis quelque temps Andronic de Bérénice, gouver- 

(l) Diipin place ce concile au 13 juin. 

(a) Le P. Labbe, Sacrosancta concilia , t. II, p. liai. 

(3) Code Thêodos. 16, X. V, lib, Li, p. 1 70. 

(4) Ei'istola ici , xern ei c. 



'À 






— 150 - 

neur de la Pentapole, se conduisait dans celte province en tyran et 
commettait toutes sortes de crimes contre Dieu et les hommes. Fatigués 
de cette tyrannie, les peuples eurent recours à Synésius, archevêque 
de Ptolémaïde , qui fit des remontrances à Andronic , l'exhortant à trai- 
ter les catholiques avec plus de modération et de douceur. Irrité des 
reproches du prélat , le pécheur de Bérénice fit afficher à la porte de 
l'église une ordonnance par laquelle il défendait à tous ceux qui seraient 
poursuivis par ses ordres de se réfugier aux pieds des saints autels, 
menaçant les prêtres qui les y recevraient des peines les plus cruelles. 

Un peu de temps après, Andronic faisait tourmenter assez injuste- 
ment un homme de qualité , lorsque Synésius parut. Transporté de fu- 
reur à l'apparition du prélat , le gouverneur prononça , quoique chré- 
tien , cette parole impie, qu'il osa répéter jusqu'à trois fois : « C'est en 
« vain , dit-il à celui que l'on torturait, que lu espères en l'Église, per- 
« sonne ne le délivrera des mains d'Andronic , quand il prendrait les 
« pieds de Jésus-Christ même. > 

Pour punir cet impie, Synésius assembla tout son clergé de Ptolé- 
maïde et dressa contre ce tyran des pruples une sentence d'excommu- 
nication conçue en ces termes : « Qu'aucun temple de Dieu ne soit ou- 
« vert à Andronic , aux siens et à Thoas (1), que tout saint lieu et son 
« enceinte leur soit fermée ; car le diable ne peut avoir de place en pa- 
« radis. Si même il y entre en cachette , qu'il en soit chassé. J'exhorte 
« tous les particuliers et les magistrats de ne se trouver ni sous le même 

< toit, ni à la même table; j'exhorte particulièrement les prêtres de 
« ne point leur parler et de ne point assister à leurs funérailles après 
« leur mort. Que si quelqu'un méprise l'ordre de cette Église, à cause 
i de sa petitesse , et reçoit les excommuniés , ne croyant pas devoir lui 
« obéir à cause de sa pauvrelé, comme il déchire l'Église de Jésus- 

< Christ , qui , selon l'ordre du Fils de Dieu , doit être une , nous le 
i mettons au rang d'Andronic; nous ne lui toucherons point dans la 

< main, nous ne mangerons pas avec lui, et avec lui aussi nous ne com- 

< muniquerons point aux saints mystères, fût-il diacre , prêtre et même 
« évêque (i.). » 

Ce concile n'est proprement qu'un synode , c'est-à-dire qu'une assem- 
blée de prêtres et de diacres présidés par leur évêque. 



(l) Thoas de geôlier élait devenu receveur d'impositions ; il aidait Andronic à 
commettre ses crimes. 

(a) Synésius, Epistoln 58. 



BO^ 



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- 151 - 

N° 227. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(1). — On trouve dans le recueil des conciles de France par le P. 
Sirmond et dans celui du P. Labbe , seize canons ou règlements adres- 
sés aux évéques de la Gaule, Les collecteurs disent que ce sont autant 
de réponses aux questions proposées au Saint-Siège, c'est-à-dire au pape 
saint Innocent , comme il est facile de le reconnaître à la conformité du 
style qu'il y a entre tes canons et les lettres de ce pape (2). 

1" canon. Une vierge, qui, après avoir reçu le voile et la bénédic- 
tion et fait profession publique de chasteté, commet un inceste ou con- 
tracte un mariage, se rend coupable d'un grand péché, qu'elle doit 
pleurer pendant plusieurs années, et dont elle ne peut espérer d'en ob- 
tenir le pardon que par de dignes fruils de pénitence. 

2 e canon. On doit priver de la communion pendant un certain temps, 
jusqu'à ce qu'elle ail effacé ses crimes en vivant dans les pleurs, dans 
l'humiliation et le jeûne , toute vierge qui se marie, après avoir fait un 
simple vœu de virginité , quoiqu'elle n'ait pas l'ait une profession so- 
lennelle , ni reçu le voile. 

5 e canon. Les évoques, les prêtres et les diacres, qui sont obligés 
d'offrir souvent le divin sacrifice du corps de Jésus-Christ et de conférer 
la grâce du baptême, doivent être chastes d'esprit et de corps, et garder 
la continence , suivant les ordonnances des Pères. Et d'ailleurs, de quel 
front oseraient-ils prêcher la virginité aux vierges et la continence aux 
veuves , s'ils usaient eux-mêmes delà liberté du mariage? Les juifs qui 
offraient des sacrifices dans le temple devaient observer la continence , 
et les idolâtres eux-mêmes la gardaient aux jours de leurs cérémonies 
Sacrilèges , et lorsqu'ils devaient offrir des victimes au démon. 

4 e canon. Ce canon semble exclure du clergé celui qui , après avoir 
reçu le baptême, aura été employé dans la milice séculière , par la 
raison qu'il n'est guère possible qu'il n'ait assisté pendant tout le ten.ps 
dé ses fonctions aux spectacles des païens. 

5 e canon. L'Église romaine conserve la coutume de n'admettre dans 



i 



(i ) La date de ce concile est incertaine ; on sait qu'il fut tenu sous le pape Inno- 
cent el après l'an 4o2. Nous l'avons placé - r i l'an 4 1 ' pour nous conformer i l'ordre 
chronologique des meilleurs collecteurs. 

{•) Le P. Sirmond, Concilia autiqua Gai lia, — -Le P. Labbe, Sacrosancta concilia* 



I , 






m 



* 

1 1 



— 152 — 
le clergé que celui qui , ayaut été baptisé dans l'enfance , aura gardé la 
virginité , et celui qui , après avoir reçu le baptême étant adulte , SPra 
resté chaste, ou n'aura épousé qu'une femme, pourvu toutefois qu'il ne 
se soit point rendu coupable d'un crime. Quant à celui qui aura souillé 
1a sainteté de son bapiême par un crime de la chair, quoiqu'il se soit 
marié depuis, on ne doit poi.it l'admettre dins la cléricature. El com- 
ment accorder le sacerdoce à celui qui doit se purifier par la satisfac- 
tion d'une longue pénl^nce? 

6 e canon. Comme il n'y a qu'une foi dans toutes les Églises de l'uni- 
vers, il ne doit aussi y avoir dans toutes ces Églises qu'une même dis- 
cipline, alin de ne pas détruire l'unité de l'Église de Dieu. Tous les 
évèques catholiques doivent donc garder la discipline apostolique (de 
l'évèque de Rome). 

T canon. Dans le temps de pàques , le prêtre et le diacre peuvent ad- 
ministrer le bapiêmedans les paroisses, même en présence de l'évèque 
au nom duquel ils le donnent. Mais lorsqu'il y aura nécessité de bapti- 
ser en un autre temps, le prêire seul aura le pouvoir d'administrer ce 
sacrement , car il n'a point été donné aux diacres ; et s'ils l'ont usurpé 
une fois, ils trouvent leur excuse dans la nécessiié qui les y obligeait ; 
mais dans la suite ils ne pourront l'administrer en sûreté. 

8 e oxox. Il n'est pas aisé de rendre le sens de ce huitième canon, 
relatif à la bénédiction des huiles. Il semble dire ou qu'il ne faut pas 
être plusieurs pour bénir les huiles qui servent à l'administration des 
sacrements , ou qu'il n'e^t pas nécessaire de les exorciser plusieurs jours 
de suite. 

9 e canon. Il n'est pas permis dans la nouvelle loi comme dans l'an- 
cienne d'épouser la femme de son frère , ni d'avoir des concubines 
avec sa femme. 

10 e canon. Il est défendu d'ordonner évèques ceux qui ont exercé des 
fonctions séculières, quand même ils auraient été choisis par le peu- 
ple, parce que son suffrage n'est bon que lorsqu'il est conforme à la 
discipline évangélique et qu'il tombe sur une personne digne du sacer- 
doce, 

11 e canon. Le mariage d'un homme avec la femme de son oncle et 
celui d'une tante avec le fils du frère de son mari sont défendus; de tels 
mariages doivent être regardés comme une fornication. — La suite de 
ce canon est fort embrouillée. 

12 e canon. On doit choisir les évèques parmi les clercs ; car il n'est 
pas convenable «le mettre à la tète du clergé celui qui n'a point servi 



1 ' 



— 155 — 

dans les ordres inférieurs. Il faut donc choisir pour évêque celui que 
l'âge, le mérite et la vie rendent recommandables. 

13 e canon. On doit priver de l'épitcopat et même punir l'évêque qui 
passera d'une église dans une autre; car il est regardé comme ayant 
quitté sa propre femme pour attenter à la pudeur d'une autre. 

14' canon. 11 est défendu de recevoir un clerc chassé de l'Église par 
son évoque, on ne doit pas même lui accorder la communion laïque 
dans une autre Église. Et en effet , s'il n'est pas permis de laisser faire 
au clerc d'un autre évêque les fonctions de son ministère, sans qu'il en 
apporte des lettres formées , à plus forte raison doit-il être défendu de 
recevoir et d'admettre à la communion ou même de promouvoir à un 
degré supérieur le clerc qui a été condamné par son évêque : ce serait 
communiquer aux péchés d'autrui, faire injure à son confière, elle 
soupçonner d'avoir injustement condamné ce clerc. Celui qui préva- 
rijue en ce point est mis hors de la société des catholiques et de la 
communion du siège apostolique (du Siiint-siége). 

15 e canon. 11 est délendu aux évêques de faire ries ordinations hors de 
leur diocèse. L'ordination des évèques doit se faire conformément au 
quatrième canon du concile de Nicée, c'est-à-dire par le métropolitain 
et par les évèques de la province. 

16 e canon. On doit éloigner du ministère les laïques qui, après avoir 
été excommuniés par leur évêque avec connaissance de cause, ont été 
admis à la cléricature par un autre évêque. Nous vous prions de nous 
envoyer les noms de ceux qui sont coupables de cette faute , afin que 
nous les séparions de notre communion. 

Il est dit à la fin de tous ces canons que si on les observe exactement, 
Dieu ne sera point offensé , et qu'il y aura ni schisme , ni hérésie. 



N° 228. 
CONFÉRENCE DE CARTHAGE. 



(Le 1, 3 et 8 juin de l'an 411.) — Les députés du concile de Car- 
tilage de l'an 410 avaient sollicité de l'empereur Honorius une ordon- 
nance pour obliger les donatistes à une conférence publique sur la ques- 
tion du schisme; car les évêques catholiques et particulièrement saint 
Augustin regardaient ce moyen comme le plus efficace pour désabuser 
les peuples. Sur leur demande , Honorius rendit un rescrit impérial le 
U octobre de l'an 410, portant que les évoques donatistes seraient 
avertis et sommés de se rendre à Carthage pour cette conférence dans 



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I 



— 154 — 

un délai de quatre mois , et ordonnant que ceux qui refuseraient d'o- 
béir fussent dépossédés de leurs Eglises. Le tribun Marcellin , chargé 
par l'empereur de l'exécution de ce rescrit, fut autorisé à prendre à 
cet effet toutes les mesures qu'il jugerait nécessaires ; il le fit notifier à 
tous les évêques , et fixa la réunion au l" juin de l'an 411; il ordonna 
en même temps de suspendre l'exécution des lois précédentes contre 
les donaiistes, et déclara que ceux de leurs évêques qui s'engageraient à 
venir à la conférence seraient remis en possession des Eglises qu'on leur 
avait ôtées; il leur permit aussi de choisir un second juge pour être avec 
lui l'arbitre de celte discussion ; enfin il protesta avec serment qu'ils 
n'auraient à souffrir aucun mauvais traitement et qu'ils pourraient re- 
tourner chacun chez eux en pleine liberté. 

Les évêques donaiistes, pressés par les lettres de convocation de leurs 
primais, se rendirent à Cartilage en très-grand nombre, afin de ne pas 
perdre l'avantage qu'ils pouvaient retirer de celte réunion, en confon- 
dant les catholiques qui leur reprochaient leur petit nombre. Le 18 
mai, deux cent soixante-dix (1) évêques donaiistes entrèrent à Carthage, 
en procession , pour attirer les regards de la multitude. Les catholi- 
ques étaient au nombre de deux cent quatre-vingt-six ; ils entrèrent 
dans la ville sans ostentation et sans bruit. Tous les évêques étant 
réunis à Carthage, le tribun Marcellin publia une ordonnance régle- 
mentaire qui avertissait les évêques d'en choisir sept dans chaque pani 
pour conférer, et sept autres pour leur servir de conseil au besoin. 
Cette ordonnance portait en outre qu'aucun évêque , ni aucune per- 
sonne du peuple n'assisterait à la conférence, de peur du tumulte, 
mais que tous les évêques s'engageraient par écrit à ratifier ce qui serait 
fait par leur représentant. « Je publierai ma sentence , ajoutait Mar- 
« cellin, avec tous les actes de la conférence, signée par moi et par les 
« évêques présents , afin que personne ne puisse nier ce qui aura été 
« dit. On choisira de chaque côté des notaires ecclésiastiques pour écrire 
« les actes, et quatre évêques pour surveiller les notaires et les copistes, 
i Enfin , les évoques déclareront de part et d'autre , avant l'assemblée, 
< qu'ds donnent leur adhésion à toutes ces mesures; mais il suffira 
« que celte déclaration soit souscrite par les primats. » 

Les catholiques approuvèrent sans restriction les mesures proposées 
par Marcellin, et pour montrer en même temps la purelé du zèle qui les 
animait et la confiance qu'ils avaient dans la bonté de leur cause, ils 



(i) Dapia , Nouvelle bibliothèque , i. 111, p. «C6, dit que deux eeut soiianle- 
Hix- huit t'vôijncs domtistes assfslefetîl à rctle conférence. 



1- s 



— 155 — 

s'engagèrent à céder leurs sièges aux évèques donaiistes, si ces der- 
niers remportaient l'avantage , et dans le cas contraire à conserver leur 
rang dans le clergé à ceux qui retourneraient à la communion catho- 
lique, voulant alors que les fonctions épiscopales fussent exercées tour 
à tour par les évèques des deux communions jusqu'à la mort de l'un 
des deux. Ils disaient même que si les peuples ne consentaient pas à 
cet accommodement, ils céderaient volontiers leur place pour le main- 
tien de la paix et le bien de l'Église. On remarque avec admiration que 
sur deux cent quatre-vingt-six évèques catholiques, il n'y en eut que 
deux à qui cette proposition déplut , encore l'acccptèrent-ils presque 
aussitôt sur l'avis généreux de leurs confrères. 

De leur côté , les donatistes demandaient à être tous admis à la con- 
férence, sous prétexte de montrer la fausseié des allégations de leurs 
adversaires touchant leur petit nombre. La frivolité de ce prétexte lit 
craindre aux catholiques que celle prétention n'eût pour but de trou- 
bler la discussion parles cris et les murmures confus d'une si grande 
multitude. Ils consentirent néanmoins à h demande des donatistes, 
mais en déclarant qu'ils se borneraient au nombre fixé par l'ordonnance 
réglementaire , afin qu'on ne leur imputât point le tumulte qui pourrait 
arriver. Us exhortèrent ensuite le peuple à se montrer calme et à se 
tenir même éloigné du lieu de la conférence. Les députés catholiques , 
chargés de poiter la parole, furent Aurélius de Carthage, Alypius de 
Tagaste , saint Augustin d'Hippone , Vincent de Capoue , Fortunat de 
Cyrihe , Forlunatien de Sicque ei Possidius de Calame. 

La conférence s'ouvrit le 1 er juin. On commença par la lecture du 
rescrit impérial , des ordonnances de Marcellin et des déclarations sous- 
crites par les évèques des deux partis. Les donaiistes, qui , par tous les 
moyens, cherchaient à rompre la conférence, prétendirent d'abord que 
les quatre mois fixés par le rescrit étaient expirés depuis le 19 mai; 
qu'ainsi la cause ne devait pas être discutée au fond, et qu'il fallait 
condamner les catholiques par défaut , quoiqu'ils fussent présents et 
qu'ils n'eussent pas refusé de conférer plus tôt. Mais le tribun Mar- 
cellin répondit que les parties avaient accepté l'époque du 1 er juin , et 
que d'ailleurs la commission qu'il avait reçue de l'empereur l'autorisait 
à prolonger le délai, même jusqu'à deux mois. Après ce débat, on lut 
la procuration des "députés catholiques , dans laquelle tous les points de 
la coniroverse étaient nettement exposés et discutés sommairement , 
afin que dans les cas où les donatistes élèveraient des chicanes pour 
éviter de traiter la question au fond, comme le bruit s'en étail répandu, 
on pût voir par cette procuration publiée dans les actes de la confé 









y 



- 156 - 

rence, que les catholiques n'avaient reculé devant aucun éclaircisse- 
ment. Les donalistes demandèrent que les souscripteurs de celte pro- 
motion fussent tous introduiisdans l'assemblée, afin de vérifier toutes les 
signatures. Les évêques catholiques parurent donc l'un après l'autre, 
et il fut constaté que toutes les souscriptions étaient authentiques. Mais 
quand on vériûa celle des donalistes , au nombre de 269, on reconnut 
que des prêtres avaient souscrit pour des évêques absents, et l'on trouva 
même la signature d'un mort. Les catholiques firent observer que si 
l'on voulait compter les évêques absents, il y en avait ((e leur côté cent 
vingt qui n'avaient pu venir, et qu'en oulre ils avaient en Afrique 
soixante-quatre sièges vacants (1). Ces préliminaires remplirent la pre- 
mière séance. 

La seconde séance eut lieu le 3 juin ; elle se passa tout entière en chi- 
canes de la part des schismatiques. Sur la demande du tribun, les catho- 
liques déclarèrent qu'ils consentaient à signer lous leurs dires suivant 
son ordonnance ; mais les donalistes refusèrent de prendre le même 
engagement. Ils demandèrent ensuite qu'avant de passer outre on leur 
communiquât les actes de la première séance, qui n'éiaient pas encore 
transcrits. Marcellin leur répondit que l'original , écrit en notes et vé- 
rifié par leurs évêques, devait leur suffire; que d'ailleurs il leur avait 
remis la procuration des catholiques , dont ils avaient demandé la com- 
munication pour préparer leurs réponses , et qu'enfin ils avaient con- 
senti le premier jour à conférer dans celte seconde séance. Toutefois, 
les donatistes ayant insisté, on leur accorda ce qu'ils demandaient, et 
la troisième séance fut fixée au 8 juin. 

Dans celte dernière séance , les donatistes soulevèrent encore plu- 
sieurs questions préjudicielles afin d'éviter la discussion du fond de 
l'affaire , et il leur arriva même de se plaindre qu'on les engageait in- 
sensiblement dans celte discussion, comme si la conférence eût dû avoir 
un autre objet; mais enfin ils furent amenés malgré eux à traiter la 
question de l'Église, à l'occasion de leurs contestations incidentes. Alors 
ils donnèrent lecture d'un écrit qu'ils avaient composé pour servir de 
réponse à la procuration des catholiques. Cet écrit avait pour but d'éta- 
blir, par divers passages de l'Écriture-Sainie, que la véritable Église 
exclut le mélange des bons et des méchants, et que le baptême donné 
hors de son sein est nul. Saint Augustin prit ensuite la parole et cita de 
nombreux passages de l'Écriture-Sainte en faveurde l'opinion contraire; 

(i) Ce qui porte à quatre cent soixau tu-ct ix le nombre «les sièges épiscopaux 
dans cette province , sans y comprendre ceux qui étaient occupés par les dona- 
tistes seuls. On peut juger par là du nombre des évêques dans toute la Chrétienté. 



— 157 — 
puis expliquant comment on devait concilier ces textes si opposés en 
apparence, il distingua deux étals de l'Église : celui de la vie présente, 
auquel il appliqua les passages qu'il venait de cilcr, et celui de la vie 
future auquel il restreignit les textes allégués par les donaiistes. 11 
expliqua aussi comment les méchants , tolérés dans l'Église soit par 
esprit de charité , soit parce qu'ils sont inconnus, ne sauraient nuire 
aux bons qui les souffrent sans les approuver. Ce discours fut souvent 
interrompu par les donaiistes. Lorsqu'il fut terminé, la question de 
droit se trouvant ainsi résolue , Marcellin demanda qu'on en vînt à la 
question de fait, c'est à dire à l'examen de l'origine et de la première 
cause du schisme. 

Les catholiques produisirent alors les pièces relatives à l'affaire de 
Cécilien, et entre autres les actes du concile de Rome de l'an 513 (1), 
qui avait déclaré son ordination légitime , le jugement rendu par Cons- 
tantin en sa faveur, et les procès-verbaux qui constataient l'innocence 
de Félix d'Aptonge, son consécraieur. Ils prouvèrent en outre, par les 
actes du concile de Cirihe de l'an 505 (î), que la plupart des évoques 
qui avaient condamné Cécilien et Félix, avaient été convaincus par 
leurs propres aveux d'avoir eux-mêmes livré les saintes Écritures; 
et comme les donaiistes insistaient sur l'autorité du conciliabule de 
Carlhage de l'an 512 (5) qui avait déposé Cécilien , on leur représenta 
que Primien, leur primat, présenta l'assemblée, avait aussi été déposé 
dans le concile donaliste de Cabarsussi, l'an 593. Les schismatiques se 
contentèrent de répondre à celle objection, qu'une affaire ou une per- 
sonne ne formait point un préjugé contre une autre personne. Or, c'é- 
tait précisément ce que disaient les catholiques pour montrer que les 
crimes de Cécilien et de Félix , quand même ils auraient été prouvés , 
ne devaient point être impulcs à d'autres évèques, et bien moins encore 
à l'Église universelle. 

Pressés sur lous les poinis par des arguments de celte force , les do- 
naiistes cherchèrent à se défendre par de misérables chicanes, et oppo- 
sèrent à la vérité des pièces d'une authenticité pour le moins fort dou- 
teuse, ou qui ne prouvaient rien , et même un passage de saint Optât 
dont la suite renfermait précisément le contraire de ce qu'ils préten- 
daient. 

Témoin de la faiblesse de leurs raisonnements , et jugeant l'affaire 
suffisamment éclaircie, Marcellin fit retirer les deux partis pour dresser 

(i) Voir t. I, p. iu3 ctsuiv. de celte Histoire, 
(a) lUem, p. loi, Idem. 

idem. 




(3) U\em, 



P 



' 






— 158 — 
la sentence ; puis , les ayant fait rentrer dans la salle des conférences , 
il leur en donna lecture aux flambeaux , la nuit étant déjà fort avancée! 
Dans cette semence, le tribun exposait que nul ne devant être condamné 
pour la faute d'autrui , les crimes imputés à Cécilien et à Félix fussent- 
ils prouvés, ne pouvaient rejaillir sur 1 Église universelle; que d'ailleurs 
Cécilien et Félix, son consécrateur, avaient été complètement justifiés; 
qu'ainsi Donat et ses partisans étaient convaincus de schisme. En con- 
séquence , il ordonnait que les magistrats et les propriétaires ou lo- 
cataires des terres empêchassent à l'avenir les assemblées des donalistos; 
que ceux-ci rendissent aux catholiques les églises dont il les avait provi- 
soirement mis en possession ; déclarant en outre que , s'ils persistaient 
dans le schisme, ils demeureraient passibles des peines portées contre 
eux par les lois, et que l'on confisquerait les terres qui serviraient d'a- 
sile aux circoncellions. 

Les actes de cette conférence furent rendus publics , et chaque année 
on les lisait en entier dans plusieurs églises d'Afrique. Comme ils étaient 
fort longs, saint Augustin en fit un abrégé. 

Les donatistes appelèrent de cette sentence à l'empereur, sous pré- 
texte qu'elle avait été rendue de nuit , alléguant en outre que les caiho- 
l.ques avaient corrompu Marcellin , et que ce tribun ne leur avait pas 
donné toute bber.é ,1e se défendre. Saint Augustin réfuta ces calom- 
n.es, et l'empereur Honorais , après avoir reçu le rapport de Marcellin 
et 1 appel des donatistes, rendit une loi le 30 janvier de l'an 412 par 
laquelle annulant tous les rescrils obtenus antérieurement par les s'chis- 
mai.ques et confirmant les anciennes lois dont ils avaient été frappés 
il condamnait les laïques ù de fortes amendes suivant leur condition 
et ordonnait que les clercs fussent bannis de l'Afrique et toutes les 
églises rendues aux catholiques. 

Telle fut l'issue de celte célèbre conférence dont saint Augustin fut 
l'ame cl où la grandeur de son génie parut dans tout son jour. On voit 
dans tout ce qu'il dit une force, une douceur, une clarté, une solidité 
particulières, qui lui donne la prééminence sur tous les évèques d'A- 
lrique. C'est toujours lui qui parle, quand il s'agit de discuter quelque 
point important et d'établir la foi catholique. Aussi l'on peut dire 
que celte conférence donna la mort au schisme des donalistes ; car, de- 
puis ce temps-là, ils vinrent en foule avec leurs peuples se réunir à 
I Eglise (1). 



(.) Saim Aystin, Opéra. _ lillemom. Mémoire* , etc. - Le P. l.,hU , Sa- 
ernsam la concilia , |, H, p ( 5 < 



15*1 



N u 229. 

CONCILE DE DRAGUE, EN LUSITANIE. 

(biucàrense.) 

(L'an 411.) — Ce concile (1) lut tenu pour se prémunir contre les 
idolâtres et les ariens , qui sous les noms de vandales et de suèves , ou 
de barbares, ravageaient alors l'Espagne et répandaient leurs e.reurs 
pour mieux assurer leurs conqucles. 

(i) On trouve dans la collection du P. Labbe , (. II , p. l5o} el suiv., les actes 
d'un concile de Braguc , de l'an 4 1 ', tirés d'une Histoire de Portugal , par Bernard 
Uriiton, bernardin, imprimée à Lisbonnr, l'an 1609. Ces actes sont aussi rapportée 
dans la collection du P. Ilardouin p t. I, p. 1 189, avec cette différence que ce der- 
nier collecteur a mis en léle de ce concile une note dans laquelle il est dit que Jean 
Baptiste PérézittS, chanoine de Tolède, les croit supposés , et que le cardinal d'A- 
guirre avait la même opinion , an lieu que le P. Labbe n élève aucun doute sur leur 
authenticité. 

Toutefois, malgré le sentiment de Labbe f l'authenticité de ces actes est au moins 
du 1 douteuse; ils paraissent avoir été fabriqués au douzième siècle, c'est-à-dire 
depuis l'époque où les catholiques d'F.spagne se persuadèrent que l'apôtie sainl 
Jacques v était venu prêcher l'Évangile. Te langage en est trivial Cl contre les règles 
d'une lionne latinité. Ou y lit que les évèques s'assemblèrent dans une église qui 
portait le nom de Sainte-Marie , ce qui parait peu conforme a l'opinion générale 
<pie la première éfllise de la Vierge a été celle d'Éphèse où s'assembla le concile 
de l'an 43'. D'ailleurs, pour indiquer cette église, les actes emploient le mot de 
fanutn , qui servait à désigner le lieu des assemblées des païens, tandis que les 
1 hrétipus employaient les noms d'église, de basilique et autres semblables, lorsqu'ils 
parlaient des lieux destinés aux exercices publics de la vraie religion. 

Quant à la profession de foi que Ion attribue a ce concile , il est étonnant que Les 
pères de Brague n'aient pas déclaré s'en tenir a relie de ÎSicée et de Constauliiiuple. 
ou du moins, puisqu'ils voulaient en faire une nouvelle, qu'ils n'y aient rien dit 
>iir le mystère de l'incarnation CODtre les hérésies d'Apollinaire et de Priscillien 
qui régnaient alors en Espagne. 

H est eucore surprenant que des métropolitains) tels que cens de Lugo et de 
Mérida , se soient trouvés dans un concile d'une autre province, et qu'ils n'y soient 
point nommés les premiers dans les souscriptions. 

On a joint aux actes une lettre d'Arisbert adressée à Sa merlu s, archidiacre de 
Prague, dans laquelle il lui témoigne sa douleur sur les ravages qu'exerçaient les 
alains dans la Lusitanic, et les vandales à Brague et dans plusieurs villes de la 
(ialice. Arisbert dit à l'archidiacre qu'il lui envole les décrets touchant la foi qu'il 
lui avait demandés. Mais quels sont ces décrets dont parle Arisbert? Ceux du con- 
cile île Bragne sans doute ! Mais comment 8a me ri us , qui était archidiacre de cette 
sîlle, ne les avait-il pas' 1 

Toutes ces réflexions nous auraient Fait rejeter les actes de ce concile comme 
supposés, si le nom du savant P. I abbe ne nous garantissait pour ainsi dire leur 
authenticité. 



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— ICO — 

Sur la proposition do. Pancraiien , on y fit la profession dp. foi sui- 
vante que tous les évoques du concile approuvèrent eu disant : Nous 
croyons : « Je crois en Dieu , un, véritable , éternel , non engendré , qui 
« ne procède de personne , créateur du ciel et de la terre et de tout ce 
« qu'ils contiennent ; et en un Verbe engendré du Père avant le temps, 
« Dieu de Dieu véritable, de la même substance que le Père , sans le- 
« quel rien n'a élé fait et par qui toutes choses ont été créées; et au 
« Saint-Esprit qui procède du Père et du Verbe, un en divinité avec 
« eux , qui a parlé par la bouche des prophètes, qui s'est reposé sur les 
» apôlres et qui a engendré le Christ dans le sein de la vierge Marie. 
« Je crois que dans cette Trinité il n'y a ni plus grand, ni plus petit, ni 
« antérieur, ni postérieur, mais une seule divinité en trois personnes 
i égales. Je condamne, excommunie et anathématise tous ceux qui pen- 
« sent le contraire. Je crois que les dieux des nations sont des démons, 

• que notre Dieu est un en trois personnes et en essence ; qu'il a créé de 
« terre Adam notre père, et Eve d'une de ses côtes ; qu'il a détruit le 

• monde par les eaux, donné la loi ù Moïse, et que dans les derniers 
« temps il nous a visités par son Fils , qui a été fait de la race de David 
« selon la chair. • 

Après celle profession de foi , Pancraiien demanda ce que l'on ferait 
des reliques des sainis; Elypand de Coïinbre dit : < Nous ne pourrons 
« tous les sauver de la même manière; que chacun les cache et nous 
« envoie la relation des lieux et des cavernes où on les aura mises , de 
« peur qu'on les oublie dans la suite des temps, i Tous les évêques ap- 
prouvèrent cet avis. La seule relique dont Pancraiien fasse une men- 
tion particulière est celle de Pierre de Rates , qu'il dit avoir été envoyée 
en Galice par saint Jacques, parent de Noire-Seigneur Jésus-Christ, 
lorsqu'il y vint prêcher l'Évangile (I). 



N° 250. 
CONCILE DE CIRTHE, OU ZERTE (-2). 

(CIRTENSE.) 



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{ L'an -412. ) — On ne trouve de ce concile que la lettre syno- 

(l) D'aulres attribuent la conversion de l'Espagne à saint Jacques, frère de saint 
Jean ; mais ils ne .«ont ]>as mieux fondés dans leur opinion , puisque cet apôtre fat 
mi» à mort par Hérode Agrippa l'an 44 de Jésus-Christ, et que saint Paul, dont 
l'emploi était d'enseigner l'Évangile où il n'avait pas encore été prêché, se pro- 
posait en l'an 58 de le porter en Espagne. 

(a) On ne sait point dans quelle province était située cette ville. Il y a apparence 



— 161 — 

dale (1) qui fut écrite par saint Augustin aux donatistes pour réfuter les 
calomnies que leurs évêques répandaient contre les catholiques au sujet 
de la conférence de Carihage , en prétendant que la sentence du tribun 
Marcellin était le résultat de la corruption. Et ce bruit , quoique faux , 
empêchait beaucoup de donatisies d'ouvrir les yeux à la vérité. 

Le saint docteur, parlant au nom de tous les évêques de ce concile , 
réfute de nouveau l'accusation de corruption portée contre Marcellin ; 
puis, rapportant succinctement ce qui s'était passé dans la conférence 
de Carthage, il fait voir aux donatistes que ce débat public avait tourné 
à la confusion de leurs évêques, et il les exhorte enlin à ne pas repous- 
ser plus longtemps la vérité devenue par là si manifeste. 






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N° 231. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(L'an 412 (2).) — Pendant que la secte donatiste expirait en Afrique 
sous le coup mortel de la conférence de Carihage , Pelage ourdissait 
une autre hérésie plus dangereuse encore , et dont les subtilités de- 
vaient exercer également et le zèle infatigable et le génie de saint Au- 
gustin. Moine de Bangor, dans le pays de Galles , Pelage , voyageant en 
Italie, s'acquit, durant son séjour à Rome , une grande réputation de 
vertu et même de talent par son ouvrage sur la Trinité et par son re- 
cueil de préceptes moraux tirés de l'Écriture-Sainte. Il obtint ainsi de 
nombreuses relations , l'amitié de saint Paulin de Noie et l'estime de 
saint Augustin. Vers l'an 400, il fil connaissance avec Rufin le Syrien (3), 
disciple de Théodore de Mopsueste (4), et reçut de lui les premières 
semences de son hérésie. 

qu'elle était dans le voisinage de Sommes , dont Sylvain , primai de Numidie , qui 
présida ce concile , était évêque. 

(l) Elle se trouve dans le second livre des /téuacfatiom du saint évêque d'Hip- 
ponc. 

(a) Quelques auteurs, et Tillemonl entre autres, placent ce concile à l'an 4* '■ 
■ (3) Ce Rufin est peut-être Rufin d'Aquilée, désigné apparemment comme Syrien 
à cause du long séjour qu'il avait fait en Orient. 

(4) Théodore avait , dit-on , puisé ses erreurs dans les principes d'Origene. En 
effet , quoique Origène eût eipressément reconnu et qu'il eût, en plusieurs en- 
droits de ses ouvrages , enseigné la nécessité de la grâce, quelques autres passages 
moins formels pouvaient donner lieu aux fausses interprétations des hérétiques, et son 
opinion sur la préexistence des âmes semblait difficilement pouvoir se concilier avec 
le dogme du péché originel , qu'il reconnaît néanmoins formellement. 
T. II, H 



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— 1G2 — 

Pelage commença à dogmatiser vers l'an 405 ; il s'y prit d'abord avec 
prudence et dissimulation, faisant enseigner ses erreurs par ses disciples , 
pour les approuver ou les désapprouver ensuite , selon qu'il le jugerait 
convenable. L'austérité des vertus dont il faisait profession, les raisons 
spécieuses dont il appuyait sa doctrine , et les subtilités qu'il employait 
pour déguiser ce qu'elle offrait de révoltani , lui concilièrent bientôt un 
assez grand nombre de partisans. Son principal disciple fut Célestius , 
moine écossais d'une illustre naissance, qui joignait à beaucoup d'esprit 
une hardiesse de caractère que son maître n'avait pas , et surtout 
une grande facilité pour parler et pour écrire. S'étant lié d'amitié 
avec Pelage, le moine Célestius commença à combattre ouvertement le 
péché originel comme contraire à la justice et à la bonté de Dieu. Peu 
de temps avant la prise de Kome par les golhs , ces deux hérétiques 
sortirent de cette ville; et après avoir dogmatisé quelque temps en Si- 
cile, ils allèrent ensemble en Afrique. Ils arrivèrent à Hippone l'an 
ilO, et n'osant pas enseigner leur doctrine dans celte ville, ils se rendi- 
rent à 'Cannage, où saint Augustin , occupe de la conférence avec les 
donatistes , s'entretint une ou deux fois avec Pelage , qui s'embarqua 
bientôt après pour la Palestine , laissant à Carthage son disciple Cé- 
lestius. 

Les erreurs de Pelage consistaient à nier le péché originel avec tous 
ses effets , et par conséquent la dégradation et la corruption de notre 
nature, l'affaiblissement de notre volonté et la nécessité de la grâce pour 
faire le bien. 11 enseignait qu'Adam n'avait pas été créé dans un état 
différent de notre condition présente, qu'il était destiné à mourir quand 
même il n'eût pas péché ; que la faute du premier homme ne se transmet 
point à ses descendants , et qu'ainsi les enfants naissent exempts de 
souillure ; que s'ils ont besoin d'êlre baptisés pour entrer dans le royaume 
des cieux , ceux qui meurent sans baptême obtiennent néanmoins la vie 
éternelle, qui, selon cet hérétique, en éiait distincte; que la volonté 
humaine n'était pas affaiblie depuis la chute d'Adam ; que l'homme pou- 
vait par les feules forces de sa nature et sans les secours de la grâce, 
surmonter les tentations , accomplir les commandements et éviter abso- 
lument tout péché; qu'il y avait eu, en effet, avant et depuis Jésus- 
Christ , des hommes qui ne s'étaient rendus coupables d'aucune faute 
même légère, et que la Loi ancienne, aussi bien que l'Évangile , offrait 
par elle-même des moyens efficaces de salut. Toutefois, pour ne pas 
heurter trop visiblement la doctrine chrétienne, Pelage admettait une 
sorte de péché originel, qu'il l'ai ait consister dans le mauvais exemple 
d'Adam imité par ses descendants; et c'est ainsi qu'il prétendait exp'i- 






— 165 — 

quer celte parole de saint Paul : • Le péché est entré dai»9 le monde 
» par un seul homme en qui tous ont péché. » Il prétendait aussi ne 
point rejeter la grâce; mais il donnait ce nom au libre arbitre et aux 
dons naturels que nous avons reçus de Dieu , ou bien à des secours ex- 
térieurs qui nous éclairent et nous dirigent , tek que la Loi, la révéla- 
tion et l'exemple de Jésus-Christ. Ensuite, comme on lui objectait que 
celte docirine anéantissait la nécessité et les effets de la rédemption , il 
admit sans difficulté que la rémission des péchés était une grâce que 
Jésus-Christ nous avait méritée par sa mort. Enfin , pressé par les ar- 
guments des catholiques, et surtout de saint Augustin , qui lui mun- 
iraient par la tradition de l'Église et par un grand nombre de passages 
lires de l'Écrilure-Sainte , que nous avons besoin d'un secours intérieur 
et surnaturel pour éviter le mal et faire le bien, il avoua que nous re- 
cevons en effet des grâces intérieures qui éclairent notre entendement ; 
mais il prétendit que ces grâces n'étaient pas nécessaires , qu'elles nous 
donnaient seulement une plus grande facilite pour éviter le mal et faire 
le bien , que d'ailleurs nous les obtenions en vertu de nos propre s mé- 
rites, et que la volonté , en se déterminant à suivre cette lumière di- 
vine , opérait le bien par les seuls forces du libre arbitre (1). 

Céleslius enseigna ces erreurs à Carthage et parvint en peu de temps 
à séduire un petit nombre de personnes; mais la plus grande partie 
des catholiques se montra révoltée d'une doctrine qui nourrissait l'or- 
gueil et la présomption , qui détruisait l'utilité de la prière, et anéan- 
tissait le but ou l'objet fondamental du Christianisme. Cet hérétique, 
cherchant à se faire ordonner prêtre, fut accusé d'hérésie par le diacre 
Paulin de Milan , alors attaché à l'église de Carlhage. Aurélius assembla 
donc un concile , devant lequel Paulin, soutenant son accusation, ex- 
posa toutes les erreurs enseignées par Céleslius. Celui-ci prélendit pour 
^a justification que la question du péché originel était une question pro- 
blématique sur laquelle chacun élail libre d'avoir une opinion particu- 
lière , ajoutant qu'il connaissait plusieurs ecclésiastiques à Rome qui 
étaient à cet égard dans les mêmes sentiments que lui. Mois interpellé 
sur le nom de ces ecclésiastiques, il ne put nommer que Hufin. Toute- 
fois il déclara qu'il avait toujours cru ce qu'il croyait encore, que les 
enfants avaient besoin de la rédemption, et que le baptême leur était 






(l) Saint Augustin, de gmtià Cluisli; — De pecculo nrigin.; — ■ De pêcctUoft me- 
ntis el remiss.; — Rétractât.; — Sermo J<)4> cap. i, miin. i ; —Eptetola i .'>(> Hilarii 
ad Âugu&tinum; — De gestts Pelag,; — Contra Julian.;— Contra duas epistolns 
Pelatj.; — Opas impeifeetiun < outra Julianum ; — DUilog. < outra Pelag. — Marins 
Mercator, Comnionil . 



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— 164 — 

nécessaire ;*mais il employa les subtilités de la nouvelle secte pour dé- 
guiser les autres erreurs dont il était accusé. Après l'avoir entendu plu- 
sieurs fois, les évêques du concile découvrirent l'impiété de sa doctrine 
sous les équivoques et les déclarations artificieuses dont il cherchait à 
l'envelopper. Convaincu d'hérésie et d'opiniâtreté dans ses erreurs , il 
fut condamné et privé de la communion ecclésiastique (1 ). 

Saint Augustin n'assista pas à ce concile ; il s'abstint même pendant 
quelque temps d'attaquer nommément les nouveaux sectaires ; mais il 
s'éleva contre leurs erreurs dans ses sermons et ses conversations par- 
ticulières. 

Célestius appela de cette sentence au jugement du pape ; mais au lieu 
de poursuivre son appel, il s'enfuit à Éphèse , mettant ainsi ses accu- 
sateurs hors de nécessité de poursuivre cette accusation. 






I 



N° 252. 

CONCILE DE MACÉDOINE. 

(macedoniense.) 

(L'an 414.)— Vingt-trois évêques de Macédoine, dont les plus connus 
sont Rufus et Eusèbe , écrivirent une lettre synodale au pape saint In- 
nocent pour le consulter sur divers points de discipline ; en premier lieu, 
sur la coutume de leurs Églises d'élever à la cléricature et même à l'é- 
piscopat ceux qui avaient épousé des veuves, prétendant qu'on ne de- 
vait compter pour bigames que ceux qui avaient eu deux femmes de- 
puis leur baptême ; en second lieu , sur la réception au saint ministère 
de ceux qui avaient déjà été admis dans la cléricature par Bonose, même 
après sa condamnation comme hérétique , disant que h bénédiction 
sainte d'un évêque légitime corrigeait le défaut de celle donnée par un 
évèque indigne de son caractère; et en troisième lieu, sur l'élévation à 
Tépiscopat d'un prêlrc nommé Pholin , condamné par les prédécesseurs 
de ce saint pape, et sur la dégradation du diacre Eustathe (2).; 

L'archidiacre Vital fut chargé de porter cette lettre synodale au pape 
Innocent. 

(l) Saint Augustin , de tjiatiâ Christi, lib. u ; — De peccato originali, cap. h, m, 
iv, xix ; — De peccatorum mentis et remissione, lib. I , cap. 34 ; — Contra Julianum 
pelagianum, lib. m , cap. 34 ; — Retract., lib, II, cap. 33. — Marins Mercaior, 
Commonit. 

(a) EpistoU décrétâtes, (. I, p. 830. 



I 



— 165 — 

N° 255. 

* CONCILIABULE D'AFRIQUE. 

(africanum.) 

(Vers l'an 414.) — Ce conciliabule fut tenu par trente cvèques dona- 
listes. On y régla que les évèques et les prêlres de leur secte, qui auraient 
communiqué avec les catholiques , seraient reçus cl conservés dans leur 
rang, pourvu toutefois qu'ils n'eussent point offert ensemble le saint 
sacrilicc , ou exercé d'autres fonctions du ministère avec eux. 

N" 254. 
CONFÉRENCE DE JERUSALEM. 

(jEROSOLYMITANl'M.) 

(Le 1" août de l'an 415.) — Celte conférence fut présidée par Jean , 
évêque de Jérusalem ; il paraît même qu'il ne s'y trouva point d'autre 
évêque que lui. Le prêtre espagnol Paul Orose, que saint Augustin avait 
envoyé à Bethléem , auprès de saint Jérôme , fut appelé par les prêtres 
de Jérusalem pour venir assister à cette assemblée et rendre compie de 
la condamnation de Célestius à Carthage et des travaux du saint évêque 
d'Hippone contre les pélagiens. Orose ayant raconté ce qui s'était passé 
en Afrique touchant les hérésies de Pelage et de Célestius , l'évèque 
Jean lit introduire Pelage dans l'assemblée, et le fit asseoir au milieu 
des prêtres , quoiqu'il fût simple laïque et accusé d'hérésie. Et lorsqu'on 
lui demanda s'il enseignait les erreurs combattues par saint Augustin 
dans ses écrits, il répondit avec insolence : i Que m'importe Augustin ?b 
Alors Orose l'accusa de lui avoir dit à lui-même que l'homme par sa 
volonté peut êlre sans péché et observer facilement les commandements 
de Dieu. Pelage ayant avoué que telle était sa doctrine , Orose fit re- 
marquer que c'était là une erreur condamnée par le concile de Cirlhage, 
et réfutée par saint Augustin et par saint Jérôme dans leurs ouvrages. 
L'évèque Jean, sans rien écouter, voulait obliger Paul Orose à se dé- 
clarer accusateur de Pelage et à le poursuivre devant lui, comme évêque 
de Jérusalem; mais Orose s'y refusa, disant que cette erreur avait été 
suffisamment condamnée en Afrique, et qu'il était enfant de l'Église et 
non pas docteur des docteurs , ni juge des juges. 

Il s'éleva ensuite une longue discussion dans laquelle Pelage s'efforça 
de cacher ses erreurs sous des expressions équivoquca dont il se servait 







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— 166 — 

pour ne point paraître rejeter la grâce. Enfin , Orose demanda que 
l'examen et le jugement de cette cause lussent réservés au pape et aux 
évoques latins , à qui il appartenait de prononcer sur des doctrines pro- 
pagées d'abord en Occident , et dont l'auteur lui-même était latin. Après 
quelques difficultés, l'évêquede Jérusalem y consentit, et décida qu'on 
enverrait au pape des députés et des lettres, et que l'on 6C soumettrait 
à sa décision. En attendant , il imposa silence aux deux partis et dé- 
lendit de traiter Pelage comme s'il eût été convaincu d'hérésie. Tous les 
assistants approuvèrent cette décision ; mais l'évêque de Jérusalem ne 
tarda pas à J'enlreindrc en accusant Paul Orose d'avoir dit dans la con- 
férence que même avec le secours de Dieu l'homme ne peut être sans 
péché. Orose ne se contenta pas de protester sur-le-champ contre celte 
accusation, il publia en outre une apologie pour se justifier , et comme 
les pélagiens, abusant de la patience avec laquelle on les tolérait , con- 
tinuaient de propager leurs erreurs et accusaient les catholiques de re- 
fuser la discussion, il attaqua nommément Pelage et Gélestius, que 
saint Jérôme et saint Augustin s'étaient jusqu'alors abstenus de nom- 
mer (1). 

N° 253. 

CONCILE D'ILLYRIE. 

(iLLYRICDH.) 

(L'au 415.) — Ce concile fut tenu en faveur de Périgènes, ordonné 
évèque de Patras. 

N° 236. 

CONCILE DE DIOSPOLIS (2) , EN PALESTINE. 

(DIOSPOLITAJilM.) 

( Le 20 décembre de l'an 415. ) — Eros d'Arles , disciple de saint 
Martin , et Lazare d'Aix (3) , se trouvant alors en Palestine , se portè- 



(1) Orose, Jfjotoyki. — Saint Augustiu, de i/eslis Pelagii, cap. xiv, XV, xvi. — 
Le P. Labbe, Sucrosancta concilia, t. 11, p. iSîd. 

(2) Celle ville esl connue dans l'Écriture sous le nom de Lydda. — C'est le même 
concile que saint Augustin appelle de Palestine. 

(3) Ces deus évèques ont été diversement jugés : le pape Zoziinc les traite avec 
beaucoup de sévérité, saint Augustin en parle au contraire avec éloge. Ils avaient 
dit l'épiscopal à la faveur du tyran Constantin, qui régna quelque temps dans les 
Gaules ; mais , après sa chute , ils furent obligés de quitter leurs sièges. Lazare 
avait été auparavant condamné par le concile de Turin de l'an 4oi, pour avoiica- 



— 107 — 

renl accusateurs de Pelage et de Céïeslius auprès de Jean , évéque de 
Jérusalem , qui , pour juger la cause de ces deux hérétiques, tint un 
concile de quatorze évèques dans la ville de Diospolis. Mais les deux 
évèques des Gaules ne purent s'y rendre au jour fixé , parce que l'un 
d'eux était dangereusement malade. Orose n'y vint pas non plus, et l'on 
soupçonna l'évêque Jean d'avoir voulu favoriser Pelage, en choisissant 
pour la tenue de ce concile un temps favorable à cet hérétique , qui 
comparut seul pour se justifier. Les évèques présents au concile ne 
savaient pas la langue latine , ils furent donc obligés de se faire expli- 
quer par un interprète les passages des écrits de Pelage rapportés dans 
le libelle d'accusation ; et celte circonstance permit au sectaire , qui 
s'exprimait en grec, de dissimuler plus facilement ses erreurs (1). 

On l'interrogea sur chacune des propositions extraites de ses livres ; 
mais à l'aide des substilités et des équivoques qui lui étaient si fami- 
lières , il sut détourner le sens de la plupart de ces propositions , de 
manière à faire croire qu'il n'y enseignait que la doctrine catholique. 
Quant aux autres , il les désavoua comme n'étant pas de lui , et dit 
anathème à quiconque les soutiendrait. Voici les principaux chefs d'ac- 
cusation renfermés clans le libelle des deux évèques Éros et Lazare , et 
les réponses de Pelage en présence du Concile (2). 

1 er chef. On ne peut être sans péché si l'on n'a pas la science de la 
Loi, — Réponse de Pelage : Je n'ai pas dit que celui qui a la science de 
la Loi , ne puisse pécher, niais qu'il est aidé par la science de la Loi à 
ne point pécher. — Le Concile dit que cette doctrine n'était point éloi- 
gnée de celle de l'Église. 

2 e chef. Tous les hommes sont conduits par leur propre volonté.— 
Réponse de Pelade : Je l'ai dit à cause du libre arbitre : Dieu aide à 
choisir le bien ; et l'homme qui pèche est coupable , parce qu'il a le 
libre arbitre. — Cette doctrine ne parut point aux évèques du Concile 
éloignée de la doctrine catholique. 

3« chef. Au jour du jugement, Dieu ne pardonnera point aux in- 
justes et aux pécheurs, sans distinguer ceux qui seront sauvés par les 
mérites de Jésus-Christ, de ceux qui seront condamnés. — Réponse de 
Pelage : Ce que j'ai dit des pécheurs est con orme à l'Évangile , qui 






il. i i 







loumié saint Brice , évéque de Tours. Ces circonstances sut'tirent pour motiver le 
jugement peu favorable du pape Zozime; d'un autre cote, le zèle qu'ils montrèrent 
dans la suite contre L'hérésie de Pelade, peut expliquer les éloges de suiiil Augustin. 

(i) Saint Augustin, de gestiç Palagii. — Epislohi i \G. 

(2) Idem , idem , cap. tt, \ . i\ , .\n , xm , vvi , \\iu , xjvn . xxix, 

XXX, XXXII, XL1I, 



i^HÉSll 



v > 









— 16» — 

nous enseigne que les pécheurs iront au supplice éternel , et les justes 
à la vie éternelle. — Le Concile trouva celte doctrine conforme à l'É- 
criture. 

i? chef. Le mal ne vient pas même en pensée aux justes. — Réponte 
de Pelage : Je n'ai pas dit que le mal ne vient pas même en pensée aux 
justes ; mais que le chrétien doit s'appliquer à ne point penser mal. — 
Le Concile approuva cette doctrine. 

5* chef. Le royaume des cieux est promis même dans l'Ancien 
Testament. — Réponse de Pelage : On peut le prouver par les saintes 
Écritures, puisqu'il est écrit dans les prophéties de Daniel : « Les saints 
du Dieu très-haut entreront en possession du royaume (1). > — Le 
Concile approuva cette réponse comme entièrement conforme à la foi 
catholique. 

6 e chef. L'homme peut, s'il veut, être sans péché. — Réponse de Pelage : 
J'ai dit que l'homme peut, s'il veut, être sans péché et garder les com- 
mandements ; car Dieu lui a donné ce pouvoir. Je ne dis pas , ce qui a 
été imaginé par quelques-uns , que l'homme , depuis son enfance jus- 
qu'à la vieillesse, ne pèche jamais , mais qu'une fois absous de ses pé- 
chés , il peut être sans péché par son propre travail et par la grâce de 
Dieu , sans prétendre toutefois qu'il ne puisse plus pécher à l'avenir. 
Quant aux autres chefs d'accusation que l'on m'impute , ils ne sont 
pas dans mes livres et je ne les ai jamais enseignés. — Le Concile lui 
répondit : Puisque vous niez avoir écrit de telles erreurs , anathéma- 
tisez ceux qui les soutiennent. Pelage dit : Je les anathématise comme 
insensés , mais non comme hérétiques , parce que ce ne sont point là 
des dogmes. 

7 e chef. Les évëques passèrent ensuite à l'examen de la doctrine de 
Célcstius , son disciple , accusé d'avoir enseigné qu'Adam a été fait 
mortel , et qu'il serait mort quand même il n'eût pas péché ; que le 
péché d'Adam n'a nui qu'à lui seul, et non pas à tout le genre humain ; 
que la Loi aussi bien que l'Évangile procure le royaume du ciel ; qu'a- 
vant la venue de Jésus-Christ les hommes furent sans péché (2) ; que 
les enfants nouvellement nés sont dans le même état où était Adam 
avant son péché ; que tout le genre humain ne meurt point par le péché 
d'Adam , et ne ressuscite point par la résurrection de Jésus-Christ ; que 
l'homme peut être sans péché , s'il veut ; que les enfants participent à 






(i) Ch. vu, v. 18. 

(2) Saint Augustin, de gestis Pelagii, cap. XXui, dit: Anli adventum Clirisli 
fiterunt hommes sine peccato. Quelque» auteurs ont traduit de la manière suivante r 
Avant la venue de Jésus-Christ il y a e u des hommes sans péché. 



— 169 — 



la vie éternelle, lorsqu'ils meurent sans avoir été baptisés ; que les riches 
même baptisés ne peuvent avoir le royaume de Dieu et que le bien 
qu'ils semblent faire ne leur sert de rien , s'ils ne renoncent à tout. In- 
terrogé sur toutes ces erreurs , Pelage répondit que la doctrine de Cé- 
lestius ne le regardait pas ; il les anathémisa toutes et avec elles ceux 
qui les enseignaient ou qui les avaient enseignées. 

8 e chef. L'Église est ici sans tache et sans ride. — Réponse de Pelage. 
Je l'ai dit ainsi , parce que le baptême purifie l'Église de toute tache et 
de toute ride, et que le Seigneur veut qu'elle demeure ainsi.— Le Con- 
cile approuva cette réponse. 

9 e chef. On lui objecia ensuite cette proposition de Céleslius dont le 
sens était, que nous faisons plus qu'il n'est ordonné par la Loi et par 
l'Évangile. Pelage répondit : Nous l'avons avancée suivant ce que dit 
saint Paul de la virginité : « Je n'ai point de précepte du Seigneur. » Le 
Concile se montra satisfait de cette réponse. 

10 e chef. Les autres propositions de Céleslius étaient que la grâce de 
Dieu et son secours ne sont point donnés pour chaque action particu- 
lière, mais qu'ils consistent dans le libre arbitre , ou dans la Loi et la 
doctrine ; que la grâce de Dieu nous est donnée selon nos mérites, parce 
que s'il la donnait aux pécheurs il semblerait être injuste : d'où il suit 
que la grâce même dépend de notre volonté pour en être digne ou in- 
digne. Interpellé par le Concile sur ces propositions , Pelage répondit : 
Si ce sont là les sentiments de Célestius , j'analhémalise celui qui les 
enseigne, pour moi je n'ai jamais tenu cette doctrine. 

11 e chef. Autre proposition de Célestius : Chaque homme peut avoir 
toutes les grâces et toutes les vertus. — Réponse de Pétage : Nous n'ôtons 
point la diversité des grâces , mais nous disons que Dieu donne toutes les 
grâces à celui qui est digne de les recevoir, comme il les a données à 
saint Paul. 

12 e chef. Autres propositions de Célestius : On ne peutappeler enfants 
de Dieu que ceux qui sont absolument sans péché ; l'oubli et l'ignorance 
ne sont point susceptibles de péché, parce qu'ils ne sont pas volontaires, 
mais nécessaires ; il n'y a point de libre arbitre, si l'on a besoin du se- 
cours de Dieu , parce qu'il dépend de notre propre volonté de faire ou 
de ne pas faire; notre victoire ne vient point du secours de Dieu , mais 
du libre arbitre ; le pardon n'est pas accordé aux pénitents suivant la 
grâce et la miséricorde de Dieu , mais suivant les mérites et le travail de 
ceux qui par la pénitence se rendent dignes de miséricorde. — Pelage 
désavoua toutes ces propositions ; il ajouta qu'il croyait en la trinité d'une 



!;■ 






■■ 



— 170 — 

seule substance, selon la doctrine catholique, et dit anathèrae à quicon- 
que enseignerait une doctrine étrangère. 

Satisfait de ses déclarations et de ses réponses , le Concile maintint 
Pelage dans la communion de l'Église. Mais les erreurs de cet hérétique, 
hypocritement déguisées ou repoussées par lui, furent en réalité con- 
damnées par les évoques : ce qui a fait dire à saint Augustin , qui a tou- 
jours jugé favorablement ce concile , i qu'on n'y avait point absous l'hé- 
« résie , mais seulement l'homme qui la niait (1) ; » ou plutôt que Pe- 
lage n'y avait point été absous , puisqu'il professait la doctrine qu'on y 
avait condamnée , mais que les évoques avaient déclaré catholique cette 
même doctrine que le sectaire y avait hypocritement confessée de bouche. 



,1 



N» 257. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHÀGINENSE.) 

(Vers le mois de juin de l'an 416.) — De retour en Afrique au prin- 
temps de l'an 416 , Paul Orose se présenta devant le concile annuel de 
la province proconsulaire qu'il trouva assemblé , remit aux évêques 
deux lettres d'Éros et de Lazare contre Pelage et Célestius , et leur ren- 
dit compte de la condamnation du Pélagianisme à Diospolis. Les évêques, 
au nombre de soixante-huit , présidés par Aurélius , décidèrent que les 
auteurs de cette hérésie devaient être anathématisés , s'ils ne condam- 
naient pas d'une manière expresse leur criminelle et pernicieuse doc- 
trine. Ils rédigèrent ensuite une lettre synodale adressée au pape Inno- 
cent pour lui expliquer les motifs de cette décision et le prier de la 
confirmer par son autoriié ; ils la terminaient ainsi : < Quoique Pelage 
i et Célestius désavouent cette doctrine et les écrits produits contre 
« eux, sans qu'on puisse les convaincre de mensonges ; toutefois, il faut 
( anathématiser en général quiconque enseigne que la nature humaine 

< peut se suffire à elle-même pour éviter le péché et observer les com- 

< mandements de Dieu, se montrant ennemi de la grâce, marquée si 
i évidemment par les prières des saints ; il faut aussi anathématiser 
« quiconque nie que par le baptême de Jésus-Christ les enfants soient 
« délivrés de la perdition et obtiennent le salut éternel (2). t 

(t) Sermo contra pelaqlanos ; — Mpistola 177 ad Innocenilum papam. 
(2) Saint Augustin, Epislolte lyi et 177 ad Innocenlium papam. 



— 171 — 

N° 258. 

II e CONCILE DE MILÈVE. 
(milevitanum II.) 

(Vers le mois de septembre de l'an -416.) — A la nouvelle de ce qui 
venait d'être fait dans le concile de Carthage contre Pelage et Céleslius, 
soixante-un évêques de Numidie assemblés à Milève écrivirent aussi au 
pape Innocent pour lui demander la condamnation d'une hérésie qui 
laissait croire aux nouveaux hérétiques que la prière n'était point néces- 
saire aux adultes et le baptême aux enfants (1). 

Le pape saint Innocent répondit aux lettres des Pères de Carthage et 
de Milève, le 28 janvier (2) 417. Après avoir loué la vigilance pastorale, 
le zèle et la fermeté des évêques d'Afrique, et leur attention à consul- 
ter le Saint-Siège dans les choses difficiles et surtout dans les matières 
de foi , imitant en cela la conduite de tous les évoques , qui ne man- 
quaient jamais en pareil cas de consulter Pierre, c'est-à-dire Jésus-Christ 
même de qui Pierre avait reçu son nom et ses prérogatives, il établit 
sommairement la doctrine catholique sur la grâce et condamna Pelage , 
Céleslius et leurs sectateurs , les déclarant séparés de la communion de 
l'Église, conformément au décret du concile de Carthage, jusqu'à ce 
qu'ils eussent abjuré leurs erreurs (5). 

Quelques auteurs attribuent à ce concile de Milève les 27 canons qui 
se trouvent sous son nom dans les collections ordinaires. Mais si l'on en 
excepte le 23 e qu'on ne trouve point autre part, les autres sont ou du 
1" concile de Milève, ou du concile de Carthage de l'an 418, ou de 
quelques autres; et ce 23 e canon lui-même s'observait en Afrique long- 
temps avant l'an 416. Il porte que si une personne quittant les héré- 
tiques, c'est-à-dire les donatistes, confesse qu'elle a été mise par eux 
en pénitence , l'évêque catholique s'informera avec soin de sa faute , 
afin qu'il décide s'il doit la réconcilier, ou la laisser plus longtemps en 
pénitence. Le 26 e est cité sous le nom de concile de Milève par le second 

(i) Saim Augustin, Epistolu i-jG ad InnocenUum papam. 

(a) tJupin.t. III, p. 8 7 3, date cette lettre du a5 janvier; mais c'ett évidemment 
nue erreur, car elle est datée du 6 des calendes de lévrier. 

(3) On croit que le pape Innocent n'éciivitceltc lettre et les autres relatives à l'hé- 
résie de Pelage et de Céleslius qu'après avoir tenu un concile sur ce sujet. Les 
papes , dit ïilleniont dans ses Mémoires, n'ayant point alors accoutumé d'agir et 
d'écrire sur des affaires importantes sans assembler non-seulement leur clergé, mai? 
encore les évêques des environs et ceux qui se trouvaient àRoiuc. 



1 






I 



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— 172 — 

concile de Tours de l'an 566, mais dans la collection africaine il est 
attribué au concile de Carthage de l'an 418. 

N° 239. 

CONCILE DE TUSDRES, DANS LA BYSACÈNE. 

(tusdrense.) 

(L'an 417.) — Les pères de ce concile (1), après avoir lu la lettre dé- 
crétale du pape saint Sirice (2), firent les deux canons suivants : 

1 er canon. L'évêque qui ne viendra pas au concile , après en avoir été 
averti , devra être privé de la communion de l'Église. Ce canon n'est 
point applicable aux inlirmes et aux vieillards qui ne peuvent plus sortir. 

2 e canon. Il est défendu aux évêques députés au concile universel d'y 
admettre les évêques qui n'y auront point été députés. 



N» 240. 

CONCILE DE ROME. 

(roman un.) 

(L'an 417.) — A la nouvelle de leur condamnation par le Saint-Siège 
et par les évêques d'Afrique , Célestius et Pelage cherchèrent dans leur 
audace les moyens d'effacer la honte de cette flétrissure publique. Pelage 
écrivit au pape une lettre d'apologie; Célestius vint lui-même à Rome , 
sous prétexte de poursuivre l'appel qu'il avait interjeté, trois ans aupa- 
ravant , de la sentence rendue contre lui par le concile de Carthage. 
Durant cet intervalle , il était parvenu , en dissimulant adroitement ses 
erreurs, à se faire ordonner prêtre à Éphèse ; mais ayant essayé de les 
répandre à Constantinople, il en avait été chassé par l'évêque Atticus. Ce 
fut alors qu'il se rendit à Rome dans l'espoir d'engager dans ses intérêts 
une partie du clergé de celte Église , en l'absence de ses trois accusa- 
teurs, Paulin, Éros et Lazare. Saint Innocent, l'un des plus grands 
papes des premiers siècles , venait de mourir (3), après avoir excom- 
munié Célestius, Pelage et leurs sectateurs ; et on lui avait donné pour 
successeur Zozime , grec de nation , dont les décisions solennelles por- 



( i ) Nous ue connaissons ce concile que par celui de Téleptes , ou Telle ou Zelle, 
tenu l'année suivante. — Baluze , Nova collectio conciliorum, t. I , p. 366. 

(2) C'esl celle qu'il écrivit l'an 386 aux éveques d'Afrique. 

(3) 11 mourut le 1 2 mars 4 ■ 7. 



— 173 — 

tèrent le dernier coup à l'hérésie pélagienne. Célestius crut que l'occasion 
était favorable pour se faire rétablir dans la communion de l'Église, et 
à cet effet il présenta au nouveau pape une exposition de sa foi , dans 
laquelle il s'étendait fort longuement sur tous les articles du symbole , 
qu'on ne l'accusait pas d'altérer, depuis la confession de la Trinité et 
de l'unité de Dieu jusqu'à la résurrection des morts. Venant ensuite aux 
erreurs qu'on lui imputait : « S'il s'est élevé, ajoutait-il, quelques dis- 
i putes sur des questions qui ne tiennent point à la foi, je n'ai point pré- 
i tendu les décider, ni me faire auteur de nouveaux dogmes , mais je 
« soumets à votre examen les opinions que j'ai puisées dans l'étude de 
« l'Écriture, afin que si je me suis Irompé par ignorance vous me cor- 
« rigiez par voire jugement. Nous reconnaissons que l'on doit baptiser 
« les enfants pour la rémission des péchés, suivant la règle universelle 
c et l'autorité de l'Évangile, parce que le Seigneur a déclaré qu'on ne 
« peut obtenir le royaume des cieux sans être baptisé. Toutefois, nous 
t ne prétendons pas pour cela établir le péché transmis par la naissance, 
t ce qui est fort éloigné de la doctrine catholique ; car il est certain que 
« le péché ne nait pas avec l'homme , c'est l'homme qui le commet 
i après sa naissance ; il ne vient pas de la nature, mais de la volonté (1). > 
Comme on le voit , Célestius ne disait rien sur la grâce. 

Le pape Zozime convoqua donc une assemblée (2) du clergé de son 
église et de plusieurs évêques de divers pays pour juger la cause de 
Célestius. Après avoir examiné tout ce qui s'était passé jusque-là dans 
l'affaire de cet hérétique , on y lut , en sa présence , sa confession de 
foi, dont quelques assistants se montrèrent satisfaits, et le pape lui- 
même crut devoir s'abstenir de la censurer, non qu'il en approuvât les 
doctrines, mais parce que la soumission que le sectaire promettait dans 
cet écrit semblait être une raison suffisante pour user de ménagements 
envers lui. Il se borna donc à lui adresser diverses questions pour l'obli- 
ger à s'expliquer plus nettement sur les erreurs dont on l'accusait. Cé- 
lestius déclara qu'il les condamnait suivant le jugement du pape saint 
Innocent , et il réitéra de vive voix la promesse de rejeter tout ce que le 



a 






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(i) Saint Augustin, de peccalo originali, cap. v, vi , xxm ; — du ijratiâ Christi, 
cap. xxxin. — C'est tout ce qui nous reste de la confession de foi île Célestius. 
Quelques auteurs prétendent trouver la première partie de cette eiposition dans le 
191' sermon, delumpore, de saint Augustin ; d'autres , au contraire, pensent que le 
passage rapporté par ce saint docteur appartient à Pelage et non pas à Célestius. 

(s) Quoique cette assemblée ne soit point mise au rang des conciles par la plu- 
part des collecteurs, nous croyons néanmoins qu'elle peut passer pour un concile, 
à cause de la présence de plusieurs évêques. 



— 474 — 

Saint-Siège désapprouverait. Mais lorsqu'on lui proposa de condamner 
en particulier les erreurs spéciliées dans l'accusation du diacre Paulin , 
il refusa de le faire en se récriant contre la calomnie. 

Quant aux imputations contenues dans les lettres d'Éros et de Lazare 
il affirma qu'Éros lui avait témoigné son repentir de l'avoir accusé. Tou- 
tefois, malgré les réponses de Célestius, Zozime ne jugea pas à propos 
de l'absoudre de l'excommunication ; il prit un délai de deux mois, tant 
pour éprouver la sincérité de ses protestations , que pour demander 
quelques éclaircissements aux évèques d'Afrique, mieux instruits de 
cette affaire qu'il ne l'était lui-même. Mais il n'usa pas des mêmes ména- 
gements pour Éros et Lazare. Prévenu contre eux par les plaintes de 
Célestius et de Palrocle, évêque d'Arles, il rendit, malgré leur absence, 
un jugement qui les déclarait excommuniés et déposés de l'épiscopat. 
Ensuite il informa les évêques d'Afrique du jugement qu'il venait de 
rendre, en leur envoyant les actes de cette assemblée (i). 



N° 241. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(Vers le mois de septembre de l'an 417 (2). ) — Peu de temps après la 
dernière assemblée de Rome, le pape Zozime reçut une lettre (3) de 
Prayle, évêque de Jérusalem, qui lui recommandait la cause de Pelage, 
et le priait avec instances de s'y montrer favorable. A cette lettre en était 
jointe une autre de Pelage lui-même , renfermant sa profession de foi (4). 
Non moins habile et plus circonspect que son disciple Célestius , Pelage 
s'étendait comme lui fort longuement sur les points de doctrine dont il 
n'était pas question , et dissimulait , selon sa coutume, par des expres- 
sions équivoques , ses erreurs touchant la grâce et le péché originel , 
reconnaissant la nécessité du baptême pour les enfants comme pour les 
adultes, déclarant que l'homme a toujours besoin du secours divin , et 
protestant en outre d'une entière soumission au jugement du siège apo- 
stolique. Ces déclarations artificieuses trompèrent le pape et la p upart 



(i) Zozime, Epistola 1 ad Aiirelium. 

(i) Le P. Mansi place ce concile à la mi-janvier de l'an 4i8 ; d'autres au mois de 
novembre de l'an 4i7. 

(3) Celle lettre et la profession de foi de Pelage étaient adressées an pape Inno- 
cent, dont on ne connaissait encore à Jérusalem la mort. 

(4) Saint Augustin, île gratta Chris ti. — Décrétâtes , t. I, p. 916. 



— 175 — 

des évêques ; on crut que Céleslius et Pelage avaient été calomniés , et 
eurs accusateurs ne lurent plus considérés que comme des brouillons , 
qui ne cherchaient qu'à troubler la paix de l'Église par des imputations 
ausses et calomnieuses. Zozime écrivit aussitôt une seconde lettre aux 
évêques d'Afrique pour leur exprimer sa confiance en la sincérité de Pe- 
lage ; il traita fort durement les évêques Éros et Lazare, et blâma la 
prétendue facilité avec laquelle on avait jusqu'alors admis leur témoi- 
gnage. 

Dès la réception de cette lettre , Aurélius manda promptement à Car- 
tilage tous les évêques de sa province, et de concert avec eux il répon- 
dit au pape, le suppliant de laisser les choses dans l'état où elles se 
trouvaient alors et de ne point lever l'excommunication de Céleslius jus- 
qu'à ce que sa cause fût instruite à fond : ce que le Saint-Père accorda. 
Puis , il tint un concile de 214 évêques des provinces les plus voisines , 
de la Proconsulaire, de la Bysacène et de la Numidie , et fit dresser des 
canons dogmatiques (1) qui , dans la suite , lurent approuvés par le 
Saint-Siège et par toutes les Églises de la Chrétienté. On les envoya au 
pape avec une lettre synodale, dans laquelle le Concile déclarait s'en 
tenir à la sentence rendue par saint Innocent contre Pelage et Céles- 
lius, jusqu'à ce qu'ils eussent nettement confessé que la grâce nous 
aide , non-seulement pour connaître , mais pour nous conduire selon la 
justice en chacune de nos actions; en sorte que sans elle nous ne pou- 
vons rien avoir, penser, dire ou faire, qui appartienne à la vraie piété. 
Les évêques ajoutaient qu'il ne suffisait pas que Céleslius se fût vague- 
ment soumis au décret du pape Innocent; mais que pour lever tout sujet 
de scandale, il devait condamner spécialement et sans ambiguïté les 
erreurs contenues dans son livre , de peur que les évêques ou les fidèles 
ne s'imaginassent qu'elles avaient été approuvées par le Saint-Siège , et 
non que le sectaire les avaient rétraclées. Ils rappelaient au pape Zozime 
lejugementde saint Innocent sur le concile de Diospolis, lui expliquaient 

(i) On croit que les décrets de ce concile servirent de base à ceux du concile 
de Carlhage tenu l'année suivante. Mais il est évident que ce ne sont pas les mêmes, 
ainsi qu'on peut le voir par celui qui nous reste et que saint Prosper nous a con- 
servé dans un fragment de la lettre synodale du concile de Cannage de l'an 4>7. 
Il est conçu dans les mêmes termes que nous venons de rapporter : « Nous avons 
» ordonné que la sentence rendue par le vénérable Innocent , évêque du siège du 
» bienheureux apôtre Pierre, conlre Pelage et Céleslius, subsiste jusqu'à ce qu'ils 
» confessent nettement que la grâce de Jésus-Christ Notre Seigneur nous aide non- 
• seulement pour connaître , mais encore pour Bons conduire selon la justice eu 
« chacune de nos actions; en sorte que sans elle nous ne pouvons rien avoir, pen- 
« ser, dire ou faire qui appartienne à la vraie piété. » 









! , 



— 176 — 
tout ce qui s'était passé en Afrique dans l'affaire de Célestius , décou- 
vraient les artifices de la confession de foi de Pelage; et se justifiant 
enfin du reproche d'avoir cru légèrement les accusateurs de Célestius, 
ils insinuaient que Zozime lui-même avait trop facilement ajouté foi aux 
paroles du sectaire (1). 

N° 242. 

CONCILE DE TELLE, OU TÉLEPTES, OU LEPTES, 
OU ZELLE, DANS LA BYSACÈNE. 

(TELLENSE, VEL TELEPTENSE, VEL LEPTENSE, VEL 7.ELLENSE.) 

(Le 24 février (2) de l'an 418.) — Tout ce que l'on sait de ce con- 
cile, dont le nom est incertain (3), c'est qu'il fut composé de 33 évo- 
ques; que Donatien, qui est appelé dans les actes évêque du premier 
siège et de la ville de Téleptes , y présida ; et que Vincent de Culuse et 
Fortunatien de Naples, qui s'y trouvèrent en qualité de députés de la 
province proconsulaire, y demandèrent la lecture de la lettre du pape 
Sirice , adressée aux évoques d'Afrique l'an 586 (4). 

(i) Zozime, Epislola x. — Marius Mercator, Commonit. — Saint Augustin , de 
peccalo originali. — Saint Prosper, contra Collut., cap. V, num. 3. 
{i) Dupin , t. III, p. 880, dit le S2 février. 

(3) L'authenticité du concile de Telle, ou Téleptes, ou Leptes, ou Zelle , qui 
nous a conservé la lettre du pape saint Sirice , ne saurait être révoquée en doute ; 
niais on ne convient pas du nom de la ville où il fut célébré. 11 est dit dans le com- 
mencement des actes de ce concile qu'il a été tenu à Telle; mais quelques auteurs 
ont cru qu'il fallait lire Zelle au lieu de Telle, parce que le diacre Ferrand, dans sa 
collection , cite quelques canons sous le nom de Zelle. Le P. Sirmond croit qu'il 
faut lire Téleptes , parce que le président de ce concile fut Donatien, évêque de Té- 
leptes. Cependant il porte dans toutes les collections le nom de concile de Telle, et 
nous trouvons en effet dans la notice de la Proconsulaire d'Afrique qu'il y avait 
dans cette province une ville du nom de Telle qui avait son évêque. Quant à cette 
remarque d'un auteur que Ferrand cite des canons sous le nom du concile de Telle 
et de Zelle, il ne s'ensuit pas qu'il ait cru qu'ils fussent d'un même concile; il 
est, au contraire, probable que les canons rapportés dans sa collection sous ces 
deux noms différents appartiennent à deux conciles différents. 

Le P. Quesnel prétend que le concile de Telle et les canons rapportés dans Fer- 
rand sous son nom sont supposés. Telle , dit-il , étant une ville de la Proconsulaire , 
est-il croyable que l'on y ait tenu un concile des évêques de la Bysacène, et que Do- 
natien , métropolitain de cette province , y ait présidé ? Est-il encore croyable que 
l'on ait célébré un concile nombreux dans le même temps qu'un concile général des 
Églises d'Afrique était indiqué pour le 1" mai? Pourquoi suppose-l-on que les lé- 
gats de la Proeonsulaire se trouvèrent à un concile de la Bysacène? 

Ce qu'il est important de remarquer, c'est qu'il est parlé dans ce concile du con- 
cile tenu à Tusdres l'année précédente. 

(4) Bâhtfc, Nova collectio conciliorum , 1. 1, p. 3C8. 



— 177 — 

On attribue à ce" concile diverses ordonnances dont la plupart sont 
tirées de la lettre du pape Sirice ; les voici : 

1" canon. On ne doit point admettre dans le clergé celui qui après 
son baptême se sera enrôlé dans la milice séculière. 

2' canon. Un évêque ne pourra être ordonné que par trois évoques et 
avec le consentement par écrit des autres évoques de la province et l'ap- 
probation du métropolitain ou du primat. 

3 e canon. Un seul évêque ne pourra en ordonner un autre , si ce n'est 
l'évêque de Rome (1) (qui seul a pouvoir). 

4' canon. Les évêques , les prêtres et les diacres doivent vivre dans 
la continence. 

5 e canon. Les évêques choisis pour le jugement d'une affaire déter- 
mineront le lieu de l'assemblée. 

6 e canon. Un évêque qui , après avoir été sommé deux ou trois fois 
de se rendre devant le concile et qui négligera de le faire, devra être 
suspendu de la communion des autres évêques. 

7 e canon. Un clerc ne doit point épouser une veuve , et le laïque qui 
en aura épousé une ne devra point être admis dans le clergé. 

8 e canon. Une église ne doit point recevoir un clerc chassé d'une au- 
tre église. 

9 e canon. On doit recevoir par l'imposition des mains ceux qui vien- 
nent de l'hérésie des novatiens ou montagnards. 

10 e canon. Les décrets des anciens conciles doivent être observés par 
tous les fidèles. 



YA 



N° 245. 
CONCILE DE SCFFÊTULE , DANS LA BYSACÈNE. 

(SUFFETULF.NSE.) 

(L'an 418.) — Ce concile fit un canon qui défend d'élever un laïque 
à l'épiscopat , s'il n'a passé pendant une année entière par tous les de- 
grés du ministère ecclésiastique (2). 

(i) Ce décret, selon la remarque du P. Quesnel, est contraire aux canons et à 
l'usage reçu dans l'Église. 

(a) Ferrand, Breviatio canonum. — Baluze, Nova colleclio Conciliorum, t. I, 
p. 366. 



T. II. 



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— 178 — 

N° 844. 

CONCILE DE MACMANE, OU MÉCRIANE. 

(macrianum.) 

(L'an 418.) —Ce concile fit les deux canons suivants (I) : 
1" canon. Le suffrage de l'église matrice (métropolitaine) suffit pour 
l'élection d'un évêque. 

2 e canon. L'évêque inlerventeur (celui qui gouvernait une église va- 
cante) doit obliger les peuples à se choisir un évêque. Mais s'ils négli- 
gent de le faire, l'évêque inlerventeur doit se retirer, et ils resteront 
sans évêque jusqu'à ce qu'ils en aient élu un. 



N° 248. 
CONCILE DE SEPTIMUNIQUE , DANS LA BYSACÈNE. 

(SEPTIMUNICUM.) 

(L'an 418.) — Les évoques de ce concile firent six canons touchant 
la discipline ecclésiastique. Baluze (2) les rapporte d'après la collection 
du diacre Ferrand. 

1" canon. Le jugement de l'église matrice (métropolitaine) doit suf- 
fire pour l'élection d'un évêque (c'est- à dire qu'il n'était pas besoin dans 
ce cas d'appeler ni le clergé ni le peuple des autres églises du diocèse). 

2 e canon. Les évêques nommés pour juger une affaire en connaîtront 
dans un temps limité. 

3' canon. L'évêque qui ne viendra pas au concile après en avoir été 
averti, devra être privé de la communion de l'Église. Ce canon n'est 
point applicable aux infirmes et aux vieillards qui ne peuvent plus 
sortir. 

4 e canon. Le peuple ne doit point excommunier un; clerc , soit en pré- 
sence , soit en l'absence de l'évêque (5). 

5 e canon. Le jour du jeudi-saint on doit faire deux fois l'oblation. 

6 e cvnon. On ne doit point jeûner dans les cinquante joj-i du temps 
pascal. 



B.ilu?e, Nom colïecUo Conciliorum, t. I , 



(i) Ferrand, Breviatio canomim. 
p. 36?. 

(t>.) Nova collcctio Conciliorum , l. I , p .'-i6-. 

(3) Ce canon ne peut .'entendre (pie du refus que ferait le peuple de commun!- 
ipier avec ce clerc. 



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— 179 — 

N° 240. 

CONCILE DE TIIÈNES OU THENISE, DANS LA BYSACtNE. 

(thenesium.) 

(L'an 418.) — Ce concile fit trois canons île discipline : ils sont rap- 
portés parBaluze dans sa collection sur le témoignage du diacre Fer- 
ra nd. 

1" canon. S'il y a appel de la sentence des juges nommés par le pri- 
mat, on doit en nommer un plus grand nombre ; et s'il y a encore appel, 
l'affaire doit être portée au concile pour y être jugée. 

2 e canon. L'évèque qui ne viendra pas au concile , après en avoir été 
averti, devra être privé de la communion de l'Église : ce canon 
n'est point applicable aux infirmes et aux vieillards qui ne peuvent plus 

sortir. 

3 e canon. Celui qui est reconnu coupable de crimes ne doit point ser- 
vir d'accusateur. 

N° 247. 

CONCILE DE MAREZÈNE, DANS LA BYSACËNE. 

(SIAREZENSE.) 

(L'an 418.) — Le concile de Carthage de l'an 407 (1) avait défendu 
aux évèques, sous peine d'être privés de leur dignité , de demander à 
l'empereur des juges civils ; celui de Marezène semble leur permettre 
de recourir à ces juges , lorsqu'il s'agit d'obtenir d'eux quelque avan- 
tage contre les bérétiques. 11 défendit aux clercs de se trouver parmi 
des peuples étrangers sans l'aveu et la lettre formée de leur évêque. Il 
ordonna aussi que dans toute la Bysacène on observerait la même dis- 
cipline dans la célébration des sacrements (2). 

N° 248. 
CONCILE D'HIPPONE. 

(lUPPONENSE.) 

(L'an 418.) — Ce concile fit quatre canons rapportés par Baluz.e d'a- 
près la collection du diacre Fe rrand. 




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(i) Voir plus liant page \!\d. 
(?) Fen-anit, BrevtaUo cimoimm. — Ciliiz?; 
p, 36 7 . 



ffooa colleclio Concillorum, t. I ,.. 









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— 180 — 

1" canon. Un évêque excommunié par un concile ne doit point mé- 
priser celte censure, s'il ne veut perdre l'espoir d'èire rétabli. 

2 e canon. Les évêques ni les prêtres ne doivent point transférer ail- 
leurs les choses qui se trouvent dans les lieux où ils ont été ordonnés, 
a moins qu'ils n'en aient auparavant donné des raisons. 

3 e canon. Les évêques doivent tourner au profit de l'Église ce qu'ils 
auront acquis en leur nom ; mais ils pourront donner à qui bon leur 
semblera ce qui leur aura été donné. 

V canon. L'évêque de l'église matrice (ou métropolitaine) ne doit 
point usurper ce qui aura été donné aux autres églises de son diocèse. 
L'évêque ne doit pas vendre, sans l'avis du primat, les biens de son 
église; et les prêtres ne doivent pas également les vendre sans l'aveu 
de l'évêque. 

N° 249. i 

CONCILE DE CARTHAGE. 

(carthaginense.) 

(Le 1" mai de l'an 418.)— Les évêques d'Afrique, voulant confir- 
mer tout ce qu'ils avaient fait dans les conciles précédents contre Pelage 
et Célesiius, s'assemblèrent à Carthage le 1 er mai de l'an 418 , au nom- 
bre de plus de deux cents (1) de toutes les provinces , parmi lesquels se 
trouvaient aussi quelques évêques espagnols. Ils dressèrent contre les 
pélagiens neuf (2) canons dogmatiques , et firent en outre quelques rè- 
glements louchant les donatistes. 

1 er canon. Quiconque dira qu'Adam a été créé mortel , en sorte qu'il 
était destiné à mourir, soit qu'il péchât, soit qu'il ne péchât point, 
parce que sa mort n'a point été l'effet du péché, mais une loi de la na- 
ture ; qu'il soit analhème. 

2 e canon. Quiconque nie la nécessité du baptême pour les enfants 
nouveau-nés , ou bien qui , tout en avouant qu'on doit les baptiser pour 
la rémission des péchés, prétendent néanmoins qu'ils ne tirent d'Adam 
aucun péché originel qui doive être expié par la régénération , d'où il 
suit que la forme du baptême pour la rémission des péchés est fausse à 
leur égard ; qu'il soit analhème , car l'Apôtre a dit : « Par un homme le 
i péché est entré dans le monde, et par le péché la mort; ainsi la mort 

(0 PLotius, Code., 5.3, p. U, complc deux cem vingt-cinq cvèques; d'autres 
deux cent quatorze cl plus; quelques-uns, moins. 

(a) Q"elqucs auteurs ne rapportent qno huit canon,. Voir la note ». à la nace 
suivante. ».««•« jiu[,c 



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— 181 — 

i a pénétré en tous les hommes qui tous ont péché en lui (1). > Et les 
paroles de l'Apôtre ne doivent pas être entendues autrement que l'Église 
catholique , répandue sur toute la surface du globe , les a toujours en- 
tendues. 

5 e canon (2). Si quelqu'un dit que par ces paroles : < Il y a plusieurs 
i demeures dans le royaume de mon Père (5), » le Seigneur a voulu 
(aire entendre qu'il y a dans le royaume des cieux un lieu particulier où 
vivent heureux les enfants, qui sortent de celte vie sans baptême, 
sans lequel ils ne peuvent entrer dans le royaume des cieux , qui 
est la vie éternelle ; qu'il soit anathème. Car, puisque le Seigneur a 
dit: « Quiconque ne renaîtra pas de l'eau et du Saint Esprit ne peut 
i entrer dans le royaume des cieux (i), » quel catholique peut douter 
que celui qui ne méritera point d'être cohéritier de Jésus-Christ , 
n'ait sa part avec le diable? Celui qui ne sera point à la droite , sera 
sans aucun doute à la gauche. 

i c canon. Quiconque dira que la grâce de Dieu , ([ni nous justifie par 
Jésus-Christ, ne sert que pour la rémission des péchés déjà commis , 
et non pour nous aider à n'en plus commettre ; qu'il soit anathème. 

5' canon. Si quelqu'un dit que la même grâce de Dieu par Jésus- 
Christ notre Seigneur ne nous aide à ne plus pécher qu'en nous don- 
nant l'intelligence des commandements et nous apprenant ce que nous 
devons faire ou éviter, mais non pas en nous donnant encore d'aimer et 
de pouvoir ce que savons devoir faire ; qu'il soitanathème. Car, puisque 
l'Apotre dit que « la science enfle > et que « la charité édifie (5), » c'est 
une grande impiété de croire que nous avons la grâce de Jésus-Christ 
pour la science qui enfle et non pour la charité qui édifie. Savoir ce que 

(i) Êpilre aux romains, ch. v, v. 12. 

(2) Ce troisième canon, qui semble être une addition à celui qui précède, 11e se 
trouve point dans l'ancien code de l'Église d'Afrique. La plupart des collecteurs, et 
Denis-le-F'etit entre autres , ne l'ont point reconnu ; et dans les livres sur la grâce, 
attribués au pape Gélestin , on cite le 3 e , le 4 e cl le 5 e canon de ce concile de Car- 
thage, c'est-à-dire le 4 e , 1 e 5 e et le 6 e suivant notre division; niais on ne fait pas 
mention du 3 e que nous rapportons. 11 peut se faire , en effet , qu'il ait été ajouté 
ou considéré comme une explication du second. Toutefois, Pholius [Codex 53, p. 
4t et 44) ' e c ' te flans sa collection ; on le trouve aussi dans un ancien manuscrit et 
dans le code de l'Église romaine publié parle P. Quesnel, et saint Augustin [ad 
Bonifacium , lib. 11 , cap. 1 2) semble le reconnaître, lorsqu'il dit que les conciles et 
le pape avaient condamné l'erreur des pclagiens qui osaient accorder aux enfants 
non baptisés un lieu de salut et de repos hors du royaume des cieux. 

(3) Saint Jean, Evangile, eh. m, v. 5. 

(4) Idem, idem, cb. xiv, v. 2. 

. (5) 1" épttrt aux corinthiens, cit. vin, v. 1. 









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— 182 — 

nous devons faire et aimer à le faire , sont l'un el l'autre un don de 
Dieu , afin que la science ne puisse nous enfler et que la charité seule 
édifie en nous. Et s'il est écrit que < Dieu enseigne la science à l'homme (1 ), > 
il est aussi écrit que < la charité vient de Dieu (2). > 

6 e canon. Quiconque dira que la grâce de la justification a seulement 
pour objet de nous rendre plus facile l'accomplissement de la Loi, qui 
ne laisserait pas d'être possible sans elle , quoique difficilement , par la 
seule force du libre arbitre ; qu'il soit anathème. Car le Seigneur n'a 
pas dit : < Sans moi vous pouvez accomplir plus difficilement la Loi ; mais 
il a dit : a Sans moi vous ne pouvez rien faire. » 

7 e canon. L'apôtre saint Jean (5) a écrit : « Si nous disons que nous 
« sommes sans péché , nous nous séduisons nous-mêmes , et la vérité 
' n'est point en nous (4). » Quiconque entendra par ces paroles que 
par humilité nous ne devons pas dire que nous sommes sans péché , et 
non parce que véritablement nous ne sommes pas sans péché ; qu'il soit 
anathème. Car l'Apôtre ajoute : « Mais si nous confessons nos péchés , 
« Jésus-Christ est fidèle et juste pour nous les remettre el pour nous 
« purifier de toute iniquité. » Ce qui montre d'une manière évidente 
qu'il ne le dit pas par humilité seulement, mais selon la vérité. L'Apôtre 
pourrait dire : Si nous disons que nous n'avons point de péché, nous 
nous élevons , et l'humilité n'est point en nous. Mais en disant : « Nous 
« nous séduisons et la vérité n'est point en nous , » il montre assez que 
celui qui dit qu'il n'a point de péché ne parle pas avec vérité , mais 
avec fausseté. 

8 e canon. Quiconque dira que les saints (les justes) demandent dans 
l'oraison dominicale (5) la rémission des péchés , non pour eux-mêmes, 
parce que cette demande ne leur est plus nécessaire , mais en faveur 
des autres qui sont pécheurs , et que par cette raison ils ne disent pas : 
Remettez-moi mes péchés , mais remettez-nous nos péchés, de sorte 
que l'on croie que le juste adresse sa demande à Dieu plutôt pour les 
autres que pour lui ; qu'il soit anathème. Car l'apôtre saint Jacques était 
saint et juste, et cependant il disait : < Nous faisons tous beaucoup de 
« fautes (6). » Mais pourquoi ajoute-t-il le mot < tous , » si ce n'est 
pour être d'accord avec cette parole du prophète David : « Seigneur, 



(i) Psaume g3,v. 10. 

(2) Saint Jean, i" épitre, ch. iv, v. 7. 

(3) Et non pas saint Jacques , comme le dit Dupin , t. III , p. 877. 

(4) i" épitre, ch. 1, v. 8. 

(5) Saint Matthieu , Evangile, ch, iv, v. 12. 

(6) Epitre , ch. 111, v. 2. 



— 185 — 

c n'entrez pas en jugement avec votre serviteur, parce que nul homme 
, vivant ne sera trouvé juste devant vous (1) ; » et avec la prière du 
sage Salomon : < Il n'y a personne qui ne pèche (-2) ; > et avec le livre du 
saint Job : « Il met comme un sceau sur la main de tous les hommes , 
« afin qu'ils connaissent tous leurs œuvres (5)? > C'est pourquoi le saint, 
le juste Daniel ayant dit au pluriel dans sa prière : < Nous avons péché, 
« nous avons commis l'iniquité (4), > ce qu'il confesse véritablement et 
humblement, de peur qu'on ne crût qu'il l'eût dit des péchés de son 
peuple plutôt que des siens , il dit ensuite : « Lorsque je priais encore et 
« que je confessais mes péchés et les péchés d'Israël mon peuple (5). » 
Il n'a pas voulu dire nos péchés, mais il a dit les péchés de son peuple 
ci les siens, parce qu'il prévoyait comme prophète qu'il se rencontrerait 
dans l'avenir des hommes qui entendraient si mal cette parole : « Re- 
f mettez-nous nos péchés. » 

9 e canon. Ceux qui veulent que ces mêmes paroles de l'oraison domi- 
nicale : « Remettez-nous nos péchés i soient diies par les saints, seule- 
ment par humilité et non pas avec vérité ; qu'ils soient anathèmes. Car 
qui peut souffrir celui qui dans la prière ne ment pas aux hommes seu- 
lement, mais à Dieu lui-même; qui dit des lèvres qu'il veut que ses 
péchés lui soient remis , et qui , dans le foud de son cœur, dit qu'il n'a 
point de péchés qui doivent lui être remis? 

Après avoir dressé ces canons , qui regardent particulièrement les 
pélagiens, les Pères du concile de Carthage Hrenl dix autres règlements 
touchant les donatisles, pour déterminer à qui devaient appartenir les 
églises particulières qui revenaient à l'unité, et comment les évéques 
convertis avec leur peuple devaient partager le diocèse avec les évéques 
catholiques. Dans le concile de Carthage du 15 juillet 407, il avait été 
ordonné (7 e canon) que les Églises et les peuples donatisles, convertis 
avant [la loi d'Honorius de l'an 405, resteraient sous la juridiction de 
l'évêque qui les aurait convertis , et que ceux qui , depuis celle loi , re- 
tourneraient à l'unité , seraient soumis à la juridiction de l'évêque dont 
ils dépendaient avant le schisme des donatisles (0). Mais ce règlement 
ayant occasionné diverses contestations entre le6 évéques, le concile de 



(1) Psaume 1^1, v. 2. 

(2) a° ParaUpom'enes , ch. vl , v. 36. 

(3) Job, ch. xxxvn, v. 7. 

(4) Ch. îx, v. 5. 

(5) Idem, v. 20. 

(6) Voir plus haut page i-j- de celle Histoire. 



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— 184 — 

Canhage de l'an 418 crut devoir y apporter quelque changement. C'est 
le sujet du premier canon. 

1 er canon. En quelque lieu que ce soit , les donatistes convertis se- 
ront soumis à la juridiction de l'évêque que reconnaissent les catholi- 
ques de ce lieu. 

2« canon. Lorsqu'il y aura deux évéques dans un même diocèse , 
l'ancien catholique et le donatiste converti , les paroisses qui dépen- 
daient de l'un et de l'autre de ces deux évéques seront partagées entre 
eux : le plus ancien partagera et l'autre choisira. Mais s'il n'y a qu'un 
seul lieu , où les catholiques et les donatistes se trouvent mêlés , il pas- 
sera sous la juridiction de l'évêque le plus proche ; et s'ils sont tous 
deux également éloignés, le peuple choisira son évoque à la pluralité des 
voix. Les voix étant égales de part et d'autre, l'évêque le plus ancien 
d'élection l'emportera. S'il y a plusieurs lieux qui ne puissent se par- 
tager d'une manière égale, ce qui arriverait si le nombre de paroisses 
était impair, on partagera ce qui sera susceptible de partage, et pour la 
paroisse restant on fera comme s'il n'y en avait qu'une. 

5 e canon. On ne pourra plus redemander une église , après trois ans 
de possession , à ceux qui en auront converti le peuple avant ou après la 
loi d'Honorius. 

i' canon. Un évêque ne doit point troubler par voie de fait la posses- 
sion de son confrère , sans avoir fait auparavant juger la contestation 
par des évéques voisins choisis à l'amiable, ou par ceux que le métro- 
politain ou le primat leur aura donnés pour juges. 

5 e canon. Les évéques qui ne travailleront pas à l'extinction du 
schisme des donatistes dans les lieux dépendants de leur diocèse , de- 
vront être avertis de leur devoir par leurs confrères les plus vigilants et 
les plus voisins ; et si après cet avertissement un évêque laissait écouler 
six mois sans obliger les schismaliques à la réunion , et qu'il fût évident 
qu'il y a eu négligence de sa part, ils passeraient sous la juridiction de 
l'évêque qui les aurait convertis , à moins que l'évêque dans le diocèse 
duquel ils étaient ne prouvât que ces peuples ne se sont donnés à un 
autre que pour mieux vivre à leur fantaisie ; dans ce cas les juges sou- 
mettront ces peuples à l'Eglise de laquelle ils dépendent naturellement. 
S'il y a contestation entre des évéques de différentes provinces , le mé- 
tropolitain de la province où est situé le lieu qui fait l'objet de la con- 
testation , nommera des juges , ou bien les parties en choisiront à l'amia- 
ble un ou trois : dans ce cas le sentiment des trois ou de deux prévaudra. 

6 e canon. On ne peut point appeler du jugement des juges que l'on 
aura choisis d'un consentement commun. 



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— 185 — 



V canon. Un évêque averti de travailler à la réunion des donatistes 
et qui six mois après cet avertissement ne l'aura point fait, ne commu- 
niquera avec personne jusqu'à ce qu'il les ait convertis. 

8 e canon. Si un évêque déclare que les donatistes se sont réunis à l'É- 
glise catholique, et que cela se trouve faux , il perdra son évèché. 

9 e canon. Les prêtres , les diacres et les autres clercs inférieurs , qui 
se plaindront du jugement de leur évêque , se pourvoiront devant les 
évêques voisins , du consentement de leur évêque; s'ils appellent de ce 
second jugement, ils devront porter leur appel au concile d'Afrique ou 
aux primats de leurs provinces , et celui qui en appellera à des juges 
d'outre-mer, ne sera reçu à la communion de personne en Afrique. 

10 e canon. On peut donner le voile aux vierges qui n'ont pas encore 
atteint l'âge de 25 ans, si, étant en danger de mort, elles sollicitent 
cette grâce de concert avec leurs parents, ou bien si elles sont en danger 
de perdre leur chasteté par la puissance de ceux qui les demanderaient 
en mariage. 

Le Concile , ne voulant pas retenir plus longtemps tous les évêques 
assemblés , choisit de chaque province trois commissaires pour juger 
toutes les affaires particulières de concert avec Aurélius de Carthage , 
qui fut prié par le Concile de souscrire tous les actes et toutes les lettres. 
Vincent, Fortunatien et Clarus représentèrent la province de Carthage; 
Alypius, Augustin et Restitut , laNumidie; Cresconius, Jocundus et 
Amélien , avec le vieillard Donatien , primat de la Mauritanie, furent 
les commissaires de la Bysacène; la province de Slèfe eut pour repré- 
sentants Séverin , Asiatique et Donat ; et la province de Tripoli n'eut , 
suivant la coutume , qu'un seul député, Plautius. 

La lettre synodale, écrite à Zozime au nom du Concile , n'est point 
parvenue jusqu'à nous : il nous en reste quelques fragments dans les 
écrits de saint Augustin. Les évêques d'Afrique y disaient au pape qu'il 
ne suffisait pas que Célestius eût dit en général qu'il s'accordait avec la 
doctrine exprimée dans les lettres d'Innocent, mais qu'il devait anathé- 
matiser clairement les erreurs enseignées dans ses livres , afin que per- 
sonne ne pût croire que le siège apostolique les eût approuvées (1). Ils 
lui rappelaient aussi le jugement du pape Innocent sur le concile de 
Diospolis , où Pelage se vantait d'avoir été absous ; ils lui découvraient 
l'artifice de sa confession de foi envoyée à Rome et réfutaient toutes les 
chicanes des hérétiques (2). 



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(0 Ad Bonifacium, lib. n, cap. 3, 4- 

(2) De peccalo oriyinali f cap. vin* — Marins Mercator, CominonU., p. i38, qui 
parle aussi de celle lettre, dit seulement epic les éviîqucs de ce concile y exposaient 






— 186 — 

Mais, avant de recevoir les décrets de ce concile, le pape Zozimc 
avait déjà reconnu qu'il s'était laissé surprendre par les deux chefs de 
l'hérésie pélagienne. La première lettre des évêques d'Afrique (1), le 
zèle que témoignaient les fidèles de Rome contre les sectaires dont ils 
connaissaient par eux-mêmes les erreurs, enfin la lecture de quelques 
écrits de Pelage et en particulier de ses commentaires sur saint Paul , 
l'avaient déterminé à interroger de nouveau Céleslius , pour en obtenir 
une réponse précise sur chacun des points signalés par les évêques d'A- 
frique. Mais Célestius , craignant cette nouvelle épreuve , s'enfuit secrè- 
tement de Rome. Convaincu de la culpabilité de cet hérétique , Zozimc 
rendit alors une sentence , par laquelle il confirma les décrets du con- 
cile d'Afrique de l'an 417 et condamna Pelage et Célestius , les rédui- 
sant au rang de pénitents s'ils consentaient à abjurer leurs erreurs, et 
les excommuniant absolument s'ils refusaient de le faire. Le pape no- 
tifia celte sentence aux évêques d'Afrique en particulier et généralement 
à tous les évêques du monde , leur ordonnant d'y souscrire ; il écrivit 
en même temps une lettre fort étendue, dans laquelle il réfute toutes 
les erreurs des pélagiens et établit avec autant de netteté que de force 
la doctrine catholique sur le péché originel et sur la nécessité de la grâce 
pour toutes les bonnes œuvres (2). 

Les évêques souscrivirent partout à la condamnation du Pélagia- 
nisme. Ceux qui s'y refusèrent furent canoniquement déposés , et en- 
suite chassés en vertu des lois impériales ; mais la plupart d'entre eux 
ne lardèrent pas à se soumettre et furent rétablis dans leurs églises. 11 
y en eut dix-huit qui demeurèrent obstinément dans l'erreur ; de ce 
nombre fut le fameux Julien , évêque d'Éclane en Italie. Ces évêques 
hérétiques, sommés de souscrire à la lettre du pape Zozime, répondi- 
rent par une confession de foi à peu près semblable à celles de Pelage et 
de Célestius, ajoutant qu'ils ne pouvaient condamner des absents, et 
que si , au lieu de chercher à les convaincre, on voulait exciter du scan- 
dale à ce sujet , ils en appelaient à un concile universel. Le souverain 
pontife , sans tenir compte de leurs vaines protestations , les déposa de 
l'épiscopat, et l'empereur Honorius appuya ce jugement par son au- 
torité. 



au pape tout ce qui ('était fait eu Afrique dans l'affaire de Célestius , soit en sa pré- 
sence , soit en son absence , et qu'ils lui en envoyèrent les actes et les décrets contre 
l'hérésie de Pelage. 

(i) Voir plus haut page 170. 

(2) Saint Augustin, de peccalo originali , cap. xxi, xxu. — Maritts Metcalor, 
Commonit. 




I 



— 187 — 

Dès ce moment, les pélagiens , partout démasqués , demandèrent par 
subterfuge la convocation d'un concile universel , voulant que leur doc- 
trine y fût examinée de nouveau ; mais saint Auguslin leur montra 
qu'en s' élevant contre le jugement solennel qui les avait condamnés , 
ils tenaient le langage de tous les hérétiques. « Votre cause , leur di- 
« sait-il , vient d'être jugée par les évoques à qui il appartient de pro- 
< noncer ; il ne s'agit plus d'examiner, mais de se soumettre. Les déci- 
« sions des deux conciles ont été envoyées au siège apostolique, et la 
« réponse en est venue : la cause est finie (1). > 



No 230. 

CONCILE D'ANTIOCHE. 

(antiocuenum.) 

(Vers l'an 418 (2).) — Chassés de l'Italie, où tous les évêques avaient 
dit analhème à leur doctrine, les pélagiens cherchèrent à surprendre les 
orientaux et à les intéresser à leur cause en se présentant comme les vic- 
imes d'une injuste persécution. Mais partout ils furent repoussés. Quel- 
ques-uns s'étant rendus à Constantinople , l'évêque Atticus ne leur per- 
mit pas d'y séjourner; d'autres allèrent à Éphèse, et n'y furent pas 
mieux accueillis. Pelage lui-même, accusé de nouveau par Éros et Lazare, 
fut condamné dans un concile d'Antioche et chassé de Jérusalem par 
l'rayle , évêque de cette ville. Théodote , évêque d'Antioche , présida 
cette assemblée (3). 

N° 231. 
CONCILE DE VALENCE , EN DAUPH1NÉ. 

(VALENTINCM.) 

(L'an 419.) — Les évêques de la Viennoise examinèrent dans ce con : 
cile diverses accusations portées contre l'évêque de Valence. 

(i) Contra Julianum pelagianum , lib. m, cap. I. — Senno i3i. 

(2) La date de ce concile, dont il est parlé dans Marius Mercator, est incertaine ; 
mais il y a apparence qu'il se tint l'an 4i8, c'esl-à-dire après la condamnation de 
Pelage et de Célestius par le pape Zozime. 

(3) Marius Mercator, Commonlt. 






I 




— 188 — 

N° 2i52. 
CONCILE DE RAVENNE. 

(RAVENN.YTENSE.) 

(Mois de février (1) de l'an 419.) — Le pape Zozime (2) étant mort le 
26 décembre de l'an 418, il s'éleva de grandes contestations à Rome au 
sujet de son successeur. Avant même la célébration de ses funérailles , 
l'archidiacre Eulalius s'empara de l'église de Lalran , et , avec les suf- 
frages de quelques prêtres, de quelques diacres et d'une partie du peu- 
ple, se ût ordonner pape par l'évêque d'Oslie , qu'il avait fait venir se- 
crètement à Rome. D'un autre côté , la plus grande partie du peuple et 
du clergé élut le saint prêtre Boniface , vieillard très-versé dans les 
sciences ecclésiastiques, renommé pour la pureté de ses mœurs, et 
d'autant plus digne du siège pontifical qu'il montrait plus de répugnance 
à l'accepter. Boniface fut ordonné par neuf évêques de diverses pro- 
vinces, et installé dans la basilique de Saint-Pierre; soixante-dix prêtres 
environ souscrivirent l'acte de son ordination. Informé de ces fâcheuses 
divisions , et prévenu par le préfet Symraaque en faveur d'Eulalius , 
l'empereur ordonna de chasser Boniface de Rome et d'employer même 
la force s'il résistait. Mais les prêtres qui avaient élu le saint vieillard 
écrivirent à Honorius pour lui faire connaître la vérité , le priant d'ap- 
peler à Ravenne Eulalius avec les clercs de son parti, et promettant de 
s'y rendre avec Boniface. L'empereur ayant égard à cette requête, fit 
surseoir à l'exécution de son premier rescrit, ordonna à Eulalius et à Bo- 
niface de se trouver à Ravenne le 8 février de l'an 419, et réunit 
dans cette ville plusieurs évêques de diverses provinces pour juger ce dif- 
férend. Dès l'ouverture du concile, les évêques ordonnèrent, avec l'agré- 
ment de l'empereur , que les prélats qui avaient assisté et souscrit aux 
deux ordinations contestées , ne seraient reçus ni comme juges ni 
comme témoins. Malgré cette sage précaution, les sentiments se trou- 
vant encore trop partagés, l'empereur remit la décision au 1" mai ; et 
comme la fêle de pâques approchait (3), les évêques résolurent, du con- 

(t) Dupin, t. III, p. 897, dit que ce concile fut assemblé au mois d'avril; mais 
il est dans l'erreur, puisque le concile n'ayant pu rien décider s'ajourna au I e ' mai , 
à cause de la fête de pâques , qui tombait cette année-là le 3o mars. 

(1) On croit que c'est ce pape qui ordonna aux diacres de porter sur le bras 
gauche, dans l'exercice de leurs fonctions, des serviettes de lin, d'où le manipule 
lire son origine, et qui permit de bénir le cierge pascal dans toutes les paroisses, 
ce qui ne se faisait alors que dans les principales églises. 

(3) Elle tombait cette aunéc-là le trentième de mars. 






— 189 — 

senlement de l'empereur, que , pour éviter quelque sédition parmi le 
peuple, Boniface et Eulalius sortiraient de Rome, et que les saints mys- 
tères y seraient célébrés par Achille, évêque de Spoletlo, qui ne s'était 
prononcé pour aucun parti. Honorius prolongea de nouveau jusqu'au 
13 juin le délai fixé pour la tenue du concile, afin de pouvoir convoquer 
un plus grand nombre d'évêques d'Italie , des Gaules et de l'Afrique. 
Il écrivit en particulier à saint Paulin de Noie, à saint Aurélius de Car- 
thage, à saint Augustin et à son ami saint Alypius , évéque de Tugaste. 
Mais Eulalius ne tint aucun compte de la défense qui lui avait été 
faite de venir à Home pendant les l'êtes de pàques. Il entra dans la ville 
à l'insu du préfet Symmaque, et y causa un si grand tumulte, que l'em- 
pereur lui ordonna par un rescrit d'en sortir, sous peine d'être déclin 
de ses prétentions et privé de sa liberté. Au lieu d'obéir à cet ordre 
impérial , Eulalius rassembla ses partisans et s'empara de l'église de 
Latran, où il administra le baptême et célébra la pâque. Symmaque le 
fit alors chasser de Rome; et l'empereur, le déclarant par un nouveau 
rescrit légitimement banni, autorisa Roniface à rentier dans la ville pour 
y prendre le gouvernement de l'Église. Le concile indiqué pour le 
13 juin devenant alors inutile par le rétablissement delà paix, les évo- 
ques qui y avaient été convoqués furent contrebandes par ordre de 
l'empereur (1}. 

N° 233. 
VI e CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTIIACtNENSE VI.) 

(Les 2a mai et 1" juin de l'an 419.) — Peu de temps avant l'élection 
du pape Boniface , le prêtre Apiarius , accusé par les habitants de Ta- 
braca de plusieurs fautes considérables, fut déposé et excommnnié par 
Urbain, évêque de Sicca dans la Mauritanie césarienne. Apiarius appela 
de cette sentence au pape, quoique ces sortes d'appels eussent été dé- 
fendus par plusieurs conciles d'Afrique , et notamment par celui de 
Carthage de l'an 418 , 9 r canon, et que le saint concile de Nicée eût 
ordonné (5* canon) que les affaires des ecclésiastiques seraient jugées 
dans leur province. Le pape Zozime reçut l'appel d'Apiarius ; mais , 
informé que les évêques d'Afrique se plaignaient quVn recevant ce 
prêtre il avait violé les régies de l'Église, qui défendent à un évêque de 
recevoir à sa communion un clerc ou un laïque excommunié par son 
propre évêque, il envoya trois légats en Afrique, Faustin, évêque de 

(i) Baronius, Annules, 




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— 190 — 
Potenline, Asellus et Philippe, prêtres de Rome, pour juger l'affaire 
il'Apiarius , de concert avec les prélats africains. 

Quelques évêqnes s'étant donc assemblés a Carlhage vers la fin de 
l'an 418 (1), pour entendre les légats du pape, ceux-ci exposèrent leur 
commission, qui renfermait quatre points irès-importanls. Le premier 
autorisait les appellations des évêques au Saint-Siège, dont il est parlé 
dans les 5 e et 5 e canons de Sardique ; le second défendait les voyages 
fréquents des évêques à la cour ; le troisième voulait qu'on permît 
aux prêlres et aux clercs inférieurs, en vertu du 14 e canon de Sar- 
dique, de se pourvoir devant les évoques voisins contre les juge- 
ments de leur propre évêque ; et le quatrième demandait le rétablisse- 
ment d'Apiarius ou l'excommunication de l'évêque Urbain, voulant 
même qu'il fût sommé de comparaître à Rome pour se justifier des ac- 
cusations qu'Apiarius avait portées contre lui. Les évêques d'Afrique 
approuvèrent le second point , relatif aux voyages fréquents des évê- 
ques à la cour ; ils avaient d'ailleurs eux-mêmes fait un règlement por- 
tant défense aux évêques et aux prêtres d'aller à la cour sous de légers 
prétextes. Le troisième était conforme à la discipline établie en 
Afrique par plusieurs conciles, et tout récemment encore par le concile 
de Carthage de l'an 418. A l'égard du quatrième, ils satisfirent au pape 
en accommodant l'affaire d'Apiarius : on le releva de la déposition et de 
l'excommunication ; mais on l'obligea, par mesure de prudence, à quitter 
l'Église de Sicca, et il fut transféré dans un autre diocèse. Quant au pre- 
mier point, relatif à l'appel des évêques, les prélats africains firent d'a- 
bord quelques difficultés de s'y soumettre, quoique ce décret ne fit que 
confirmer l'ancienne discipline de l'Église (2). Le pape se fondait sur les 
canons du concile de Sardique , qu'il citait sous le nom de celui de Ni- 
cée , parce que le premier était regardé , pour ainsi dire , comme la 
continuation du dernier, et qu'on en trouvait les règlements inscrits dans 
le code de l'Église romaine à la suite de ceux de Nicée (5) , dont ils 
avaient et le nom et l'aulorité, afin de les distinguer ainsi des nombreux 
canons dressés par des conciles ariens ou semi-ariens. Mais les évêques 
africains ne connaissaient pas les canons de Sardique , parce que les 
malheurs des temps avaient fait perdre les actes véritables de ce concile 
et que lesdonaiistes avaient substitué à ces actes ceux du conciliabule 



(i) 11 ne nous reste rie» des actes de celle assemblée. Quelques ailleurs l'ont mise 
au rang des conciles d'Afrique. 

(2) Voir le t. 1 , p. î56, note (i) de cette Histoire. 

(3) Voir le t. I , p. 260 de celle Histoire. 



— 191 — 

arien de Philippopolis (I). Aussi, lorsque les légats du pape eurent donné 
leclureaux évêques réunis à Carlhage des canons invoqués par Zozime, 
lousles évêques répondirent qu'ils ne trouvaient point ces canons dans 
les exemplaires des actes du concile de Nicée que l'on conservait en 
Afrique ; mais que toutefois, par respect pour celle sainte assemblée, ils 
s'y soumettraient provisoirement jusqu'à ce qu'ils eussent élé mieux in- 
formés des véritables décrets de Nicée; et ce fut dans ce sens qu'ils 
écrivirent au pape une lettre qui n'est point arrivée jusqu'à nous. 

Sur ces entrefaites, Zozime étant mort, les légats qu'il avait envoyés 
en Afrique assistèrent au concile général qui se lint à Carlhage le i'i mai 
de l'an il9, sous la présidence d'Aurélius, et où se trouvèrent deux 
cent dix-sept évêques venus des deux INumidies , de la Bysacène , des 
deux Mauritanies, de la Tripolitaine et de la Proconsulaire. On y lut de 
nouveau les instructions données par le pape Zozime à ses légats , et le 
Concile décida qu'on s'adresserait aux évêques d'Antioche , de Constan- 
tinople et d'Alexandrie , pour avoir des copies exactes et authentiques 
des canons de Nicée. Les évêques écrivirent au pape Boniface une lettre 
où ils lui promettaient, en attendant la réception de ces copies , d'ob- 
server les canons cites dans les instructions des légats ; « cl si ces ca- 
« nons, disaient-ils, sont contenus dans le concile de Nicée et observés 
« chez vous, en Italie, nous ne prétendons plus réclamer et nous dé- 
i fendre de les subir ; mais si on ne les trouve pas parmi les canons de 
» Nicée, nous avons la confiance que Votre Sainteté ne dérogera poinl à 
< nos anciennes coutumes, j 

On lut ensuite les canons et le symbole de Nicée , tels qu'ils avaient 
été apportés en Afrique par Cécilien de Carlhage; après quoi, l'on lit 
trente-trois canons de discipline, presque tous renouvelés des conciles 
précédents. 

1 er canon. Ce premier canon n'est qu'une réllexion d'Aurélius sur les 
décrets du concile de Nicée tels qu'ils se trouvaient dans l'exemplaire de 
Cécilien, et de l'observation desquels on fil un devoir. 

2 e canon. Ce canon est une profession de foi de la trinilé du Père, 
du Fils et du Saint-Esprit en une unité de substance , sans aucune dif- 
férence. 

3 e canon. Les évêques, les prêtres et les diacres doivent garder la 
continence , s'ils veulent se conformer à l'enseignement des apôtres et 
à la tradition , et à l'obligation que leur impose le saint ministère. 

4 e canon. Sur la demande du légat Faiistin , on confirma dais c ! ci- 







(l) Voir le I. I, p, a6l de celle Histoire. 



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— 195 — 
non ce qui avait été réglé dans le précédent touchant la continence des 
clercs. 

5 e canon. Un clerc ne doit point anticiper sur le territoire de ses 
confrères ou aller au delà des bornes posées par les anciens , ni prêter 
à usure , cela n'étant pas même permis aux laïques. 

6 e canon. Les prêlres ne doivent point consacrer le saint chrême , 
réconcilier publiquement les pénitents , ni consacrer les vierges. 

7 e canon. Mais en l'absence de l'évêque , les prêtres pourront récon- 
cilier un pénitent sur sa demande en cas de nécessité. 

8 e canon. Qn ne doit point recevoir contre un ancien ni contre un 
évêque l'accusation d'un homme coupable de quelque crime. 

9 e canon. Si quelqu'un , après avoir été chassé de l'Église pour ses 
crimes , est admis à la communion par un évêque ou par un prêtre 
étranger, les communiquants doivent être déclarés coupables du même 
crime que l'excommunié (1). 

10 e canon. Si un prêtre , repris par son évêque , a la témérité d'offrir 
séparément des sacrifices à Dieu , ou d'ériger autel contre autel , au 
mépris de la foi et de la discipline ecclésiastique ; qu'il soit anathème. 

11 e canon. Un prêtre, repris par son évêque, peut porter sa plainte 
et sa cause devant les évêques voisins ; mais s'il fait schisme avec son 
évêque et qu'il offre séparément le sacrifice ; qu'il soit déposé et ana- 
thème. 

12 e canon. Un évêque accusé doit être jugé par douze évêques, un 
prêtre par six évêques avec son propre évêque, et un diacre par trois 
seulement. 

15 e canon. On ne pourra ordonner un évêque sans l'aveu du primat 
de chaque province , et trois évêques au moins assisteront à son ordi- 
nation. 

14' canon. A cause de la rareté des évêques dans la Tripolitaine, 
un prêtre pourra être jugé par cinq évêques et un diacre par deux, en 
présence de l'évêque diocésain. Un seul évêque pourra être député de 
celle province. 

15 e canon. 11 est défendu aux clercs, évêques, prêlres, diacres ou 
autres, de se pourvoir devant les juges civils, quand ils sont cités de- 
vant les juges ecclésiastiques. S'il s'agit d'une affaire criminelle , ils doi- 
vent être déposés , quand même ils gagneraient leur procès ; si l'affaire 
est civile , ils perdront ce qu'ils auront gagné. Si la sentence des pre- 
miers juges ecclésiastiques se trouve infirmée par un jugement supé- 

(i) Ce canon lut Fait à la demande de saini Aiij'iisiin. 



— 193 — 
rieur, il [ne pourra en résulter aucun préjudice contre les premiers 
juges , à moins qu'ils ne soient convaincus d'avoir cédé à la passion ou à 
la faveur. On ne pourra appeler du jugement rendu par des juges choi- 
sis du consentement des parties, quand même lisseraient en nombre 
inférieur à celui marqué par les canons. Il est aussi défendu aux enfants 
des prêtres de donner des spectacles publics, ou d'y assister, à cause 
des blasphèmes dont ils sont accompagnés. 

16» canon. 11 est défendu aux évoques, aux prêtres et aux diacres 
d'être fermier ou procureur, ou de gagner leur vie par des commerces 
sordides; car ils doivent se souvenir de ce qui est écrit : « Celui qui est 
« enrôlé au service de Dieu ne doit point s'embarrasser dans les affaires 
« séculières (1). » Les lecteurs parvenus à l'âge de puberté doivent se 
marier ou faire vœu de continence. Il est défendu aux clercs de prêter de 
l'argent ou toute autre chose à intérêt. Les diacres ne doivent point être 
ordonnés, ni les vierges consacrées avant l'âge de 25 ans. Les lecteurs 
ne doivent point saluer le peuple (c'est-à-dire lui adresser la parole 
lorsqu'ils lisent les saintes Écritures , comme les évêques ont coutume 
de le faire lorsqu'ils prêchent). 

17 e canon. La province de Sièfe, qui a été séparée de la Numidie, a 
le droit d'avoir son primat (ou métropolitain). 

18' canon. Les évêques doivent instruire ceux qu'ils ordonnent de» 
canons des conciles , afin qu'ils n'y contreviennent point par ignorance. 
On ne doit point donner l'Eucharistie aux morts, car il est écrit : c Re- 
cevez et mangez ; « et les cadavres ne peuvent ni boire ni manger. On 
ne doit pas non plus baptiser les morts. On doit célébrer tous les ans 
des conciles provinciaux , afin que les affaires ecclésiastiques ne soient 
point négligées , ce qui se fait toujours au détriment des peuples. 

49 e canon. Celui qui accuse un évêque doit le déférer au primat de 
la province , qui citera l'accusé à comparaître dans un mois devant lui 
et devant les juges choisis à cet effet d'examiner sa cause. Pendant ce 
temps, l'accusé ne sera pa6 privé de la communion. S'il ne comparaît 
pas au jour fixé par la citation , et qu'il donne une excuse valable, on 
lui accordera un second délai d'un mois ; mais alors s'il ne comparaît 
pas, il demeurera séparé de la communion jusqu'à ce qu'il se soit justifié. 
Ets'il ne vient pas au concile général pour y faire juger sa cause, il sera 
censé s'être condamné lui même. Quant à l'accusateur, s'il comparait, 
il ne sera point séparé de la communion ; mais s'd néglige de le faire, 
il en sera privé , sans perdre néanmoins pour cela le pouvoir de pour- 






(i) Saint Paul , »« i>ptlre ù Timothée, ch. Il , v. 4^ 

T. II. 



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— 194 — 

suivre son accusation. Onjne doit pas admettre comme accusateur une 
personne coupable d'un crime , à moins qu'elle n'intente l'accusation 
pour son propre intérêt , et pourvu toutefois que ce ne soit pas en ma- 
tière ecclésiastique. 

20 e canon. Ce canon prescrit les mêmes formalités et les mêmes dé- 
lais lorsqu'une accusation est intentée contre un prêtre ou contre un 
diacre. L'évêqne appellera six évêques voisins pour juger la cause d'un 
prêtre , trois seulement pour celle d'un diacre , et à l'égard des autres 
clercs , lui seul en connaîtra.' 

21 e canon. Il est défendu aux enfants des clercs d'épouser des femmes 
hérétiques ou païennes. 

22 e canon. Il est défendu aux évêques et aux clercs de donner leurs 
biens à ceux qui ne sont pas chrétiens catholiques, seraient ils même 
leurs parents. 

25 e canon. Il est défendu aux évêques d'Afrique de passer la mer sans 
l'avis du primat de leur province, qui leur donnera une lettre fermée 
(ou de recommandation). 

2-i c canon. Od ne doit lire dans l'Église que les livres réputés cano- 
niques. Ce sont (1): la Genèse, VExode, le Lévitique, les Nombres, le 
Deutéronome, Josué, Judith, Ruth, les Juges, les quatre livres des Rois, 
les deux livres des Paralipomènes, Job, les Psaumes de David, les cinq 
livres de Salomon, les douze livres des prophètes, haïe, Jérémie, Ézé- 
chiel, Daniel, Tobie, Judith, Esther, les deux livres d'Esdras , les deux 
livres des Machabées, les quatre livres du Nouveau Testament, les Actes 
des Apôtres, les treize épîtres de Paul, son épitre aux hébreux, les deux 
ipîlres de Pierre,' les trois épîtres de Jean, Yépitre de Jude, Yépitre de 
Jacques, Y Apocalypse de Jean. Nous avons appris de la tradition de nos 
pères que les livres marqués dans ce catalogue doivent être lus dans 
l'Église ; il faut l'envoyer à l'évêqne Roniface et aux autres évêques d'I- 
talie, afin qu'ils le confirment. 

25» canon. Les évêques, le.? prêtres, les diacres et même les sous- 
diacres doivent vivre avec leurs épouses comme s'ils n'en avaient pas. 
S'ils ne le font pas, ils seront éloignés du saint ministère. A l'égard des 
autres clercs, on ne doit point les obliger à la continence, s'ils ne sont 
point parvenus à un âge plus mûr. 

26« canon. Il est défendu aux évêques de vendre les biens de l'Église 
sans la permission du primat de la province, si ce n'est dans les cas de 



(i) Ce catalogue est entièrement conforme à celui qui est actuellement en usafje 
dans 1 Ëglise catholique. Il est renouvelé du 3 e ronc.il e de Cannage de l'an 3o,-. 



— 195 — 

nécessité pressante. Mais alors l'évoque doit'prendre conseil de ses con- 
frères les plus voisins et avoir soin de faire un rapport au concile de 
tous les besoins de son église ; s'il néglige de le faire, il sera privé de 
l'bonneur de l'épiscopat. 

27e canon. Si un prêlre ou un diacre sont reconnus coupables de 
quelque faute grave, qui les fasse éloigner du saint ministère, on ne 
doit pas leur imposer les mains , comme on a coutume de le faire aux 
pénitents ou aux fidèles laïques. On ne doit point recevoir dans le sacer- 
doce des personnes qui auront été rebaptisées. 

28 e canon. Il est défendu aux piètres , aux diacres et aux autres clercs 
inférieurs, qui se plaignent du jugement do leur évêque, de cber- 
clier des juges au delà de la mer ; mais il leur est permis de porter leur 
cause devant les évoques voisins , toutefois avec le consentement de leur 
propre évèque; et dans le cas où ils ne seraient pas contents de ce se- 
cond jugement, ils peuvent en appeler au métropolitain ou au concile 
universel. 

29 e canon. Celui-là s'est condamné lui-même qui, ayant été excom- 
munié pour avoir négligé de comparaître , continue de communiquer 
sans avoir été entendu. 

50» canon. Si l'accusateur a quelque violence à craindre de la part de 
la multitude dans le lieu de l'accusé, il pourra eboisir un endroit voisin 
pour y produire ses témoins et où la cause sera jugée. 

51c canon. Les clercs ou les diacres qui , dans les cas de nécessité , 
refuseront d'être élevés par leur évêque à un degré supérieur, seront 
privés du ministère de leur grade. 

32e canon. On doit regarder comme délenteurs injustes du bien de 
l'Église les évèques , les prêtres , les diacres et les autres clercs , qui ne 
possédant rien dans le temps de leur ordination, ont acquis depuis des 
fonds de terre en leur nom, à moins qu'après avoir été avertis ils n'en 
fassent donation à l'Eglise. Mais s'ils possèdent du bien par succession ou 
par donation , ils pourront en disposer à leur gré, pourvu qu'ils le fas- 
sent d'une manière conforme à leur état. 

ôâe canon. Les prêtres ne doivent pas vendre le bien de l'Église sans 
le consente ment de leur évêque , et celui-ci sans l'aveu du concile ou de 
ses prêtres. Le primai ne doit point s'approprier ce qui appartient à son 
église. 

Voilà ce qui fut ordonné dans la première session du 6« concile de 
Cartbage. On lut ensuite 105 canons de 17 conciles précédents tenus en 
Afrique; le premier est celui d'Hippone de l'an 593, et le dernier celui 
de Carlhage tenu le 1 er mai de l'an H8. 






■ 



. 









- 190 — 

Dans la seconde session , tenue le 1" juin (1), on y termina quelques 
affaires ; mais comme il en restait encore beaucoup à examiner, plu- 
sieurs évêques représentèrent qu'ils étaient pressés de retourner à 
leurs églises ; on nomma donc vingt- deux commissaires pour terminer 
toutes les affaires soumises au concile ; les plus célèbres étaient Vin- 
cent de Culuse pour la Proconsulaire, saint Augustin, saint Alypius et 
Possidius pour la Numidie , Jacundus de Sulïetule pour la Bysacènc et 
Novat de Sièfe pour sa province. 

Après la nomination de ces commissaires , le concile ajouta six canons 
à ceux qui avaient été lus dans la session précédente, pour déterminer 
quelles étaient les personnes qui ne pouvaient être admises à accuser un 
clerc (2). 

1" canon. On ne doit pas admettre comme accusateur l'excommunié, 
clerc ou laïque, qui n'est pas encore délivré de la censure ecclésias- 
tique. 

2» canon. On ne doit pas non plus admetlre comme accusateurs les 
esclaves, les affranchis, les hérétiques, les païens, les juifs et les per- 
sonnes infâmes , comme les farceurs et les comédiens. Toutefois ils 
pourront accuser dans leur propre cause et pour leur intérêt particulier. 

Z° canon. Si l'accusation contient plusieurs chefs et que l'accusateur 
ne puisse prouver le premier, il ne doit pas êlre admis à prouver les au- 
tres. 

4 e canon. On ne doit pas admettre comme témoins ceux qui ne peu- 
vent êlre accusateurs. Les domestiques de l'accusateur ne peuvent pis 
non plus êlre admis comme témoins , ni ceux qui n'ont pas atteint l'Age 
de quatorze ans (3). 

5« canon (4). Si un évêque dit qu'une personne lui a confessé un crime 
à lui seul , et que cette personne le nie , il ne doit pas être cru. 

6e canon. S'il dit que sa consc enec ne lui permet pas de communi- 
quer avec l'accusé, les autres évêques ne communiqueront point avec 
l'accusateur, afin qu'un évêque prenne bien garde de ne jamais avancer 
contre qui que ce soit une accusation dont il ne pourrait fournir la 
preuve. 

(1) Quelques ailleurs disent le 28 mai , et d'antres le 3o du même mois. 

(2) Ces règlements ont donné lieu à quelques auteurs de compter cette seconde 
session pour un 7 e concile de Cartilage. C'est le dernier concile d'Afrique dont il 
nous reste des canons. 

(3) Dupin, t. I, p. 892, dit qui n'ont pas atteint l'âge de i3 ans. Le texte porte : 
Ad teslimonîum, infrà annos quatitordccim œtalis suœ, non cidmittantur. 

(4) Dans la collection africaine, ce canon est séparé du suivant; le P. Labbe , 
t. II , p. 1 136, le» a réunis pour n'en former qu'un seul. 



- 197 — 

Tous les évoques souscrivirent ces règlements, et le légat Faustin 
après Aurélius, qui ferma la séance en disant qu'on enregistrerait tous 
les canons rapportés et ce qui venait de se passer dans celle session ; et 
il remit au lendemain la réponse du Concile au pape Boniface. Celle 
lettre contient le rapport de tout ce qui s'était fait dans ce concile, re- 
lativement à la cause d'Apiarius et aux deux canons de Sardique cités 
sous le nom de Nicée ; elle renferme aussi la promesse qu'avaient déjà 
faite les prélats africains de se conformer aux instructions données par 
le pape Zozime et ses légats , touchant les appellations des évèques à 
l'évèque de Rome et touchant aussi le jugement des clercs par les 
évoques de leurs provinces. 

Le Concile écrivit une lettre synodale à saint Cyrille d'Alexandrie , et 
une autre à Atticus de Constantinople , pour les prier d'envoyer des co- 
pies authentiques des canons du concile de Nicée. Les évèques d'Afrique 
consultaient, en outre, saint Cyrille sur la fête de pâques de l'année 
suivante. On ne sait point s'ils écrivirent à l'évèque d'Anlioche. Les pa- 
triarches de Constantinople et d'Alexandrie envoyèrent à Aurélius des 
copies fidèles du concile de Nicée. Le 26 novembre de la même année, 
elles furent portées au pape saint Boniface par le preire Innocent et 
Martel sous-diacre, qui les avaient rapportées, celui-ci de Constantino- 
ple, celui-là d'Alexandrie. 






N° 2S4. 
CONCILE DE CTËSIPHONTE, EN PERSE. 

(CTESIPHONTIS.) 

(L'an 420.) — Ce concile fut tenu par Jaballana, métropolitain de Sé- 
leucie. On y confirma les canons du concile de Séleucie de l'an 410. 



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N° 2SS. 
CONCILE DE CARTHAGE. 

(CARTHAGINENSE.) 

(Vers l'an 421.) — Le tribun Ursus, employé par l'empereur Hono- 
rius à la démolition du temple de Céleste à Carthage, l'an 421, arrêta 
dans cette ville plusieurs élus de la secte des manichéens, et entre au- 
tres une jeune fille de douze ans , nommée Marguerite, et Eusébie, une 
de leurs prétendues vierges. Les ayant amenés à l'Église , ils y furent in- 
terroges par divers évèques, du nombre desquels était saint Augustin 



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— 198 — 

qui, parfaitement instruit des abominations de cette secte , obligea les 
hérétiques à en faire l'aveu. 

C'est tout ce que Possidius (1) et saint Augustin (2) nous apprennent 
de celte assemblée. 

N° "236. 
CONCILE DE COMNTHE. 

(CORINTHINUM.) 

(L'an 421.) — Quelques évoques d'Illyrie souffraient avec peine l'au- 
torité du Saint-Siège sur les provinces de l'Orient et refusaient de re- 
connaître pour évêque de Corinlhe Périgènes (3), dont l'élection avait 
été confirmée par le pape saint Boniface. L'an 421 , ils engagèrent 
Théodose à rendre une loi , portant que le jugement des affaires ecclé- 
siastiques d'Illyrie devait être réservé au concile de la province , sous 
l'autorité de l'évêque de Constantinople (4). 

Atlicus de Constantinople convoqua aussitôt un concile à Corinlhe 
pour examiner l'ordination de Périgènes. Mais le pape Boniface en étant 
informé , écrivit à Rufus de Thessalonique , légat du Saint-Siège , de 
maintenir son autorité contre ceux qui voulaient s'arroger par des inno- 
vations des droits qui ne leur appartenaient point; en même temps il 
exhorta les évêques de Thessalie à ne reconnaître en Orient d'autre chef 
que Rufus. Dans une autre lettre adressée aux évèques des provinces 
composant le district d'Illyrie, le même pape s'élève avec force contre 






(i) Vita Auguitini, cap. XVI. 

(2) De hœresibus, cap. xlvi. 

(3) Quelque temps auparavant, Périgènes avait été ordonné évêque de Palras, 
mais le peuple de cette Eglise n'ayant pas voulu le recevoir, il était revenu à Co- 
rinlhe. 

(4) L'empereur attribuait ainsi à l'évêque de Constantinople la juridiction pa- 
triarcale que le pape avait constamment exercée sur l'Illyric tout entière, même 
depuis qu'une partie de cette province, divisée sous Arcadius en Orientale et en 
Occidentale , avait été réunie à l'empire d'Orient. 11 invoquait les anciens canons, 
ceux du 1" concile général de Constantiuople, concernant les prérogatives de la 
nouvelle Borne. Mais ces canons eux-mêmes attribuaient seulement à l'évêque de 
cette capitale le premier rang d'honneur après le Souverain-Pontife , sans aucune 
juridiction sur les autres Églises. (Voir t. Il, p. 63 de celte Histoire.) Ils avaient 
même expressément reconnu les droits des églises patriarcales ; et l'on ne pouvait 
se prévaloir des changements survenus dans l'empire pour contester au pape la ju- 
ridiction immédiate qui lui appartenait sur toute l'Illyrie, en qualité de patriarche 
d'Occident, indépendamment de celle qu'il avait comme chef de l'Église, (Voirt, I, 
p. i5i de cette Histoire, à la note (3).) — Tliomassin , Discipline ecclés., i" part,, 
liv. 1, ch. 9, iiitin. 6. 



— 199 — 
l'abus qu'on faisait des canons pour autoriser une telle usurpation de 
pouvoir. • Quel est parmi vous , leur dit-il , l'évêque qui a le droit de 
<r vous convoquer pour juger une cause décidée par le Saint-Siège? Si 
« vous lisez les canons , vous verrez quel est le second siège après celui 
« de Rome , et quel est le troisième. Ces grandes églises d'Antioche et 
i d'Alexandrie gardent leur dignité en vertu de ces canons , et dans les 
« grandes affaires, on le sait, elles ont recours à l'Église de Rome. » 
Il leur défend ensuite de s'assembler pour remettre en question l'ordi- 
nation de Périgènes , sous peine .d'être privés de la communion du 
Saint-Siège (1). 

Saint Boniface écrivit aussi une lettre à Honorius , empereur d'Occi- 
dent , pour l'exhorter à soutenir les droits de l'Église de Rome. Et sur 
les justes réclamations du pape , ce prince écrivit à Théodose , empereur 
d'Orient , qui lui répondit que , sans avoir égard à la loi que les évêques 
d'Illyrie avaient obtenue par surprise , il mainiiendrait les privilèges de 
l'Église romaine suivant les canons , et qu'il avait chargé les préfets du 
prétoire d'y tenir la main. 

On croit que celte convocation de l'évêque Atticus n'eut pas d'autre 
effet , et que le concile de Corinthe ne fut pas tenu. 



N° 2iî7. 

CONCILE D'HIPPONE. 

(hipponense.) 

(L'an 422.) — Saint Augustin, après avoir fait ériger en évêché la 
ville de Fussale , située à l'extrémité de son diocèse et presque entière- 
ment peuplée de donatistes convertis , lit venir le primai de Numidie 
pour y ordonner un évêque ; mais le prêtre qu'il avait choisi refusant 
tout à coup d'accepter l'épiscopat , le saint évêque d'Hippone présenta 
le lecteur Antoine , élevé dès l'enfance parmi les clercs. A peine élevé 
sur ce siège, Antoine s'attira la haine du peuple par ses violences et ses 
exactions. Des plaintes furent portées contre lui , et le concile d'Hip- 
pone le condamna à restituer les sommes qu'il avait extorquées et le 
priva du gouvernement de son église , sans toutefois le déposer de l'é- 
piscopat- 

Antoine se soumit d'abord à ce jugement; mais ayant ensuite surpris 
une lettre de recommandation au primat de Numidie, il se pourvut devant 




(i) Ilolstcnius, Colleclio romana. — Sainl Boniface, Bpislola ad episcopos Macé- 
donien. — Socratc, Uisioriu, lib. xvu, cap. 36, 



s 



le Saint-Siège , déguisa les faits et prélendit que les cvêques du concile 
d'Hippone ne l'ayant pas déposé de l'épiscopat, ils n'avaient pas pu légiti- 
mement lui interdire l'administration de son diocèse. Le pape saint Bo- 
niface le renvoya en Afrique avec des lettres portant qu'il devait être ré- 
tabli, si toutefois il avait fidèlement exposé les faits. Comme Antoine, 
se prévalant de cette décision , menaçait de recourir à l'autorité sécu- 
lière pour la faire exécuter, saint Augustin écrivit au pape pour le prier 
d'empêcher un scandale. 

On voit par cette lettre que non-seulement le droit d'appel au Saint- 
Siège était respecté par le saint docteur, mais encore qu'il était consa- 
cré en Afrique par une pratique constante. Il déclare, en effet, qu'il 
pourrait citer un grand nombre de jugements analogues confirmés par 
le siège apostolique , et sans parler, dit-il , de ceux qui remontent à des 
temps éloignés pour s'en tenir aux plus récents , il nomme trois évêques 
dont un se trouvait précisément dans le cas d'Antoine de Fussale , et 
dont le Souverain-Pontife avait confirmé la condamnation. 

Saint Augustin ne dit pas un mot dans cette lettre qui tende à blâmer 
le droit d'appel en lui-même; il se borne à faire voir que la sentence a 
été légitimement rendue , et supplie le pape de la maintenir et d'empê- 
cher la réintégration d'Antoine , se fondant sur l'indignité de cet évê- 
que, sur l'aversion du peuple et sur la profonde douleur qu'il éprou- 
verait de voir périr en même temps les brebis et le pasteur qu'il leur 
avait donné. 

On ne connaît pas la réponse du pape à cette lettre ; mais il est certain 
qu'Antoine ne fut pas rétabli , et que saint Augustin gouvernait encore 
l'église de Fussale vers la fin de sa vie (i). 



IN* 288. 
CONCILE DE CILICIE. 

(CIMCIENSE.) 

(L'an 423.) — Les pélagiens furent condamnés dans ce concile par 
Théodore de Mopsueste même , chez qui l'évêque Julien s'était retiré 
pour composer ses huit livres contre saint Augustin. 



(i) Epistola aa4 ad Quod-vult-deurr . 



» 



— 201 — 

;N° 2S9. 
CONCILE D'ANTIOCHE. 

(ANTIOCHENUM.) 

(L'an 424 (1).) — Théodote , évêque d'Antioche , fit condamner dans 
ce concile l'hérésie de Pelage. 

Prayle , évêque de Jérusalem , que cet hérésiarque avait d'abord pré- 
venu en sa faveur, fut présent à cette assemblée et souscrivit à sa con- 
damnation. 

N° 260. 
CONCILE DE CARTHACE. 

(CARTIIAGl.NENSE.) 

(Vers l'an 425.) — Apiarius s'étant rendu coupable de nouveaux 
crimes , son évêque le déposa une seconde fois du sacerdoce sur la 
plainte des habitants de Fabraca. Mais au lieu de travailler à sa justifi- 
cation , Apiarius feignit de se pourvoir encore à Rome. Trompé par ses 
mensonges, le pape le rétablit dans la communion et le renvoya en 
Afrique avec l'évêque Faustin , légat du Saint-Siège sous le pape Zo- 
zime. Aurélius assembla donc un concile à Canhage pour la révision de 
celte affaire. Faustin y soutint avec hauteur le parti d'Apiarius; mais 
après trois jours de débats , celui-ci , pressé par les remords de sa con- 
science , fit l'aveu des crimes dont on l'accusait , et fut privé pour tou- 
jours du ministère ecclésiastique et retranché absolument du corps de 
l'Église. 

Les évèques d'Afrique adressèrent à cette occasion une lettre synodale 
au pape Célestin pour le conjurer de ne plus écouter avec tant de faci- 
lité et de ne plus admettre à la communion les africains qui recourraient 
à Rome après avoir été excommuniés. « Votre Sainteté remarquera sans 
t peine, ajoutaient- ils, que, d'après la règle de Nicée , ceux qui ont 
i été privés de la communion par leur évêque ne doivent point être ré- 
« tablis par d'autres , mais qu'ils peuvent se pourvoir devant le concile 
i de la province , et quoique cette règle semble ne concerner que les 
i clercs et les laïques, le saint Concile a voulu à plus forte raison qu'à 
t l'égard des évoques Votre Sainteté prît garde de ne pas rétablir préci- 
€ pitamment et hors de propos ceux qui seraient excommuniés dans leur 









(i) Le V. Mansi se trompe en rapportant ce concile à l'an 4'8. Tliéodotc , qui eu 
lui le président , n'occupa le sicfje d'Antioche qu'en l'an 4=' ol1 4 J *- 



tffl 



— 202 — 

< province. Quant aux prêtres et aux clercs inférieurs, nous proas 
i Voire Sainteté de rejeter ceux qui ont la témérité de recourir à elle ; 

< car on ne trouve aucun canon qui restreigne à cet égard les privi- 
• léges de l'Église d'Afrique ; et si des clercs se croient lésés par le ju- 
« gement de leur évoque , ils ont la ressource d'appeler non-seulement 
« au concile de leur province , mais encore au concile général de l'A- 
« frique. » 

Il est visible , par les termes de cette lettre , que les évêques ne son- 
geaient pas à contester rigoureusement le droit d'appel au Saint-Siège ; 
leur but était seulement d'engager le pape à n'admettre qu'avec précau- 
tion les appels des évêques , et à rejeter absolument ceux des prêtres 
et des clercs inférieurs , comme étant contraires à la discipline de l'É- 
glise d'Afrique , et n'étant point nécessaires pour la sûreté des accusés , 
qui avaient déjà un double recours ; enfin comme pouvant donner lieu , 
par suite des distances , à de graves et nombreux inconvénients. 

Nous n'avons pas la réponse que le pape Célestin fit aux évêques d'A- 
frique ; mais les appels au Saint-Siège ne furent ni abolis , ni même in- 
terrompus. Quant aux canons de Sardique , il est certain qu'ils ne tar- 
dèrent pas à être reconnus en Afrique , puisqu'on les trouve rapportés 
dans la célèbre collection de canons du diacre Ferrand, de Carthage, 
dans le courant du même siècle. Du reste, on voit par le témoignage de 
saint Augustin que l'appel des évêques au Saint-Siège n'avait jamais cessé 
d'être regardé comme légitime par les Églises d'Afrique ; car le saint doc- 
teur dit en parlant de Cécilien, condamné parles donatistes : i II pouvait 
a mépriser le jugement de ses ennemis , puisqu'il était en communion 
« avec l'Église romaine, où il était prêt à défendre sa cause. En effet, il 
« ne s'agissait point de prêtres , de diacres, ou de clercs inférieurs, mais 
« il était question d'évêques , à qui il appartient de porter leur cause au 

< jugement des autres évêques et principalement des sièges aposto- 

< liques (1). t 

Aurclius et Valenlin , primat de Numidie , présidèrent à cette assem- 
blée. 

N° 261. 

CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOUTANUM.) 

(Le 28 février de l'an 426.)— Le 10 octobre de l'an 425, Atlicus, 
évêque de Constantinople, étant mort, il s'éleva de grandes disputes 

(i) Epistola 43 e cl i5î*. 



i 



— -205 - 
touchant l'élection de son successeur (t). Les deux prêtres Proculus 
et Philippe furent désignés par quelques-uns pour occuper le siège épi- 
scopal de cette ville ; mais le peuple leur préféra Sisinnius , que sa cha- 
rité envers les pauvres et sa piété avaient déjà rendu célèbre ; et il fut 
donc ordonné le 28 février de l'an 426, dans un concile nombreux que 
l'empereur Théodose avait assemblé. Théodole , évoque d'Antioche , y 

assista (2). 

Dès ce moment, Sisinnius donna des preuves de son zèle pour la con- 
servation de la foi catholique. 11 écrivit, conjointement avec tous les 
évèques de ce concile , une lettre à Béiïnien , métropolitain de Perge 
dans la seconde Pamphylie , à Amphiloque de Side , métropolitain de la 
première Pamphylie , et aux autres évèques de la même province , por- 
tant condamnation de l'hérésie des massaliens qui s'y était répandue 
dès la fin du quatrième siècle. Sisinnius rapportait dans celte lettre et 
confirmait le sentiment de l'évêque Néon qui, selon Pholius, voulait 
que tout ecclésiastique, évêque ou autre, convaincu de professer l'hé- 
résie des massaliens , fût déposé de l'épiscopat ou du sacerdoce, quelque 
promesse qu'il Ht d'accomplir sa pénitence , et que celui qui le recevrait 
se mettrait lui-même en péril de perdre sa dignité. 

C'est tout ce que nous savons de ce concile dont les actes lurent lus , 
approuvés et confirmés dans celui d'Éphèse de l'an 451. 

N° 262. 

CONCILE D'HIPPONE. 

(hipponense.) 

(Le 26 septembre de l'an 426.) — Saint Augustin , se voyant accablé 
par les années (3) et par ses travaux , voulut se donner un successeur. 
A cet effet , il avertit le peuple d'Hippone de s'assembler dans l'église 
de la Paix , où se rendirent aussi sept prêtres et deux évèques. Là , au 
milieu d'un grand concours de fidèles , il proposa pour son successeur 
le prêtre Héraclius ; mais pour ne point contrevenir aux canons de Ni- 
cée , ainsi qu'il avait fait lui-même par ignorance , ayant reçu l'ordina- 
tion épiscopale d'évèque du vivant de Valère son prédécesseur, il ne 
voulut pas , qu'avant sa mort , Héraclius fût consacré ; mais il se dé- 










(i) Sociale, Historia, lib. vu, cap. 56, 37. 

(2) Pholius , Codex 35, p. \o. 

(3) 11 avait alors près de 73 «us. 



I 



I 



— 204 — 

chargea sur lui des soins ordinaires de l'administration. Et tout le peuple 
approuva ce choix avec de grandes acclamations (1). 

N° 265. 
| CONCILE DE CARTHAGE. 

J(CARTI1AG1NENSE.) 

(L'an 427.) — Léporius , prêtre et moine de Marseille , renommé par 
la pureié de ses mœurs et la sainteté de sa vie , attribuait ses vertus à 
son libre arbitre et à ses propres forces , suivant la doctrine de Pelage, 
dont il était disciple. Il poussa même plus loin ce mauvais principe ; car 
il soutint que Jésus-Christ n'était qu'un pur homme ; mais qu'il avait 
si bien usé de son libre arbitre , qu'il avait vécu sans péché , et que par 
ses bonnes œuvres il avait mérité d'être le Fils de Dieu ; qu'il n'était 
venu au monde que pour donner aux hommes des exemples de vertu , et 
que s'ils voulaient en profiter, ils pouvaient aussi être sans péché. Lépo- 
rius publia ces erreurs dans une lettre qui causa un grand scandale. Le 
célèbre moine Cassien , alors en Provence , et plusieurs autres savants 
des Gaules , l'avertirent et l'exhortèrent à se rétracter, mais ce fut inu- 
tilement. Témoin de son obstination, Proculus, évêque de Marseille , 
etCylinnius, autre évêque gaulois, condamnèrent sa doctrine et le 
firent chasser des Gaules ; la providence de Dieu le conduisit alors en 
Afrique, où saint Augustin et saint Aurélius l'instruisirent avec beau- 
coup de charité et lui firent reconnaître son erreur. Léporius la confessa 
publiquement; et pour réparer le scandale qu'il avait causé dans les 
églises de sa patrie, il y envoya une rétractation dans laquelle, après 
avoir reconnu son ignorance et sa présomption , il condamnait les 
erreurs qu'il avait avancées touchant la personne de Jésus-Christ , et 
faisait clairement profession de la foi catholique. 

Aurélius , saint Augustin , Florentius , évêque d'Hippone (2) , et Se- 
cundinus de Mergamit, s'étant assemblés à Carthage, signèrent cette 
profession et écrivirent ensuite à Proculus de Marseille et à Cylinnius 
pour leur rendre témoignage de la conversion de Léporius et les exhor- 
ter à le rétablir dans leur communion (5). 

(i) Saint Augustin, Epistola at3. 

(2) Cette ville n'est pas la même que celle dont saint Augustin était évêque. 

(3) Saint Augustin, Epistola 219. — Cassieu , lie incarnatione , lib. 1, cap. 3,3, 
4- — Gennadius, de script, ecclcsiœ, cap. lix. 



— 203 — 

IV 264. 
* CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOUTANllM.) 

(L'an 428 ou 429.) — Sisinnius de Constanlinople étant mort le 24 
décembre de l'an 427, les brigues recommencèrent pour l'élection du 
nouvel évêque. Les uns demandèrent Philippe , d'autres Proculus ; mais 
Théodose, qui avait résolu de ne conférer le siège épiscopal de Con- 
stantinople à aucun ecclésiastique de cette église , lit ordonner évèque 
le fameux Nestorius de Germanicie. Baptisé àAntioche, Nestorius y 
faisait encore les fonctions de catéchiste, expliquant la foi aux compé- 
tents et la défendant contre les hérétiques, lorsque sa grande réputa- 
tion de doctrine, d'éloquence et même de vertu le désignèrent au choix 
de l'empereur. Devenu évèque, le catéchiste d'Anlioche changea bien- 
tôt de conduite. Sa doctrine devint même si contraire à la foi catholique, 
que le prêtre Philippe , plusieurs autres membres du clergé de Constan- 
linople et une grande partie du peuple renoncèrent à sa communion , 
après l'avoir hautement repris des erreurs qu'il enseignait en publie. 

Pour se venger de cet affront, Nestorius fit accuser Philippe de Ma- 
nichéisme par Célestius , qui se trouvait alors à Constanlinople. Il était 
défendu par les canons de recevoir l'accusation d'un excommunié con- 
tre un prêtre ; mais Nestorius , bravant la discipline ecclésiastique , cita 
Philippe devant un concile. L'accusé comparut, prêt à rendre raison de 
sa foi; mais l'accusateur, qui n'avait aucune preuve des faits qu'il avait 
avances, n'ayant pas osé comparaître devant l'assemblée, Nestorius 
abandonna l'accusation de Manichéisme et prononça une sentence de 
déposition contre Philippe, sous le prétexte qu'il tenait des assemblées 
particulières dans sa maison et qu'il y offiait le sacrifice. Tous les 
ecclésiastiques présents se déclarèrent pour Philippe, en protestant qu'il 
n'y avait aucun d'eux qui ne célébrât ainsi dans des maisons particu- 
lières, lorsque l'occasion et la nécessité le demandaient. Mais Nesto- 
rius, sans avoir égard à cet usage, maintint le jugement qu' i'venait de 
prononcer (I). 

(i) Socraie, H Maria, lib. va, cap. 59. — Saint Cyrille d'Alexandrie, Çommo* 
frit, — Baluze, collectiez Çoncdiorum, t. I, p. 3-p j. 









■ 












— 20G — 

N° aes. 

CONCILE DE TROYES, EN CHAMPAGNE. 

(trkc.e.nse.) 

(Pendant l'automne de Tan 429.)— Chassé de l'Afrique et de l'Orient 
par la voix des conciles, le Pélagianisme s'était réfugié dans la Grande- 
Breiagne, d'où son fondateur était originaire. En peu de temps ses 
progrès furent assez rapides pour alarmer les évoques de celte île, qui 
députèrent à Rome et dans les Gaules , l'an 42!), pour demander du se- 
cours contre les partisans de celle hérésie. 

Ce fut pour répondre au vœu des breions qu'il se tint un concile 
nombreux à Troycs, où, sur l'avis du pape Célestin, les évoques des 
Gaules choisirent pour celle importante mission saint Germain d'Auxerre 
çt saint Loup de Troyes , que leurs talents et leurs vertus rendaient 
éminemment prop-es à la remplir avec succès. 



N° 266. 
CONCILE DES GAULES (I). 

(GAIXtCANUM. ) 

(L'an 429.) — les Pères de ce concile condamnèrent le Pélagia- 
nisme. 

N° 867. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandrinim.) 

(L'an 430.)— Dans les premiers siècles de l'Église , la docirine ca- 
tholique fut attaquée par des sectes de deux sortes. Les unes puisè- 
rent leurs erreurs dans les rêveries de la philosophie orientale ; les au- 
tres prirent pour base de leurs croyances la révélalion chrétienne elle- 
même. Celles-là rejetèrent la plus grande partie de l'Écriture-Sainte 
pour s'appuyer sur des livres apocryphes ; elles eurent leur Évangile 
particulier; elles ne reconnurent ni le même Dieu, ni le même Christ 
que les chrétiens; aussi n'eurent-elles rien de commun avec le Christia- 
nisme dont elles usurpèrent le nom. Tels furent les gnostiques et les 
manichéens, dont les erreurs n'étaient au fond qu'une sorte de Pan- 
théisme préseniésous diverses formes. Celles-ci, lout en adoptant la révé- 

(i) Le lieu oïl se tint ee concile est incertain. 



— 207 — 

laiion chrétienne, ne laissèrent pas néanmoins de l'altérer sur plusieurs 
points et de substituer leurs opinions particulières à la tradition géné- 
rale de l'Église. Ces différentes sectes s'attachèrent surtout à dénaturer 
les dogmes de la Trinité et de l'Incarnation , et répandirent ainsi le 
germe de ces disputes violentes , de ces hérésies turbulentes et cruelles 
qui troublèrent pendant plusieurs siècles toutes les Églises d'Orient. Sa- 
bellius et d'autres hérétiques nièrent formellement la distinction réelle 
des trois personnes divines ; les gnostiques et les manichéens admirent 
celle distinction ; mais ils nièrent la divinité du Fils et du Saint-Esprit, 
qu'ils rangeaient parmi les divinités inférieures et subordonnées , sorties 
par émanation du Dieu suprême ; et celle erreur fut reproduite sous une 
autre forme dans la docirine d'Arius, qui mettait au nombre des créa- 
tures le Fils et le Saint-Esprit. Quant au mystère de l'Incarnation , il 
lut expressément rejeté par les ébionistes, les théodoliens et par plu- 
sieurs autres seclaires qui ne regardaient Jésus-Christ que comme un 
pur homme , el par les gnostiques connus sous le nom de docètes, qui 
prétendaient que la sagesse divine avait éclairé le monde en répandant 
ses lumières dans les âmes , sans s'unir personnellement à la nature hu- 
maine. 11 se rencontra même des imposteurs qui ne craignirent pas de 
se donner eux-mêmes pour le Christ ou la sagesse incarnée; les plus 
laineux d'enlre eux furent Simon le magicien , Dosilhéc son maître et 
Ménandre son disciple. La plupart de ces anciennes erreurs, condamnées 
par l'Église, ne tardèrent pas à disparaître; mais les discussions qu'elles 
avaient soulevées donnèrent naissance à deux hérésies nouvelles cl dia- 
métralement opposées entre elles, le Nestorianismc et l'Eutychisiue , 
dont les restes subsistent encore en Orient. 

L'Église avait toujours cru ; elle avait toujours enseigné formellement 
que dans le mystère de l'Incarnation la divinité el l'humanité se trou- 
vaient unies en Jésus Christ de manière à ne former qu'une seule per- 
sonne; que par conséquent le Verbe incarné réunissant en lui deux na- 
tures distinctes , les propriétés et les opérations de l'une ci de l'autre 
devaient lui être également attribuées, en sorte qu'il était vrai de dire 
que Jésus-Christ est éternel et né dans le temps, que Dieu s'est fait 
homme , qu'il a souffert , qu'il est mort , el que la sainte Vierge est récU 
ment mère de Dieu. Ces expressions et d'autres semblables , consacrées 
dans le langage catholique , manifestaient sans ambiguité la foi cons- 
tante et unanime des chrétiens. Toutefois, comme les mots grecs <pû<jt{, 
«po'ouTtov et ÛTw'oTaoi; , usités pour exprimer 1rs idées de nature et de 
personne, n'avaient pas dans le langage vulgaire el philosophique la 
signification précise et déterminée qu'ils ont reçue par l'usage de l'É- 



V. 




\ < / 



208 — 



H i I 






glise, ils étaient quelquefois employés dans des acceptions diverses; et 
quoique le fond du dogme fût partout identique , les termes ou les for- 
mules qui servaient à l'exprimer pouvaient n'être pas toujours uniformes. 
Il suffisait pour l'orthodoxie que le sens de ces mois ou de ces formules 
fût présenté d'une manière claire et conforme à la foi catholique par 
ceux qui les employaient. Mais Nestorius et Eutychès en abusèrent pour 
introduire des innovations dans la doctrine ; et l'Église, en poursuivant 
leurs erreurs , fixa par sa décision l'uniformité du langage théologique, 
afin d'ôter ainsi tout subterfuge à ces deux hérésiarques , qui niaient, 
celui-là l'unité de personne, celui-ci la distinction des deux natures en 
Jésus-Christ. C'est Théodore de Mopsueste , le protecteur des pélagiens, 
qu'on regarde avec raison comme le précurseur et le maître de Nesto- 
rius (I). 

Théodore se rendit célèbre en Orient par de nombreux écrits publiés 
contre les hérétiques et par de savantes interprétations de l'Écriture - 
Sainte. Il combattit surtout avec beaucoup de zèle les doctrines impies 
des ariens et des apollinaristcs ; mais il tomba lui-même dans d'autres 
erreurs. Il nia avec les pélagiens la nécessité de la grâce et le péché 
originel , et en cherchant à expliquer les dogmes dans un sens accessible 
à la raison humaine, il adopta sur le mystère de l'Incarnation un sys- 
tème qui tendait à l'anéantir. Arius, en rejetant la divinité du Verbe, 
avait prétendu que dans l'Incarnation Jésus-Christ avait pris seulement 
un corps et non pas une âme humaine , en sorte qu'à proprement parler 
le Sauveur n'était ni Dieu ni homme, mais une intelligence d'un ordre à 
part unie à un corps semblable au nôtre. Apollinaire, de son côté, com- 
battant l'Arianisme, avait également soutenu queJésus-Christn'avaUpris 
qu'un corps en qui la divinité tenait lieu de l'âme humaine. Pour com- 
battre ces deux erreurs, Théodore de Mopsueste s'attacha à montrer 
que Jésus-Christ était en même temps vrai Dieu et homme parfait ; mais 
au lieu de reconnaître avec l'Église deux natures unies en une seule 
personne, il n'admit entre elles qu'une union apparente, et prétendit 
qu . 'S formaient deux personnes distinctes, concourant à un même 
but , c remplissant ainsi , malgré leur distinction , un seul et même per- 
sonnage. 

Tel fut le principe fondamental de l'hérésie que Nestorius , devenu 
évoque de Constantinople , entreprit d'établir. Mais, comme ce principe 
était trop visiblement en opposition avec la croyance unanime des chré- 



*Jb 



(i) Évagrc, Hisloiia, lib. i. — Sociale, Historia, lib. vu.— Théodoret, Hœrctic. 
fabul., lib, IV. — Libérants, Breviar. 



— 209 — 

tiens , il n'osa pas d'abord le proposer en termes formels ; et sans com- 
battre directement l'unité de personne, il en rejeta successivement 
toutes les conséquences. Ainsi , il prélendit que la sainte Vierge ne de- 
vait pas être appelée mère de Dieu ; qu'on ne devait pas attribuer au 
Verbe les propriétés, les souffrances et les opérations de la nature hu- 
maine , ni réciproquement les propriétés delà nature divine ;iu Fils né 
de Marie ; et qu'enfin dans l'Incarnation , l'homme , associé au Verbe 
sans lui être uni réellement, n'était que comme le temple et l'instru- 
ment de la divinité. De là vient qu'il rejetait expressément l'union 
bypostatique des deux natures ; et quoique , pour déguiser son hérésie , 
il feignît quelquefois de ne reconnaîlre en Jésus-Christ qu'une seule per- 
sonne, il n'employait pour exprimer celte idée que le mot de «pàwwv, 
qui , dans son langage artificieux comme dans celui de Théodore de 
Mopsueste, servait seulement à faire entendre que, par l'effet de leur 
union morale et apparente , les deux personnes en Jésus-Christ n'en re- 
présentaient qu'une seule, ou , en d'autres termes, concouraient par 
l'objet identique de leurs opérations à remplir un seul et même per- 
sonnage (1). 

Neslorius avait amené d'Antioche un prêtre nommé Anastase , dont 
il se servit pour préparer les esprits aux nouveautés qu'il voulait intro- 
duire dans l'Église. Ce prêtre osa proférer, dans un sermon , ces paroles 
sacrilèges, dont l'impiété causa un grand scandale parmi les fidèles : 
« Que personne , dil-il , n'appelle marie Mère de Dieu j'Marie était une 
« femme , et il est impossible que Dieu soit né d'une créature humaine. » 
Bientôt après, Neslorius n'hésita pas à répéter les mêmes blasphèmes, 
ayant rapporté ce texte de saint Paul : «Par un homme est venue la mort 
« et par un homme la résurrection ; i il ajouta : « Que ceux-là l'enten- 
t dent qui doutent s'il faut nommer Marie mère de Dieu ou mère d'un 
i homme. Dieu peut-il avoir une mère? Les païens sont donc excusables 
« de donner des mères à leurs dieux , et saint Paul nous trompe quand 
« il dit de la divinité de Jésus-Christ qu'elle est sans père, sans mère, 
« sans généalogie ! Non , Marie n'a point enfanté un Dieu ; la créature 
i n'a point donné naissance au Créateur, mais à un homme, instru- 
« ment de la divinité (2). » Ensuite , comme la croyance générale des 

(i) C'csl pour n'avoir pas tenu compte de cette équivoque manifeste que plusieurs 
critiques téméraires ont prétendu disculper Neslorius de l'hérésie qu'on lui im- 
pute et dont on voit encore des traces si nombreuses dans les sermons qui nous res- 
tent de cet hérésiarque. 

(2) Socrate, HiHoriu, lib. vu, cap. 3a. — Evagre , Historia, lib. 1, cap. a. — 
libérât, cap. iv. — Marius Mercaior, Commonii. — Cassi«u , De Incamalione, cap. 
VI. — Saint Prosper, Chronic, ano- 4a«. 

T. II. 14 



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— 110 — 

fidèles formait contre lui une preuve dont il sentait toute la forée , il 
essaya de l'éluder en insinuant que ses prédécesseurs, accablés de soins, 
n'avaient pu les instruire à fond , ni dissiper entièrement les préjugés 
populaires. Mais un laïque nommé Eusèbe , qui fut depuis évêque de 
Dorylée, ne put souffrir cette nouveauté scandaleuse , et s'écria dans 
l'Église : « C'est une vérité incontestable que le Verbe divin a reçu use 
t seconde naissance dans le sein de Marie. » La plupart des fidèles ap- 
plaudirent à ces paroles d'Eusèbe et lui donnèrent de grandes louanges; 
d'autres, au contraire, l'accusant d'indiscrétion, s'emportèrent contre 
lui, ce qui donna lieu à Nestorius de faire un sermon dans lequel il dé- 
clama fortement contre le vertueux Eusèbe et soutint avec opiniâtreté 
qu'on ne devait pas dire que le Verbe ou le Fils de Dieu est né de Marie ou 
qu'il est mort, mais seulement l'homme en qui était le Verbe (1). Alors 
Eusèbe rédigea une protestation en forme pour être remise aux prêtres, 
aux diacres , et surtout aux évêques présents à Constantinople , dans 
laquelle il faisait voir comment Nestorius * renouvelant les erreurs de 
Paul de Samosate , s'écartait de la foi catholique et en particulier de la 
doctrine constamment enseignée dans l'Église d'Antioche. Marins Mer- 
calor publia vers le même temps une lettre adressée à tous les fidèles, 
où il montrait aussi les rapports qui existaient entre la doctrine de Nes- 
torius et celle de Paul de Samosate. Et dès ce moment , Nestorius fut 
traité d'hérétique; plusieurs se séparèrent publiquement de sa commu- 
nion , et prêchèrent contre une doctrine qui anéantissait le mystère de 
la Rédemption ; le peuple lui-même, indigné de ces impies nouveautés, 
fit plusieurs fois éclater ses murmures jusque dans l'église ; les moines 
surtout se signalèrent par leur attachement à la foi catholique. Quel- 
ques-uns se rendirent en députalion près de Nestorius pour lui faire des 
remontrances; et un d'entre eux , n'écoulant que son zèle, l'arrêta un 
jour au milieu de l'église et voulut l'empêcher d'entrer dans le sanc- 
tuaire, comme indigne de présider l'assemblée des fidèles. Mais, par 
malheur, toutes ces oppositions ne firent qu'irriter l'hérésiarque ; il in- 
terdit les prêtres , maltraita le peuple et les moines, et en fit mettre 
plusieurs en prison. Un évêque ambitieux , nommé Dorothée , qui cher- 
chait à gagner les bonnes grâces de Nestorius , poussa la témérité jusqu'à 
dire à haute voix dans l'église : < Si quelqu'un ose dire que Marie est 
« mère de Dieu , qu'il soit anathème. > Le peuple révolté jeta un cri 
d'horreur et sortit en foule, ne voulant plus communiquer avec ceux 
qui proféraient de telles impiétés. Enfin, Basile, diacre, et Thessalius, 

(i) Saint Cyrille d'Alf laailrie, Conlrù Ktslorium, lib. i. 



— 211 — 



H 



moine , présentèrent une requête à l'empereur pour se plaindre des vio- 
lences de Neslorius et demander en même temps la convocation d'un 
concile œcuménique dont l'autorité pût servir à arrêter les progrès de 
l'hérésie. 

Cependant les partisans de. Nestorius ayant recueilli ses sermons en 
un seul volume , les répandirent avec un zèle incroyable dans toutes les 
provinces, en sorte qu'ils parvinrent bientôt jusqu'à Rome sans nom 
d'auteur. On en multiplia surtout les copies dans les monastères, par- 
ticulièrement en Egypte, où ils excitèrent des disputes fort vives parmi 
les moines. Quelques esprits légers et ignorants lurent ébranlés par les 
sophismes de l'hérésiarque , et ne regardant Jésus-Ciirisl que comme 
un instrument de la divinité, ils ne pouvaient presque plus souffrir 
qu'on l'appelât Dieu; c'est pourquoi ils ne le nommaient que ôeoçopo;, 
c'est-à-dire porte Dieu. Informé des progrès de l'erreur, le saint pa- 
triarche d'Alexandrie écrivit une lettre pastorale à tous les moines d'É- 
gypte pour les prémunir contre la doctrine de Nestorius. Après leur 
avoir dit qu'ils auraient dû s'abstenir de ces questions difliciles et ne 
point soumettre les questions de foi aux discussions et aux subtilités du 
raisonnement humain , il ajoule : < Je m'étonne que l'on puisse mettre 
€ en doute si la sainte Vierge doit être appelée mère de Dieu ; car si 
i Jésus -Christ est véritablement Dieu , ainsi que l'a défini le saint con- 
i cile de Nicée , comment la sainte Vierge de qui il est né ne serait-elle 
u pas la mère de Dieu ? C'est la foi que les apôtres nous ont enseignée, 
a quoiqu'ils n'aient pas employé ce mot dans leurs écrits. C'est la doc- 
t trine de nos Pères, entre autres d'Alhanase d'heureuse mémoire. 
« Dira-t-on que la sainte Vierge n'a pas donné naissance à la divinité? 
« Nous répondrons qu'en effet le Verbe est éternel et engendré de la 
« substance du Père ; mais dans l'ordre de la nature , quoique les mères 
« n'aient aucune part à la création de l'âme , on ne laisse pas de dire 
« d'une manière absolue qu'elles sont mères de l'homme; et ce serait 
« une impertinente subtilité de les nommer mères du corps. » Saint 
Cyrille prouve ensuite l'unité de personne en Jésus-Christ par les nom- 
breux passages de l'Écriture qui lui attribuent simulianément les pro- 
priétés de la nature divine et de la nature humaine ; et il remarque enfin 
que si Jésus-Christ n'était pas véritablement Dieu , mais seulement le 
temple ou l'instrument de la divinité, les juifs et les païens auraient 
droit de nous reprocher que nous adorons un pur homme. 

Celte lettre parvint bientôt à Constantinople où elle causa une joie 
extrême à tous les catholiques. Mais Neslorius en fut vivement blessé ; 
et pour ge venger d'un adversaire qui , tout en attaquant ses erreurs , 







1 












ù 



— 212 - 
avait poussé la bienveillance et la charité chrétiennes jusqu'à s'abstenir 
de le nommer , il entreprit de calomnier le saint patriarche par les plus 
indignes calomnies; il le représenta comme un ambitieux , avide de do- 
mination , qui , non content de gouverner tyranniquement son Eglise , 
ne craignait pas de jeter le trouble dans les Églises de ses confrères, 
pour satisfaire la basse jalousie qu'il avait héritée de son oncle Théo- 
phile contre l'évèque de Constantinople. 

Dès que saint Cyrille fut instruit de cette attaque odieuse et inatten- 
due , il fut tenté de rompre toute communion avec Nestorius ; mais , 
pour donner à cet hérésiarque une nouvelle preuve de sa modération et 
de la pureté de ses motifs , il lui écrivit une lettre pour le ramener à 
d'autres sentiments. Dans cette seconde lettre (1), qui est très-belle, le 
saint docteur l'exhorte à corriger ses erreurs et à suivre l'enseignement 
des Pères. Il y explique la doctrine catholique touchant le mystère de 
l'Incarnation, prouvant par le symbole de Nicée qu'il faut admettre en 
Jésus-Christ deux naissances, l'une éternelle, par laquelle il est né du 
Père; et l'autre temporelle, par laquelle il est né de Marie; que les 
deux natures subsistent sans confusion et sans changement dans l'unité 
d'une seule personne ; et qu'ainsi , quand on dit que le Verbe a souffert , 
■qu'il est mort, qu'il est ressuscité, on ne l'entend pas de la nature di- 
vine, car elle est impassible et immortelle, mais de la nature humaine, 
•car le corps qui a souffert lui est devenu propre par l'union hypostatique. 
< Nous ne disons pas, ajoute-t-il, que nous adorons l'homme avec le 
^ Verbe , de peur que le mot avec ne donne quelque idée de division ; 
t mais nous l'adorons comme une seule et même personne. C'est pourquoi 
t les Pères n'ont pas craint de nommer Marie mère de Dieu, non qu'elle 
« ait donné naissance à la divinité , mais parce que d'elle est né le corps 
« sacré auquel le Verbe divin est uni personnellement. » Enfin, il rejette 
comme équivoque et insuffisant le mot wpoouirov , dont Nestorius abusait 
pour déguiser son erreur, et il emploie les termes d'hypostase et d'union 
hypostatique, qui dès lors ont été consacrés dans le langage théologique. 

Nestorius répondit à cette lettre de saint Cyrille par une autre où il 
-exposait sa doctrine hétérodoxe avec les expressions artificieuses qui lui 
«étaient propres , feignant de reconnaître l'union des deux natures en 
••une seule personne, mais n'employant pour cela que le mot irpo'awmv , 
dont on a vu le sens équivoque , refusant d'appeler la sainte Vierge mère 
de Dieu, parce que le corps de Jésus-Christ n'était, selon lui, que le 

( i) Tillemont , dans tes Mémoires, dit que cette seconde lettre fut écrite dans un 
%0-neile tenu par saint Cyrille à Àlejandrie, au commencement du mois de février 
Jk iEt.u 43o- 



— 213 — 

temple de la divinité , et supposant toujours , malgré les explications 
formelles de saint Cyrille, que ce docteur rendait la nature divine pas- 
sible et mortelle. L'hérésiarque ajoutait que l'Église de Constanlinople 
avançait chaque jour dans la connaissance de la vérité, et que la famille 
impériale était dans la joie de voir la doctrine catholique prévaloir sur 
toutes les hérésies. Saint Cyrille , jugeant par là que l'erreur faisait des 
progrès et qu'elle avait des partisans à la cour, adressa deux traités sur 
l'Incarnation à l'empereur Théodose et aux impératrices Eudoxie et Pul- 
chérie, pour leur expliquer h foi de l'Église et les prémunir contre les 
arlifices du novateur. Il écrivit en même temps à plusieurs évoques et 
en particulier à Acace de Bérée, l'un des plus anciens et des plus célè- 
bres prélats de l'Orient , pour leur représenter que la foi était en péril , 
et exciter leur zèle contre des sectaires dont la hardiesse allait jusqu'à 
prononcer un analhème contre l'Église tout entière. 

Le saint patriarche jugea qu'il était surtout nécessaire de faire con- 
naflre au Souverain-Pontife les progrès de celle hérésie, et d'invoquer 
son autorité pour mettre un terme au scandale occasionné par ces doc- 
trines impies. A cet effet, il tint un concile desévèques d'Egypte, qui, 
tous, furent du même avis, et qui décidèrent en outre qu'il fallait de- 
mander au pape si l'on devait communiquer avec Nestorius ou se séparer 
de sa communion. Saint Cyrille écrivit à Rome au nom du concile; et 
Possidonius, son diacre, fut chargé de porter au pape Célestin la lettre 
du saint docteur avec divers écrits de Nestorius et quelques autres piè- 
ces concernant la doctrine de cet hérésiarque. 






N° 268. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(Mois d'août de l'an 430.) — Possidonius étant arrivé à Rome , le 
pape Célestin assembla un concile où les écrits de Nestorius , après avoir 
été soigneusement examinés , furent reconnus contraires à l'enseigne- 
ment de l'Église. Le Souverain-Pontife, jugeant alors qu'un grand exem- 
ple élait nécessaire , condamna solennellement la doctrine impie de cet 
hérésiarque , et le déclara excommunié et déposé du sacerdoce , si dans 
les dix jours de la signification de la lettre synodale du Concile, il ne 
recevait la foi enseignée dans les Églises de Rome et d'Alexandrie. Tous 
les disciples et partisans de Nestorius furent soumis à la même peine. 
Il écrivit ensuite des lettres circulaires aux patriarches d'Antiwhe et de 







L N 



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- 214 - 

Jérusalem , aux métropolitains de Philippes et de Thessalonique dansla 
Macédoine, pour les informer de ce jugement , et il chargea saint Cyrille 
de le faire exécuter. Dans sa réponse au patriarche d'Alexandrie, après 
avoir loué son zèle et sa vigilance , il déclare qu'il approuve entièrement 
sa doctrine touchant l'Incarnation ; qu'il condamne les impiétés de Nes- 
torius, et qu'on devra tenir cet hérésiarque pour excommunié s'il ne 
condamne ses erreurs, mais qu'il faudra tenter auparavant tous les 
moyens de le ramener à la foi catholique. < Vous exécuterez donc , 
« ajoute-t-il, cette sentence par notre autorité, agissant en notre place 
« et en vertu de noue pouvoir; en sorte que, si dans dix jours, à 
« compter de l'admonition qui lui sera faite, il n'anathématise point en 

< termes formels sa doctrine impie et ne promet pas de confesser à l'a- 
t venir, touchant la génération de Jésus-Christ , notre Dieu , la foi de 
i l'Eglise romaine, de votre Église et de toute la Chrétienté, Votre Sain- 

< teté le déclarera séparé de notre communion et s'occupera immédia- 
« tement de pourvoir à l'Église de Constantinople , en faisant élire un 
« autre évoque, i 

En même temps , le pape écrivit une lettre à Nestorius pour lui noti- 
fier la condamnation prononcée contre sa doctrine. Il lui disait d'abord 
qu'il avait reconnu avec une vive douleur, par la lecture de ses écrits , 
combien il avait été trompé dans la bonne opinion qu'il avait conçue de 
lui d'après sa réputation. Il lui faisait ensuite sentir qu'on apercevait 
clairement la mauvaise foi dans les questions relatives aux pélagiens , 
puisqu'il ne pouvait ignorer qu'ils avaient été condamnés par toute 
l'Église et en particulier par Atticus , son prédécesseur sur le siège de 
Constantinople. Enfin il prononçait son jugement en ces termes : « Sa- 
« chez que si vous n'enseignez touchant Jésus-Christ, notre Dieu, ce que 
<i professe l'Église de Rome, celle d'Alexandrie et toute l'Église calho- 
« lique ; ce que l'Église de Constantinople a professé jusqu'à vous ; et si , 
i dans le délai de dix jours , à compter depuis celte troisième monilion , 
« les deux lettres de Cyrille vous tenant lieu de deux monitions , vous 
i ne condamnez nettement et par écrit cette nouveauté impie qui sé- 
t pare ce qu'unit l'Écriture, nous ordonnons en vertu de noire auto- 
« rite que vous demeuriez exclu de la communion catholique. Celte 
< lettre vous sera transmise par l'évêque d'Alexandrie , que nous avons 
« chargé d'agir en notre nom, de vous notifier notre jugement et 
« de le faire connaître à tous nos frères (1). > 

Par une autre lettre adressée au clergé et au peuple de Constanti- 



(1) Celle lettre est datée du n août43o. 



— 215 — 

nople , le pape exhortait les catholiques à demeurer fermes dans la fo i 
que leur avait enseignée l'illustre Chrysostome, les informant en outre 
qu'il annulait toutes les excommunications ou autres censures portées par 
Nestorius depuis qu'il avait commencé à prêcher ses erreurs (1). 
Les pélagiens furent aussi condamnés dans ce concile. 

N° 269. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandrinum.) 

(Mois de novemhre de l'an 430.) — Après la réception des lettres du 
pape Célestin , le saint patriarche réunit en concile les évêques de sa 
province , et écrivit à Nestorius une lettre synodale pour lui signifier que 
s'il ne renonçait à ses erreurs dans le délai fixé par le pape , il serait 
tenu pour excommunié et déposé. Saint Cyrille ajoutait qu'il ne se jus- 
tifierait pas en professant seulement le symbole de Nicéc , dont il déna- 
turait le sens par des interprétations forcées , mais qu'il devait analhé- 
matiser formellement ses dogmes impies et confesser par écrit et avec 
serment que sa foi serait désormais conforme à ce qui venait d'être dé- 
cidé dans le concile de Rome. Cette lettre contenait ensuite une expli- 
cation fort développée de la doctrine catholique sur l'Incarnation, avec 
une réponse aux principales objections de Nestorius (2). Après avoir 
posé ce principe que l'Église annonce la mort et la résurrection de Jésus- 
Christ , en célébrant le sacrifice non sanglant , < nous sommes sanctifiés, 
« ajoute saint Cyrille , en participant à la chair sacrée et au précieux 
« sang de Jésus-Christ , et nous ne la recevons pas comme une chair 
i commune , à Dieu ne plaise , ni comme la chair d'un homme en qui 
( la divinité aurait seulement fait sa demeure, mais comme la chair 
« propre et vivifiante du Verbe, qui seule peut être par sa nature un 
« principe de vie. » A la fin de cette lettre se trouvent les douze ana- 
Ihémalismes suivants , devenus si célèbres (3) dans l'histoire du Nesto- 
rianisnie, et qui proscrivent les formules diverses sous lesquelles se 
produisait celte hérésie (4). 

(i) Saint Céleslin , Epistolœ. — Gennadc.'de script. Ealesiœ, cap. 54. — Le P. 
Labbe, Sacrosancla concilia, t. III, p. 345 et serment. 

(2) On y remarque un argument tiré de l'Eucharistie et qui offre une preuve 
bien évidente de la tradition sur la présence réelle. 

(3) Ces douze anathématismes ne sont devenus fameux dans l'Église que parce 
que le» eulychiens abusèrent de quelques expressions pour justifier la doctrine héré- 
tique d'Eutychès. 

(4) Acta concilii EphesM, — Marins Mercalor, Commomt. 




1 



— 2IG — 

1" anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que l'Emmanuel est 
véritablement Dieu , et que par conséquent la sainte Vierge est mère de 
Dieu , puisqu'elle a engendré selon la chair le Verbe incarné ; qu'il soit 
anathème. 

2 e anathématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que le Verbe divin 
est uni à la chair hypostaliquement , et qu'avec son corps il ne fait qu'un 
seul Christ qui est Dieu et homme tout ensemble; qu'il soit anathème. 

3' anathématisme. Si quelqu'un divise les hypostases dans le Christ 
après l'union , ou ne les unit que par une communication de dignité , 
d'autorité ou de puissance , et non point par une union naturelle ; qu'il 
soit anathème. 

4 e anathématisme. Si quelqu'un rapporte à deux personnes ou à deux 
hypostases les choses qui , dans les Évangiles ou dans les écrits des Apô- 
tres , sont dites de Jésus-Christ , soit par lui-même , soit par les saints , 
et qu'il applique les unes à l'homme considéré séparément du Verbe 
divin , et les autres au Verbe seul , comme des choses ne convenant 
qu'à Dieu ; qu'il soit anathème. 

5 e anathématisme. Si quelqu'un ose dire que Jésus-Christ est un 
homme qui porte Dieu , au lieu de dire qu'il est véritablement Pieu , 
comme étant par sa nature Fils unique du Père, en laiu que le Verbe 
s'est fait chair et qu'il a participé comme nous à la chair et au sang ; qu'il 
soit anathème. 

6 e anathématisme. Si quelqu'un dit que le Verbe engendré du Père 
est le Dieu ou le Seigneur du Christ , au lieu de reconnaître que le même 
est tout ensemble Dieu et homme, parce que le Verbe s'est fait chair 
selon les Écritures ; qu'il soit anathème. 

V anathématisme. Si quelqu'un dit que Jésus-Christ , comme un pur 
homme, était l'instrument du Verbe divin , et qu'il a été associé à la 
gloire du Fils unique , comme étant un autre que lui ; qu'il soit ana- 
thème. 

8 e anathématisme. Si quelqu'un ose dire qu'il faut adorer conjointe- 
ment avec le Verbe divin, glorifier avec lui et nommer Dieu avec lui, 
l'homme qui lui est associé comme un autre à un autre, car en ajoutant 
toujours le mot uvec, on donne cette idée, au lieu de l'honorer par une 
seule et même adoration et de le glorifier comme un seul , en tant que 
le Verbe s'est fait chair ; qu'il soit anathème. 

9 e anathématisme. Si quelqu'un dit que Noire-Seigneur Jésus-Christ 
a été glorifié par le Saint-Esprit comme une puissance qui lui était 
étrangère , et qu'il avait reçu de lui le pouvoir de chasser les démons et 



— 217 — 

de faire des miracles , au lieu de dire que l'esprit par lequel il les opé- 
rait lui était propre ; qu'il soit analhème. 

10 e anatiiématisme. L'Écriture enseigne que Jésus-Christ a été fait le 
pontife et l'apôtre de notre foi , et qu'il s'est offert pour nous à Dieu le 
Père , en odeur de suavité. Donc si quelqu'un dit que notre pontife et 
notre apôtre n'est pas le Verbe divin lui-même , en tant qu'il s'est fait 
chair et homme comme nous, mais que c'est proprement l'homme né 
d'une femme, comme s'il était un autre que le Verbe; ou si quelqu'un 
dit que ce pontife s'est offert en sacrifice pour lui-même et non pas seu- 
lement pour nous , car lui qui était sans péché n'avait pas besoin de sa- 
crifice; qu'il soit anathème. 

11 e anatiiématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que la chair vivifiante 
du Seigneur est la chair propre du Verbe procédant de Dieu le Père, mais 
dit qu'elle est celle d'un autre différent de lui et qui lui est uni seule- 
ment selon la dignité et comme étant devenue son temple et sa demeure, 
au lieu de reconnaître qu'elle est vivifiante , parce qu'elle est propre au 
Verbe qui a la force de vivifier toutes choses ; qu'il soit anathème. 

12 e anatiiématisme. Si quelqu'un ne confesse pas que le Verbe divin 
a souffert, qu'il est mort selon la chair, et qu'il a été fait le premier né 
d'entre les moi ts , en tant qu'il est vie et source de vie ; qu'il soit ana- 
thème. 

Saint Cyrille écrivit, au nom du Concile , deux autres lettres; l'une 
est adressée aux prêtres, aux diacres et au peuple de Constantinople; 
l'autre aux abbés des monastères de la même ville ; elles sont toutes les 
deux relatives à la condamnation de Nestorius et de son hérésie, pro- 
noncée par le pape saint Célestin. 

Le Concile choisit ensuite quatre évêques égyptiens qu'il députa vers 
Nestorius pour lui porter la lettre synodale de celte assemblée avec celle 
du pape saint Célestin ; elles furent remises à cet hérésiarque le di- 
manche 50 novembre, dans l'église épiscopale , en présence du peuple 
et du clergé. Nestorius, accusant saint Cyrille d'Apollinarisme , répon- 
dit aux anathèmes du saint patriarche par douze autres anathèmes qui 
renfermaient presque sans déguisement le principe et les conséquences 
de sa doctrine hétérodoxe. 

N° 270. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(Mois de mai de l'an 451.) — Ce concile fut tenu à l'occasion de la 



1 1 






Jv" 



— 2)8 — 

lcllre de l'empereur Théodose pour la convocation du concile œcumé- 
nique d'Éphèse. Le pape Céleslin y fit un discours pour montrer, par 
l'autorité des Pères de l'Église , que la sainte Vierge était véritablement 
la mère de Dieu. 

N° 27i. 

CONCILE D'ÉPHÈSE, III e OECUMÉNIQUE. 

(ephesinum.) 

(Commencé le 22 juin de l'an 431, fini le 51 juillet suivant.) — Per- 
sécutés par Nestorius, les catholiques de Constantinople avaient pré- 
senté une requête à Théodose pour lui demander la convocation d'un 
concile général ; et Nestorius , craignant d'être condamné par le pape , 
avait fait la même demande à l'empereur, dans l'espoir qu'avec l'appui 
de la cour, qui lui était favorahle, il parviendrait à conjurer au moins 
pour un temps l'orage dont il était menacé. D'un autre côté, Jean d'An- 
tioche et plusieurs évèques d'Orient se montraient pleins d'estime et 
d'aliachemenl pour la personne de l'hérésiarque ; quelques-uns même 
partageaient ses erreurs, et un grand nombre étaient fortement préve- 
nus contre saint Cyrille , que Nestorius poursuivait sans relâche de ses 
calomnies ; car, non content de lui imputer les erreurs d'Apollinaire et 
de le représenter sans cesse comme un intrigant rempli d'audace et 
d'ambilion , qui ne cherchait qu'à satisfaire sa basse jalousie contre les 
évoques d'Antioche et de Constantinople, il l'accusait encore d'employer 
l'argent de son Église pour se iaire des partisans , de favoriser les ma- 
nichéens , d'exercer un pouvoir tyrannique dans Alexandrie et d'exciter 
même des séditions contre les officiers de l'empereur. A l'appui de ces 
accusations, Nestorius se fit présenter des requêtes par quelques égyp- 
tiens que saint Cyrille avait excommuniés pour leurs crimes ; et bientôt, 
à force d'êlrc répétées , ces accusations produisirent assez d'effet pour 
donner lieu de croire que par ses intrigues et par son crédit il parvien- 
drait à séduire ou à gagner la plupart des évoques et à dénaturer dans leur 
esprit le véritable objet du concile. « Ce qu'on doit principalement exa- 
(i miner, disait-il, ce n'est pasma doctrine, mais les accusations intentées 
« contre Cyrille. Quant à ce qui me regarde moi-même , je reconnais 
« que Jésus-Christ est Dieu et que la sainte Vierge est mère du Christ ; 
« on ne doit pas m'en demander davantage; car il ne s'agit pas de dis- 
t culersur des mots (1). > 



^i) Epistola ad Ccleslinum papam. 







— 21<J — 
La tenue d'un concile étant réclamée de part et d'autre , par les ca- 
tholiques aussi bien que par les nesioriens , Théodose s'empressa de le 
convoquer d'après le consentement du pape Célestin (1); l'ouverture en 
fut fixée au 7 juin, jour de la penlccôte de l'an 431, à Éphèse, en Ionie. 
Dans la lettre (2) qu'il écrivit à saint Cyrille pour le presser de s'y ren- 
dre , l'empereur, s'abandonnant aux injustes préventions répandues par 
Neslorius , l'accusa d'être l'auteur des (roubles ci lui reprocha de s'être 
mêlé d'une affaire qui ne le regardait point. Saint Augustin y fut invité 
par une lettre particulière de l'empereur, mais il était mort (3) quand 
l'officier chargé de la lui remettre arriva à Cartilage ; tt les autres évè- 
ques d'Afrique ne pouvant abandonner leurs Églises à cause des guerres 
qui désolaient cette province, ni s'assembler pour envoyer.au concile 
une députation solennelle, Capréolusévèque de Carihagesc contenta d'en- 
voyer le diacre Vésulaspour rendre témoignage de leur croyance (i). Saint 
Cyrille s'y rendit avec cinquante évoque s d'Égvpie ; Flavien de Philippes 
avec les évêques de la Macédoine, Rufus de Thessalonique élant malade, 
et Juvénal de Jérusalem avec ceux de la Palestine et de l'Arabie, parmi 
lesquels se trouvait Aspabète, cet ancien chef de sarrasins, qui était 
devenu leur évèque après avoir été converti par saint Eiilhymius; Mcm- 
non.évêquc d'Éphèse, y parut avec quarante évêques d'Asie ; les Églises 

(i) La lettre de convocation du concile n'indique pas que le Souverain-Pontife 
ait eu la moindre part à celte convocation; il reconnaît, au contraire, dans sa 
lettre à Théodose (le P. Labbe , t. III, p. 6,0), que le concile a été assemble 
par les ordres de ce prince; d'où quelques auteurs ont conclu que le pape n'a 
eu aucune part à la convocation de ce concile général. D'anlres sont allés plus loin 
et ont prétendu que l'opinion contraire n'était fondée que sur des pièce» supposées, 
telles que la lettre de Théodosc à saint Augustin et les actes de saint Pétrone , 
evêque de Boulogne. Mais , sans discuter ici l'authenticité de ces deux pièces , nous 
devons dire que les actes du concile d'Éphèse témoignent en termes formels et en 
plusieurs endroits qu'il avait été convoqué selmi les canons , te qui montre évidem- 
ment que le pape avait donné son consentement à la convocation; et quand on 
n'aurait pas a cet égard un témoignage aussi positif, on serait obligé de convenir au 
moins qu'il l'avait approuvée et ratifiée eu envoyant ses légats au concile. 

(2) Cette lettre de convocation est datée du 19 novembre de l'an /i3o ; elle ne 
porte en tête que le nom de saint Cyrille , comme si elle eut été écrite pour ce pa- 
triarche en particulier ; mais on voit que c'est une lettre circulaire adressée aul mé- 
tropolitains de chaque province. Elle est souscrite, suivant la forme ordinaire, par 
les deux empereurs Théodosc et Valentiuien.— Le P. Labbe, Sacroscmcta concilia , 

t. 111 , p. 435 et suiv. 

(3) Saint Augustin mourut à Hippone , le »8 août de l'an 43o, 5» des calendes 
de septembre , sous le i3' consulat de Théodose et le î- de Valcntinien. 

(4) Évagre , Historia , lib. 1. — Soerate, Historia, lib. vu. — Liberatui, Brt- 



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— 220 — ; 

du Pont, delà Cappadoce et de l'île de Chypre y envoyèrent leurs 
évêques ; Périgène de Corinthe y assista avec plusieurs évêques de sa 
juridiction ; et le pape Célestin ne jugeant pas à propos d'y venir en 
personne, y députa Projectus et Arcadius, évoques, et Philippe, prêtre, 
avec ordre de s'unir entièrement à saint Cyrille et de se conduire en 
toutes choses par ses avis. Nestorius fut un des premiers à s'y rendre ; 
il était accompagné de dix évéques et des deux comtes , Candidien et 
Irénée, qui tenaient ouvertement son parii. Candidien , capitaine des 
gardes de l'empereur, avait le commandement des troupes destinées à 
protéger le Concile. Jean d'Antioche et les évéques de Syrie, qui l'ac- 
compagnaient , se firent attendre longtemps après le jour fixé pour l'ou- 
verture du concile ; et lorsqu'ils ne furent plus qu'à cinq ou six journées 
de distance , le patriarche d'Orient écrivit à saint Cyrille pour s'excuser 
sur la longueur et les difficultés du voyage ; il lui témoignait dans sa 
lettre un grand empressemeni de se joindre à lui. Deux métropolitains 
de sa suile, Alexandre d'IIiéraple et Alexandre d'Apamée, qui arrivè- 
rent à Éphèse avant les autres évêques d'Orient, déclarèrent au nom 
de Jean d'Antioche qu'on ne devait pas différer le concile à cause de 
lui. 

Cependant on avait déjà prorogé jusqu'au 22 juin l'ouverture du con- 
cile. Plus de deux cents évêques étaient arrivés à Éphèse , et un grand 
nombre souffraient déjà d'un si long séjour. Les uns se trouvaient in- 
commodés de la dépense , les autres étaient tombés malades , et quel- 
ques-uns même étaient morts. Aussi , on murmurait hautement contre 
la lenteur affectée du patriarche d'Antioche , qui ne voulait pas , disait- 
on , prendre part à la condamnation d'un hérétique dont il était l'ami. 
Saint Cyrille et la plupart des évêques se déterminèrent enfin à ouvrir 
le concile le 22 du mois de juin , dans l'église de la sainte Vierge. La 
veille on en informa Nestorius, en le citant à y comparaître; mais il 
répondit qu'il délibérerait et demanda ensuite une autre église pour y 
tenir une assemblée particulière. Le même jour soixante-huit évêques 
de son parti signèrent une protestation en forme contre l'ouverture du 
concile avant l'arrivée de Jean d'Antioche. Pour appuyer celte protesta- 
tion , le comte Candidien ne craignit pas d'alléguer la volonté de l'em- 
pereur ; et comme on le pressa de faire voir les ordres qu'il avait reçus, 
il se vit enfin obligé de montrer sa commission, où il n'était pas ques- 
tion de délai. Elle portait seulement qu'il devait se rendre au concile 
pour le protéger et maintenir la liberté des délibérations , pour éloigner 
les moines et les laïques dans la crainte du tumulte , et aussi pour em- 
pêcher les évêques de se retirer avant d'avoir terminé les contestations 



■ 



— 221 — 

présentes. Il y était dit, en outre, qu'il ne pourrait nullement s'immis- 
cer dans les décisions dogmatiques; car, disait l'empereur, cela n'est 
pas permis à ceux qui ne sont pas évêques. Après celte lecture , les 
évoques, jugeant à propos de passer outre, malgré les protestations 
réitérées de Candidien, qui sortit en colère de l'assemblée, firent l'ou- 
verture du concile. Ils reconnurent Jésus-Christ comme le témoin et le 
véritable chef de leur assemblée , et posèrent le saint Évangile au mi- 
lieu d'eux sur un trône sacré , d'où il semblait leur dire : Vous êtes les 
juges enlre les vérités de l'Évangile et les paroles impies de Nestorius ; 
mais soyez des juges éclairés (1). 

l re session. Cent quatre-vingt-dix-huit évêques se trouvèrent à cette 
première session avec le diacre Vésulas, député des Églises d'Afrique. 
Plusieurs de ceux qui avaient protesté la veille contre l'ouverture du 
concile, étaient venus s'y réunir. Saint Cyrille présida l'assemblée à la 
place du pape Célestin (2) ; après lui venaient Juvénal de Jérusalem , 
Memnon d'Éphèse , primat de l'Asie-Mineure, Flavien de Philippe, dé- 
puté de la part deRufus de Thessalonique, Théodote d'Ancyre, Firmus 
deCésarée enCappadoce, Acace de Mélitine, Iconius de Gorlyne en 
Crète, Périgène de Corinthe, tous métropolitains (3). 

Tous étant assis, Pierre, prêtre d'Alexandrie et primicier des no- 
taires, exposa l'objet du concile et tout ce qui s'était fait antérieure- 
ment. Puis on lut la lettre de convocation pour constater dans les actes 
mêmes que le terme passé pour l'ouverture était iixé depuis quinze jours; 
après quoi , les évêques envoyés la veille à Nestorius ayant fait connaître 
sa réponse, on en députa trois autres avec une monition par écrit qui 
faisait mention de la première. Ils trouvèrent la maison du patriarche 
environnée de soldats qui ne leur permirent pas d'entrer ; et comme ils 
insistaient pour avoir une réponse , un soldat vint leur dire que Nesto- 
rius se rendrait au concile quand tous les évêques seraient arrivés (4). 
Après ces deux monilions sans résultat, on en fit encore une troisième 
pour se conformer aux canons ; mais les évêques chargés de la signifier 
à l'hérésiarque furent brutalement repoussés par les soldats , sans pou- 
voir même s'arrêter un moment sous le vestibule, et on leur déclara 








(i) Socrate , Hisloriii, lib. vu, cap. 29. — Vincent de Lérins , Commonitor., 

cap. xvi. Saint Cyrille, Epislolœ. — Tillemont , Mémoires. 

(j) Actaconcilii Ephesini. — Saint Léon, Epislolu lxxii, cap. 3. 

(3) Il y avait à ce concile , dit Vincent de Lérins , Commonit., cap. xui , des mé- 
tropolitains si habiles et si savants, qu'ils pouvaient presque lotis parler ou écrire 
sur les matières de la foi. 

(4) Socrate, Historia, lib. VIII , cap. 34- 



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222 

que Neslorius avait donné ordre de ne laisser entrer personne de la 
pari du Concile, et qu'ils ne pouvaient donc espérer d'en obtenir de ré- 
ponse. Ces évoques ayant fait leur rapport à l'assemblée, le Concile 
commença aussitôt ses opérations. 

On lut d'abord le symbole de Nicée, comme une règle fixe pour ap- 
prouver ce qui y serait conforme et pour condamner ce qui y serait 
contraire , puis , la seconde lettre de saint Cyrille à Neslorius ; et Ju- 
vénal de Jérusalem donnant le premier son avis , déclara qu'elle était 
parfaitement conforme au symbole et qu'il en approuvait la doctrine. 
Tous les évêques , jusqu'au nombre de cent six, firent chacun en parti- 
culier la même déclaration , et les autres adoptèrent unanimement leur 
avis par acclamation. Après cette lettre , et sur la demande de Pallade 
d'Amasée, on lut également la réponse que Nestorius y avait faite, et 
comme son hérésie s'y montrait à découvert , elle souleva l'indignation 
de tout le concile, c Ce n'est donc pas sans raison , dit Acace de Méli- 
■ line, que Nestorius craint de comparaître et fait environner sa niai- 
« son de soldats. » Trente-quatre évêques portèrent leur jugement en 
particulier, accusant Nestorius de s'écarter de l'enseignement des Pères 
et du symbole de Nicée , de faire violence à l'Écriture pour n'attribuer 
la naissance et la mort qu'au temple de Dieu, de montrer bien claire- 
ment qu'il n'admet que de nom l'union du Verbe avec la chair, mais en 
effet de la nier complément , de calomnier les lettres de saint Cyrille', 
comme si elles disaient que la divinité est passible, ce que ni lui ni au- 
cun catholique n'a jamais songé à dire , et enfin de demeurer convaincu 
de nouveauté et d'erreur par son propre aveu , puisqu'il ose se vanter 
d'avoir éclairci les dogmes de la foi. Tous les autres évêques s'écrièrent 
ensemble : < Anathème à Nestorius et à ses erreurs ; que quiconque 
« communique avec lui ou ne le condamne pas , soit anathème. > On lut 
aussi la lettre du pape Célestin à Nestorius , et celle du concile d'A- 
lexandrie avec les douze anatiiématismes de saint Cyrille ; et les évêques 
égyptiens, qui avaient été chargés de les remettre à l'hérésiarque, attes- 
tèrent de vive voix le mépris qu'il avait fait de ce jugement. 

Quoique la conduite de Nestorius prouvât suffisamment qu'il persévé- 
rait dans ses erreurs , le Concile crut devoir invoquer à cet égard le té- 
moignage de Théodote d'Ancyre et d' Acace de Mélitine, ses amis, et 
devant lesquels il s'était expliqué sans déguisement depuis son arrivée à 
Épbèse. Théodote déposa le premier qu'il lui avait entendu répéter, peu 
de jours auparavant, en présence de plusieurs évêques , ces paroles 
impies qu'on trouve dans ses écrits : « On ne doit pas attribuer au Verbe 
i les souffrances de l'humanité , ni parler d'un Dieu né d'une vierge , 






■ 



— 223 — 

« ou né depuis deux ou trois mois, i Acace do Mélitine déclara qu'il 
avait fait tous ses efforts pour le ramener à la loi, mais qu'.!piès lui avoir 
fait rétracter de bouche ses erreurs , il avait eu la douleur de l'y voir 
retomber ensuite et soutenir que si la divinité du Fils élait réellement 
unie à la nature humaine , il faudrait dire la même chose du Père et du 
Saint-Esprit. Après ces dépositions, on lut , sur la proposition de Fla- 
vien , plusieurs passages des l'ères les plus illustres de l'Eglise grecque 
et latine, de saint Pierre, de saint Cyprien, de saint Athinase, des papes 
saint Jules et saint Félix , de saint Ambroise, de saint Basile, de saint 
Amphiloque , de saint Grégoire de Nysse , de saint Grégoire de N iziaaze, 
de Théophile , d'Attieus, différents extrails des écrits de Nestorius, 
pour montrer combien sa doclrine était opposée à la tradition , et enfin 
une lettre remise au diaere Vésulas par l'évèque de Carthage. Ensuite , 
on prononçj la condamnation de l'hérésiarque en ces ternies : < Le Irès- 

< révérend Nestorius ayant refusé de comparaître sur notre citation, et 
« même de recevoir les évèques envoyés de notre part , nous avons dû 
« procéder à l'examen de sa cause, et après nous être convaincus de 

< l'impiété de sa doctrine , tant par la lecture de ses écrits que par les 
i discours qu'il a tenus tout récemment dans cette ville, et qui ont 
i été prouvés par des témoignages irrécusables ; forcés, comme nous le 
i sommes par les canons et par la lettre de notre très-saint Père Cé- 
« lestin , évêque de l'Église romaine , nous avons prononcé contre Nes- 
i torius avec une profonde douleur et les larmes aux yeux celte triste 

< sentence : Notre-Seigueur Jésus-Christ, que Nestorius a outragé par 
« ses blasphèmes, le déclare, par ce saint Concile, privé de toute dignité 
« épiscopale et retranché de la communion de l'Église. > fous les évè- 
ques présents au concile et ceux qui arrivèrent après le 22 juin souscri- 
virent à celte sentence. 

Le peuple, qui s'était assemblé de grand malin pour attendre la dé- 
cision du Concile, apprenant sur le soir que l'hérésie venait d'être con- 
damnée, lit éclater sa joie par les plus vives démonstrations ; on combla 
les évêques de bénédictions ; on les reconduisit chez eux avec des flam- 
beaux ; les femmes marchaient devant eux en brûlant des parfums; 
toute la ville fut illuminée et retentit des louanges de la mère de Dieu (l). 
Ainsi finit la première session du concile. 

Le lendemain 23 juin, on signifia la sentence (2) à Nestorius, on 

(l) Jeta concilii Ephes'mi. — Saint Cyrille, Episloln . 

(i) La signification de celte sentence était conçue eu ces termes: "Le saint Concile 
• assemblé par la grûce île Dieu et par l'ordonnance de nos très-pieux empereurs , 

< à Nestorius, nouveau Judas : Apprends que pour tes dogmes impies ei ta désobéis- 



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— S24 — 
l'afficha dans les rues , on la fit publier par des crieurs , et le Concile 
écrivit au clergé , aux économes et à Eucharius , défenseur de l'Église 
de Conslantinople , pour leur notifier la déposition de l'hérésiarque et 
leur recommander de conserver tous les biens de l'Église, afin d'en 
rendre compte au futur évêque. Ensuite on envoya les actes de cette 
première session à l'empereur avec une lettre synodale, où l'on expo- 
sait la conduite du Concile, la contumace de Nestorius, et les raisons 
qu'on a\ait eues pour ne pas attendre plus longiemps les orientaux. On 
faisait remarquer surtout que le pape avait déjà condamné les dogmes 
impies de l'hérésiarque et porté contre lui une sentence d'excommuni- 
cation et de déposition. Enfin, le Concile priait l'empereur d'employer 
son autorité contre la nouvelle hérésie , de donner des ordres pour faire 
brûler les écrits de Nestorius partout où on les trouverait et de faire 
respecter le jugement qui venait d'être rendu. 

Pendant ce temps-là , Candidien publiait une protestation contre 
ce qui s'était fait en l'absence des orientaux; et adressait un rapport 
à l'empereur avec une lettre de Nestorius souscrite par dix ou douze 
évêques de son parti, dans laquelle il présentait la conduite des évêques 
du concile sous les couleurs les plus odieuses. Il les accusait d'avoir 
agi contre les canons et contre les ordres de l'empereur, en tenant une 
assemblée particulière avant l'arrivée de tous ceux qui devaient prendre 

« sanec aux canons, lu as été déposé par le saine Concile, suivant les lois de l'Eglise, 
a et déclaré exclus de lous degrés ecclésiastiques, le 21' jour du présent mois de juin.» 
Bcrgier, acta concilii Ephesini. — Dictionnaire tlwologiaue , au mol Eglise, n° 3, 
« dit : On s'est beaucoup récrié sur les termes dans lesquels était conçue la sen- 

• tence du Concile ; elle portait en tête : à Nestorius, nouveau Judas; c'est une faus- 

• selé : selon le témoignage d'Évagre, Uist. ecc!., lib. I, cap. 4, qui fait profession 
« de la copier mot à mot, elle portait : Comme le très-révérend Nestorius n'a pas 
■ voulu se rendre à notre invitation. » Bergier est lui-même dans l'erreur ; il con- 
fond la sentence elle-même avec la signification de celte sentence, qui l'uue et 
l'antre sont réellement conçues dans les termes que nous venons de rapporter. Mais 
quoi qu'il en soit de l'authenticité de cette expression, nous ne voyons pas qu'il 
faille tant se récrier contre ces termes : A Nestorius, nouveau Judas; car n'est-il pas 
Judas c'est-à-dire traiire. celui qui enseigne scieminentetvolontairemenll'errenr sous 
le nom et les apparences de la vérité? Et n'est- il pas Judas, c'est-à-dire traître, le 
pasteur qui se sert de son ministère sacré pour détourner de la voie catholique les 
brebis confiées à ses soins, trahissant ainsi, comme Judas, ses devoirs, ses serments, 
sa religion et son Dieu? L'hérésiarque Nestorius pouvait donc être traité de nouveau 
Judas. Mais, dira-t-on, cette expression est contraire aux préceptes de la charité 
chrétienne; ncus répondrons à ces âmes éminemment charitables que Jésus-Chrisl, 
notre maître et notre Dieu, traitait les pharisiens d'hypocrites, de races de vi- 
pères, etc; et cependant personne n'ose pensera accuser le Fils de Dieu d'avoir 
violé ses propres enseignements touchant la charité. 



— 225 — 
part au concile ; d'avoir rempli la ville de trouble et de confusion , en y 
répandant une foule de paysans et de soldats qui proféraient des me- 
naces effiayanies; i et pour qu'il ne nous restât pas un seul lieu de re- 
« fuge, ajouiaient les sectaires, l'évêque Memnon, chef de la sédition, 
« nous a même fermé les églises; c'est pourquoi nous vous supplions 
« de pourvoira notre sûreté, et de faire en sorte que nous puissions 
i retourner chez nous sans péril, car notre vie môme n'est pas en sû- 
« reté, ou bien d'ordonner que le concile se tienne selon les règles, 
« sans y admettre les clercs ni les moines, ni même aucun évêque qui 
« n'y serait pas nommément appelé ; qu'il n'y en ait que deux de chaque 
< province avec le métropolitain , et qu'on ait soin de les choisir parmi 
« ceux qui sont en état d'entendre ces questions. > Les sectaires comp- 
taient dans ce cas sur leur influence à la cour pour faire désigner des 
évêques de leur choix , et ils excluaient au moins par ces conditions la 
plupart des évêques d'Egypte, où il y avait peu de métropolitains. 

Cinq jours après la déposition de Nestorius, c'est-à-dire le samedi 27 
du mois de juin, Jean d'Anlioche arriva enfin à Éphèse avec les évêques 
d'Orient qui l'accompagnaient : ils étaient au nombre de quatorze (1). 
Candidien s'empressa d'aller à leur rencontre pour les prévenir par ses 
faux rapports contre les catholiques. De son côté , le Concile envoya 
une nombreuse députation de clercs pour rendre les honneurs dus au 
patriarche d'Anlioche et l'avertir en même temps de ne plus commu- 
niquer avec Nestorius déjà condamné. Mais ils ne purent obtenir la per- 
mission de lui parler, et l'ayant suivi jusqu'à son logis , ils furent obligés 
d'attendre encore plusieurs heures avant d'être introduits, Le patriarche, 
ne pouvant se dispenser de les recevoir, les écouta froidement, et puis 
les congédia sans daigner leur répondre. Les soldats , les clercs et même 
les évêques de sa suite se jetèrent alors sur les députés du concile avec 
un emportement furieux et les frappèrent au point de mettre leur vie en 
péril (2). A celte nouvelle, les Pères d'Éphèse, surpris d'une conduite 
si étrange, séparèrent le patriarche de leur communion jusqu'à ce qu'il 
fût venu se justifier devant le Concile. 






I 



■ 



(i) Théophane , p. 78, en compte vingt-sept ; mais il y a apparence que la plu- 
part s'arrêtèrent en chemin pour cause de maladie ou pour toute autre. André de 
Samosale étant tombe malade en route, ne pnt venir jusqu'à Éphèse. 

(î) Les députés nient leur rapport au concile des mauvais traitements qu'ils 
avaient subis; ils montrèrent leurs blessures, dont on lit mention clans le» acte» 
Maison ne trouve plus ce fait ni plusieurs antres daus le» actes du concile d'Éphèje, 
ils sont rapportés daus les lettres écrites durant le murs de ces débats par les priu- 
cipaui évêques ; r e qui prouve que nous n'avns plu* ce» actes complets. 

T. II. i;> 



• C 



— 226 — 



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N° 272. 

* CONCILIABULE D'ÉPHÈSE. 

(Ephesinum.) 

Pendant que la députaiion du concile attendait à la porte que le pa- 
triarche voulût bien la recevoir, Jean d'Antioche, encore en habit de 
voyage et tout poudreux, tenait dans sa maison un conciliabule avec 
les partisans de Neslorius. Candidien commença par faire un rap- 
port plein de fausseté sur la conduite des évêques catholiques , préten- 
dant qu'au mépris de ses remontrances, et après l'avoir chassé du 
concile , ils avaient procédé contre toutes les règles et condamné Nes- 
torius sans examen. Quelques sectaires , appuyant son témoignage , ré- 
pétèrent leurs calomnies sur les prétendues violences de Memnon et 
des autres prélats orthodoxes , qui , au contraire , avaient constam- 
ment à souffrir les vexations de Candidien ; car il les faisait insulter 
publiquement par ses soldats et empêchait même qu'on ne leur appor- 
tât les choses nécessaires à la vie. Après ces vagues accusations contre 
les évêques du concile, sans produire aucune pièce, sans entendre les 
accusés , sans les citer même à comparaître , Jean d'Antioche , à la tête 
de son conciliabule, déposa saint Cyrille et Memnon, et excommunia les 
attires évêques catholiques jusqu'à ce qu'ils eussent reconnu leurs fautes 
et condamné les anathèmes du patriarche d'Alexandrie. On prétend 
même qu'il rétablit plusieurs évêques déposés comme pélagiens ; il est cer- 
tain du moins qu'il y en avait dans son conciliabule , auquel on attribue 
encore une décision qui semblait rejeter le péché originel, et que les héré- 
tiques glissèrent ensuite dans quelques copies des actes du concile d'É- 
phèse, comme saint Grégoire-le-Grand le découvrit long-temps après (1). 

Le jugement de ce conciliabule fut souscrit par quarante-trois évêques, 
la plupart métropolitains , et parmi lesquels on remarque le célèbre 
Théodoret, évêque de Cyr. Les partisans de Nestorius envoyèrent ce 
jugement à l'empereur avec des lettres contenant leurs calomnies contre 
les prélats catholiques; et après l'avoir fait afficher dans plusieurs quar- 
tiers de la ville , Jean d'Antioche entreprit de l'exécuter, en ordonnant 
un autre évêque à la place de Memnon. Accompagné de soldats , il se 
rendit à l'église de Saint-Jean pour y faire l'ordination ; mais le peuple 
lui opposa une telle résistance qu'il ne put accomplir son projet. 

SUITE DU CONCILE D'ÉPHÈSE. 

Sur ces entrefaites, un officier nommé Pallade arriva à Éphèse, por- 
tant un rescrit de l'empereur , qui , trompé par la relation de Candidien 

(i) Epistolu 3i. — Acta conciliui/uli Ephesiiii. 



— 227 — 

et n'ayant pas encore reçu les actes du concile, déclarait nul le juge- 
ment rendu contre Nestorius et défendait aux évèques de se retirer avant 
d'avoir procédé d'un commun accord à un nouvel examen. Le Concile 
répondit à l'empereur que le comte Candidien , après avoir altéré les 
laits dans son rapport, empêchait encore de lui faire parvenir la vérité ; 
que Nestorius avait été condamné par plus de deux cents évèques et avec 
l'approbation île tout l'Occident, et spécialement du pape Célestin , re- 
présenté par Cyrille , tandis qu'au contraire Jean d'Antioche et Nesto- 
rius avaient à peine quarante évèques dans leur parti ; ils priaient Théo- 
dose de rappeler le comte Candidien , et lui demandaient la permission 
d'eovoyer à la cour cinq évèques qui l'informeraient de la vérité des choses 
et des violences du comte Irénée (1). De son côté, le patriarche d'Orient 
écrivit une lettre à l'empereur où les nestoriens reproduisaient encore 
et leurs calomnies précédentes , et la demande d'un concile composé 
seulement du métropolitain et de deux évèques de chaque province. Ils 
envoyèrent ensuite le comte Irénée à Constantinople , pour appuyer 
leur demande par son crédit et par celui des autres courtisans (2). 

Pendant que ces choses se passaient à Ép!ièse, les partisans de Nes- 
torius à Constantinople inquiétaient les catholiques et empêchaient 
qu'on y apportât aucune nouvelle de la part de saint Cyrille et du Con- 
cile. Mais un mendiant s'é tant chargé d'une lettre, parvint à la dérober 
aux espions de la secte en la mettant dans une canne creuse qui lui ser- 
vait de bâton. Elle était écrite d'Ephèse, et adressée aux évèques et aux 
moines qui étaient à Constanlinople. Dès qu'ils l'eurent reçue, les 
moines, ayant à leur tête leurs abbés , et entre autres le bienheureux 
Dalmace , qui depuis 48 ans n'était pas sorti de son monastère , se 
rendirent au palais impérial , accompagnés d'une foule considérable de 
fidèles. Théodose ayant lu cette lettre et entendu le rapport de saint Dal- 
mace sur ce qui s'était passé dans la procédure contre Nestorius, remer- 
cia Dieu de lui avoir fait connaître la vérité; puis il approuva les déci- 
sion du concile d'Ephèse , la condamnation de l'hérésiarque par les 
occidentaux et les dépositions de saint Cyrille et de Memnon par les 
orientaux , cassa les autres décisions des deux partis , envoya à Ephèse 
le comte Jean pour régler toutes choses comme il le jugerait à propos , 
après avoir demandé le sentiment des Pères du concile , et consentit à 

(i) Celle lellre ne lui signée que d'un petit nombre d'évéques, quoique rédigée 
en présence el du consentement de lous, parce que Pallade, qui s'était chargé de 
la porter à l'empereur, ne pouvait attendre que toute» le» .ouscriptions fut.ent 
faites. Elle est datée du i« juillet. 

(i) Uberatus, Brcviar,, cap. vi. 



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recevoir les cinq évêques députés par le Concile pour lui rendre un 
compte exact et fidèle de ce qui venait de se passer. 

Sur ces entrefaites, les légats du pape arrivèrent à Ephèse, le 10 du 
mois de juillet , avec une lettre pour le concile et un mémoire contenant 
des instructions sur la conduite qu'ils devaient tenir. La lettre (1) por- 
tail en substance que le saint Concile, comme représentant l'assemblée 
des apôtres, était assisté par la présence du Saint-Esprit; que Jésus- 
Christ, en envoyant les apôtres prêcher et instruire les nations, avait 
enseigné et parlé lui-même par leur organe ; que ce ministère de l'apo- 
stolat s'était transmis aux évê.jues devenus leurs ? uccesseurs , et qu'ainsi 
c'était pour eux tous un devoir de maintenir et de défendre la doctrine 
apostolique. Le pape ajoutait ensuite qu'il envoyait au Concile les evê- 
ques Arcadius et Projectus et le piètre Philippe, pour assister en son 
nom à ce qui s'y ferait et pour exécuter ce qu'il avait précédemment or- 
donné. Quant aux instructions, elles portaient que les légats devraient 
s'unir à saint Cyrille et agir de concert avec lui ; qu'ils devraient surtout 
maintenir l'autorité du Saint-Siège , et dans le cas de contestation parmi 
les évêques, juger leurs sentimenis sans se soumettre à des discus- 
sions. Ils avaient aussi une lettre particulière pour saint Cyrille, dans la- 
quelle te pape lui faisat savoir que , malgré l'expiration du délai fixé 
par le concile de Rome, on pouvait encore, pour le bien de la paix , re- 
cevoir Nestorius, s'il abjurait sincèrement ses erreurs. 

2 e session. — 10 juillet. — Le jour même (2) de farrivéedes légats, le 
Concile tint sa seconde session dans la maison épiscopale. On lut d'abord 
en latin, puis en grec , la lettre du pape, et après les nombreuses accla- 
mationsdes évêques en l'honneur de Célestin et de Cyrille, qu'ils appelèrent 
la loi du concile, la foi de toute la terre, les légats, faisant remarquer que 
cette lettre prescrivait l'exécution du jugement déjà porté parle Saint- 
ÎSiége , demandèrent communication des actes de la session précédente, 
:afin de s'assurer que le Concile avait procédé régulièrement et d'en con- 
firmer les décisions par l'autorité du siège apostolique , si elles se trou- 
vaient conformes au jugement du pape Célestin lui-même. Firmus de 
Césarée et Théodote d'Ancyre leur répondirent, au nom du Concile, 
qu 1 ©» avait exécuté et suivi en tout le jugement prononcé par le pape , 
et qu'as en auraient la preuve par la lecture des actes dont on allait leur 
donner communication. 

3' session. — 11 juillet. — Le lendemain, le Concile tint sa troisième 

(l) Etle-csl datée du 8' des ides de mai, c'est-à-dire le 8 du même mois de l'an 43i- 
(») Le 6* des ides de juillet selon les romains, et le J6' d'Épiphi selon les égyp- 
tiens, c'eU-A-dire le 10 juillet. 



H7 



— 229 — 

session , dans laquelle on fit la lecture publique des actes que les légats 
avaient déjà lus en particulier; après quoi, le prêtre Philippe dit : i II 
« est reconnu dans tous les siècles et par toute la terre que saint Pierre, 
i chef des apôtres et fondement de l'Église catholique, a reçu de Jésus- 
i Christ la clef du royaume céleste avec le pouvoir de lier et de délier, 
« et qu'il exerce encore sa puissance par ses successeurs. Notre saint 
t pape, l'évèque Célesiin, qui tient aujourd'hui sa place, nous ayant 
« envoyés pour le suppléer dans le concile , nous confirmons par son 
i autorité la sentence de déposition et d'excommunication portée contre 
« Nestorius. > Les évoques Arcadius et Projectus donnèrent aussi leur 
approbation au jugement du concile à peu près dans les mêmes termes ; 
et on écrivit ensuite une lettre synodale à l'empereur pour lui l'aire con- 
naître celte unanimité de sentiments touchant la docirine impie de 
Nestorius, et une autre au peuple et au clergé de Conslantinople, pour 
les exhorter à demander à Dieu qu'on remplaçât par un digne succes- 
seur l'hérésiarque légitimement déposé. 

4' session. — 16 juillet. — L'affaire de Nestorius étant ainsi terminée, 
le Concile tint sa quatrième session pour procéder contre Jean d'An- 
lioche et les autres scliismatiques. On lut d'abord une requête présentée 
par saint Cyrille et Memnon, qui demandaient que la sentence de dé- 
position prononcée contre eux par le conciliabule d'Ephèse fût déclarée 
nulle , comme ayant été rendue sur de fausses allégations , par des évè- 
ques qui n'avaient aucun pouvoir sur eux , et qui d'ailleurs n'avaient 
observé aucune des formalités prescrites par les canons. Ensuite , on fit 
successivement deux citations à Jean d'Antioclie pour le sommer de ve- 
nir rendre compte de sa conduite ; et comme il se contenta de dire 
qu'il ne répondrait point à des gens déposés et excommuniés , on pro- 
nonça la nullité de tout ce qui avait été fait contre le Concile , après 
quoi on ordonna qu'il serait cité une troisième fois , et que , s'il refusait 
de comparaître, on procéderait à sa condamnation. 

5 e session. — 17 juillet. — Ce fut l'objet de la 5« session , Saint 
Cyrille ayant rappelé ce qui] s'était fait la veille, ajouta qu'on ve- 
nait d'afficher un écrit dans lequel on l'accusait de soutenir les erreurs 
d'Apollinaire; et, après avoir repoussé la calomnie en anathéuwlisant 
expressément cet hérésiarque et tous les autres hérétiques , il demanda 
que l'on fît une troisième et dernière citation à Jean d'Antioclie. Ce 
patriarche n'y eut aucun égard , et le Concile prononça une sentence 
d'excommunication contre lui et contre les orientaux ses complices, au 
nombre de trente-trois , parmi lesquels on comprit Théodore!, ajoutant 
que, s'ils ne reconnaissaient proropleinent leur faute, ils attireraient sur 



à 









I 






H 



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— 250 — 

eux la dernière condamnation , c'est-à-dire une sentence de déposition. 
Les évoques informèrent l'empereur de ce jugement par une lettre sy- 
nodale , dans laquelle ils le priaient d'appuyer leurs décisions par son 
autorité et de mépriser l'opposition d'une trentaine d'évêques contre un 
concile de plus de deux cent prélats, confirmé d'ailleurs parle suffrage de 
tout l'Occident. Ils écrivirent également au pape Célestin pour lui rendre 
compte des deux sentences rendues contre Nestorius et Jean d'An- 
tioche, et pour l'informer aussi qu'après la lecture des actes portant 
condamnation et déposition de Pelage , de Célestin et de leurs secta- 
teurs , le Concile avait unanimement adhéré au jugement que le Saint- 
Siège avait déjà rendu contre eux (1). De leur côté, les schismatiques 
adressèrent des lettres à l'empereur et aux amis les plus influents de 
Nestorius, pour se plaindre, selon leur coutume, des prétendues vio- 
lences que les catholiques exerçaient contre eux , et renouveler la de- 
mande d'un concile où l'on n'admettrait que trois évoques de chaque 
province , y compris le métropolitain. Ils joignaient à leurs lettres un 
acte de leur conciliabule , portant qu'ils s'en tenaient au symbole de Ni- 
cée, sans y rien ajouter, et qu'ils rejetaient comme hérétiques lesdouze 
analhématismes de saint Cyrille. 

6* session. — 22 juillet. — Le Concile tint sa sixième session pour pro- 
noncer sa définition de foi. Saint Cyrille y présida comme vicaire 
du pape. On lut d'abord le symbole de Nicée ; puis tous les cvêques dé- 
clarèrent qu'ils le regardaient comme une règle de foi suffisante ; mais 
que, comme les novateurs en dénaturaient le sens par des interpréta- 
tions fausses , il était nécessaire de leur opposer quelques passages des 
Pères orthodoxes, afin de montrer ainsi, par la tradition, de quelle ma- 
nière on devait l'entendre et l'expliquer. En conséquence , ils ordonnè- 
rent de relire et d'insérer dans les actes les passages qu'on avait déjà 
cités dans la première session pour la condamnation de Nestorius. En- 
suite , sur une requête présentée par Charisius , prêtre de l'Église de 
Philadelphie en Lydie , on condamna une profession de foi nestorienne 
que l'on attribuait à Théodore de Mopsueste et que les partisans de Nes- 
torius faisaient souscrire aux quartodécimans et aux novatiens qui se 
convertissaient. Elle contenait entre autres erreurs, relativement à 
l'Incarnation , qu'il n'y a qu'un Fils par essence , le Verbe divin , Fils 
unique du Père ; que l'homme qui lui est uni participe à sa dignité , et 
que, par suite de cette union inséparable, il est appelé Seigneur et Fils 



(i) Tillemont , Mémoires. — Baronius, Annales, ad annum 43i, S 92. — Fleury, 
Hist. eccl., annce43i. 



— 251 — 

d'ane manière particulière (1). Le Concile ayant lu cette profession de 
foi , défendit expressément d'enseigner les erreurs qu'elle contenait et 
de proposer on de faire souscrire aux hérétiques qui retournaient à la foi 
un autre symbole que celui de Nicée, sous peine de déposition pour les 
clercs et d'anathème, c'est-à-dire d'excommunication, pour les laïques. 
Il n'en excepta ni le symbole des apôtres, ni celui de Constantinople (2). 
7» et nEBNifeRE session. — 31 juillet (3). — La septième et der- 
nière session du concile fut consacrée a l'examen de quelques 
affaires particulières. Les évêques de Chypre se plaignirent de ce que 
Jean d'Antioche, voulant étendre sur eux sa juridiction , et s'attribuer 
les ordinations épiscopales , avait obtenu du préfet d'Orient des lettres 
portant défense d'ordonner un métropolitain à Salamines , jusqu'à ce 
que le concile d'Éphèse eût pris une décision sur ce point. Comme ils 
alléguaient dans leur requête et que îlhéginus, Évagre et Zenon , évê- 
ques de Chypre , répétèrent de vive voix devant l'assemblée que l'an- 
cienne coutume , depuis le temps des apôlres , était contraire aux pré- 
tentions du patriarche Jean, qui n'avait fait, ni avant lui ses prédéces- 
seurs, aueune ordination dans l'île de Chypre, le Concile, sur une 
déposition si positive , décida que , puisque l'évêque d'Antioche ne 
pouvait appuyer ses prétentions sur l'ancien usage, les évêques de 
Chypre devaient être maintenus dans leur droit d'ordonner eux-mêmes 

(1) Marius Mercalor, Cominonil. — Baluze, Collectio enneiliorum , p. 61 8, 6iy. 

On retrouve dans cette formule de foi la distinction que Ncstorius établissait, 

non pas entre la divinité et l'humanité , c'est-à-dire entre les deux natures, mais 
entre le Verbe et l'homme , afin de marquer par là deux personnes distinctes en 
Jésus-Christ. 

(2) Tillemont , dans ses Mémoires, remarque qu'Eulychès , dans le conciliabule 
de l'ail 44?, appelé le brigandage d'Éphèse, et les évêques d'Egypte dans le concile 
de Calcédoine, abusèrent de cette ordonnance, que l'on ne doit pas prendre à la 
r^ueur, et qu'ils s'en servirent pour rejeter ce qui avait été fait par le concile œcu- 
ménique de Constantinople; qu'on objecta cette ordonnance à saint Cyrille lui- 
même, parce qu'il avait reçu d'autres professions de foi de quelques évêques soup- 
çonnés de Nestorianisme , et que le saint patriarche répondit que ce décret du con- 
cile d'Éphèse, quelque saint qu'il fût, n'empêchait point que les personnes soup- 
çonnées de ae pas bien entendre le symbole de Nicée, ne dussent déclarer leurs 
sentiments par des paroles plus expresses : d'où il est aisé de conclure, poursuit le 
même auteur, que lorsque l'Église a combattu des hérésies, que le symbole de Nicée 
ne condamne pas formellement, elle a le droit d'y ajouter ce qu'elle juge néces- 
saire pour l'éclaircissement de la vérité, et c'est ce que le concile de Constantinople 
avait déjà fait, et ce que d'autres ont encore fait depuis. 

(3) Cette session est datée, dans les actes, du lundi 3j août; mais on prétend 
qu'il faut lire 3i juillet, parce que le concile ne s'assembla plus depuis l'arrivée 
du comte Jean , officier de l'empereur, qui se trouvait à Éphose dans les premiers 
jours du mois d'août. 



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I 






— 25Î — 

leur métropolitain , ajoutant que cette règle devrait aussi s'appliquer 
aux autres provinces, en sorte que nul évêque ne pût, au mépris des 
canons , s'arroger l'autorité sur une province qui ne lui aurait pas été 
soumise de tout temps (1). 

Deux évêques de Thrace , Euprébius de Byze et Cyrille de Celle, ex- 
posèrent au Concile que, d'après une ancienne coutume établie dans 
leur province , un même diocèse comprenait souvent plusieurs villes 
soumises à la juridiction d'un seul évêque; et dans la crainte que Fri- 
tilas, métropolitain d'Héraclée et partisan de Nestorius, ne voulût, 
pour se venger d'eux et fortifier son parti , donner à chacune de ces 
villes un évêque particulier, ils demandèrent qu'on maintînt l'usage éta- 
bli, et qu'il ne fût pas permis de démembrer leur diocèse sans leur 
consentement. Le Concile , faisant droit à leur requête , défendit à Fri- 
tilas et à ses successeurs de rien innover contre les canons , les lois ci- 
viles et l'ancienne coutume (2). 

Eustache, métropolitain de Syde en Pampliilie, fatigué de quelques 
méchantes accusations qu'on avait injustement formées contre lui, 
avait eu la faiblesse de quitter son Église et de faire sa renonciation par 
écrit. Or, il n'était pas permis à un évêque de se démettre ainsi del'épi- 
scopat sans des raisons légitimes , et cette faute d'Eustache l'avait fait 
priver de la communion. 11 subissait depuis longtemps la peine de sa re- 
nonciation, lorsqu'il vint se présenter au concile d'Éphèse, qui, touché 
de ses larmes, le rétablit dans la communion avec le litre d'évêque, 

(i) On voit que le Concile , par ce jugement conditionnel , s'abstint de juger au 
fond cette contestation en l'absence du patriarche d'Anlioche, dont les prétentions 
étaient réellement fondées sur une possession ancienne, quoique interrompue de- 
puis près d'un siècle par la tyrannie de l'Arianisme, dont les sectateurs avaient oc- 
cupé le siège épiscopal d'Antioclie pendant 3o ans. (Epistola Iraioceniii pap. ad 
Alexandr. episcop. Antioch.) Du reste , saint Alexandre , un des prédécesseurs de 
Jean d'Anlioche, avait déjà revendiqué les droits de son siège vers l'an 4i5, et le 
pape saint Innocent , malgré cette interruption , s'était prononcé en faveur du pa- 
triarche : l'île de Chypre étant, selon l'état civil , du département d'Orient. Toute- 
fois , Balsamon [in can. 8 concilii Ephesini, p. 3 19), depuis patriarche d'Anlioche, 
reconnut que les faits allégués par Rhéginus , Évagre et Zenon étaient véritables. 
Plus lard, Pierre le Foulon , ayant usurpé le siège d'Antioclie, entreprit de sou- 
mettre à sa juridiction l'Eglise de Chypre; mais comme on trouva, dans le temps 
même de cette contestation, c'est-à-dire, vers l'an 488, le corps de saint Barnabe 
près delà ville de Constantia, un concile de Constantlnople et l'empereur Zenon 
déclarèrent que l'Eglise de Chypre étant une église apostolique , ne dépendait de la 
juridiction d'aucun patriarche. 

(3) Ce décret n'empêcha pas que quelque temps après l'on ne mît des évéques à 
Gallipolis et dans les autres villes qui n'en avaient point lors du concile d'Ephèse. 
Geographia iaçra, p. a33. 



— 233 — 
mais à la charge de n'en faire les fonctions que sous le bon plaisir de 
son successeur (1). 

Juvénal de Jérusalem , voyant Jean d'Anlioche ouvertement schis- 
matique et frappé d'excommunication , voulut profiter de celte cir- 
constance pour se faire attribuer la juridiction patriarcale sur la 
Palestine ; et à l'appui de ses prétentions , il lit valoir quelques pièces 
sans authenticité. Il avait même dit dans la quatrième session, que, sui- 
vant la tradition apostolique, le siège d'Anlioche était soumis à celui de 
Jérusalem. Mais le Concile refusa d'autoriser cette entreprise ambitieuse, 
et saint Cyrille écrivit même au souverain pontiie pour le prier instam- 
ment de s'y opposer (2), ce qui n'arrêta pas les usurpations de Juvénal. 

Le Concile fit encore dans cette session (5) quelques canons que l'on 
trouve à la suite d'une lettre synodale adressée à toutes les Églises , et 
où sont marqués les noms de trente-cinq évêques schismatiques du 
parti de Jean d'Anlioche que les Pères avaient excommuniés et dépo- 
sés. Ces canons ne sont qu'un résumé des précédentes décisions; ils ne 
contiennent rien touchant la discipline ecclésiastique. 

{"canon. Les métropolitains qui auront quitté le concile œcuménique 
pour s'attacher au conciliabule schismatique.ou qui seront dans les sen- 
timents de Célestius , n'auront aucun pouvoir sur les evêques de leur 
province, car ils sont excommuniés et interdits; ils seront, au con- 
traire, soumis à ces évêques et aux métropolitains voisins, qui pourront 
les déposer tout à fait de l'épiscopat. 

2 e canon. Les évêques qui ont embrassé le schisme , soit avant, soit 
après avoir souscrit la déposition de Neslorius , sont déposés de l'épisco- 
pat et retranchés du sacerdoce. 

3 e canon. Les évêques qui auront été interdits ou déposés par Nes- 
torius ou par les évêques de son parti , à cause de leur attachement à la 
foi catholique, seront rétablis. 

4 e canon. Les clercs qui adhèrent au concile œcuménique ne seront 
soumis en aucune manière aux évêques schismatiques. 

5' canon. Mas les clercs qui embrasseront le schisme ou les erreurs 
de Nestorius, ou celles de Célestius , seront déposés. 

(i) Cette affaire est rapportée par quelques auteurs a cette dernière session et 
par d'autres à la 5 e . 

(i) 11 n'est fait aucune mention de celte tentative d'usurpation dans les actes du 
concile d'Ephèse, mais saint Léon-le-Grand en parle dans la lettre gt« à Maxime 
d'Antioche; ce qui nous prouve encore que nous n'avons pas tous les actes de et 
concile. 

(3) Quelques auteurs rapportent ces canons à la 5» session. 



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— 234 — 

6 e canon. Ceux qui , après avoir été condamnés pour leurs fautes par 
le concile ou par les évoques de leur province , auront été rétablis par 
Nesioriusou par ses adhérents, demeureront déposés. Quiconque vou- 
dra s'opposer, en quelque manière que ce soit , à l'exécution des dé- 
crets du saint concile d'Éphèse , sera déposé s'il est évoque ou clerc , et 
excommunié s'il est laïque. 

A ces six canons , qui furent signés par tous les évoques du Concile, 
quelques auteurs en ont ajouté deux autres ; l'un est relatif au décret 
du Concile touchant le symbole deNicée et le faux symbole nestorien de 
Théodore de Mopsueste , et l'autre concerne la conservation des droits 
respectifs des provinces , à l'occasion de la plainte des évêques de 
Chypre (1). 

Enfin , par un autre décret , les Pères du concile confirmèrent la 
condamnation des massaliens , et obligèrent tous ceux qui seraient sus- 
pects de celle hérésie , de l'anathématiser par écrit, sous peine de dé- 
position pour les clercs et d'excommunication pour les laïques. 

Vers le commencement du mois d'août, le comte Jean arriva de Con- 
stantinople à Éphèse. L'empereur Théodosc l'envoyait au Concile pour 
connaître par son rapport le véritable état des choses , et travailler à la 
réunion des esprits ; car ce prince , faible et sans lumière, incapable de 
discerner par lui-même ce qu'il devait faire, se livrait à la merci des 
courtisans et flottait au hasard entre les résolutions diverses qu'on cher- 
chait à lui inspirer. Prévenu d'abord contre le Concile par les relations 
mensongères du comte Candidien, il en avait ensuite approuvé la con- 
duite après la lecture de ses actes; puis, le comte Irénée lui ayant ap- 
porté les lettres des schismatiques , il était revenu à ses premières dis- 
positions, auxquelles il avait de nouveau renoncé, ou du moins qu'il avait 
modifiées sur un rapport qui lui fut fait par saint Dalmace, ami du pa- 
triarche d'Alexandrie. Ce fut après ces variations et au milieu de ces in- 
certitudes , partagées ou entretenues par ses ministres , que Tfoéodose 
envoya le comte Jean à Éphèse , avec une lettre adressée aux évêques 
des deux partis, comme ne formant qu'un seul et mémo concile, et dans 
laquelle il déclarait approuver également la déposition de Jean et celles 
de saint Cyrille et de Memnon. Il avait pris cette détermination sur une 
lettre d'Acace de Bérée , qui lui faisait croire que tous les évoques 



(i) Zonare et Balsamou ont commente ces huit canons. La collection de Justel les 
rapporte tels que nous venons (le les donner; mais Denyg-le-Pelit de les a pas in- 
sérés dans sa collection , apparemment parce qu'ils ne contiennent rien touchant la 
discipline publique de l'Eglise. 



— 253 — 

étaient d'accord sur le dogme , et divisés seulement pour des querelles 
personnelles. 

Dès le lendemain de son arrivée , le comte Jean assembla tous les 
évêquesà son logis , et fit ensuite arrêter saint Cyrille, Memnon et Nes- 
torius; celui-ci fut mis sous la garde du comte Oindidien , et les deux 
premiers eurent pour gardiens un tribun et des soldais. Les schismati- 
ques applaudirent à ces mesures et envoyèrent à Théodose une confes- 
sion de foi dans laquelle ils donnaient à la sainte Vierge le litre de 
mère de Dieu et professaient sur le mystère de l'Incarnation une doc- 
trine tout à fait orthodoxe ; mais , sous prétexte de s'en tenir au sym- 
bole de Mcée.ils déclamaient contre les douze anathématismes de 
saint Cyrille , qu'ils osaient encore représenter comme infecté des er- 
reurs d'Apollinaire. 

De leur côté , les prélats catholiques adressèrent des réclamations au 
comte Jean ; et comme ils virent qu'elles étaient sans résultat, ils écri- 
virent à l'empereur pour se plaindre des mesures qu'on venait de pren- 
dre et des impostures que leurs adversaires employaient pour surprendre 
sa bonne foi , en attribuant au Concile les entreprises factieuses de 
quelques schismatiques contre le Concile lui-même. Ils témoignaient en 
même temps leur ferme résolution de ne point commmuniquer avec les 
orientaux jusqu'à ce qu'ils eussent condamné Nestorius , et conjuraient 
l'empereur de faire mettre en liberté Cyrille et Memnon , de veiller au 
maintien de la foi et de se faire informer de l'état des choses par des 
personnes non suspectes. Ils écrivirent en outre aux évêques qui se 
trouvaient à Constantinople et au clergé de cette église pour les prier 
de se jeter aux pieds de l'empereur pour lui faire connaître la vérité 
et se plaindre qu'on les retenait comme en prison à Éplièse , sans 
leur permettre d'envoyer leurs députés à la cour , en sorte qu'ils n'a- 
vaient pu jusqu'alors faire parvenir leurs lettres ou leurs relations que 
par des porteurs déguisés, qui se sauvaient par différents cliemins à tra- 
vers les plus grands dangers. Saint Cyrille joignit quelques lettres par- 
ticulières à celles du Concile. 

Mais pendant que les catholiques étaient emprisonnés et traités 
comme des factieux , les schismatiques , au contraire , avaient toute 
liberté de correspondre avec leurs partisans et de répandre partout leurs 
calomnies. C'est ainsi qu'ils parvinrent à faire naître des préventions , 
ou au moins de l'incertitude , jusque dans l'esprit de quelques zélés ca- 
tholiques; et saint Isidore de Peluse , trompé par de faux bruits, crut 
devoir écrire à saint Cyrille de ne pas écouter son ressentiment ni ven- 




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—.236 — 

ger ses querelles particulières en défendant la cause de l'Église (1). 
Mais cette "prévention ne l'empêcha pas d'écrire à l'empereur pour le 
conjurer instamment d'empêcher ses courtisans de troubler le Concile 
par leurs intrigues, et surtout par leur manie de dogmatiser (2). 

Théodose , reconnaissant enfin qu'il avait été trompé par ses officiers , 
entièrement dévoués àNeslorius, ordonna aux évéques des deux partis 
de lui envoyer des députés à Constantinople , pour exposer de vive voix 
le sujet de leur division. Le Concile choisit aussitôt huit députés , parmi 
lesquels se trouvaient Arcadius et Philippe , légats du Saint-Siège ; il 
leur donna une instruction portant qu'ils ne communiqueraient point 
avec Jean d'Antioche ni avec les évêques de son parti , et qu'ils ne 
pourraient leur promettre la communion du Concile qu'à la condition 
expresse de souscrire auparavant à la condamnation de Nestorius, d'a- 
nathématiser sa doctrine, de demander pardon au Concile de tout ce 
qu'ils avaient fait contre les évêques catholiques, et enfin de faire ren- 
dre la liberté à saint Cyrille et à Memnon. Le Concile ajouta que s'ils 
s'écartaient de cette instruction sur un seul point, non-seulement il ne 
ratifierait point ce qu'ils auraient fait, mais encore il les retrancherait 
eux-mêmes de la communion de l'Église. La députation des orientaux 
schismatiques fut également composée de huit évêques, à la tête desquels 
était Jean d'Antioche. Il leur était défendu par leur procuration d'ap- 
prouver les anaihématismes de saint Cyrille ; mais sur tout le reste 
ils avaient un pouvoir absolu de faire ce qu'ils jugeraient à propos. 

Les députés étant arrivés à Calcédoine vers la fin du mois d'août , on 
leur ordonna de s'y arrêter , avec défense expresse d'entrer à Conslan- 
tinople , dans la crainte que leur présence n'y devint une occasion de 
trouble et de sédition. Les orientaux apprirent alors que l'empereur ve- 
nait de confirmer la déposition de Nestorius et de le faire sortir d'Éphèse, 
en lui permettant de se retirer partout où il voudrait , à l'exception 
toutefois de Constantinople (3). Cette nouvelle , qui devait laisser peu 

(i) Epistola 3io. 

(i) Epistola 3n. 

(3) Nestorius se relira dans le monastère d'Buprépius, près d'Antioche, où il 
avait été élevé dans sa jeunesse; mais comme il contiu uaît de dogmatiser et de ca- 
baler, l'empereur, sur la demande de Jean d'Antioche, le relégua d'abord à Pétra. 
dans l'Arabie, et ensuite au désert d'Oasis, en Egypte, puis à Panople , et enfin 
dans un autre exil où il mourut , accablé de vieillesse et d'infirmités , sans avoir ab- 
juré son erreur. On dit qu'en pnnition de tant de blasphèmes, sa langue fut rongée 
des vers. — Évagre, Hist. eccl., lib, I, cap. 5 et seq. — Acta concilli Ephesini, 
pars 1, 









— 237 — 
d'espérance aux schismatiques, les affligea, mais ne diminua rien de 
leurs opiniâtres prétentions. L'empereur étant venu bientôt après à 
Calcédoine , ils insistèrent auprès de lui pour obtenir le rétablissement 
de l'hérésiarque ; mais Théodose leur déclara nettement qu'il ne voulait 
plus en entendre parler et que son affaire était consommée. Les cour- 
tisans eux-mêmes abandonnèrent les intérêts d'un protégé tombé en 
disgrâce. L'empereur donna jusqu'à cinq audiences aux députés et les 
écoula avec beaucoup de bienveillance et d'attention. Les orientaux de- 
mandèrent que l'on commençât par régler ce qui regardait la foi , et 
qu'on s'en tînt uniquement au symbole de Nicée , ajoutant qu'il leur 
était impossible de consentir au rétablissement de Cyrille et de Memnon, 
ni de communiquer avec les autres, s'ils ne rejetaient les douze ana- 
thématismes, selon eux pleins d'hérésie. Mais les catholiques refusèrent 
absolument de disputer avec eux sur la doctrine , comme si elle eût en- 
core été douteuse; et, ne voulant pas que l'autorité du Concile pût être 
mise en question , ils se bornèrent à montrer qu'il avait procédé en tout 
selon les règles canoniques, et qu'ainsi on devait commencer par en 
approuver les actes et rétablir les évêques injustement déposés. Théo- 
dose , qui avait paru d'abord assez favorable aux propositions des dé- 
putés orientaux , parce qu'on lui avait souvent répété que les anathé- 
matismes de saint Cyrille étaient hérétiques, céda enfin à la fermeté et 
aux raisons des députés du Concile; et laissant les schismatiques à Cal- 
cédoine , il emmena avec lui les catholiques à Constantinople pour y 
ordonner un évêque à la place de Nesiorius. 

Saint Cyrille, qui voyait sa doctrine constamment calomniée, venait 
de publier, à la prière du Concile, une explication de ses douze anathé- 
matismes, qui en montrait clairement l'orthodoxie. Cependant, malgré 
cette explication , les schismatiques continuèrent d'écrire qu'on trahis- 
sait la foi , et que Cyrille , craignant d'être convaincu , ne voulait entrer 
à cet égard dans aucune discussion. Ils adressèrent aussi des protesta- 
tions à l'empereur dans lesquelles, cherchant à l'effrayer sur les suites 
du parti qu'il venait de prendre , ils prétendaient que les provinces de 
l'Orient, la Thrace et l'Italie , n'approuveraient jamais les prétendues 
erreurs des douze analhématismes. Mais Théodose ne se laissa point 
ébranler par ces réclamations; il écrivit au Concile que saint Cyrille et 
Memnon demeureraient en possession de leur siège , et que les autres 
évêques , s'ils n'avaient pas à proposer un moyen efficace de rétablir 
l'union , devaient retourner immédiatement dans leurs églises. Toute- 
fois , comme il était lâché de n'avoir pu amener les catholiques à aucune 
concession , et espérant'/l'ailleurs ménager pour l'avenir quelque moyen 



1 






I 



^ 



— 238 — 

d'accommodement , il déclara qu'il ne se résoudrait jamais à condamner 
les orientaux , puisqu'ils n'avaient été convaincus d'aucune erreur et 
qu'on n'avait pas même voulu entrer en conférence avec eux (1). 

Telle fut l'issue du célèbre concile général d'Éphèse , qui approuva , 
confirma le titre de mère de Dieu donné par les catholiques à la sainte 
Vierge, et souscrivit les douze anaihématismes de saint Cyrille, dont 
l'orthodoxie fut hautement reconnue par le concile général de Calcé- 
doine (2). Les protestants , qui ne peuvent souffrir le culte que l'Église 
rend à Marie, ont formé les reproches les plus graves contre ce concile 
et contre la conduite du saint patriarche d'Alexandrie; mais en faisant 
l'histoire sainte de cette assemblée, nous avons démontré l'injustice et la 
fausseté de leurs reproches. Nous ajouterons seulement que le fameux 
Théodore! et Jean d'Antioche, tous les deux amis de Nestorius , se ré- 
concilièrent plus lard avec saint Cyrille, et avouèrent sincèrement que 
leur amitié pour cet hérésiarque les avait trompés et reconnurent la jus- 
tice de sa condamnation. 

N° 275. 

CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CO.NSTANTINOPOLITANUM . ) 

(Le 25 octobre de l'an 451 .) —Les députés du concile d'Éphèse étant 
arrivés à Conslantinople avec Théodose, on choisit d'un consentement 

(OCotelier, Monument, t. I, p. 4t , 42.— Baluze , Colleclio conciiiorum, p. 727, 
2 33. — Tillemoiu, Mémoires, t. XIV.— Le P. Labbe , Sucrosancta concilia, t. III. 
— Baluze rapporte une aulre lellrc de Théodose au Concile, dans laquelle il élait 
dit que Cyrille et Memnon , autrefois évêques d'Alexandrie et d'Éphèse, demeure- 
raient déposés de l'épiscopal. Mais il y a apparence que celte lettre ne fut pas ren- 
due publique ; car les orientaux n'auraient pas manqué d'en parler dans leurs re- 
lations écrites de Calcédoine ; ils reconnaissent, au contraire , que la lettre de l'em- 
pereur qui rendait Cyrille et Memnon à leurs églises, fut celle qui fut publiée et 
mise à exécution. 

(2) On lit dans les actes du concile de Calcédoine (voirie P. Labbe , t. 111, p. 
1057 , t. IV, p. 826), que les Pères d'Éphèse rédigèrent par écrit ce qu'ils avaient 
décidé touchant le titre de mère de Dieu , et que les évéques conBrmèrent par leurs 
souscriptions les témoignages rendus à la divinité et à l'humanité de Jésus-Christ, 
voulant que leur main, aussi bien que leur langue, confessât l'union des deux na- 
tures en une seule personne. Mais nous n'avons rien trouvé de semblable dans les 
actes du concile d'Éphèse ; d'où l'on doit conclure, ou que nous n'avons pas ces 
actes entiers, ou que ce fait, rapporté par le concile de Calcédoine, doit s'entendre 
de l'approbation donnée par celui d'Éphèse à la doctrine de saint Cyrille et del'a- 
nathème prononcé contre celle de Nestorius : celait, en effet, reconnaître que la 
sainte Vierge est mère d« Dieu et que les deux namres sont unies en une seule per- 
sonne dans Jésus-Chrisi. 



259 



unanime pour remplir le siège de cette ville , un moine nommé Maxi- 
mien , prêtre , disciple de saint Chrysostome , et en grande réputation 
de piété ; et aussitôt après son ordination , les évoques (I) assemblés en 
concile, en donnèrent avis, selon la coutume, aux principaux métro- 
politains et écrivirent en particulier au pape Céleslin et à saint Cyrille 
pour les informer de cette élection , dont ils demandèrent en outre au 
saint Père la confirmation. 

Le pape, dans sa réponse, les félicita du zèle qu'ils avaient montré 
pour la défense de la foi , et ratifiant la déposition de Nestorius et l'or- 
dination de Maximien , il ajouta que les évoques condamnés comme 
partisans de l'hérésiarque , devaient être privés de la communion et 
chassés de leurs sièges jusqu'à ce qu'ils se fussent déclarés catholiques, 
quand même l'empf reur aurait consenti par surprise à leur rétablisse- 
ment ; et qu'a l'égard de Jean d'Anlioche , il fallait s'efforcer de le ra- 
mener, mais prendre contre lui les mesures que réclamait l'intérêt de 
l'Église , s'il refusait de condamner les nouvelles erreurs. Il répondit 
dans le même sens à Théodose et à Maximien , qui lui avaient écrit 
chacun en particulier ; et à ces trois lettres il en joignit une quatrième 
adressée au peuple et au clergé de Constaniinople , pour les exhorter 
à suivre la doctrine que leur nouveau pasteur avait puisée dans l'Église 
romaine , où il avait été élevé (2). 




N° 274. 

* CONCILE DE TARSE, EN C1LIC1E. 
(taksehse.) 

(Mois de novembre de l'an 431.) — Jean d'Anlioche et les autres dé- 
putés schismatiques , retournant dans leurs églises, tinrent un concile 



(i) Oulre les députes du concile d'Ephèsc , il y avait ausvi dans cette assemblée 
les évéques qui se trouvaient alors à Cor siantinupic. 

(i) On trouve dans ces lettres, adressées à des grecs et relatives aux affaire* de 
l'Orient, plusieurs expressions qui établissent d'une manière incontestable l'autorité 
du Saint-Siège et sa juridiction sur toutes les Églises. On croit que ce fut alors qui*, 
pour faire amende honorable à la sainte Vierge des blasphèmes de Nestorius, l'E- 
glisc ajouta à la Salutation angelique la prière qui commence par ces mois : u Sainte 
" Marie, mère de Dieu, priez pour nous. » U est certain que, depuis cette époque, 
les chrétiens s'attachèrent partout à honorer la sainte Vierge avec un redoublement 
de zèle et de ferveur ; elles critiques iguoranls ou de mauvaise foi, qui oui voulu 
rapporter l'origine de son culte au concile d'Kphèse, sont réfutés suffisamment par 
l'histoire même de ce concile, puisqu'il fut célébré dans une église dédiée eu l'hon- 
neur de la mère de Dieu. 




■ 









fc 



— 240 — 

à Tarse, où ils entreprirent de nouveau de déposer saint Cyrille et 
avec lui les évoques députés à Calcédoine. Dans cetie même assemblée, 
Théodoretet les autres orientaux promirent de ne jamais consentira la 
déposition de Nestorius (1). 

N» 27S. 

* CONCILE D'ANTIOCHE (2). 
(antiochenum.) 

(L'an 431.) — De retour à Antioclie, le patriarche Jean tint dans 
cette ville un concile nombreux, et fit prononcer une troisième sen- 
tence de déposition contre saint Cyrille. Il suspendit aussi de sa com- 
munion Rabbula, évêqued'Édesse, et défendit aux évêques de l'Osrhoëne 
de communiquer avec lui jusqu'à ce qu'il eût été appelé et examiné ju- 
ridiquement. Cet évêque avait abandonné le parti de Jean pour suivre 
la doctrine de saint Cyrille comme la seule véritable. Les orientaux 
renouvelèrent leur promesse de ne jamais consentir à la déposition de 
Nestorius. 

Le Concile écrivit ensuite à l'empereur que les évêques , les ecclé- 
siastiques et les peuples du comté d'Orient , ayant tous en horreur les 
anat hématomes de Cyrille, il le priait de les faire condamner dans toutes 
les Églises. 

N° 270. 

CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM.) 

(L'an 431 ou 43i.) — Maximien, évêque de Constanlinople, déposa 
dans ce concile quatre métropolitains du parti de Jean d'Aniioche : 
Helladius de Tarse, Euiérius de Thyanes, IlimeriiisJ de Nicomédie et 
Dorothée de Marcianople (3). 

N° 277. 
CONCILE D'ANTIOCHE. 

ANTIOCHENUM.) 

(L'an 432.)— Ce concile fut tenu par Jean'd'Antioche'pour faire la 

(t) Pagi. — Tillemont, Mémoires. — Baluze, Kova collect. concil.. p. 74t. 

(2) Pagi révoque en doute la réalité de ce concile, elle P. Mansi la prouve. 
Voir Socrate, Historia, lib. vtt.'cap. 34- — Libérants, Brevitvr., cap. vi. — Baluze, 
iVoua collectio conciliorum , p. 74t.| 

(3) Saint Cyrille , Epistoln 4o et 4 1 .—Le P. Labbe , Sacrosancta concilia, t. III , 
P« 107t. 



— 241 — 

paix avec saint Cyrille (1) ; mais elle ne fut conclue que l'année sui- 
vante, lorsque le patriarche d'Orient eut reconnu expressément par une 
profession de foi que Jésus-Christ, Fils unique de Dieu , est tout à la fois 
Dieu paifaitet homme parfait, engendré du Père avant tous les siècles 
quant à la divinité , et né de la sainte Vierge dans le temps quant à son 
humanité; consubstaniiel au Père par sa nature divine, et consubslan- 
liel à nous par la nature humaine , en sorte que les deux natures étant 
unies sans confusion , il n'y a qu'un seul Fils, un seul Seigneur ou une 
seule personne , et que par l'effet de cette union la sainte Vierge est 
proprement mère de Dieu ; qu'il eut anathématisé les nouveautés impies 
de Nestorius et approuvé sa déposition et l'ordination de Maximien comme 
étant l'une et l'autre légitime ; et qu'enfin il eut embrassé la communion 
du patriarche de Constantinople et celle de tous les évêques orthodoxes. 
Ceci dut se passer dans un nouveau concile tenu à Antioche , puisqu'il 
est dit que tous les évêques de l'Orient anathématisèrent avec Jean les 
impiétés de Nestorius (2). 

N° 278. 

* CONCILE DE ZEUGMA, EN SYRIE. 

(ZEUGMATENSE.) 

(L'an 433.)— A la nouvelle de la paix conclue entre les deux patriar- 
ches d'Antioche et d'Alexandrie, quelques catholiques blâmèrent la 
sage condescendance de saint Cyrille, se plaignant de ce qu'il était con- 
venu avec les orientaux de reconnaître deux natures en Jésus-Christ , 
soit qu'ils craignissent que le mot çûnç ou nature n'étant pas encore 
rigoureusement déterminé, on n'abusât de cette expression pour dé- 
guiser les impiétés du Nestorianisme , soit peut-être que plusieurs fus- 
sent déjà imbus des erreurs enseignées plus tard par Eutychès , qui se 
montrait alors un des plus zélés adversaires de Nestorius (3). Les schis- 






(i) Buluze, Nova collectio conciliorum , p. 753, -}hl\. 

(r>) Saint Cyrille, Epistola 44- 

(3) Saint Cyrille répondit à ces plaintes dans différentes lettres qu'il écrivit à 
cette occasion au prêtre Eulogius , son agent à Constantinople; à Donat de Niro- 
polis, en Épire; à Acace de Mélitine, en Arménie ; à Valérien d'Icône, et à Sac- 
cessus de Diorésarée , en Isaurie. On remarque dans la lettre qu'il écrivit à ce der- 
nier une phrase équivoque en apparence , qui se retrouve aussi dans quelques 
autres endroits de ses écrits et dont les eulychiens abusèrent dans la suite pour dé- 
fendre leurs erreurs: « Après l'union, nous ne divisons point les deux nature»; 
« mais nous disons comme les Pères une nature du Verbe incarnée, imam nuturum 
. Vcrbl incnmùtam; » ce qu'il explique ensuite par l'exemple de l'homme , dans 
lequel les deux substances , quoique distinctes, ne sont pa» divisées ou séparées, 

T. IL 16 












— ut — 

maliques condamnèrent aussi Jean d'Antioche; les uns, parce qu'il 
avait abandonné Neslorius , qu'ils croyaient innocent des erreurs qu'on 
lui imputait; les autres, parce qu'il avait souscrit une profession de 
loi qui leur semblait hérétique. On distinguait parmi ceux-là le célèbre 
Théodoret, qui, tout en approuvant comme orthodoxes les explications 
de saint Cyrille, se montrait toujours prévenu contre quelques-unes de 
ces expressions employées dans ses douze anaihématismes et demeurait 
persuadé qu'on avait condamné la doctrine de Neslorius faute de l'avoir 
bien entendue. Le plus renommé parmi ceux-ci fut Alexandre, métro- 
politain d'Hiéraple , à qui son Age et ses vertus donnaient une grande 
autorité, mais qui eut le malheur de s'engager dans l'hérésie de Neslorius 
et d'y persévérer avec une opiniâtreté que rien ne put fléchir. André de 
Samosale et Théodoret lui-même lirenlen vain tous leurs efforts pour le 
ramener. Il leur répondit qu'il ne se résoudrait jamais à approuver 
l'exposition de foi souscrite par Jean d'Antioche , quand on devrait le 
condamner à mille morts, et qu'il la verrait approuvée par toutes les 
Églises. Toutefois , il convint avec eux d'assembler à Zeugma les 

mais unies de manière à ne furmer qu'une seule personne, Successus lui ayant 
adressé quelques objections à ce sujet, il y répoudit par une seconde lettre, où il 
tait voir que par ces expressions il n'établit aucune confusion ni aucun mélange, 
puisqu'il De se contente pas de dire une nature, mais qu'il confesse une nature 
divine incarnée, parce qu'en effet la divinité est immuable et que l'humanité de- 
meure aussi en Jésus-Christ sans altération. On voit par là que saint Cyrille, en 
employant cette phrase, a voulu seulement expliquer avec plus de force l'union 
réelle des deux natures en Jésus-Christ, sans nier aucunement leur distinction, 
qu'il a reconnue tant de fois d'une manière expresse, soit avant, soit après la réu- 
nion des orientaux. 

Que doit-on penser maintenant, après ces explications, de la bonne foi des cri- 
tiques protestants, qui ont accusé saint Cyrille d'avoir parlé à peu près comme En- 
tychès? El n'est-il pas évident qu'autre chose est dédire avec saint Cyrille, saint 
Athanase et d'autres qu'il y a en Jésus-Christ une nature du Verbe incarnée, una 
vaturu Yerbi Incamata, et autre chose de soutenir, comme Entychès , qu'il y a 
une seule nature du Verbe incarnée , una tantum natura Yerbi incarnata? Dans la 
première de ces propostions , le mot nature est évidemment pris pour la personne 
tout entière du Verbe , son humanité aussi bien que sa divinité , puisqu'enfin ce 
n'est point la nature divine, abstraite de la personne, qui s'est incarnée, mais la na- 
ture subsistante par la personne. Dans la seconde, au contraire, le mot nature est 
pris dans le seus abstrait , elle exprime que le Verbe incarné n'a plus qu'une seule 
nature , qui est la nature divine, parce que la nature humaine en Jésus-Christ est 
absorbée par la divinité. Le sens de l'une de ces propositions est dope tiès-différent 
de l'autre j et s'il ne s'était agi que d'une simple dispute de mots, comme on le pré- 
tend, il se serait rencontré quelqu'un de part et d'autre qui aurait démêlé les équi- 
voques; un simple malentendu n'aurait pas fait tant de bruit et causé un schisme 
de douze rents ans, qui subsiste même encore. 



— 215 — 

évoques de sa province , pour délibérer sur celle affaire. Mais îe concile 
assemblé, il refusa de s'y rendre ; et comme ils le pressèrent l'un et 
l'autre plusieurs lois de venir conférer avec eux, il leur écrivit enfin 
qu'après lant de démarches ils avaient assez fait pour l'acquit de leur 
conscience; qu'il les exhortait à le lais-eren repos, et qu'ils se trouve- 
raient les uns et les autres au tribunal redoutable du souverain-jugp. 
« Nos adversaires, ajoutait-il, ont pour eux les conciles, les évêques, 
i les magistrats cl toutes les puissances du siècle; mais nous avons de 
( notre coté Dieu et la pureté de la loi. » 

On lut dans ce concile la lettre de saint Cyrille , qui fut reconnue 
entièrement catholique; mais on ne voulut point condamner Nesiorius, 
ni se séparer de la communion du patriarche Jean , ni confesser l'or- 
thodoxie des anathémalismes du patriarche d'Alexandrie. André de Sa- 
mosale seul s'unit de communion avec le saint docteur (1). On n'y écri- 
vit point de lettre synodale, apparemment à cause de l'absence d'A < 
lexandre, métropolitain de l'Euphratésienne. 

N u 279. 

CONCILE DE RO.VÏE. 

(romanum.) 

(Le 51 juillet -433.) — Ce concile fut tenu pir le pa >e Sixte lil pour 
célébrer l'anniversaire de son élévation ; il y reçut la nouvelle d ■ la paix 
conclue entre saint Cyrille et les orientaux (2). 

N° 280. 

* CONCILE D'ANAZAKBE. 

(anazarbicum.) 

(L'an 455.) — L'hérésie de Nesiorius comptait bea ic.Mip d) parti- 
sans dans les deux Cilicies, où elle avait été depuis longtemps répandue 
par Théodore de Mopsueste, et selon quelques ailleurs par Diodore de 
Tarse, qui fut le maître de ce dernier. Maximin d'Anazarbs, métropoli- 
tain de la seconde Cilicie , assembla ses suliïaganls, et, de concert avec 
eux, confirma les décisions du conciliabule d'Éphèse, et retrancha de sa 
communion tous ceux qui communiquaient avec le patriarche d'Alexan- 
drie, jusqu'à ce qu'ils eussent signé de leur propre main la condamna- 

(1) Baluze, Nova aoUectio conciliorum, \i. yçfi, 797., Soi, 8u5, Soy, 8i3, 822. 
TillemoDt , Mémoires. 

[2) Tillenioni, Meinniivs. 






// 



! I! 



— 241 — 

tion de 8es anathématismes. llelladius de Tarse , métropolitain de la 
première Cilicie, approuva le décret de ce concile (1). Il convint ensuite 
avec Euthérius de Thyanes , Alexandre de Tarse et plusieurs autres 
schismatiques , de s'adresser au pape saint Sixte pour implorer son se- 
cours contre les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie. Ils lui députè- 
rent à cet effet des clercs et des moines , avec une lettre par laquelle ils 
le conjuraient d'ordonner une enquête sur les affaires de l'Orient et de 
rétablir les évèques déposés pour cause de Neslorianisme (2). Cette sup- 
plique n'eut aucun succès à Rome , mais elle sert à faire voir que, mal- 
gré leur attachement au schisme ou à l'hérésie, les orientaux rendaient 
hommage à la suprématie du pape , en lui adressant leurs plaintes sur 
les prétendues vexations de leurs supérieurs immédiats. 



N° 281. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(cOXSTANTliNOPOLirAMJU.) 

(L'an 434.) — Maximien , évèque de Constantinople , étant mort le 
ii avril de l'an 434, les évèques de la province s'assemblèrent pour 
l'élection et l'ordination de son successeur, qui futProculus, évèque ti- 
tulaire de Cyzique, que son éloquence, son zèle pour la foi et son carac- 
tère affable et conciliant rendaient cher à tous les catholiques (3). 

L'élection de Proculus fut notifiée par une lettre synodale du Concile 
à tous les évèques de l'Orient , avec ordre de reconnaître le nouveau 
patriarche et d'embrasser sa communion , sous peine d'être déposés 
comme schismatiques (4). 



(l) 11 parait, d'après Baluze, Nova coïîecUû conciliontm, p. 81G, qu'Alexandre 
d'Hiéraple tint un concile pour approuver ce décret; du moins il est certain qu'il y 
invita Hclladitis , parce qu'il le regardait, disait-il, comme le chef dont il voulait 
suivre lotis les mouvements. 

(a) Baluze, Nova coUectio conciliorum, p. 8i4, Bt5, 8i(i, 818, etc. — Le P. Lu- 
pu», Syuodicon. 

(3) Proculus avait été déjà élu évèque de Cyziqnc, mais l'opposition du peuple 
de cette ville ne lui avait pas permis de prendre possession du siège pour lequel it 
avait été ordonné depuis longtemps. 11 continuait donc à remplir les fonctions de 
prêtre à Constantinople. Toutefois, son élection pour le siège de cette dernière ville 
fut regardée comme une translation ; niais on jugea avec raison que les canons qui 
les défendaient pouvaient comporter quelquefois une dispense légitime; et pour 
lever toute difficulté , on produisit des lettres du pape Célestin qui venaient à l'ap- 
pui de celte décision. L'historien Socrate cite à cette occasion l'exemple de quatorze 
évèques transférés d'un siège à un autre pour l'utilité de l'Église. 

(4) Socrate, Bistoria, lih, vu, cap. 36. — Lupus, Synotlicon, eap, cl. 



— 245 — 

N° 282. 

CONCILE D'ANAZARISE. 

(anazarbicum.) 

(L'an 435 (1).) — Ce concile fut tenu par Maximin , métropolitain de 
la seconde Cilicie , après la réunion de Théodoret avec le patriarche 
d'Antioche. Les évèques de cette province , à l'exception de Mélèce de 
Mopsuesle , qui avait succédé au fameux Théodore , consentirent , dans 
cette assemblée, à communiquer avec Jean d'Antioche et à embrasser 
la paix qu'il avait faite avec saint Cyrille, sans approuver néanmoins les 
douze anathémalismes. 

N u 285. 

CONCILE DE TARSE. 

(tarsense.) 

(L'an 135 (-2).) — Les évèques delà première Cilicie, ayant à leur 
lêle Helladius, métropolitain de Tarse, reçurent solennellement dansée 
concile les décisions d'Ephèse , analhématisèrent Nesiorius , et adoptè- 
rent la paix faite entre saint Cyrille et Jean d'Antioche. 

N° 284. 

CONCILE D'ANTIOCHE. 

(antiochenum.) 

(L'an 435.) — On lut et l'on approuva dans ce concile un ouvrage de 
Proculus, évêque de Constantinople, contre le fameux Théodore de Mop- 
suesle. 

N° 28S. 

CONCILE DE RIEZ , EN PROVENCE. 

(regiense.) 

(Le 29 novembre de l'an 439.) — Ce concile fut assemblé par saint 
Hilaire d'Arles, pour remédier aux désordres que l'élection d'un évêque 
avait causés dans l'Église d'Embrun. Cette ville ayant perdu son évê- 

(i) Baluze rapporte ce concile à l'an 433; mais le P. Pa(,'' prouve qu'il fut tenu 
l'an 435. 

(■>.) Le P. Pagi prouve contre Baluze que ce concile fut tenu l'an [35 et non l'an 
434. 










— 246 — 

que (1) au mois de mars de l'année précédente, une faction composée 
de laïques élut un jeune homme nommé Armentarius, et le fit ordonner 
par deux évoques sans avoir demandé le consentement du métropoli- 
tain , violant ainsi les canons qui prescrivaient trois évoques , les lettres 
des comprovinciaux et le consentement du métropolitain pour faire une 
ordination canonique. 

Dès le même jour , les évéques ordinateurs se repentirent de leur 
faute et en demandèrent plusieurs lois pardon. Armentarius, qui avait été 
élevé dans la crainte de Dieu , sentant aussi le défaut de son ordination, 
la reconnut pour nulle dans une lettre qu'il écrivit au clergé de cette 
Église ; il quitta même Embrun , mais il ne tarda pas à y retourner sur 
les pressantes sollicitations des factieux qui l'avaient élevé à l'épiscopat. 

Cependant le défaut de son ordination obligea les évéques voisins de 
s'assembler à Riez, au nombre de douze. Saint Hilaire présida ce concile 
en sa qualité de métropolitain , et y fit dresser les huit canons suivants, 
qui sont précédés d'une courte préface dans laquelle les prélats expli- 
quent les motifs de sa convocation. 

1 er canon. Ce canon déclare nulle l'ordination d' Armentarius , et or- 
donne qu'il sera procédé à une élection canonique. 

2 e canon. Ce canon , suivant le troisième canon du concile de Tu- 
rin, use d'indulgence envers les deux évéques ordinateurs; mais il 
leur défend d'assister à l'avenir à aucune ordination épiscopale, ni à au- 
cun concile provincial. 

3 e canon. A l'égard d' Armentarius, le Concile use également d'indul- 
gence, et décide qu'il ne pourra être évêque d'Embrun ; mais il permet 
aux évéques de lui donner par charité une paroisse, soit pour la gou- 
verner en qualité de chorévêque, soit pour y assister au service divin et 
participer aux saints mystères comme un évêque étranger , conformé- 
ment au huitième canon de Nicée. Toutefois il lui permet de gouver- 
ner une église de campagne, mais il lui interdit d'ordonner des clercs 
et d'offrir le sacrifice dans une ville , même en l'absence de l'évèque. 

4 e canon. Ce canon dépose ceux qui ont été ordonnés pendant leur 
excommunication ; mais à l'égard des clercs qui sont sans reproches , il 
permet à l'évèque d'Embrun de les retenir dans son église , ou de les 
renvoyer à Armentarius. 

5 e canon. Le concile défend par ce canon , à Armentarius , d'exercer 
aucune fonction épiscopale, à l'exception toutefois de la confirmation 
des néophytes et de la consécration des vierges ; d'avoir le gouverne- 



(i) On croit que c'était saint Jacques. 









— 247 — 

ment de plusieurs églises à la fois; de passer d'une église à une aulre 
$ans renoncer à la première , et d'accepter le gouvernement d'une 
église dans la province des Alpes maritimes. Il est dit dans ce canon 
qu'Armentarius sera toujours au-dessus des prêtres , mais au-dessous 
d'un évêque , quel qu'il soit. Puis le Concile ajoute que tout prêtre peut 
donner la bénédiction dans les familles , à la campagne et dans les mai- 
sous particulières, suivant le désir des fidèles; mais non pas dans l'é- 
glise (1). 

6 e canon. Après la mort d'un évèque , l'évèque le plus voisin viendra 
à l'église vacante pour y faire les funérailles du défunt et donner les or- 
dres nécessaires au maintien de la paix et au gouvernement de cette 
église. 

V canon. Il y fera les fonctions de visiteur , dressera l'inventaire 
des biens de l'église, et au septième jour de la mort , se retirera dans 
son diocèse pour y attendre, comme les autres évêques , le mande- 
ment du métropolitain , sans lequel personne n'aura la liberté de venir 
à l'église vacante, de peur qu'on ne fasse, semblant d'être forcé par le 
peuple d'en accepter l'épiscopat. 

8 e canon. Suivant l'ancienne constitution du concile de Nicée , le 
concile provincial se tiendra deux fois par an , si les temps sont pai- 
sibles (2). 

A la place de ce builième canon, un ancien manuscrit de la collection 
d'Isidore en met deux autres. Le premier ordonne la peine de l'excom- 
munication, et même de l'exil, contre ceux qui exciteront des séditions 
contre l'Église et ses évoques ; il veut toutefois qu'on leur accorde la 
communion , s'ils font pénitence , mais il défend de les recevoir dans le 
clergé. Le deuxième dit qu'il suffira de tenir ebaque année deux conciles 
provinciaux , auxquels les prêtres, les diacres , les juges ou les corps de 
ville et les particuliers mêmes seront obligés de se trouver, et où tous 
ceux qui se prétendront lésés pourront se défendre (3). 

(i) Les piètres, en Orient, donnaient la bénédiction mente en public, 
(3) A celte époque, les guerres et les calamités publiques empêchaient souvent 
la tenue des conciles. — Le P. Labbe, SactbsaActa concilia, t. III, p. 1285. — Til- 
lemout. Mémoires. — Le P. Sirmond, Concilia indiqua GalUce. — llaluze, ISaVa 
collectio concUtorum , p. 947. 

(3) Baluze, qui rapporte ces deux canons , se contente de remarquer que le se- 
cond est lire du concile d'Anlioche tenu l'an 34 ■, sous le pontificat du pape 
Jules C'est en effet le -la' canon de ce concile, sauf quelques altérations. 




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248 — 



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N° 286. 

CONCILE D'ANTIOCHE (1). 
(antiochenum.) 

(Vers l'an 440.) — Les partisans de Nestorius, voyant le nom et les 
écrits de cet hérésiarque flétris par le jugement des évêqnes et par les 
édiis de l'empereur, s'attachèrent à répandre les ouvrages de Théodore 
de Mopsueste et de Dlodore de Tarse , où se trouvaient plus ou moins 
développées les impiétés du Nestorianisme. Ces deux évêques, morts 
dans la communion de l'Église , avaient laissé une grande réputation 
dans tout l'Orient. Ils avaient écrit l'un et l'autre des commentaires sur 
la plus grande partie de l'Écriture-Sainte et des traités contre lesapolli- 
naristes et les ariens. Mais en combattant ces hérétiques , dont les uns 
niaient la divinité de Jésus-Christ et les autres son humanité , ils ne se 
bornèrent pas à établir que Jésus Christ était Dieu et homme parfaits; ils 
avancèrent des principes qui tendaient à diviser les deux natures et qui 
supposaient dans l'Incarnation deux personnes distinctes , unies seule- 
ment par une association morale, en sorte qu'on ne devait pas appli- 
quer au Verbe divin les expressions de l'Écriture qui se rapportaient à 
la nature humaine. Toutefois , malgré ces erreurs jusqu'alors peu re- 
marquées, leurs ouvrages étaient fort estimés des orientaux, et ce fut 
pour les répandre davantage que les nestoriens les traduisirent en syria- 
que, en arménien et en persan. 

AcacedeMélitine, Rabbula d'Édesse et plusieurs autres catholiques 
pleins de zèle, firent tous leurs efforts pour arrêter la propagation de ces 
écrits dangereux ; Rabbula crut même devoir anathématiser publique- 
ment Théodore de Mopsueste , dont les ouvrages enseignaient plus ou- 
vertement l'hérésie. Les évêques d'Arménie , réunis en concile (2) par 
Acace de Mélitine, envoyèrent à Proculus de Constanlinople divers ex- 
traits des livres de Théodore pour lui en signaler la doctrine hétéro- 
doxe et le prier de la condamner. Proculus leur répondit par une lettre 
à laquelle il joignit la condamnation de plusieurs propositions signalées 
comme hérétiques, en s'abstenant toutefois d'en nommer les auteurs ; et 
il adressa ces deux pièces à Jean d'Antioche , pour les faire souscrire 

(i) Baluze confond , identifie, pour ainsi dire, ce concile avec celui de l'an 435; 
mais le P. Mansi prouve que ces deux conciles doivent être distingués et qu'il y 
eut à peu près l'intervalle de cinq ans entre l'un et l'autre. 

(i) On ne sait dans quelle ville de l'Arménie lut tenu ce concile , ni ce qu'on y 
ftécida. 



— 249 — 

par les évéques d'Orient. Mais les députés à qui Proculus remit sa 
lettre, ayant ajouté aux popositions les noms de Théodore de Mopsueste 
et de plusieurs autres, Jean d'Antioche et les orientaux se bornèrent à 
souscrire la lettre, qui contenait une exposition de la foi catholique, pour 
ne pas condamner des évéques morts dans la communion de l'Église. 
Saint Cyrille, tout en réfutant les erreurs de Diodore et de Théodore, 
approuva la réserve des orientaux, et Proculus blâma l'indiscrétion de 
ceux qu'il avait chargés de porter sa lettre eu Orient. 

Néanmoins, des catholiques et des moines arméniens, parcourant les 
villes et les monastères, faisaient les démarches les plus actives pour faire 
condamner ces propositions avec leurs auteurs ; et comme ces démarches 
devenaient une occasion de troubles et de division , Jean d'Antioche, 
quoiqu'il eût approuvé l'ouvrage de Proculus contre Théodore de Mop- 
sueste (t), assembla les évéques de toutes les provinces de l'Orient, et , 
de concert avec eux , résolut non-seulement de ne pas flétrir par une 
condamnation la mémoire de Théodore pour quelques expressions in- 
exactes ou répréhensibles , mais de la défendre même contre ses ad- 
versaires , puisqu'il était mort dans la communion de l'Église : c'est , 
en effet, ce qu'il fit dans les trois lettres synodales qu'il écrivit , au nom 
du Concile, à l'empereur, à saint Cyrille et à Proculus. Dans la seconde, 
il s'exprime en ces termes touchant les extraits des livres de Théodore : 
« Nous confessons qu'il y a des passages douteux et qui peuvent s'en- 
• tendre autrement qu'ils ne sont écrits, mais il y en a plusieurs de 
« clairs. Quant à ceux qui paraissent obscurs , nous en trouvons de 
« semblables dans les anciens, à qui la condamnation de ceux-ci porle- 
« rait préjudice. El à quelle confusion n'ouvre-t-on pas la porte , s'il 
t est permis de combattre les écrits de Pères qui sont morts? Autre 
i chose est de ne pas approuver quelques-uns de leurs sentiments, autre 
i chose est de lesanathématiser, quand même on n'étendrait pas l'ana- 
« thème sur leur personne.... Ne sait-on pas que Théodore a été obligé 
f de parler ainsi pour combattre les hérésies auxquelles il s'opposait 
< comme le défenseur commun de la foi dans l'Orient? i Dans la lettre à 
Proculus, Jean d'Antioche disait : < Ce n'est pas à nous à juger ceux qui 
« sont morts avec honneur ; cela n'appartient qu'au Juge des vivants 
« et des morts. t Proculus et l'emperenr adoptèrent l'opinion des 
orientaux. Quant à saint Cyrille , il témoigna dans sa réponse qu'il ap- 
plaudissait à leur sollicitude pour le maintien de la paix ; mais il ajouta 
qu'on ne pouvait pas attribuer aux saints docteurs Aihanasc , Basile , 

(l) Voir pliih haut p. i45. 









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— 250 — 

Grégoire et autres les opinions impies de Théodore et de plusieurs au- 
tres , qui avaient audacieusemrnt attaqué la gloire de Jésus-Christ (1). 



J 



N° 287. 

I er CONCILE D'ORANGE, DANS LE COMTAT VENAISSIN. 

(arausicanuh I.) 

(Le 8 novembre de l'an 441.) — Ce concile se tint dans l'église de 
Juslinien , ou Juslinienne , ou Justienne , au diocèse d'Orange. Saint 
Hilaire d'Arles y présida à h tète de seize évêques de trois provinces 
des Gaules. On ne sait point quel en Tut le motif ; mais il est probable 
qu'il fut assemblé en vertu du huitième canon du concile de Riez ; et ce 
qui paraît confirmer celte opinion , c'est que les Pères de ce concile , 
après avoir blâmé la conduite des évêques qui ne s'y étaient pas rendus, 
déclarèrent que chaque concile marquerait le jour et le lieu du concile 
suivant. 

Ce concile lit trente canons fort importants pour la discipline de 
l'Église. 

1 er canon. Les hérétiques qui , se trouvant en danger de mort , dési- 
reront se réunir à l'Église catholique , pourront recevoir d'un prêtre, en 
l'absence de l'évêque, l'onction du saint chrême et la bénédiction (2). 

2 e canon. Aucun des ministres qui peuvent baptiser ne doit aller 
nulle part sans porter avec lui le saint chrême, parce qu'il a été résolu 
entre nous de n'en faire l'onction qu'une seule fois. Si donc quelqu'un 
ne l'a pas reçue dans le baptême par quelque nécessité, on en avertira 
l'évêque à la confirmation ; car il n'y a qu'une seule bénédiction du saint 
chrême, non que l'onction réitérée porte quelque préjudice, mais afin 
qu'on ne la croie pas nécessaire (3). 

(i) Liberalus, Brcrtiar. — I'acuudus , lilj. il , cap. a ; lib. m , cap. 3, el lib. vm, 
cap. 2 et 4- — Aetu concilii Ephesini. — Uatuze , Nova collectio conciliorum, p. g43. 

(a) Quelques ailleurs pensent qu'il s'agit ici du sacrement de confirmation. 

(3) Ce canon est le plus fameux, mais aussi le plus obscur. On trouve dans 
quelques exemplaires des canons de ce concile: Afin qu'on la croie nécessaire , au 
lieu de : Afin qu'on ne la croie pas nécessaire. Il est difficile de comprendre le sens 
de ces paroles sans la négation, et il est encore plus difficile de croire qu'un ait 
quelquefois donné la confirmation sans onction, comme l'indique ce canon avec la 
négation. On ne peut le prouver par aucune autorité; la pratique de l'Église, au 
contraire, s'y oppose , et la doctrine commune des théologiens enseigne la nécessité 
de l'onction à la confirmation. L'Kglise romaine se servait même de deux onctions ; 
l'une dans le baptême, l'autre dans la confirmation: les simples prêtres pouvaient 
faire la première ; ta seconde appartenait aux seuls évêques. C'est ce que nous ap- 
prend la lettre du pape Innocent à l'évêque Decenlius (Epistola ai). 



_ 251 — 

5« canon. Les pénitents en danger de mort recevront la communion 
sans l'imposition des mains (c'est-à-dire sans la réconciliation solen- 
nelle (1) ); ce qui suffit pour la consolation des mourants, suivant les 
décrets des Pères, qui ont nommé viatique celle communion. S'ils sur- 
vivent, ils continueront leur pénitence et recevront, après l'avoir ac- 
complie, l'imposition des mains et la communion légitime. 

i e canon. On ne doit pas refuser la pénitence aux clercs qui la de- 
mandent (2). 

5 e canon. On ne doit pas livrer (au magistral) ceux qui se retugienl 
dans une église ; mais , au contraire, on doit les défendre à cause de la 
révérence que l'on doit au lieu sous la protection duquel ils se sont mis. 

6 e canon. Si quelqu'un prend les serfs de l'Église au lieu des siens qui 
s'y seront réfugiés, qu'il soit condamné sévèrement par toutes les 

Églises. , , 

7 e canon. Si quelqu'un veut réduire en servitude ceux qui auront ele 
affranchis dans l'Église , ou recommandés à l'Église par testament , qu'il 
soit réprimé par la censure ecclésiastique. 

8 e canon. Si unévêque veut ordonner un clerc d'un autre diocèse , 
qu'il le fasse auparavant demeurer avec lui, et qu'il consulte aussi l'é- 
voque chez lequel ce clerc demeurait , pour savoir s'il n'a pas eu de rai- 
sons pour ne pas l'ordonner. 

9 e canon. Si un évoque a ordonné des personnes d'une autre Eglise , 
qu'il les rappelle auprès de lui, s'ils sont sans reproche, ou qu'il ob- 
tienne leur grâce auprès de leur évoque. 

10 e canon. Si un évêque veut bâtir une église dans un diocèse étran- 
ger, pour son utilité ou pour sa commodité , il doit , après en avoir obtenu 
la permission de l'évêque du lieu, lui en réserver la consécration, l'ordi- 
nation des clercs qu'il désire y avoir et tout le gouvernement ecclésiasti- 
que. Si un séculier, après avoir bâti une église, en fait faire la dédicace 

(.) Ce qui prouve , comme nous avons dit au |3< c;,non du i« concile de Nicec 
(voir ce canon et la note (t) à la pa G e i6u du t. I" de celte llistnh-e), que la ré- 
conciliation ou l'absolution solennelle était distincte de l'absolution sacramentelle 
qui devait toujours précéder la communion. 

(2) Ce canon est contraire à la discipline de l'Ùglise romaine, qui défendait de 
soumettre les clercs à la pénitence puhlique. Mais la plupart des auteurs croient 
qu'il s'a B it ici de la pénitence secrète , ainsi qu'il est dit dans la lettre i» du pape 
saint Léon à saint Rustique , évêque de Narbonne : l Si un prêtre ou un diacre de- 
: mande d'être mis en pénitence, il doit la faire en particulier, parce qu .1 est 
« contre la coutume de flÉglise de leur imposer la pénitence publique. . Dans ce 
cas , ce 4" canon est conforme à la discipline ecclésiastique. 







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— 252 — 

par un évêque étranger, cet évèque et tous les autres qui auront assisté 
à cette consécration seront exclus de l'assemblée (1). 

11 e canon. L'évêque qui communique avec l'excommunié d'un autre 
diocèse, est coupable; la justice de l'excommunication sera alors exa- 
minée dans le prochain concile. 

12 e canon. On peut accorder le baptême ou la pénitence (l'absolution) 
à celui qui perd tout à coup la parole, si l'on atteste qu'il les a désirés, 
ou s'il le témoigne lui-même par des signes. 

13* canon. On peut accorder aux insensés tout ce que la piété de- 
mande (c'est-à-dire des prières ou des cérémonies pieuses ; car il n'est 
pas probable que le Concile ait entendu parler de l'Eucharistie). 

14 e canon. On doit accorder la communion aux énergumènes bapti- 
sés qui travaillent avec soin à leur délivrance, et qui se laissent conduire 
par les conseils et les avertissements des clercs; parce que la vertu de 
ce sacrement peut les fortifier contre les attaques du démon , ou même 
les en délivrer. 

15" canon. On peut donner le baptême aux catéchumènes énergumè- 
nes, soit en cas de nécessité , soii lorsqu'il y aura opportunité. 

16 e canon. Que ceux qui ont été une l'ois publiquement agités du dé- 
mon , ne soient point reçus dans le clergé, ou s'ils sont déjà ordonnés, 
qu'ils ne fassent aucune fonction. 

17 e canon. 11 faut porter le calice avec le ciboire et le consacrer en y 
mêlant l'Eucharistie (2). 

18 e canon. A l'avenir on lira l'Évangile aux catéchumènes dans tontes 
les églises de la province. 



(i) Od voit ici l'origine du droit de patronage. L'évêque fondateur pouvait pré- 
senter au diocésain les clercs qu'il demandait pour son église ; mais on ne voit pas 
que ce droit fut transmissible aux successeurs ou h la famille du fondateur. 

(a) Le sens de ce canon est difficile à rendre. On voit par quelques anciens mo- 
numents que dans l'Eglise gallicane, aux messes solennelles, le diacre portait à 
l'autel, avant la consécration, dans un vase fait ordinairement en forme de tour, l'Eu- 
charistie consacrée un ou plusieurs jours auparavant, et qu'alors le prêtre offrait le 
sacrifice. C'est apparemment ce qui est ordonné par ce canon ; et comme il ajoute 
que l'on consacrait ce calice en y mêlant l'Eucharistie, c'est que vraisemblablement 
on lirait de ce ciboire les anciennes espèces pour les mêler avec celles que l'on con- 
sacrait de nouveau. Il y a des exemplaires de ce concile où au lieu de porter le ca- 
lice, on lit offrir le calice ; mais la première version , qui est autorisée par plusieurs 
manuscrits, paraît la meilleure. — Martenne, Not. in brevem expositionem antiquœ 
tilurqiœ gallicanes , t. V, anecdot., p. g5. — Kuinart, Not. in Gregor, Turon,, lib. i , 
degloriâ martyr., p. 839. 



— 253 — 

19* canon. On ne doit jamais laisser entrer les catéchumènes dans le 
baptistère. 

20 e canon. Les catéchumènes doivent être séparés, autant qu'il est 
possible , de la bénédiction des fidèles , même dans les prières domesti- 
ques ; ils se présenteront pour être bénis à part. 

21 e canon. Sideuxévèquesont ordonné un évoque par force, celui-ci 
aura l'église de l'un des deux , et on ordonnera un évoque à la place de 
l'autre; mais s'il a volontairement reçu l'ordination , ils seront tous les 
trois condamnés. 

22 e canon. A l'avenir, on n'ordonnera point des diacres mariés , s'ils 
ne font auparavant profession de continence. 

25 e canon. Si l'un de ces diacres ne vil pas en continence, qu'il soit 
chassé du ministère. 

24 e canon. Quant à ceux qui ont été ordonnés auparavant (avant le 
décret de ce concile , et qui sont aussi trouvés coupables du péché d'in- 
continence) , on doit suivre à leur égard la sentence du concile de Turin, 
qui défend de les promouvoir à un degré suppérieur. 

25 e canon. On ne doit point promouvoir les bigames au delà du sous- 
diaconat. 

20 e canon. A l'avenir on n'ordonnera plus de diaconesses : celles qui 
ont déjà reçu l'ordination recevront la bénédiction avec le peuple (avec 
les simples laïques). 

27 e canon. Les veuves doivent faire profession de chasteté devant l'é- 
vêque dans la salle secrèie et recevoir de lui l'habit particulier aux 
veuves. Les ravisseurs de ces veuves seront punis , et elles le seront 
elles-mêmes si elles violent leur profession. 

28 e canon. On doit mettre en pénitence les personnes de l'un et de 
l'autre sexe (les vierges , les veuves et les moines) qui violeront leur voeu 
de chasteté. 

29" canon. Aucun concile ne se séparera sans avoir indiqué le jour 
et le lieu où devra s'assembler le concile suivant. (Celui de l'an 442 fui 
indiqué à Lucienne, au diocèse d'Orange.) Chaque évèque du concile 
emportera un exemplaire des actes que nous venons de dresser. 

50 e canon. Si un évêque, par vieillesse, ou par une infirmité quelconque, 
perd l'intelligence ou la parole , il ne doit point faire exercer par des 
prêtres en sa présence les fonctions qui n'appartiennent qu'aux évêques, 
mais il fera venir un évêque qui exercera ces fonctions dans son église. 
A la suite des canons de ce concile, on trouve quelques décrets qui 
lui ont été attribués par Gralien et par d'autres auteurs. Ils traitent de 
■l'excommunication et de la réconciliation des excommuniés. On y a joint 












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— 254 — 
Irois oraisons que l'évêque récitait sur le pénitent, et un décret portant 
que personne ne rompra le jeûne le Vendredi-Saint, ni la veille de pâ- 
ques avant le commencement de la nuit, excepté les enfants et le* ma- 
lades; que même ces deux jours on ne célébrera point les divins mys 
lères, les canons défendant de conférer en ces jours les sacrements aux 
pénitents. Mais tous ces canons sont aujourd'hui sans autorité (1). 



J 



N" 288. 
CONCILE DE VAISON, EN PROVENCE. 

(VASKNSE.) 

(Le 15 novembre 4-42.) — On ne connaît ni le motif de la convocation 
de ce concile, ni les noms des évéques qui y assistèrent ; on sait seule- 
ment qu'il fui tenu à la pince de celui qui avait été indiqué à Lucienne 
pour le 18 du mois d'octobre. Selon Adon, Nectaire, évèque de Vienne, 
en fut le président , et il prêcha publiquement dans l'église de celte 
ville que le Père , le Fils et le Saint-Esprit n'ont qu'une nature , une 
puissance , une divinité et une vertu. Mais il n'est pas croyable qu'un 
évêquede Vienne ail tenu le premier rang dans un concile où l'évoque 
d'Arles avait droit de présider. On y fit les dix canons suivants, concer- 
nant la discipline ecclésiastique. 

1 er canon. Les évèques des Gaules qui passent d'une province à 
l'autre n'auront pas besoin de témoignage , pourvu qu'ils ne soient 
point excommuniés, parce que le voisinage les fait assez connaître (2). 
2 e canon. On doit prier pour ceux qui meurent subitement et sans ré- 
conciliation dans le cours de leur pénitence qu'ils accomplissaient fidè- 
lement; on doit aussi recevoir leur oblation et faire mémoire d'eux 
à l'autel , parce que , s'ils eussent vécu , on ne leur eût pas refusé la ré- 
conciliation (l'absolution sacramentelle et l'Eucharistie). 

ô" canon. Que les prêtres demandent tous les ans, vers la l'été de 
pâques , le saint chrême , non aux évêques voisins, mais à leur propre 
évêque ; qu'ils aillent eux-mêmes le chercher , ou qu'ils envoient un 
sous-diacre. 

4 e canon. Ceux qui retiennent les oblations (les legs) des défunts , ou 
qui diffèrent de les donner à l'Église, seront excommuniés comme sacri- 
lèges et meurtriers des pauvres ; parce que (dit saint Jérôme dans sa 
lettre à Népotien), si celui qui prend quelque chose à un ami commet 
un vol , celui qui s'empare du bien de l'Église commet un sacrilège. 

(i) I.e P. I.abbe, Sacmsancta concilia, t. III, p. 446. 

h.) Ce qui prouve epic les lettres formées n'étaient que pour les étrangers. 



. ' 






— 255 — 

5 e canon. Si un ecclésiastique ne veut pas s'en tenir a la sentence de 
son évêque, qu'il en appelle au concile. 

6 e canon. On doit éviter non-seulemenl ceux que l'évêque a excommu- 
niés nommément, mais encore ceux dont il témoigne, sans le dire, n'être 
pas satisfait. 

7 e c\non. Les évèques ne doivent pas accuser ou excommunier légère • 
ment. Pour des fautes légères, ils doivent aisément se laisser lléchir par 
l'intervention des autres ; mais pour les crimes, ils doivent se porter ac- 
cusateurs en forme. 

8' canon. Si quelqu'un a commis un crime que l'évêque seul con- 
naisse, sans qu'il puisse le prouver par témoins , il ne doit point le pu- 
blier, mais travailler en secret à corriger le coupable , qui restera , jus- 
qu'à ce qu'il y ait des preuves contre lui , tant dans la communion de 
l'évêque que dans celle de tous. Mais si le coupable s'obstine à ne pas 
vouloir se corriger, l'évêque pourra le séparer de sa communion , mais 
non pas de celle des autres. 

Pour éviter la mauvaise coutume qu'avaient les païens d'exposer 
leurs enfants, Constantin avait ordonne, en l'an 331 , qu'ils appartien- 
draient comme enfants ou comme esclaves à ceux qui les auraient nour- 
ris; et Honorius avait ajouté , par une loi de l'an 41-2 , que celui qui 
recueillerait un enfant exposé prendrait pour sa sûreté une attestation 
de témoins, avec la signature de l'évêque , car il arrivait souvent que 
les pères de ces enfants accusaient ceux qui les élevaient de les avoir 
enlevés. C'est pour celle raison que , conformément à la loi d'Honorius, 
le Concile fit les deux canons suivants. 

9« canon. Ceux qui trouveront des enfants exposés en feront la dé- 
claration à l'église; et le dimanche suivant, on publiera à l'autel que 
l'on a trouvé un enfant exposé. Et si , dans les dix jours depuis l'exposi- 
tion de l'enfant, il se présente quelqu'un qui réclame l'enfant, on le lui 
rendra. 

10' canon. Mais après ce délai , celui qui le demandera sera frappé de 
censure ecc'ésiastique comme homicide. 



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N° 289. 

CONCILE DE NARBONNE. 

(narbonënse.) 

(L'an 412.) — Ce concile fut tenu pour moJérer la rigueur de denx 
prêtres dans la condamnation dej adultères. 



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— 256 — 



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N° 890. 
CONCILE DE BESANÇON. 

(VESONTIONENSE.) 

(L'an 444.) — Saint Hilaire d'Arles, visitant la province des séqua- 
niens , et se trouvant à Besançon avec saint Germain d'Auxerre, assem- 
bla un concile pour juger un évêque nommé Célidonius , à qui l'on 
reprochait d'avoir été ordonné contre les canons , parce qu'il avait 
épousé une veuve et prononcé des condamnations à mort lorsqu'il était 
magistrat laïque. Ce concile , après avoir entendu quelques témoins , 
prononça une sentence de déposition contre cet évêque , qui en appela 
au Saint-Siège et se rendit à Rome pour y défendre sa cause (1). 

N° 291. 
CONCILE DE ROME. 

(ROUAN DM.) 

(L'an 444.) — Le pape saint Léon fit dresser dans ce concile les 
actes des abominations qu'il avait découvertes parmi les manichéens, et 
que plusieurs élus de celte secte vinrent avouer devant celte assemblée, 
composée d'un grand nombre d'évêques, de prêtres , de hauts fonction- 
naires de l'empire , de sénateurs , et même de peuple (2). 



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N° 292. 

CONCILE DE ROME. 
(rouamjji.) 

(Durant l'hiver de l'un 445.) — Saint Hilaire d'Arles et Célidonius , 
évêque , se trouvant ensemble à Rome, celui-ci pour y défendre sa 
cause devant le Saint-Siège , celui-là pour y exposer seulement les faits 
et engager le pape à maintenir la discipline établie dans les Gaules, 

(i) Le P. Lahbe, Sacrosamla concilia, t. III, p. i46i, i463.— 11 est fait men- 
tion de ce concile dans la lettre du pape saint Léon aux évéquea de la province 
aéquanaise et de la Viennoise. La novelle de Valentinien, p. 80 et suiv., ne parle 
que de la déposition de Célidonius, qu'il appelle incompétente, parce que cet évêque 
n'était pas soumis à la juridiction do saint Hdaire. Mais on ne peut révoquer en 
doute la tenue de ce concile, dont il est d'ailleurs fait mention dans la lettre du 
pape , parce que c'était l'usaye d'en assembler un pour juger un évêque. 

(a) EjHstola 8 et i5. — Sermo 1 5, 33. 






— 257 — 

saint Léon réunit un concile pour examiner l'affaire en présence des 
parties. Célidonius se justifia devant les évêques d'Italie de l'accusation 
d'irrégularité qui avait fait prononcer contre lui une sentence de dépo- 
sition ; et le Concile , le trouvant innocent , cassa la sentence et le réta- 
blit dans son siège. Peu satisfait de ce jugement , saint Hilaire revint 
dans son diocèse, sans avoir jamais voulu communiquer avec celui qu'il 
avait condamné. 

Sur ces entrefaites, un évoque nommé Projectus écrivit au pape pour 
se plaindre de ce qu'llilaire , ayant appris qu'il était malade , était venu 
précipilamment dans sa ville et avait ordonné un autre évoque à sa 
place, sans consulter ni le clergé ni le peuple, et quoique la province 
ne fût pas sous la juridiction du métropolitain d'Arles. Ces plaintes fu- 
rent examinées par le Concile romain , qui déclara nulle l'ordination 
faite par saint Hilaire et rétablit Projectus dans son siège. El comme on 
accusait le saint évèque d'Arles de s'attribuer une autorité absolue sur 
toutes les Églises des Gaules, de donner des évêques aux Églises va- 
cantes, d'indiquer des conciles et d'usurper les droits des métropoli- 
tains, saint Léon lui ôta ses propres droits de métropolitain et la juri- 
diction qu'il prétendait avoir sur la Viennoise en qualité de primat (i) ; 
il lui défendit de convoquer à l'avenir des conciles , de faire des ordi- 
nations et même d'y assister ; il le déclara relrancbé de la communion 
du Saint-Siège , et parut lui faire grâce en ne prononçant pas une sen- 
tence de déposition. 

Dans la lettre synodale de ce concile aux évêques de la Viennoise et 
de la Séquanaise , saint Léon leur proposa de conférer le droit de pri- 
matie au plus ancien évêque , selon la discipline d'Afrique ; mais ils ne 
jugèrent pas à propos d'accepter cette proposition. 

On trouve dans celte lettre de saint Léon un témoignage autlientique 
de l'ancienne tradition concernant l'autorité du Saint-Siège. Après avoir 
rappelé que Jésus-Clirist, en instituant le gouvernement de son Église , 
a établi saint Pierre le chef des apôtres et lui a confié principalement 

(i) Peu de temps après la mort de sainl Hilaire, arrivée l'an 44o> ll ' s évoques de 
la province d'Arles adressèrent une requête au pape pour réclamer en faveur de 
cette ville le titre de métropole cl même les droits de primauté dont elle avait joui 
quelque temps par une concession du Saint-Siège. Ils appuyaient leur demande sur 
l'antiquité de celle Église et sur ce qu'il était notoire que la ville d'Arles avait eu 
pour évêque sainl Trophime , envoyé par saint Pierre, et que par elle la foi s'était 
répandue dans lotîtes les Gaules. Saint Léou crut devoir accorder quelque chose à 
leurs instances; el partageant la province, il laissa à Tévèquede Vienne la juridic- 
tion métropolitaine sur quatre villes et attribua les autres à l'évéque d'Arles avec le 
litre de métropolitain. 

T. II. 17 







il I 






— 258 — 
l'aulorita du ministère, afin que par lui elle se répandit comme de la 
tète sur le corps entier, de sorte qu'on cesse d'y avoir part dès qu'on 
ne s'appuie plus sur le fondement représenté par saint Pierre, il ajoute : 
t Vous savez comme nous que les évêques de votre province se sont 
f adressés au siège apostolique pour la décision d'une multitude d'af- 
< faires, et que diverses causes lui ayant été portées par appel , selon 
« l'ancienne coutume , il a confirmé ou cassé les jugements qui avaient 
« été rendus (1). j 

L'empereur Valentinien , de son côté , appuya les décisions du pape 
saint Léon par un rescrit adressé au patrice Aëiius, qui commandait 
dans leî Gaules. Il y dit d'abord que l'autorité du siège apostolique est 
fondée sur les prérogatives de saint Pierre, chef des apôtres, et sur la di- 
gnité de la ville de Rome , qu'elle se trouve constatée par les décisions 
des conciles et par l'usage inviolablement observé jusqu'alors; puis, 
traitant l'évoque d'Arles de perturbateur et de séditieux, il ajoute que la 
sentence rendue contre lui n'avait pas besoin de la sanction impériale, 
mais que, pour empêcher toute résistance aux ordres des pontifes ro- 
mains et pour prévenir jusqu'à la moindre occasion de trouble dans les 
églises , il défend aux évèques des Gaules ou des autres provinces de 
rien entreprendre contre les anciennes coutumes, sans l'autorité du 
pape, voulant, au contraire, que tout ce qui a été ou sera décrété par le 
Saint-Siège soit une loi pour tous, et que tout évêque cité à comparaître 
devant ce tribunal y soit contraint, s'il refuse , par le gouverneur de la 
province (2) . 

Saint Hilaire essaya pendant quelque temps de soutenir ses prétendus 
droits sur la Viennoise; et lorsqu'il fut de retour dans son Église, il 
écrivit pour les défendre et se justifier. Mais le préfet des Gaules lui 
ayant fait comprendre qu'il ne gagnerait rien en persistant dans ses 
prétentions, et que pour jouir de la paix il devait se résoudre à les 
abandonner, il ne tarda pas à suivre ce conseil et se mit en devoir de 
se réconcilier avec le pape saint Léon (3). 



kO: 



(i) E/iistola 10. 

(a) Novelle Théotlos., litre xir. 

(3) Vita sancti Uilarii, cap. xvn. — Si la conduite du saint évéque d'Ailes , en 
cette circonstance, ne peut être complètement justifiée, elle peut être excusée au 
moins jusqu'à un ccrlain point, comme une de ces erreurs que le itèle lui-même 
contribue à entretenir quand on croit défendre ses droits. Et ce qu'il est important 
de remarquer, c'est que les novateurs ne peuvent tirer aucun avantage de sa résis- 
tance aux décisions du Souverain-Pontife dans une affaire aussi étrangère au dogme 
que l'est une simple question de fait concernantes prérogatives d'une Église parti- 



259 




N° 295. 

CONCILE D'ÉPHÈSE (1). 
(epiiesinum.) 

(Vers l'an 44 1 (:').) — Consacré dès sa jeunesse au service des pau- 
vres , Bassien avait bâti à Éplièse un hôpital où il recevait les malades 
et les blessés. Ces œuvres de charité lui méritèrent l'affection du peuple 
à un si haut degré , que l'évêque Meranon en conçut de la jalousie ; et ce 
fut pour forcer Bassien à quitter la ville qu'il résolut de l'ordonner évo- 
que d'Évazes, à la place d'Eulrope. Mais Bassien refusa constamment 
de consentir à son ordination et d'aller gouverner l'Eglise d'Evazes. 
Memnon étant mort , Basile son successeur assembla le concile de sa 
province pour délibérer sur celle affaire. Bassien , à qui on laissa les 
honneurs de l'épiscopat, fut déchargé de l'Eglise d'Évazes et on élut un 
autre évêque à sa place. 

N° 294. 

CONCILE DE CONSTAtNTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM. ) 

(L'an 414.) — Après la monde Basile , patriarche d'Éphèse , le clergé 
de celte ville écrivit à Olympius dcThéodosiopleen Asie, pour le prier de 
venir leur ordonner un évêque. Olympius étant arrivé , les évoques , le 
peuple et le clergé d'Éphèse le firent asseoir de force avec Bassien dans 
le siège épiscopal qu'ils intronisèrent ainsi pour la seconde fois malgré 
lui. Saint Procutus de Constantinople , qui prétendait avoir droit d'or- 
donner les évêques d'Éphèse , refusa d'abord de confirmer l'intronisa- 
tion de Bassien. Mais Théodose ayant assemblé les évêques à Constanti- 
nople, le patriarche de celle ville reçut Bassien à sa communion, mit son 
nom dans les diptyques, et l'empereur écrivit en sa faveur au peuple et 
au clergé d'Éphèse et aux évêques de l'Asie des lettres appelées syno- 
dales, parce qu'elles furent faites avec le consentement et au nom de ce 
concile. 

culière. Cette tache dans la vie de saint Hilaire fut effacée, d'ailleurs, par l'éclat 
des plus éniinenles vertus. 

(i) 11 est fait mention de ce concile dans la requête de Bassien à l'empereur. — 
Le P. Lablic , Sucrosancta concilia, t. IV, p. 687. 

(2) La date de ce concile est incerlaiue; on le place entre l'an 4^4 «• 444- 



; I 






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- 260 — 






N» 29*5. 

CONCILE D'ANTIOCHE. 

(antiochenijm.) 

(L'an 445(1).) — Atlianase (2), évèque de Perrha, dans l'Euphra- 
tésienne , fui déposé de l'épiscopat et déchu du sacerdoce par ce con- 
cile devant lequel il refusa de comparaître, parce qu'il se sentait coupa- 
ble d'avoir renoncé par écrit à son évêché. Ce concile enjoignit ensuite 
à Jean d'Hiéraple d'ordonner un évêque de Perrha. 



i 






N° 296. 

CONCILE D'HIÉRAPLE. 

(hierapolitainom.) 

(L'an 445.)— Etienne, successeur de Jean d'Hiéraple, assembla les 
évêques de sa province pour élire un évéque à la place d'Athanase, de- 
posé par le concile d'Antioche. Sabinien , abbé d'un monastère où il avait 
été élevé dès son enfance, fut ordonné évêque par ce concile , sans avoir 
fait aucune démarche pour parvenir à l'épiscopat (3). 

N° 297. 
CONCILE IV ASTORGA , EN CALICE. 

( ASTURICUM AUGUSTUM. ) 

(L'an 445 ou 446.) — Les actes que le pape saint Léon avait fait 
dresser comre les manichéens au dernier concile de Rome furent en- 
voyés en Espagne, où les évoques travaillèrent à détruire celle secte. 
On découvrit à Astorga plusieurs élus qui furent poursuivis devant Idace 
et Turibius. Ces deux évêques, après les avoir examinés et convaincus, 
envoyèrent les procès-verbaux à Antonin de Mérida , qui les (il , dit-on , 
chasser de Lusilanie. Idace appelle gestes ëpiscopaux contre les mani- 
chéens, ce qui fut fait contre eux à Astorga, d'où l'on a conjecturé qu'il 
s'était alors tenu un concile dans celle ville (4). 

(i) Quelques ailleurs rapportent sans aucune preuve ce concile à l'an 413, cl celui 
«l'Hiérap'c qui suit à l'an 444- ''«s actes se trouvent en partie parmi ccui du concile 
«le Calcédoine; mais ce qu'il est important de dire, c'est qu'on n'en a pas uiéoie la 
date. Les meilleurs chronologistes le placent à l'an 44^- 

(a) Quelques auteurs l'appellent Anastase. 

(3) Le P. Labbe, Sacrosanvta concilia, t. IV, p. 719, 722. 

(4) Iduce, Clironic., p. 2G. 



— 261 - 



N° 298. 

CONCILE DE SAINT-ALBAN, DANS LA GRANDE-BRETAGNE. 

(albanense. ) 

(L'an 446 ou 447 (1).) — Saint Germain d'Auxerrc et saint Loup de 
Troycs étant arrivés en Angleterre, un concile nombreux lut assemblé 
par eux à Saint-Alban (2), où l'on condamna d'un consentement una- 
nime Pelage et Agricola, l'un de ses disciples, qui avait infecté des er- 
reurs de son maîire la foi des Bretons (3). 









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N° 209. 

CONCILE DE TOLÈDE. 

(toletanum.) 

(L'an 447.) —Les priscillianistes continuant à infecter l'Espagne et 
principalement la Galice de leurs erreurs ridicules et sacrilèges , Turi- 
bius, évèque d'Astorga, lintun concile àTolèdeoùse trouvèrent vingt-neu f 
évèques venus de diverses provinces. On y examina d'abord les décrets 
du premier concile de Tolède de l'an 400 ; puis ou en lit , à ce qu'il pa- 
rait, un extrait (4). 

On atlribue à ce concile , mais sans aucune preuve , la profession de 
foi avec les dix-huit anathématismes et les vingt canons de discipline du 
premier concile de Tolède. Ce qu'il y a de plus remarquable dans les 
anathématismes , c'est que nous devons croire que le monde est créé de 
Dieu ; que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois personnes diffé- 
rentes ; que le Fils se faisant homme a pris un corps et une âme hu- 
maine; que l'ancienne et la nouvelle Loi sont d'un même Dieu ; qu'il n'y 
a d'autres Écritures canoniques que celles qui sont reçues dans l'Église ; 
que l'astrologie judiciaire est une science vaine; que les mariages , qui 
se font conformément à la loi de Dieu , sont permis et légitimes ; et que 
quoique l'on puisse s'abstenir, par mortification , de manger de la viande 
des oiseaux ou des animaux grossiers, on ne doit pas l'avoir en exé- 
cration. 

(i) La date de ce concile est très-incertaine. Nous le plaçons ici pour nous con- 
former à l'ordre chronologique des meilleurs collecteurs ou historiens. 

(2) Ville célèbre par le martyre du saint dont elle porte le nom. 

(3) Beda, Bisloria, lib. I, cap. 17. — Matthœus Urast. monast., ad annum 446. 
— Spclman , Concilia Biïtatmiœ, t. I, p. 47- 

(4) Lucrèce, Concilium Braearense , ann. 563. 









;, 






— 262 — 

N° 500. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(Le 29 septembre de l'an 447.) — Ce concile, lenupar le pape saint Léon 
défendit aux évoques de Sicile d'aliéner les fonds de leurs Églises sans 1 
conseniement des autres évoques (1). 



N° 501. 
CONCILE DE GALICE. 

(GALLICI/E.) 

(Vers l'an 447.) — Ce concile fut convoqué par Turibius, évêque 
d'Astorga, par ordre du pape saint Léon , pour condamner de nouveau 
les erreurs et les livres des priscillianistes (2). Les actes de ce concile 
sont perdus. 

N° 502. 

CONCILE D'ANTIOCHE. 

(antiochenum.) 

( Après les fêtes de pâques de l'an 448. ) — Ibbas , évêque d'Èdesse , 
devenu fameux par sa lettre à Maris , qui fit dans la suite beaucoup de 
bruit , fut accusé de Neslorianisme par quatre prêtres de son clergé , 
Samuel, Cyrus, Elogius et Maras, à l'instigation d'Eulychès et d'un évê- 
que voisin. L'accusation étant portée devant le patriarche d'Antioche , 
Domnus tint un concile nombreux pour la juger ; mais comme Samuel 
et Cyrus ne jugèrent pas à propos de comparaître et qu'ils s'enfuirent à 
Constantinople , ils furent déposés de la prêtrise et leur accusation dé- 
clarée calomnieuse ; les deux autres accusateurs Eulogius et Maras furent 
seulement séparés de la communion d'ibbas (3). 

N° 505. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

( CONSTANTtNOPOLlTANUM. ) 

(L'an 448. ) — Déposés et excommuniés à Antiocbe , les quatre accu- 
sateurs d'ibbas portèrent leurs plaintes devant le concile de saint Fla- 
vien , évêque de Constantinople. Et ce patriarche , violant les décrets du 

(i) Le P. Mansi , suppl. concil. 

(2) Lucrèce, CwwiUum Bmcarcnsc , ail ami. 563.— Itlaie, Çlironic, ad ann. \\6, 
{3) Avta 9 ei io concilH Cahedonensis. 



V 



second concile général qui défend aux évoques d'une province de juger 
les affaires d'une autre , leva la sentence de déposition prononcée contre 
Samuel et Cyrus ; ce qui causa un grand scandale en Orient (1). 

N° 504. 
CONCILE DE CONSTANTLNOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM.) 

(Commencé le 8 octobre de l'an 148, fini le 22 du même mois.) — 
Eutychès, prêtre et abbé d'un monastère près de Constantinople, con- 
çut dans sa vieillesse une aversion si grande contre le Nestorianisme , 
qu'il se précipita , plnlôt par excès d'ignorance que par excès de zèle , 
dans un sentiment tout à fait opposé : Neslorius admettait deux per- 
sonnes en Jésus-Christ ; Eutychès ne voulut y admettre qu'une seule 
et même substance et une seule et même nature (2), composée de la 
divinité et de l'humanité. 11 soutint que le Verbe, en descendant du ciel , 
était revêtu d'un corps qui n'avait fait que passer par celui de la sainte 
Vierge comme par un canal ; et établissant ain-i dans l'Incarnation 
l'unité de nature , il ne craignit pas d'attribuer les souffrances à la divi- 
nité. Cette erreur entraînait avec elle d'étranges conséquences : en ôtant 
à Jésus Christ la vérité de la nature humaine, Eutychès lui ôtait aussi 
la qualité de médiateur; il détruisait la vérité des souffrances, de la 
mort et de la résurrection du Sauveur, puisque toutes ces choses ap- 
partiennent à la nature humaine , et non à l'apparence d'un corps pas- 
sible etmortcl , ni à la divinité même , subsistant seule en Jésus-Christ, 
selon Eutychès ; d'où l'on pourrait encore tirer cette autre conséquence, 
que Jésus Christ a eu tort de se nommer Fil» de l'Homme, et que saint 
Jean a eu tort aussi de dire que le Verbe s'est fait chair. 

Telle était la doctrine d'Eutychès , qui , sous prétexte de combattre 
les erreurs de Neslorius , renouvelait celles de Yalentin , de Marcion et 
d'Apollinaire. Doranus d'Anlioche écrivit à saint Flavien et à Théodose 
pour leur dénoncer l'hérésie d'Eutychès ; et l'évêque Eusèbe de Dorylée, 
gon ami , n'ayant pu le ramener de cette erreur , l'accusa , devant un 
concile de trente évêques réunis à Constantinople , d'enseigner une 
doctrine contraire à la foi catholique. 

i"SES£toti. — 8 novembre. — Ce concile s'était assemblé pour pronon- 
cer sur un appel de deux évêques de Lydie contre un jugement rendu par 
Florent de Sardes, métropolitain de cette province. Cette aff.iirc étant 

(i) I.e P. Lalibe, Sacivsancta cuiiclliu , l. IV, p. 6-î'ï, {Î4î et su iv. 
(r) C'est ri: tjui a fuit don lier 1 »es partisans le iK'in de nioni>ph\ sitei, e'eil-s- 
<Ure défenseurs d'une >cule nature. 






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— 264 — 

terminée, Eusèbe présenta son accusation contre Eutychès, et demanda 
qu'on le fit comparaître devant le Concile, ce qui fut aussitôt ordonné. 

2« session. — \ï novembre. — Dix-huit évêques s'étant assemblés , on 
ouvrit cette session , sur la demande d'Eusèbe , par la lecture de la 
seconde lettre de saint Cyrille à Nestorius, et de celle qu'il écrivit en 
l'an 433 à Jean d'Antioche , touchant la réunion des orienlaux schis- 
matiques. Après cette lecture, Eusèbe déclara que ces deux lettres 
renfermaient toute sa croyance sur le mystère de l'Incarnation ; que 
c'était aussi la foi de toutes les Églises, cl que par elles seules il préten- 
dait convaincre ses adversaires d'erreur. Saint Flavien fit ensuite 
une déclaration de foi conforme aux écrits de saint Cyrille et portant 
que Jésus-Christ est tout à la fois Dieu parfait et homme parfait , con- 
substantiel à son Père selon sa divinité , et à sa mère selon son huma- 
nité, de sorte que les deux natures restent complètement distinctes 
dans L'unité de personne ou d'hypostase ; et tous les évêques confirmè- 
rent par leur suffrage cette exposition de la foi catholique , qui fut au- 
thentiquement approuvée par le concile général de Calcédoine. Saint 
Flavien ajouta : i Quiconque admet une croyance contraire , nous le sé- 
« parons des ministres de l'autel et du corps sacré de l'Église, i Cette 
sentence reçut aussi l'approbation de tous. Puis , comme la plupart des 
évêques étaient absents, soit pour cause de maladie, soit parce qu'ils 
n'avaient pas connu la convocation , Eusèbe demanda qu'ils fussent 
avertis de se trouver à la prochaine session ; et Flavien l'ordonna ainsi. 

3« session. — 15 novembre. — Les évêques s'étant assemblés de nou- 
veau, le prêtre Jean et André, diacre , députés pour aller citer Eutychès , 
vinrent rendre compte au Concile du résultat de leur mission. Ils di- 
rent : a Étant arrivés chez Eutychès , en son monastère , nous lui avons 
« lu le libelle d'Eusèbe et dénoncé voire citation ; mais il a refusé de 
« venir se défendre , en alléguant pour prétexte , outre son grand âge , 
« la loi qu'il s'était imposée de rester enseveli dans l'obscurité de son 
« monastère comme dans un sépulcre ; puis il a ajouté que l'accusation 
« d'Eusèbe n'était qu'un effet de sa haine et de sa jalousie ; il a protesté 
« qu'il était prêt à souscrire aux expositions de foi des Pères d'Éphèse 
« et de Nicée, mais que s'ils s'étaient trompés en quelque expression, 
« il ne prétendait ni la blâmer, ni la recevoir; il nous a dit qu'il n'étu- 
« diait que les Écritures, comme plus sûres que l'exposition des Pères ; 
« qu'il n'avait lu nulle part qu'il y ait en Jésus-Christ deux natures 
«unies hypostatiquement , ou qu'd ait une chair consubstantielle à 
« la nôtre ; il a même insinué que quand il l'aurait lu dans les exposi- 
i lions des conciles ou des Pères, il suivrait de préférence l'autorité 



— 2G5 — 

i plus incontestable des saintes Écritures. Cependant il a confesse que 
« celui qui est ne de la Vierge Marie est Dieu parfait et homme parfait, 
a quoiqu'il n'ait pas une chair consubstantielle à la nôtre. » 

Sur cette réponse où l'on découvrait malheureusement la preuve trop 
manifeste des erreurs et de l'obstination de l'hérésiarque , on lui fit 
donner une seconde citation qui fut également sans résultat; et, sur les 
remontrances d'Eusèbe , le Concile ordonna qu'il serait cité pour la 
troisième fois et traité selon la rigueur des canons , s'il refusait de com- 
paraître dans quatre jours. 

4 e session . — 16 novembre. — Mais Eulychès, sans attendre cette der- 
nière citation , envoya l'archimandrite Abraham au Concile pour sou- 
scrire en son nom la doctrine de saint Cyrille et du concile d'Éphèse. On 
lui dit que c'était à Eulychès à venir se justifier lui-même , puisqu'il 
était accusé. 

5 e session. — 17 novembre. — Cependant, sur une troisième citation, 
il promit de se présenter en personne, et demanda seulement quelques 
jours de délai, jusqu'au lundi 22 novembre, sous prétexte qu'il était ma- 
lade. Les Pères, à la prière de Flavicn, qui était plein de charité, con- 
sentirent à lui accorder ce délai ; mais Eulychès en profita pour recourir 
à la puissance de l'eunuque Chrysaphius(l), officier de l'empereur, dont il 
était parrain; et sous prétexte que sa vie était en danger s'il se présentait 
au Concile, il en obtint une nombreuse escorte de soldats et d'officiers du 
prétoire pour l'accompagner devant l'assemblée des évoques. L'empereur 
Théodose lui donna môme le patrice Florentius pour assister au jugement 
du Concile. 

e session.— 20 novembre.— Les prêtres Marnas et Théophile, char- 
gés de notifier à Eulychès la seconde citation du Concile , vinrent, à la 
réquisition d'Eusèbe, rapporter certaines choses qu'ils avaient lues dans 
leur premier rapport , parce qu'ils les croyaient étrangères à leur coin- 
mission. Théophile, interrogé par Flavien, répondit : i Eulychès nous 
< a demandé, à Marnas et à moi, en présence de plusieurs moines, en 
« quelle Écriture on trouvait les deux natures ? Nous lui avons répondu : 
« Montrez-nous aussi en quelle Écriture on trouve le terme de consub- 
« stanliel? Eulychès a dit : 11 n'est pas dans l'Écriture, mais dans l'ex- 
« position des Pères. Nous lui avons dit alors : Il en est de même des 
« deux natures. J'ajoutai, dit Théophile : Le Verbe est il Dieu parfait? 

(i) Cel homme, dont le nom est devenu célèbre dans tes fastes de l'Eglise par les 
maux qu'il lui a faits, se voyant l'arbitre de la souveraine puissance par l'ascen- 
dant qu'il avait pris sur sou maître , dont il gouvernail l'esprit , s'était persuadé que 
rien ne pouvait lui résister et qu'il parviendrait à l'aire cafser dans un concile la 
sentence de déposition prononcée contre Eulychès. 



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— 266 - 
« Eutychès a répondu : Il est parfait. — Théophile : Étant incarné , est- 
• il homme parfait? — Eutychès : — Il est parfait. — Théophile : Donc 
c si ces deux parfaits, Dieu parfait et l'homme parfait , composent un 
« seul Fils, qui vous empêche de dire qu'il est de deux natures? — Eu- 
« lycltès : Dieu me garde de dire que Jésus-Christ est de deux natures , 
« ou de raisonner de la nature de mon Dieu! Qu'ils fassent contre moi 
« ce qu'ils voudront ; je veux mourir dans la foi que j'ai reçue. « Marnas 
étant survenu , confirma le rapport de Théophile et [dit : « Lorsque 
c nous fûmes envoyés à Eulychès, nous ne voulions point entrer en 

< discussion avec lui; mais il entra lui-même en dispute, en nous par- 
« lant de son dogme. II nous dit que le Verbe incarné est venu relever 
« la nature humaine qui était tombée. Je repris aussitôt en lui disant : 
« Quelle nature? il répéta : La nature humaine. Je lui demandai par 
« quelle nature la nature humaine avait été relevée. Il me répondit : Je 
a n'ai point appris dans l'Écriture qu'il y ait deux natures. — Marnas : 
t Nous n'avons pas non plus appris dans l'Écriture le terme de consub- 
« slantiel, mais des Pères qui l'ont bien entendu et fidèlement expliqué. 
« — Eutychès : Je ne raisonne point sur la nature de la divinité , et je 

< ne dis point deux natures, Dieu m'en garde. Me voici, si je suis dé- 
i posé, le monastère sera mon tombeau. » 

7 e session. — 22 novembre. — Les évêques étant assemblés ce jour -là 
au nombre de vingt-neuf ou de trente-deux, et même plus, selon Théo- 
phane (1) , Eutychès se présenta accompagné d'une troupe nombreuse 
de moines , de soldats et d'officiers du prétoire. Théodose voulut que le 
patrice Florentius fût présent au Concile sous le prétexte inconcevable 
de veiller à la conservation de la foi. Dès qu'il fut entré , on fit placer au 
milieu de l'assemblée l'accusateur et l'accusé, l'un et l'autre debout , et 
l'on ouvrit la session par la lecture du procès-verbal de ce qui s'éiait fait 
jusqu'alors. Comme on avait pris pour base de la déclaration de foi deux 
lettres de saint Cyrille, l'une écrite à Neslorius, l'autre à Jean d'An- 
lioche, quand on fut arrivé à l'endroit de celte dernière où le saint pa- 
triarche reconnaît expressément la distinction des deux natures , Eusèbe 
interrompit la lecture et déclara qu'Eutyehès rejetait ce dogme ; et le 
patrice Florentius demanda que celui-ci fût interrogé et qu'il lit connaî- 
tre sa croyance à cet égard. Mais l'évêque de Dorylée représenta qu'il 
ne devait pas souffrir d'un aveu orthodoxe qui pourrait être fait en ce 
moment ; qu'on trouverait , en continuant la lecture des actes , assez de 
preuves pour convaincre Eutychès ,"et qu'étant pauvre et sans crédit, il 
craignait , si l'on écartait les questions sur le passé , d'être déposé eomm« 



(\)Cha 



p. S6. 



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— 267 — 

calomniateur et condamne au bannissement dont le menaçait un adver- 
saire protégé par des amis puissants. Flavien le rassura et dit à Euty- 
chès : « Reconnaissez-vous en Jésus-Christ l'union des deux natures? » 
— Eutychès : « Oui , l'union de deux natures. » Comme cette réponse 
était équivoque, Eusèbe reprit : « Confessez- vous que les deux natures 
c demeurent distinctes après l'Incarnation , et que le corps de Jésus- 
i Christ est consubstantiel au nôtre ? » C'était là , en effet , le point capi- 
tal de la discussion ; car l'hérésiarque avouait bien que l'Incarnation avait 
eu lieu par l'union des deux natures , mais il soutenait en même temps 
que par l'effet de cette union leur distinction se trouvait anéantie , et 
qu'ainsi la nature humaine étant comme absorbée par la divinité et en 
quelque sorte identifiée avec elle dans l'unité d'une même nature , on ne 
pouvait pas dire que Jésus-Christ nous fût consubstantiel selon la chair. 
On l'accusait même de renouveler à cet égard les impiétés des gnosli- 
(|ues et de soutenir que Jésus-Christ en descendant sur la terre avait 
apporté un corps céleste et ne s'était incarné qu'en apparence. Cher- 
chant donc à éluder la question d'Eusèbe , Eutychès répondit qu'il n'é- 
tait pas venu pour discuter et qu'il ne lui convenait pas de raisonner sur 
la nature divine. Ensuite, pressé par les instances de Flavien et après 
avoir longtemps tergiversé , il finit par déclarer qu'il n'avait point cru 
jusqu'alors que Jésus-Christ fui consubstantiel à nous, mais qu'il était 
disposé à le dire, si on l'exigeait. Quant à l'autre question , il répondit 
qu'il admettait deux natures avant l'union , mais qu'après l'union il n'en 
reconnaissait plus qu'une seule; il répéta plusieurs fois les mêmes dé- 
clarations ; et comme on le pressait d'anathématiser cette doctrine , il 
s'y refusa , protestant qu'il voulait bien abandonner son opinion pour se 
conformer au jugement du Concile, mais qu'il ne consentirait jamais à 
la condamner, parce qu'il ne pouvait le faire sans analhémaliser les Pères 
et notamment saint Cyrille et saint Athanase. Toutes les instances du 
Concile , le3 exhortations de Flavien et les remontrances du patrice Flo- 
renlius lui-même ne purent lui faire changer de sentiment. On prononça 
donc contre lui une sentence d'excommunication et de déposition qui 
fut souscrite par trente-deux évêques et par vingt-quatre abbés ou archi- 
mandrites , la plupart prêtres , et dont le plus célèbre était saint Marcel, 
chef des acémètes (I). Après cette condamnation , et au moment où le 
Concile se séparait, Eutychès dit tout bas à Florentius qu'il en appelait 

(i) Jctum I coiicilii Culceilonemis. — Liljeratus, Breviar. — On donnait le 
nom d'acémètes à cerlains religieux, parce qu'ils observaient dans leurs églises une 
psalmodie perpétuelle, sans l'interrompre ni jour ni nuit; car c'est à tort que quel- 
ques auteurs ont cru qu'ils avaient les yeux toujours ouverts saus dormir un seul 






; 



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— 268 — 

à un autre concile où se trouverait le pape avec les patriarches de Jéru- 
salem et d'Alexandrie ; mais cette parole ne pouvait constituer un appel 
canonique et régulier. 

N» 50i>. 
CONCILE DE BÉRYTE ET DE TYR. 

(BEBYTENSE ET TYRIUM.) 

(Avant les fêtes de pàques (1) de l'an 449.) — Saint Flavien ayant levé 
la sentence de déposition prononcée par le concile d'Antioche , contre 
Samuel et Cyrus , accusateurs contumaces d'Ibbas , le patriarcheDomnus 
écrivit au palriarclie de Conslantinople pour lui exposer les raisons qu'il 
avait eues de déposer ces deux prêtres et de séparer de la communion les 
deux autres accusateurs d'Ibbas. Saint Flavien ne voulant plus se mêler 
d'une affaire qui n'était pas de son ressort , l'empereur nomma trois 
commissaires pour examiner les accusations formées contre Ibbas et en 
dernier lieu contre Daniel de Carrhes et Jean de Théodosiople. Photius 
de Tyr et Euslalhe de Béryte examinèrent d'abord l'affaire à Béryte. 

moment, Us ont été trompés par l'elymologie du mot acéméte , qui est composé 
d'flC privatif et de xsifAaco, je dors. 

Nieéphore donne pour fondateur aux acémètes un nommé Marcellus, que quel- 
ques écrivains modernes appellent Marcellus d'Apamce ; mais Bollandus nous ap- 
prend que ce fut Alexandre, moine de Syrie, qui vivait plusieurs années avant 
Marcellus. Suivant Bollandus, Alexandre mourut vers l'an 33o; il fut remplacé 
dans le gouvernement des acémèles par Jean Calybe, et celui-ci par Marcellus. 

On lit dans saint Grégoire de Tours et dans plusieurs autres historiens , que Si- 
gismond,roi des bourguignons, inconsolable d'avoir fait périr son fils Géséric, 
qu'il avait eu de sa première femme (meurtre qu'il avait commis à l'instigation 
d'une méchante princesse, fille de Théodoric , roi d'Italie, qu'il avait épousée en 
secondes noces), se relira dans le monastère de Saint-Maurice, connu autrefois 
sous le nom d'Agaune , et y établit les acémètes , pour laisser dans l'Église un mo- 
nument durable de sa douleur et de sa pénitence. Dès ce moment, le nom d'acé- 
mèles et la psalmodie perpétuelle furent en usage dans l'Occident, et surtout en 
France. 

Ces religieux étaient partagés en trois sections, dont chacune psalmodiait à son 
tour pendant huit heures. Ils menaient la vie la plus exemplaire et la plus édi- 
fiante : aussi ont-ils illustré l'Église orientale par un grand nombre de saints, d'é- 
véques et de patriarches, 

(i) Le P. Labbe place ce concile au mois de septembre; mais il est évidem- 
ment dans l'erreur, car l'acte qui fut dressé à Tyr est date de la manière suivante : 
• Après le consulat de Zenon et de Posihumien , l'an 5^4 de l'ère de Tyr, le io« du 
■ mois de Pcritius, et selon les romains le 25 février , indicliou première. » (4c- 
lum I concilii Cnlcedoncnsis.) Or, tous ces caractères, excepté l'indiction, que nom 
trouvons fautive, se rapportent à l'an 4 \9 de J,-C. 



— 26!) — 
Ibbas fut reconnu non coupable de Neslorianisme et renvoyé absous , 
après avoir fait sa confession de foi par écrit. Les parties étant ensuite 
venues à Tyrse promirent mutuellement, à la prière d'Eustathe et de 
Pnotius, d'oublier le passé , et l'on en dressa un acte ; après quoi Ibbas 
et les quatre prêtres accusateurs participèrent aux dons sacrés dans l'é- 
glise cathédrale de Tyr. Quant aux deux évoques , Daniel et Jean , accu- 
sés avec Ibbas, on ne sait point ce qu'il advint de l'accusation formée 
contre eux . 

N° 500. 

CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(COSSTANTINOPOLITANUM.) 

(Le 13 avril de l'an 449.) — Dans sa lettre à Dioscore et aux autres 
évoques des six diocèses soumis à l'empire d'Orient, Eutychès soutint, 
dans le but de faciliter son rétablissement , que depuis la sentence pro- 
noncée contre lui, on avait falsifié les aclcs du concile de Constant : no- 
pleet ôté les preuves de la pureté de sa foi ; et il accusa saint Flavien 
lui-même de celle falsification (1). Il demanda donc par une requête à 
l'empereur que les évèqucs , les témoins et les notaires eux-mêmes fus- 
sent appelés devant Thalassius, évoque de Césarée, en Cappndoce, 
pour reconnaître la vérité. Théodose lit droit à sa requêie ; et trente 
évèqucs se réunirent à Constantinople sous la présidence de Thalassius. 
Eutychès ne pouvant se rendre en personne à celle assemblée, parce 
qu'il était excommunié et déposé, y envoya deux moines de son monas- 
tère, Eleusinius et Constantius. On ne voulut point d'abord les ad- 
met tre ; mais le tribun M;icédonius ayant déclaré au nom de l'empereur 
qu'ils avaient droil de se présenter devant le Concile, on les laissa en- 
trer, non pour défendre l'hérésiarque, mais seulement pour assister à 
la vérification des ac:es du dernier concile de Conslantinople. Macédo- 
nius voulut ensuite obliger les évèqucs à prêter serment qu'ils diraient 
la vérité sur ces actes ; mais Basile de Séleucie répondit que le serment 
n'avait jamais été exigé des évèqucs , et l'on n'insista pas sur ce point. 

Sur l'ordre de Flavien , les notaires représentèrent les originaux des 
actes qu'ils avaient rédigés ; Constantius , l'un des envoyés d'Eutychès , 
en apporta une copie, dont les deux premières sessions furent reconnues 
conformes à l'original. Toutefois , on chicana beaucoup sur la manière 
dont les députés du concile avaient rapporté les réponses d'Eutychès et 
sur l'anatlième prononcé contre lui par les évèques. Constantius préten- 




i) livagre, His'oiïu, lib, i, cap. y. 



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— 270 — 

dit que lorsqu'on lisait la sentence de déposition , Eulycliès en avait 
appelé au concile des évêquesde Rome, de Jérusalem et d'Alexandrie, 
et qu'il avait même donné un acte par écrit de cet appel qu'on n'avait 
pas voulu recevoir. Mais saint Flavien , le palrice Florentius, Basile de 
Séleucie , et tous les autres évèques (i), déclarèrent qu'ils n'avaient 
point entendu cet appel ; le patrice avoua même qu'Euiychès lui avait 
dit, tout bas à l'oreille et le concile étant fini, qu'il en appelait de la 
sentence rendue contre lui. Après celle déclaration , qui dévoilait l'im- 
posture d'Eutychès , Florenlius conclut l'assemblée en disant qu'il por- 
terait à l'empereur les actes de ce qui venait de se passer (2). 



K° 507. 

* CONCILIABULE , DIT LE BRIGANDAGE D'ÉPHÈSE (3). 
(latiiocinium EPHESIÏSUM.) 

(Le 8 août de l'an 449 (4).) — Après sa condamnation au concile de 
Constantinople , Eutychès écrivit au pape saint Léon une lettre arliB- 
cieuse dans laquelle il se plaignait qu'on l'eût condamné sur la dénon- 
ciation de son ennemi , sans avoir voulu recevoir ni faire lire sa profes- 
sion de foi qu'il présentait p^r écrit et malgré la protestation qu'il avait 
faite de soumettre sa doctrine au jugement du Saint-Siège et de s'en 
tenir à ce qu'il ordonnerait. L'hérésiarque écrivit aussi à saint Pierre 
Chrysologue, évêque de Ravenne, pour essayer de l'engager dans son 
parti. Mais le saint docteur ne se laissa point tromper par ses artifices , 
il lui répondit qu'il n'avait pu lire sa lettre sans un c/iagrin amer; qu'il 
gémissait profondément de voir renaître sans cesse des disputes sur un 
mystère dont l'exposition devait être suffisamment déterminée par l'en- 
seignement uniforme de l'Église ; que s'il croyait avoir raison de se plain- 
dre qu'on l'eût jugé sans l'avoir entendu, il ne devait ni demander ni 
espérer que des évêques éloignés prissent le parti de condamner ses ju- 
ges sans avoir appris d'eux les motifs de sa condamnation ; qu'au surplus 
il l'exhortait à se soumettre à la décision du Souverain-Pontife; < car, 



(i) Il y en avait quinze du précédent concile. 

(a) Liberatus, Breviar., cap. II. — Le P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. IV, 
p. 236 et sequent. 

(3j Saint Léon, Epistolm 4l, 65, no. 

(4) Selon les romains, le 6' des ides d'août; selon les égyptiens, le 15' de me- 
sori, indielion troisième, après le consulat de Zenon et de Postlmmiui, c'esl-à- 
dir« le 8 août de l'an 449' 



— 271 — 

< ajoutait ii , saint Pierre, qui gouverne le siège apostolique , ne cesse 
c point de communiquer la vraie doctrine à ceux qui la cherchent. Quant 
« à nous, notre amour pour la foi ne nous permet pas déjuger les cau- 
i ses qui la concernent sans le consentement de Pévêqae de Rome. > 

De son côté , le pape saint Léon ayant reçu la lettre d'Eutychès et 
celle de l'empereur Théodose qui le priait de rétablir la paix dans l'É- 
glise de Constanlinople , s'empressa d'écrire au patriarche Flavien pour 
lui demander des renseignements exacts sur toutes les circonstances de 
cette affaire. Flavien lui répondit qu'Eutychès renouvelant les hérésies 
d'Apollinaire et de Valentin , en soutenant qu'avant l'incarnation il y 
avait deux natures en Jésus-Christ , mais qu'après l'union il n'y en avait 
plus qu'une seule, et qu'en outre le corps du Sauveur n'est pas con- 
substantiel au nôtre, ce novateur avait été condamné sur l'accusation 
de l'évéque Eusèbe et sur les réponses qu'il avait faites lui-même et 
qu'on avait insérées dans les actes du Concile ; que depuis sa condamna- 
tion il ne cherchait qu'à exciter des troubles en affichant des écrits inju- 
rieux contre ses juges, en adressant des requêtes à l'empereur et en 
répandant de tous les côtés des lettres pleines d'imposture. « Il n'a pas 

< craint, poursuivait le saint patriarche, de mentir à Votre Sainteté en 
i lui écrivant qu'il a interjeté devant nous un appel au siège apostolique. 
« Faites donc votre propre cause de cette affaire. Confirmez par votre 
t autorité le jugement que nous avons prononcé selon les canons. Votre 
« décision terminera tout et suffira pour empêcher le concile dont on 
« sollicite la convocation , et qui dans les circonstances présentes de- 
« viendrait peut-être une nouvelle occasion de troubles. » 

En effet, l'hérésiarque et son protecteur Chrysaphius avaient en- 
traîné dans leur parti, par leurs intrigues à la cour, un grand nombre 
de personnages influents, et entre autres l'impératrice Eudoxie, qui , 
dans cette fâcheuse circonstance, céda malheureusement à sa jalousie 
contre la princesse Pulchérie. Dioscore d'Alexandrie , dont la doctrine 
était conforme à celle d'Eutychès, s'était aussi déclaré pour cet héré- 
siarque contre saint Flavien , dans l'espoir que Chrysaphius, selon ea 
promesse, favoriserait tous ses projets. El leurs sollicitations réunis 
déterminèrent l'empereur à convoquer un concile à Éphèse pour juger 
la cause d'Eutychès et chasser des Églises tous ceux qui favoriseraient 
les erreurs de Nestorius. Dioscore en fut nommé le président, et on lui 
ordonna d'amener avec lui dix métropolitains et dix autres évêques de 
sa dépendance. Des ordres semblables furent envoyés aux autres pa- 
triarches. ThéoJoret en fut exclus nommément sous prétexte qu'il pen- 
chait vers le Nestorianisme ; mais l'empereur y donnait séance et voix 







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— 27"2 






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délibérative (1), au nom de tous les archimandrites de l'Orient, à un 
archimandrite nommé Barsumas , l'ami d'Eutychès et de Dioscore , et 
qui s'était signalé par ses attaques contre les évêques orientaux. Rien ne 
fut négligé pour assurer le triomphe du novateur et de ses partisans. 
Toutefois, comme on ne pouvait sans scandale oublier le pape dans la 
convocation d'un concile où devaient se traiter des questions si impor- 
tantes , Théodose lui écrivit pour le prier de s'y rendre avec les évêques 
d'Occident (2). Le Souverain-Pontife , dans sa réponse à l'empereur et 
dans une lettre à la princesse Pulchérie , exposa les raisons qui l'empê- 
chaient de se rendre à Éphèse ; et en même temps il fit sentir à ce prince 
qu'un concile n'était pas nécessaire pour décider une quesiion qui ne 
pouvait souffrir aucun doute , et qu'en tout cas il serait plus à propos de 
le convoquer en Occident où les esprits étaient plus calmes et moins di- 
visés. Mais prévoyant qu'il ne ferait pas changer de résolution à l'em- 
pereur, il envoya trois légats au Concile , Jules , évêqne de Pouzzoles , 
le prêtre René et le diacre Hilarus, qui devint plus lard son successeur. 
Il leur remit diverses lettres et entre autres une pour le saint pa- 
triarche Flavien. Dans toutes ces lettres, il combattait l'hérésie d'Euty- 
chès et approuvait sa condamnation , en exhortant toutefois à lui par- 
donner, s'il consentait à se rétracter de vive voix et par écrit. Celle 
qu'il écrivit à sair.t Flavien renfermait un jugement dogmatique qui de- 
vait être lu dans le concile pour servir de règle à ses décisions. 

C'est celte fameuse lettre qui fut approuvée par acclamations au con- 
cile de Calcédoine de l'an 4SI. Elle expose avec une admirable précision 
la doctrine catholique sur le mystère de l'incarraiion. Saint Léon , re- 
levant d'abord l'ignorance et la présomptueuse vaniié d'Eutychès , fait 
voir que pour le condamner, aussi bien que la plupart des autres héré- 
tiques , on n'a besoin que des paroles du symbole dans lequel les chré- 
tiens font profession de croire en Dieu le Père tout-puissant et en Jésus- 
Christ son Fils unique notre Seigneur, né de la Vierge Marie par l'opé- 
ration du Saint-Esprit. < Car, dit ce grand pape, confesser que Dieu est 






(i) On n'avait point encore vu nr. archimandrite prendre le rang déjuge dans un 
concile général. 

(t) Celte invitation envoyée an pape pourrait faire croire qu'en donnant la pré- 
sidence à Dioscore l'empereur n'avait en vue que de décider la qucsliop de pré- 
séance soulevée entre les patriarches de Constantinoplc cl d'Alexandrie ; car la pri- 
mauté du pape était trop reconnue pour qu'on pût songer seulement à lui contester 
la présidence d'un concile où il assisterait. 11 est au moins probahle que le pape 
ignorait celle disposition, ou peut-être espérait-il que , malgré les prétentions de 
Dioscore, on respecterait les droits du Saint-Siège dans la personne de ses légats. 



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- 273 — 

« Père , c'est reconnaître que son Fils lui est consubsiantiel et semblable 
r en tout; et ce Fils unique éternel comme lui est aussi né de la Vierge 
o Marie. Mais cette génération temporelle n'a rien ôlé , ni rien ajouté à 
a la génération éternelle. Celui qui n'était sujet ni au péché , ni à la 
• mort, a daigné s'unir à notre nature et se faire semblable à nous pour 
i détruire l'empire du péché et de la mort; et comme il est par essence 
« le Verbe et le Fils unique de Dieu , il est devenu le fils de Marie en 
« prenant dans son sein un corps véritable ; en sorte que la nature divine 
« et la nature humaine demeurant chacune dans son intégrité, sans 
t changement, sans confusion , ni mélange, sont néanmoins insépara- 

< blement unis dans une seule personne , afin que le même médiateur, 
i en ne cessant pas d'être impassible et immortel , pût mourir pour 
i notre salut. Il a pris tout ce qui est en nous par notre nature , tout ce 

< qu'il y a mis en nous créant , tout ce qu'il voulait réparer en nous ra- 

< chetant; mais il n'a point ce qui s'y est introduit par la tentation du 
« démon ; il a pris la forme d'esclave sans la souillure du péché. La na- 
« lure divine n'est point altérée par son union avec la nature humaine , 
« et celle-ci n'est point absorbée par la divinité ; le Verbe et l'humanité 
« conservent les opérations qui leur sont propres ; et quoique Jésus-Christ 
« ne soit qu'un , il est tout ensemble vrai Dieu et vrai homme. L'Écri- 
t ture prouve également la vérité des deux natures. Il est Dieu , puis- 
i qu'il est dit : Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu ; 
i il est homme , puisqu'il est encore dit : Le Verbe a été fait chair et 

• il a habité parmi nous. C'est tout à la fois un enfant dans le ber- 
« ccau et le Tout-Puissant glorifié par les Esprits célestes; comme 
i homme , il est tenté par le démon ; comme Dieu , il est servi par les 
i anges. Comme homme, il pleure Lazare ; comme Dieu, il le ressuscite. 
« Comme homme, il est attaché à la croix; comme Dieu , il fait trem- 
i bler, en mourant, toute la nature. La faim, la soif, la lassitude et 
i le sommeil sont évidemment d'un homme ; mais il manifeste sa divt- 

• nité en rassasiant cinq mille personnes avec cinq pains, en marchant 

< sur les flots , en commandant aux tempêtes. C'est la distinction des 

< deux natures dans l'unité de personne, qui lui fait dire comme Dieu : 
i Le Père et moi nous sommes une même chose; et comme homme : Le 
i Père est plus grand que moi. C'est au^si par la même raison qu'on lit 
i dans les Écritures que le Fils de l'homme est descendu du ciel, et 

• que nous disons dans le symbole, que le Fils de Dieu s'est fait chair 
i dans le sein de la Vierge , qu'il a été crucifié et enseveli, quoiqu'il ne 

• l'ait été que dans la nature humaine. » Saint Léon fait remarquer à la 
fin de sa lettre , que si Eutvchès anéantit la passion de Jésus-Christ cl 

T. II. « 



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— 274 — 
l'efficacité de sa mort, en n'admettant qu'une seule nature après l'in- 
carnation , il tombe dans une autre impiété en disant qu'il reconnaît en 
Jésus-Christ deux natures avant l'union, i Ne manquez pas, ajoute le 
< saint pontife , de lui faire rétracter cette erreur, si Dieu lui fait la 
« grâce de se convertir. » Dans une autre lettre à Julien, évéque de 
Cos , son chargé d'affaires à Constanlinople , le môme pape insiste sur 
ce second point, en faisant voir que, par une telle erreur, Eutychèa 
retombe dans l'opinion d'Origènc , déjà condamnée sur la préexistence 
des âmes, et suppose nécessairement comme ce docteur que l'âme de 
Jésus-Christ existait déjà dans le ciel , avant d'être unie au Verbe dans 
le sein de Marie. 

Le concile convoqué par l'empereur à Éphèse, pour le i" août de 
l'an 449 , ne s'assembla que le 8 du même mois. Il s'y trouva cent trente 
ou cent trente-cinq évêques (1) des provinces d'Egypte, d'Orient, du 
Pont , de l'Asie proconsulaire et de la Thrace. Deux commissaires laï- 
ques , Elpidius et Eulogius, y assistaient au nom de l'empereur pour 
empêcher le tumulte, et le proconsul d'Asie eut ordre de leur prêter 
main forte au besoin. Dioscore prit la première place, en vertu de la 
lettre impériale qui le nommait président , et on ne donna que le second 
rang à Jules de Pouzzoles, légat du Saint- Siège (2). Juvénal de Jéru- 
salem occupait le troisième rang ; Domnus d'Ântioche était au qua- 
trième; puis venait Placien de Constantinople au cinquième; et après 
lui Etienne d'Éphèse et Thalassius de Césarée, en leur qualité de pri- 
mats. Eusèbe de Dorylée était également venu à Éphèse , mais on ne 
voulut point lui permettre d'assister au concile , sous prétexte que l'em- 
pereur l'avait défendu. La plupart des évêques avaient des notaires 
pour écrire ce qui se dirait dans cette assemblée; mais Dioscore les fit 
tous chasser, à l'exception des siens propres et de ceux de Juvénal et 
d'Érasistrate , évêque de Corinthe, dont il s'était apparemment assuré. 
Jean , prêtre et primicicr des notaires d'Alexandrie, fit les fonctions de 
promoteur. 

Il fit d'abord connaître l'objet du concile ; puis , le diacre Hihrus de- 
manda la lecture des lettres du pape; mais on écarta celte proposition. 
Alors Thalassius ayant fait remarquer que, selon les ordres de l'empe- 
reur, il fallait commencer par la question concernant la foi , Dioscore 
répondit que la foi était exposée dans les décisions des conciles précé- 
dents , et qu'on avait simplement à examiner si les nouvelles opinions 

(i) Dans le commencement 'Us acies on n'en compte que cenl vingt-sii; mais 
flans la dernière souscription on en trouve treize de plus. 

(s) Le prêtre René, second légat du Saint-Siège, mourut en route. 






— 275 — 

s'y trouvaient conformes. On fit donc comparaître Eulycliès, qui pré- 
scnla par écrit sa profession de foi, dans laquelle il protestait de son 
attachement à la doctrine du concile de Nicée, et prononçait anathème 
contre Manès, Valenlin, Apollinaire, Nestorius, Simon le magicien 
même , et spécialement contre les hérétiques qui disaient que le corps 
de Jésus-Christ était descendu du ciel; il se plaignait ensuite du juge- 
ment prononcé contre lui, sans qu'on eût à lui reprocher aucune héré- 
sie, et uniquement, disait-il, parce qu'il avait refusé d'ajouter quelque 
chose aux décisions des conciles d'Éphèse et de Nicée. 

Flavien, qui jusque-là était rené dans le silence, demanda qu'on 
introduisit Eusèbe deDorylée; mais Dioscore et les commissaires de 
l'empereur s'y opposèrent , en déclarant qu'il ne s'agissait pas d'instruire 
une nouvelle accusation , et que les juges ayant maintenant à rendre 
compte de leur jugement, on devait l'examiner et procéder d'après la 
lecture des actes. Cet avis prévalut malgré de nombreuses réclamations; 
et Dioscore trouva le moyen d'éluder encore une fois la demande des lé- 
gats, qui insistaient pour qu'on lût préalablement les lettres de saint Léon. 

Toutes les opérations du Concile répondirent à ces préliminaires. On 
employa les menaces et la violence pour entraîner les suffrages. Les par- 
tisans d'Eutychès approuvaient par des acclamations bruyantes toutes 
les propositions de Dioscore , et aussitôt on insérait dans les actes qu'elles 
étaient adoptées par le Concile. On ne laissait écrire que les nolairesdu 
patriarche d'Alexandrie ou d'autres également dévoués au parti ; et leur 
infidélité se montrait avec tant d'impudence , qu'ils ne craignirent pas 
de se jeter sur les notaires de l'évèque d'Éphèse , pour effacer ce qu'ils 
avaient écrit et leur arracher leurs registres. Dioscore , malgré les nou- 
velles instances des légats et de plusieurs évèqucs , refusa obstinément 
de faire lire les lettres du pape , quoiqu'il eût promis avec serment qu'on 
les lirait après les actes du concile de Constantinople. 

Enfin, on prononça anathème contre ceux qui reconnaîtraient en 
Jésus-Christ deux natures après l'Incarnation ; on déclara Eulyehès in- 
nocent et sa profession de oi parfaitement orthodoxe ; on le rétablit 
dans la communion de l'Église et dans ses fonctions de piètre et d'archi- 
mandrite ; on étendit , en outre , celte absolution aux moines de sa com- 
munauté déposés ou excommuniés par Flavien ; et sous prétexte de 
maintenir les décisions des conciles d'Éphèse et de Nicée, Dioscore 
prononça la déposition du patriarche de Consiantinople et d'Eusèbe de 
Dorylée , comme ayant encouru les peines portées contre ceux qui osent 
altérer la doctrine de ces deux conciles. 

Les légats du Saint-Siège et beaucoup d' évoques protestèrent contre 
ces injustes décrets; quelques-uns mêmes se jetèrent aux genoux de 






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- 276 - 

Dioscore , en lui représentant que Flavien n'était coupable d'aucun crime 
qui méritât la déposition. Mais le patriarche d'Alexandrie se leva et dit 
avec emportement, que quand on devrait lui couper la langue il ne ré- 
tracterait pas ce qu'il avait prononcé ; puis, voyant l'opposition se mul- 
tiplier, il s'écria: « Où sont les comtes? » A ces mots, le proconsul 
parut à la tête d'une troupe de soldats portant avec leurs épées des 
bâtons, des fouets et des chaînes. Barsumas et les moines eutychiens , 
plus furieux que les soldats, criaient qu'il fallait briller vifs ou couper 
en deux ceux qui osaient diviser Jésus-Christ. On tint les évêques en- 
fermés jusqu'au soir, fans leur laisser aucun repos; et la plupart, cé- 
dant à la crainte et à la violence , souscrivirent en donnant leur signa- 
ture sur un papier blanc que Dioscore leur présenta. Toutefois , les lé- 
gats signalèrent leur fermeté avec un petit nombre d'évèques qui furent 
envoyés en exil. Le diacre Hilarus, voyant qu'il avait tout à redouter de 
pareils adversaires , s'évada secrètement d'Éphèse et s'enfuit à Rome 
par des chemins détournés (î). Plusieurs se rétractèrent dès le lende- 
main , et entre autres Domnus , que Dioscore fit déposer trois jours après, 
sous prétexte de Ncslorianisme (2) , en même temps que Théodore! de 
Cyr, Ibbas d'Édcs-e et Sabinien de Perrha. Dioscore osa même pro- 
noncer contre le pape u^e sentence d'excommunication qu'il lit sou- 
scrire par dix évoques égyptiens. 

Flavien appela au Saint-Siège de la condamnation prononcée contre 
lui et remit son acte d'appel aux légats. Ses ennemis en furent tellement 
irrités, qu'ils se ruèrent sur lui et le frappèrent avec tant de violence 
et de brutalité , qu'il mourut peu de jours après dans son exil par suite 
des coups qu'il avait reçus soit de Dioscore lui-même, soit de Barsumas 
et de ses moines. 

Telle fut l'issue de celte fameuse assemblée qui porte à juste titre 
dans l'histoire le nom de Brigandage d'Éphèse. On y vil l'injustice et la 
violence portées à leur comble; on y vit un pasteur, agissant en cruel 
tyran de l'Église , employer les mains sanguinaires des soldats pour con- 
traindreses frères de souscrire ù des erreurs impies ; et l'on vit enfin l'hé- 
résie triomphante d'Eulychès commencer un nouveau schisme , dont les 
suites déplorables ne tardèrent pas à se manifester et à causer un trouble 
général dans tout l'Orient (3). 

(i) Od ne sait |ias ce que dcviiu Jules de Pouzzoles. 

(î) On ignore ce que devinl le patriarche d'Ancioche depuis ce moment, maison 
croit qu'ayant renoncé à son siège, il retourna au monastère de saint Kniliymiui, 
qui lui avait prédit son élévation, en ajoutant qu'après s'être laissé entraîner par 
faiblesse dans les cabales des méchants , il serait ensuite dépouillé de son siège par 
la violence ; prédiction qui se vérifia dans tous ses détails. 

[f] Aetum 1 concilii Cakeitimemis . — Évagre , Hislwia, lib. 1, cap. 10. 






— 277 — 
N° 508. 

CONCILE DE ROME. 

(rohanum.) 

(Mois d'octobre de l'an M9.) — A la nouvelle de ce qui venait de se 
passer à Éphèse , le pape saint Léon en fut pénétré de douleur. Mais 
élevant son esprit vers le Seigneur, il attendit avec confiance qu'il dai- 
gnât dissiper les ténèbres de l'erreur et démasquer la perfidie des faux 
pasteurs de l'Église. Il assembla néanmoins un nombreux concile des 
évéques d'Occident pour condamner avec solennité les scandaleuses dé- 
cisions du Brigandage d'Éphèse. Il écrivit ensuite en son nom et au nom 
du concile de Rome les lettres les plus pressantes à l'empereur pour le 
conjurer de ne pas donner suite aux décrets d'une assemblée où la 
violence avait fait triompher l'hérésie et de convoquer les évéques 
d'Orient à un concile général en Italie , pour terminer toutes les disputes 
sur la foi et statuer canoniquement sur l'appel de Flavien. Il écrivit pour 
le même objet à la princesse Pulchérie et adressa successivement plu- 
sieurs lettres au clergé , au peuple et aux moines de Constaniinople , 
pour les affermir dans la loi et les exhorter à reconnaître toujours Fla- 
vien comme leur évêque. Il engagea aussi l'empereur Yalenlinicn et les 
deux impératrices , Placidie sa mère et Eudoxie son épouse, à joindre 
leurs instances aux représentations des évéques du Saint-Siég.;, pour 
procurer la célébration d'un concile en Italie (I). 

N° 309. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(Le 22 février (2) de l'an 450.) — Valentinien III étant venu en pèlc- 

Saint Prospcr, Chronic. — Nicéphore , lib. xiv , cap. 47- — Bm '- '"»<">■''< Eiity- 
cliian. — Tillcmont, Mémoires. — Le P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. IV, 
p. 1080. — Baluze, Collectio conciliorum. 

(0 Saint Léon, Epislol* /Jo, 4i, 4 3 . 44. 45, 4;- — Os leilrcs sont datées du |3 
et du i5 octobre. — Acta concilii Calcedoncnsis . 

(2) Ce concile fut tenu le jour de la fête de la chaire de saint Pierre, c'est-à-dire 
le 22 février, et non le 39 juin, selon quelques auteurs. 11 y a deux fétes 
de ce nom qui se célèbrent dans l'église catholique , l'une le 18 janvier, pour la 
chaire de saint Pierre à Rome; l'autre le 22 février, pour la chaire de cet apùtrc à 
Antioche. Ces deux fêtes sont anciennes : la première est marquée dans un exem- 
plaire du martyrologe attribué à saint Jérôme; et il en est fait mention dans un 
concile tenu à Tours l'an 567. Avant cette époque il était parlé de la chaire de 
saint Pierre, en général, dans un calendrier dressé sous le pape Libère, vers l'an 
354, et c'est le sujet du 100= sermon de saint Léon. [Vies des Pères el des Atari) rs, 
t. I, p. 343, et t. Il, p. 346.) 

De même que daus l'Église primitive, les chrétiens célébraient l'anniversaire de 



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— 278 — 
rinage au lombeau de saint Pierre à Komc , le pape , à la lète d'un nom- 
brcux concile, vint se présenter devant lui au milieu de l'église , le 
conjurant avec larmes d'écarter, par l'influence de sa médiation', le 
péril que courait la foi en Orient. 

Cédant à ses prières , l'empereur écrivit à Théodose , dans les termes 
les plus forts et les plus pressants , de maintenir la dignité de saint 
Pierre et l'ancienne primauté de l'évèque de Rouie sur toutes les Égli- 
ses; « car, dit-il, cette primauté, reconnue dans les plus célèbres con- 
» ciles et constatée par toute la tradition, lui donne le droit de décider 
e les questions concernant la foi et de juger les causes de3 évêques. 
« C'est pour cela que l'évèque de Constantinople a interjeté, suivant les 
« canons, un appel au siège apostolique. Je vous prie donc de trouver 
« bon que les évêques de toutes les provinces s'assemblent en Italie , 
« afin que le pape prenant connaissance de toute l'affaire , la termine 
f par un jugement conforme à la justice et à la foi. » Mais Théodose 
répondit que l'affaire avait été jugée à Éphèse après un mûr examen, et 
qu'il était inutile d'assembler un nouveau concile (1). — C'est tout ce 
que nous savons de cette assemblée. 

N° 510. 

CONCILE D'ARLES. 

(arelatense.) 
(L'an 449.) — Saint Hilaire étant mort le S mai de l'an 449 , les évê- 
ques de la province s'assemblèrent à Arles au nombre de douze et élu- 
rent, d'un consentement unanime, Ravenne, prêtre de cette église. Ils 
en donnèrent aussitôt avis au pape, qui confirma cette élection (2). 

leur baptême, les évêques solennisaient aussi le jour anniversaire de leur ordination 
on de leur exaltation ; telle a été l'origine de ces deux fîtes. L'Église a été persuadée 
que la succession de saint Pierre n'était point attachée au premier siège qu'il avait 
occupé , mais à celui dans lequel il est mort et a laissé un évêque pour le rempla- 
cer. Or, malgré les nuages que les protestants ont voulu répandre sur le voyage, le 
séjour et le martyre de saint Pierre à Rome, c'est un point d'histoire qui est au- 
jourd'hui à l'abri de toute contestation. 

Que, dès les premiers siècles, le siège de Pome ail été regardé comme le centre 
de l'Eglise catholique, c'est un fait que nous avons souvent occasion de prouver et 
qui est encore attesté par saint Irénée dès le second siècle. « Il faut, dil-il, que 
• toute Église, ou toute l'Église, c'est-à-dire les fidèles qui sont de toutes parts, 
« conviennent avec cette Église (de Home), à cause de sa prééminence plus mar- 
« quée ; église dans laquelle les fidèles de tout le monde ont toujours conservé (ou 
« observé) la tradition qui vient des apôtres (adtiers'us hceres., lib. 3, cap. 3). > Ce 
passage a toujours beaucoup incommodé les prolestants ; ils ont fait tous leurs efforts 
pour en détourner le sens; mais ils n'ont pu y réussir. (Bergier, Diclioim. tliivl.) 
. (i) Jeta conciUl Cnhalonensis , pars prima, — Tillcmont, Mèiioim. 
(a) Suint Léon, Epislohr 3ô, 8y, 38. 



279 



M 3il. 
CONCILE DE CONSTANT1NOPLE. 

(CONSTANTINOPOUTANUM.) 

(Mois d'août de l'an 450.) — Saint Flavien étant mort , on mit à sa 
place Analolius , diacre d'Alexandrie ; et dans sa réponse à la lettre sy- 
nodale de saint Léon , Théodose pria le pape d'approuver l'ordination 
de ce nouvel évêque de Constanlinople. Analolius lui écrivit aussi lui- 
même pour demander la communion du Saint-Siège. Mais saint Léon ne 
crut pas devoir refuser absolument sa communion , quoique cette ordi- 
nation eût été faite par les évéques du paru de Dioscore; il exigea seu- 
lement qu'Anatolius fit auparavant une profession de foi conforme à la 
doctrine exposée dans sa lettre à Flavien, dans la deuxième de saint Cyrille 
à Nestorius et dans les passages des Pères insérés dans les actes du < on- 
cile œcuménique d'Éphèse ; qu'il envoyât cette profession de foi au Saint- 
Siège pour être communiquée à toutes les Églises , et qu'enfin il rejetât 
de sa communion tous ceux qui tenaient une doctrine contraire. Il en- 
voya en même temps des légats à Constanlinople avec une lettre pour 
l'empereur Théodose , et il écrivit aux abbés catholiques de se joindre à 
eux pour décider Anatolius à prendre ce parti (1). 

Durant cet intervalle , Théodose étant mort le 29 (2) juillet de l'an 
450, Marcien, son successeur, reçut favorablement les légats du pape; 
et dès leur arrivée, Analolius assembla les évéques qui se trouvaient à 
Constanlinople, avec les abbés, les prêtres et les diacre-. Abundius de 
Côme , l'un des légats , présenta la lettre du pape à Flavien avec les 
passages des Pères grecs et latins qui en appuyaient la doctrine ; on la 
lut publiquement , et elle fut trouvée conforme à la foi catholique. Ana- 
tolius y souscrivit ensuite , en disant anathème à Nestorius et à Eutychès, 
à leurs dogmes et à leurs seclaleurs. Tous les évéques présents, les 
prêtres, les abbés et les diacres y souscrivirent de même, à l'exception 
des abbés Carose, Dorothée, Maxime et de quelques autres eutychiens 
qu'on ne put fléchir. Abundius et Aslérius, évéques, Basile et Sénateur, 
prêtres, légats du pape, rendirent grâces à Dieu de ce consentement 
presque unanime , et dirent anathème à Eutychès et à tous ceux qui 
enseignaient qu'il y a eu deux natures dans le Verbe avant l'incarnation 
et une seule nature après l'incarnation. Ils dirent aussi anathème à Nes- 
torius, à ses erreurs et à leurs partisans. 

Puis, on ordonna que les évéques qui auraient souscrit aux actes du 



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( i) Epistota 02. — Cette lettre est du t6 des ealeudes d'août , 
Vdientjnicn et J'AvimiiU'*, c'csi-i-dirc du fj juillet de l'an j'o 
(->) Quelques «Htfctu» «ErèdHfe k 2%, 



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— 280 — 

conciliabule d'Éphèsc ne communiqueraient qu'avec leurs Églises et de- 
meureraient séparés de la communion des autres évoques (1). 

N° 312. 

CONCILE DE MILAN (2). 
(mediolanense.) 

(L'an 451.)— Abnndjus, évêque de Côme , et Sénateur, prêtre de 
Milan, ayant rendu compte au pape du succès de leur légation , retour- 
nèrent dans leurs Églises avec une lettre que le Souverain-Pontife les 
chargea de porter à saint Eusèbe , évêque de Milan. Saint Léon le priait 
d'assembler les évêques dépendants de sa métropole et de faire lire en 
leur présence et approuver par eux sa lettre à Flavien. Saint Eusèbe 
convoqua donc un concile de ses suffraganls , qui s'y trouvèrent au 
nombre de vingt (3J. On y lut d'abord la lettre de saint Léon à saint 
Eusèbe ; Abundius et Sénateur firent ensuite le rapport de ce qu'ils 
avaient fait en Orient et de ce qui s'y passait; puis, on lut la lettre du 
pape à Flavien , qui fut unanimement approuvée , comme renfermant la 
véritable doctrine de l'Église sur l'incarnation ; et l'on analbémalisa tous 
ceux qui suivaient une doctrine contraire. Le Concile écrivit une lettre 
synodale au pape saint Léon pour lui faire connaître le résultat de cette 
assemblée (4). 

N° 315. • 

CONCILE DES GAULES (5). 

(gallicanum.) 

(L'an 451.) — Quarante-quatre évêques, précédés par Ravenne, évê- 
que d'Arles, approuvèrent dans ce concile la lettre du pape saint Léon 
à Flavien. Ils lui écrivirent à ce sujet une lettre synodale que l'on trouve 
dans les canons de ce Souverain -Pontife (6). 

(i) Acta sancli Abundii. — Saint Léon, Epishjla 68. — Baronius, Annales, ai 

ann. /|5o, p. tao. — Le P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. IV, p. 53i . Rolland., 

ad diem 2 aprili, p. 92. 

(2) On ne connaît pas le lieu où ce concile fut assemblé ; mais il y a apparence 
(jue ce fut à Milan. 

(3) Abundius porta la parole pour Asinion , évêque de Coire , et Euthasitts, 
évêque d'Aoste , envoya un de ses prêtres pour tenir sa place. 

(4) Celle lettre se trouve parmi celles de saint Léon [Epislola 77). Elle ne porte 
en tête que le nom d'Eusèbe ; mais tous les évêques y souscrivirent pour témoigner 
qu'ils l'approuvaient dans tout son contenu. 

(5) Le lieu où se tint ce concile est incertain ; Tillemont suppose qu'il fut assem- 
blé à Arles en Provence , parce que Ravenne , évêque de cette ville, souscrivit le 
premier. 

(6) Ephlola 76. 



— 281 



N° 514. 



CONCILE DE CALCÉDOINE , IV OECUMENIQUE. 

(CALCEDONENSE.) 

(Commencé le 8 octobre de l'an 451 , fini le 1 er novembre suivant.) — 
Théodose étant mort, l'impératrice Eudoxie , son épouse, quitta la cour 
et se relira à Jérusalem , où , ayant abandonné le parti d'Eulychès, elle 
passa le reste de ses jours dans la pratique des vertus chrétiennes et 
mourut dans la foi catholique. Devenue par celte retraite maîtresse de 
l'Orient , Pulchérie , sœur de Théodose , fil élire empereur Marcien , 
dont les grandes qualités réunirent en sa faveur tous les suffrages du 
sénat et de l'armée; et pour consolider son pouvoir, elle le prit pour 
époux. 

Dès le commencement de son règne , le nouvel empereur fit transpor- 
ter à Constantinople le corps de saint Flavien , rappela les évoques exilés 
à la suite du lirigandage d'Ephèse et publia une loi qui condamnait aux 
peines portées contre les hérétiques les clercs et les moines qulauraient 
abandonné la religion catholique pour embrasser les erreurs d'Apolli- 
naire et d'Eutychès. L'année suivante 451 , il renouvela la défense des 
sacrifices et des aulres actes d'idolâtrie , sous peine de mort et de con- 
fiscaliun des biens. Et enfin , pour procurer la paix à l'Église , il ordonna 
la célébration d'un concile général à Nicée, pour le 1 er septembre de 
l'an 451 , promettant de s'y trouver lui-même en personne, si les affai- 
res de l'empire le lui permettaient (1). 

Le pape saint Léon approuva celle convocation et désigna , pour assis- 
ter au Concile en qualité de légats, Paschasin, évèque de Lilybée, et le 
prêtre Boniface avec Lucentius, évêque d'Ascoli, elle prêtre Basile , 
qu'il avait envoyés à Constantinople pour juger avec Analolius les évo- 
ques qui s'élaient laissé vaincre par les menaces et les violences de Dios- 
core. Il leur adjoignit Julien de Cos, qui depuis longtemps était son 
chargé d'affaires en Orient. Le pape écrivit en même temps à l'empe- 
reur, à la princesse Pulchérie, au patriarche Analolius et aux évêques 
du Concile , pour les avertir qu'on ne devait plus discuter sur la ques- 
tion de la foi, niais s'en tenir à la doctrine exposée dans la lettre à 
Flavien , et condamner Eutychès sans porter atteinte aux décisions du 
premier concile d'Ephèse contre Nestorius. Il recommandait aussi de 

(l) La lettre Je convocation adressée; aux patriarches est du iG des calendes de 
juin, c'est-à-dire le 17 niai. 



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rétablir les évêques, injustement déposés par Dioscare; de traiter avec 
indulgence , pour le maintien de la paix , ceux qui étaient tombés par 
faiblesse et môme les chefs du parti , s'ils se rétractaient de bonne foi ; 
mais de condamner et de déposer ceux qui s'obstineraient dans l'héré- 
sie ; de s'opposer à l'ambition des évêques qui , s'appuyant sur les privi- 
léges de leur ville , voudraient s'attribuer de nouveaux dïoitt, et de ne 
point souffrir que Dioscore parût dans le Concile comme juge, mais seu- 
lement comme accusé (1). 

Au temps marqué pour la tenue du Concile , l'Illyrie se trouva agitée 
de divers troubles qui ne permirent pas à l'empereur de s'éloigner de 
Constantinople. Et comme les légats représentèrent à Marcien qu'ils ju- 
geaient sa présence si nécessaire pour empêcher le tumulte, qu'ils ne 
voulaient pas s'y trouver en son absence, ce prince transféra le Concile 
à Calcédoine, qui n'est séparée de Constantinople que par le Bosphore, 
et en donna aussitôt avis aux évêques assemblés à Nicée. Ceux-ci firent 
d'abord quelques difficultés de s'y rendre dans la crainte que les euiy- 
chiens ne vinssent exciter du trouble; mais l'empereur les ayant rassuré», 
ils se rendirent en très-grand nombre vers la fin du mois de septem- 
bre (2) ; et le Concile s'ouvrit le 8 octobre suivant. 

1" session.— 8 octobre.— Le Concile s'assembla dans la magnifique 
église dédiée à sainte Euphémie , devenue célèbre par une multitude de 
miracles. L'empereur fit assister en son nom (3) dix-neuf des principaux 
officiers de l'empire ; il s'y trouva aussi plusieurs personnages illustres 
qui avaient occupé les plus hautes dignités. Les officiers de l'empereur 
se placèrent au milieu de l'église devant la balustrade de l'autel ; à leur 

(1) Toutes ces lettres sont datées du 56 juin de l'an 45i. Elles portent dans les 
œuvres de saint Léon les numéros 69, 73, 74, 75. 

(2) La plupart des auteurs ne sont pas d'accord sur le nombre des évêques qui 
assistèrent au concile de Calcédoine. Selon les uns, et c'est l'opinion la plus com- 
mune , il y en eut six cent trenle , tous de l'Orient, à l'exception des légats du pape 
et de deux évêques d'Afrique, Aurélius d'Adrumet et Restérien, ou Bu6n,dont le 
siège épiscopal n'est pas marqué ; selon la lettre du concile à saint Léon , ils étaient 
cinq cent vingt; Luccntiusdit dans le concile même qu'il y en avait six cents; saiut 
Léou cite le même nombre dans sa lettre 77' aux évêques des Gaules; et les évê. 
ques nommés dans les actes sont au nombre de trois cent soixante. 

(i) Les historiens ne disent pas si l'empereur fut présent à l'ouverture de celte 
première session ; mais on ne peut douter qu'il n'ait assisté aux délibérations qui la 
précédèrent, puisqu'ou rapporte que Théodoret lui présenta une requête sur les in- 
justices et les violences qu'il avait souffertes depuis le conciliabule d'Éphèse , et que 
Marcien ordonna qu'il assisterait au concile; il parait même qu'il était présent 
lorsqu'on lut la remontrance d'Eustallie c!e Béryte. 



— 285 — 

gauche étaient les légats du pape comme présidant au concile (1) ; puis 
venaient Anatolius de Constat! tinople, Maxime d'Antioche, ordonné par 
Anatole et à qui le pape avait accordé sa communion , Thalassius de 
Césarée, Etienne d'Éphèse et les autres évéques de l'Orient, du Pont, 
de l'Asie et de la Tlirace. A la droite des officiers de l'empereur étaient 
Dioscore d'Alexandrie, Juvénal de Jérusalem , Quinlillien d'Héraclée en 
Macédoine , légat d'Anastase de Tiiessalonique, et les autres évéques de 
l'Egypte , de la Palestine et de l'illyrie. Ainsi , tout le parti de Dioscore 
ou d'Eutychès occupait le côlé le moins honorable. L'Évangile était , se- 
lon l'usage, sur un trône au milieu de l'assemblée (2). 

Tous les évéques s'étant assis, Paschasin, légat du pape, s'avança 
vers le milieu de l'assemblée et dit aux officiers (3) : » D'après les ordres 
i du bienheureux évêque de Rome, chef de toutes les Églises, Dioscore 
i ne doit point s'asseoir dans le Concile ; s'il n'en est pas exclu, les lé- 
i gats se retireront. » Les officiers demandèrent alors s'il y avait une 
plainte particulière contre le révérendissime évèque Dioscore. Lucentius, 
autre légat, dit : « 11 doit rendre compte de son jugement ; car il s'est 
« arrogé le droit de juger une cause qui lui était étrangère et s'est rendu 
i coupable d'un attentat sans exemple , en osant présider un concile 
« œcuménique sans l'autorité du Saint-Siège. » Paschasin ajouta : « Nous 
« ne pouvons contrevenir aux ordres du pape, ni aux canons de l'Église. » 
Après quelques contestations, les officiers ordonnèrent à Dioscore de 
quitter sa place ; et il s'assit au milieu de l'assemblée en qualité d'accusé. 
Aussitôt Eusèbe de Dorylée se présenta comme accusateur et dit : i Je 
i vous conjure par la vie des maîtres du monde , faites lire ma requête. 

< J'ai été maltraité par Dioscore; la foi a été blessée; l'évêque Flavien 

< tué ; il nous a déposés ensemble injustement : faites lire ma requête. » 
Les officiers l'ordonnèrent , et Eusèbe alla s'asseoir au milieu de l'assem- 
blée avec Dioscore. La requête fut lue par Béronicien : elle accusait 
Dioscore d'avoir violé la foi pour établir l'hérésie d'Eutychès; elle l'ac- 






(i) Quelques ailleurs out cru que l'empereur présida cette assemblée, parce qu'il 
y tint la première place; mais ce ne fut pas comme juge , ni pour expliquer la foi 
ou pour juger les controverses, mais seulement pour maintenir et défendre la foi 
exposée par le Concile. Ce furent les légats du pape qui y présidèrent comme juges 
ecclésiastiques. Aussi, dans toutes les actions , ils sont appelés les premiers, ils siè- 
gent , ils parlent et souscrivent les premieis; cl ce sont eux qui , au uom du pape 
et de tout le concile , prononcent contre Dioscore la sentence de déposition. 

(a) 11 paraît cependant qu'on ne l'y mettait pas toujours , puisque dans une 
séance il fut apporté à la demande des magistrats. 

(3) Paschasin parla en latin, et son discours fut explique eu grec par Béronicien, 
secrétaire du consistoire. 



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— 284 — 

cusait aussi d'avoir injustement condamné Euscbe ; et pour prouver ces 
deux chefs d'accusation , elle demandait la lecture des actes du faux 
concile d'Éphèsc. Dioscore fil la même demande; mais quand on l'eut 
ordonné, il s'y opposa , endisam qu'il fallait traiter premièrement la 
question de foi. Sans avoir égard à sa demande , les officiers en firent 
faire la lecture par Constantin , secrétaire du consistoire. On lut d'abord 
la lettre de Théodose pour la convocation d'un concile à Éphèse ; et 
comme il y était fait mention de Théodoret, les officiers interrompirent 
la lecture pour déclarer que cet évoque ayant été rétabli dans l'épiscopat 
par le pape saint Léon , il devait assister au concile selon les ordres de 
l'empereur. Mais , lorsque Théodoret parut dans l'assemblée , les évê- 
ques d'Egypte, de Palestine et d'illyrie s'écrièrent : < Miséricorde ! la foi 
i est perdue ; les canons le chassent ; mettez-le dehors. » — Les évêques 
d'Orient , de l'ont , d'Asie et de Thrace s'écrièrent , au contraire : « Nous 
« avons souscrit en blanc ; on nous a fait souscrire à coups de bâton ; 
« chassez les manichéens ; chassez les ennemis de Flavien ; chassez les 
a ennemis de la foi. i Dioscore : — « Pourquoi chasse-ton Cyrille que 
« Théodoret a anathématisé (4) ? » — Les orientaux : « Chassez le meur- 
« trier Dioscore; qui ne connaît les actions de Dioscore? «—Les égyptiens : 
« L'impératrice a chassé P^esioriiis; longues années à la princesse ortho- 
« doxe : le Concile ne reçoit point Théodoret (2). »— Théodoret : «J'ai 
« présenté requête à l'empereur ; oui , j'ai exposé les cruautés que j'ai 
t souffertes; je demande donc qu'on l'examine. >— Les officiers : « L'évê- 
« que Théodoret ayant été rétabli dans son rang par l'archevêque de 
« Rome, est entré maintenant en qualité d'accusateur; souffrez donc, 
« pour ne pas faire de confusion , que l'on achève ce qui a été cora- 
« mencé. La présence de Théodoret ne portera de préjudice à personne : 
« tous les droits que vous pourriez avoir contre lui , et lui contre vous , 
« seront conservés : l'évêque d'Anlioche rend d'ailleurs témoignage de 
t son orthodoxie. > Théodoret alla donc s'asseoir, comme accusateur, à 
côté d'Eusèbede Dorylée. Les orientaux s'écrièrent alors : « Il en est 
« digne. » — Les égyptiens : < Ne le nommez pas évêque ; il n'est pas 
« évêque : chassez l'ennemi de Dieu ; chassez le juif. «—Les orientaux : 
« Que l'orthodoxe reste dans le concile : chassez les séditieux ; chassez 
i les meurtriers. » — Les officiers de l'empereur : a Ces cris populaires 
« ne conviennent point à des évêques et ne servent de rien aux parties : 
« souffrez donc que l'on continue la lecture. •— Les égyptiens : i Chassez 

(i) Il voulait dire qu'en recevant Théodoret on condamnait ta mémoire de saint 
Cyrille. 

(a) Il voulait dire par là qu'il était neslorien. 



— 285 — 

i ce seul homme, el nous écoutons tous : nous crions pour la foi ca- 
■ iholique. i — Les officiers : « Écoulez plutôt, et permettez qu'on lise tout 
« avec ordre. • 

Après ces débats, les secrétaires Constantin cl Béronicien continuè- 
rent de lire les lettres de convocation du conciliabule d'Éphèse. Et lors- 
que Béronicien eut dit que l'empereur Théodose avait écrit à Juvénal 
de Jérusalem comme à Dioscore d'Alexandrie , ce dernier se levael dit : 
i Vous voyez que ce n'est pas à moi seul que l'empereur a commis ce 
« jugement : il a aussi donné à l'évèque Juvénal et à l'évèque Thalas- 
« sius l'autorité dans le Concile. Nous avons jugé ce qui est jugé, et 
« tout le Concile l'a approuvé de vive voix et par écrit. On en a fait le 
< rapport à l'empereur Théodose , qui l'a confirmé par une loi géné- 
i raie, i — Alors les orientaux s'écrièrent avec indignation : « Personne 
i n'y a consenti : on nous a forcés; on nous a frappés. Nous avons sou- 
« scril un papier blanc. On nous a menacés d'exil ; des soldats nous ont 
« pressés avec des bâtons et des épées. Quel concile avec des épées et 
i des bâtons ! Dioscore avait fait venir exprès des soldats. Chassez le 
« meut trier. Les soldats ont déposé Klavien.» — Les égyptiens : «lisent 
« souscrit les premiers. Pourquoi laisse l-on crier des clercs? Mêliez 
« dehors les gens inutiles. Que ceux qui ont souscrit s'avancent. Nous 
« avons souscrit après vous.» —Etienne, évèque d'Ephèse : « Lorsque 
i j'eus reçu à ma communion les évèques Eusèbe , Elpidius, Eulogitis 
« et quelques autres, les soldats et les moines d'Eutychès vinrent à l'é- 
« vêché au nombre de trois cents environ , et menacèrent de me tuer en 
i disant : Vous avez reçu les ennemis de l'empereur, vous êtes son en- 
« nemi. Je leur dis : J'exe:ce l'hospitalité; je ne prends point de part à 

• l'affaire ; je n'ai pu refuser la communion à ceux qui n'en sont point 
« exclus. Ainsi tout s'est fait par foi ce el par violence.»— Les officiers : 
i Dioscore vous a-t-il fait violence'; » —Etienne : « On ne m'a pas voulu 

• laisser sortir de l'églse que je n'eusse souscrit à la sentence de Dios- 

• core , de Juvénal , de Tlialassius el des autres évoques à qui les lettres 
« de l'empereur étaient adressées.» —Tlialassius, évèque de Césarée : 
« Il est vrai que j'ai été compris dans la lettre de l'empereur, mais je 
« ne sais comment. Toutefois quand on a fait quelque chose, j'ai voulu 

• l'empêcher et faire surseoir : j'en ai des témoins. >— Théodore, évoque 
de Claudiopolis en Isaurie : « Dioscore, Juvénal et tous ceux qui ont 
« souscrit les premiers , qui avaient commission de l'empereur pour dé- 
« cider de la foi , après s'être malicieusement concertés entre eux , nous 
« ont engagés à juger, nous qui étions sans connaissance de l'affaire. On 
< lisait les actes ; on louait Flavien d'heureuse mémoire ; nous restions 







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I 



— S86 - 
€ dans le silence, trouvant que la chose allait bien. Après cela, ils s'é- 
« crièrent pour nous épouvanter : Coupez en deux ceux qui parlent de 
« deux natures, divisez ceux qui divisent, ôlez, chassez les nestoriens. 
« Chacun de nous craignit d'être chassé comme hérétique et de perdre 
« ceux qu'il avait baptisés. Ne fallait-il donc pas nous taire? Ils firent 
« même plus. L'empereur avait convoqué ce concile pour juger premiè- 
« rement l'affaire de Flavien ; et ces gens-ci s'élant assemblés plusieurs 
t fois sans rien souscrire, ni écrire leurs résolutions, sans en donner 
« connaissance à personne, nous présentèrent des papiers blancs : je dis 
i Dioscore et Juvénal , accompagnés d'une foule de gens inconnus qui 
t troublaient le concile par leurs cris tumultueux. Mous étions cent 

< trente-cinq dans le concile ; il y en eut quarante-deux que l'on fit 
« taire; les autres étaient Dioscore, Juvénal et cette multitude. Nous 
t n'étions en dernier lieu que quinze, que pouvions-nous faire? Ils se 
« sont joués de noire ?ang , ces hérétiques. Ils criaient comme s'ils 

< n'eussent fait tous ensemble qu'une seule voix ; ils nous épouvan- 
« laient ; et puis ils nous ont chassés comme hérétiques. » — Les orien- 
taux s'écrièrent : « Nous dirons tous la même chose.»— Les égyptiens : 
i Un chrétien ne craint personne : qu'on apporte du feu et nous le ver- 
« rons (1). Il n'y aurait point eu de martyrs, s'ils avaient craint les 
« hommes. » — Dioscore avec dérision : « Puisqu'ils soutiennent qu'ils 
« n'ont pas su ce qui avait élé jugé et qu'ils ont souscrit un papier 
« blanc , ils ne devaient pas souscrire sans être auparavant bien informés 
« de ce qu'avait fait le Concile , puisqu'il s'agissait de la foi. Mais qui a 
« dressé leurs déclarations? Ordonnez-leur, je vous prie, de le dire. » 

Les officiers ordonnèrent ensuite de continuer la Jecture des actes. Et 
lorsque le secrétaire Constantin , lisant sur l'exemplaire fourni par Aê- 
lius , archidiacre de Constantinople , eut nommé Jules légat du pape et 
Flavien, les orientaux s'écrièrent : « On l'a chassé , Jules ; on n'a point 
t reçu le nom de Léon. Quant à Flavien, il a paru dans le concile, 
i mais comme condamné. C'est une oppression manifeste. Pourquoi 
e Flavien n'a-t-il pas pris sa place ordinaire dans l'assemblée? Pourquoi 
« ont-ils mis l'évêque de Constantinople au cinquième rang ?i— Le légat 
Paschasin : t Vous voyez, grâce à Dieu, que nous mettons le seigneur 
« Analolius le premier, et ils ont mis au cinquième rang le bienheureux 
« Flavien !»-D;ogène, évêque de Cyzique : i C'est que vous connaissez 
« les canons.» — Les égyptiens : «De grâce, mettez dehors les gens inu- 



(i) Ils prétendaient sans doute renouveler l'action de ce romain té"me>aire qui 
mit la main sur un brasier ardent, et qui, dit-on, ne se la brilla pas. 



« liles. L'empereur a appelé les évoques; les évoques seuls font le con- 
i cile. Pourquoi laisse-t-on crier des gens inutiles? » — Théodore de 
Claudiopolis : « Les notaires de Dioscore crient. > — Dioscore : i Je n'ai 
« que deux notaires , deux hommes font-ils tout ce tumulte? > 

Le secrétaire, continuant de lire les actes, rapporta ce qui s'était passé 
dans le conciliabule d'Éphèse au sujet de la lettre du pape saint Léon , 
dont on ne voulut point laire la lecture. — Aëtius, archidiacre de Con- 
staniinople : « La lettre du très-saint archevêque Léon n'a été ni lue ni 
i reçue.» — Les orientaux : a On ne nous l'a point lue; et la preuve que 
« nous disons la vérité , c'est qu'on ne l'a point insérée dans les actes. » 
— Eusèbe de Dorylée, parlant de Dioscore : 1 11 a reconnu la lettre syno- 
i dale sans la faire lire. » — L'archidiacre Aëtius : «Il a juré sept lois de- 
« vant tout le monde de la faire lire et il s'est parjuré. » — Théodore de 
Claudiopolis : € Nous savons tous qu'il a juré , et nous déclarons tous 
« que la lettre n'a point été lue.i — Les officiers : « Les évêques à qui 
« l'empereur avait donné l'autorité pour juger cette affaire, doivent dire 
« pour quel motif la lettre du très-saint archevêque Léon n'a point été 
« lue, quoiqu'il eût été ainsi ordonné.) — Dioscore : « Les actes font voir 
« que j'ai ordonné deux fois d'en faire la lecture. «—Les officiers : <Pour- 
« quoi ne l'a-t-on pas faite?)— Dioscore : « Qu'on le demande aux autres 
i commissaires.)— Les officiers : «Qui voulez-vous qu'on interroge? dites- 
« le clairement.» — Dioscore : « Juvénal et Thalassius.» —Les officiers : 
« Répondez le premier, on les interrogera ensuite.» — Dioscore : < Je l'ai 
« dit, j'ai ordonné deux fois celte lecture. » — Eusèbe de Dorylée : « Il 

< ment. » — Les officiers ayant interrogéJuvénal, celui-ci répondit : ( Jean , 

< prêtre et primicier des notaires, dit qu'il avait entre les mains une 
« lettre de l'empereur ; je demandai alors qu'on la lût . » — Les officiers : 

< Après la lecture de la lettre de l'empereur a-t-on lu celle de l'arche - 
i vêque Léon ? i— Juvénal : « Ni le primicier des notaires, ni personne 
• n'a dit alors qu'il eût entre les mains la lettre de l'archevêque de Rome. ) 
— Thalassius interrogé répondit : « Je ne sais qu'une chose , c'est que 
« je n'ai pas empêché la lecture de la lettre de l'archevêque Léon , et 
« que je n'avais pas assez d'autorité pour l'ordonner. » 

On continua la lecture des actes, et dans un autre endroit les orien- 
taux s'écrièrent : « Nous n'avons point dit cela.» — Théodore de Claudio- 
polis , parlant de Dioscore , dit : i Qu'il fasse venir les notaires ; car il a 

< chassé tous les autres et a fait écrire par les siens. > — Les officiers : « De 
i quelle main sont écrits les actes? » — Dioscore : i Chacun a fait écrire 
« par ses notaires. Juvénal, Thalassius et plusieurs autres évêques 

< avaient des notaires qui écrivaient. » — Juvénal : « J'avais un notaire 













- 288 - 
« qui écrivait avec les autres, i— Thalassius : t J'avais aussi un notaire, i 

— Dioscore : «Vous voyez que les miens n'étaient pas seuls.» — Eusèbe 
deDorylée : « Je demande qu'Etienne, évoque d'Éphèse, soit interrogé; 

• il dira comment ses notaires ont été traités par ceux de Dioscore. i 

— Etienne interrogé dit : « Mes notaires écrivaient, lorsque les noiaircs 
i de Dioscore vinrent effacer leurs tables, et faillirent même leur rompre 
« les doigis , en voulant leur arracher leurs écriloires. Je n'ai point en 

• de copie des actes, et je ne sais ce qu'ils sont devenus. Le jour que 
« l'on fit l'examen , nous souscrivîmes un papier, et les évêques qui n'a- 
« vaient pas souscrit signèrent le lendemain sur ma parole. > — Eusèbe 
ayant demandé qu'Etienne déclarât sur quel papier il avait souscrit, cet 
évêque dit : « Sur un papier blanc ; car la condamnation venait d'êire 
< prononcée lorsqu'on fil la souscription.»— Acace, évêque d'Ariaratliie : 
i Forcés et violentés , nous avons souscrit un papier blanc , après avoir 
« souffert mille maux. On nous retint jusqu'au soir enfermés dans l'é- 
« glise. Nous élioj.s malades, et on ne nous laissait pas respirer. On fit 
« venir des moines et des solda's portant des bâtons et des épées. i 

Lorsqu'on lut la confession de foi d'Eulychès , insérée dans les actes 
du conciliabule d'Éphèse, il y eut plusieurs interruptions; et en cet en- 
droit où Eulychès anathémaiisait tous les hérétiques qui disaient que la 
chair de Jésus-Christ était descendue du ciel , Eusèbe de Dorylée dit : 
« Il a bien évité de dire qu'elle est venue du ciel , mais il n'a pas ajouté 
« d'où elle est venue. » — Diogène de Cyzique : « Par Votre Grandeur, 
« nous l'avons interpellé en disant : Seigneur Eulychès , d'où vient-elle 
« donc? dites-le; mais il n'a pas voulu répondre. i— BisiledeSéleucie : 
i Nous l'avons interpellé de nous dire comment s'était faite l'Incarna- 
« lion, et si le Verbe s'est fait homme par une chair qu'il a prise. Il nous 
« a répondu de ne point rechercher cela. » — Dioscore : « Si Eulychès 
« a d'autres sentiments que ceux de l'Église , il est digne du feu. Je ne 
« garde que la foi catholique , et non celle des hommes, i — Basile de 
Séleucie : « Eulychès interrogé par l'évêque Eusèbe, s'il reconnaissait 

< deux natures en Jésus-Christ , répondit qu'il reconnaissait deux na- 

< tures avant l'union , mais une seule après l'Incarnation. Alors je lui 
« dis: Si vous n'a Imeliez pas après l'union deux natures, ni séparées 
t ni confuses, vous admettez confusion et mélange. Et si, au lieu de 
« dire simplement une nature , vous ajoutez incarnée ei humanisée, 
• vous pensez comme saint Cyrille , et vous enseignez la même doc- 
i trine que nous; car il est clair que la divinité que Jésus-Christ lient 
« de son Père est autrechose que son humanité qu'il tient de sa mère. » 
— Les officiers : «Après avoir soutenu une doctrine si orthodoxe, pour- 



- 28!) — 

i quoi avcz-vous souscrit à la déposition ileFlavien'.' »— B«.sile tl«î Séleu- 
cie : « J'étais livré au jugement de cent vingt ou cent trenle évêques, 
i il a bien fallu suivre leur décision. Si la cause eûi clé jugée par des 
« magislrats, j'aurais souffert le martyre; mais un fils jugé par son 
i père n'a point de défense. >— Les orientaux et tous les évêques de leur 
côié s'écrièrent trois fois : t Nous avons tous failli, nous en demandons 
i tous pardon. » 

Eusèbe de Dorylée se plaignit ensuite qu'on ne voulut point le faire 
assister au conciliabule d'Éphèse, mtlgré les instances de Flavien. Les 
officiers en demandèrent la raison à Dioscore et à Juvénal , qui accusè- 
rent le comie Elpidius, prétextant qu'il en avait reçu l'ordre de l'empe- 
reur. — Les ofliciers : « Ce n'est pas là une cause quand il s'agit de la 
foi.»— Dioscore : « Puisque vous m'accusez d'avoir violé les canons, les 
< observez-vous maintenant en permettant à Tliéodoret d'assister au 
i concile? »— Les officiers : «L'évêque Tliéodoret est entré comme accu- 
« saleur; vous l'avez entendu de sa bouche, » — Dioscore : « Pourquoi 
« donc est-il assis au rang des évêques? » — Les ofliciers : a L'évêque 
• Eusèbe et l'évêque Tliéodoret sont assis au rang des accusateurs ; vous 
i êtes assis, vous , au rang des accusés. Que les secrétaires continuent 
« la lecture. > 

On lut ensuite les actes du concile de Consiantinople sous Flavien , 
insérés dans le conciliabule d'Éphèse. A la lecture de la lettre de saint 
Cyrille à Jean d'Antiochc , les évêques d'Iliyrie s'écrièrent : « Nous 
« croyons comme Cyrille ; la mémoire de Cyrille est éternelle, i — Tliéo- 
doret : « Anathènie à qui reconnaît deux Fils , nous n'en adorons 
« qu'un, Noire Seigneur Jésus-Chrisi, le Fils unique. » — Tous les évê- 
ques s'écrièrent : i Nous croyons comme Cyrille ; anathènie à qui ne 
« croit pas ainsi, > — Les orieniaux : • Flavien croyait ainsi ; c'est la doc- 
i trine qu'il a défendue et pour laquelle il a été déposé. Eusèbe a dé- 
« posé Nestorius (1); Dioscore a blessé la lbi.>— Les égyptiens : « Dieu a 
i déposé Nestorius. > — Les orieniaux : i Léon et Anaiolius croient 
« ainsi. » — Les égyptiens : « Nous croyons tous ainsi.) — Les officiers 
aux égyptiens : « Comment donc avez-vous reçu Eulycl.ès qui dit le 
i contraire , et déposé Flavien et Eusèbe qui louiicnnenl celle vérité ? » 
— Dioscore :« Ls actes le feront voir. » 

Eustathc de Dérylc, pour montrer que saint Cyrille s'était expliqué 
lui-même dans d'autres écrits, avait cité les lettres à Acace de Méliline , 
à Valéricn d'Icône et à Successus de Diocésarée, où il est dit qu'il n'y a 



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(i) Ils voul&îçrit dire qu'Eiisèl>e avait été le premier accusateur de Nestorius. 



T. 11. 



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— 290 — 

en Jésus-Christ qu'une nature du Verbe incarné; à la lecture de cette 
remontrance d'Eustathe , les orientaux s'écrièrent : « C'est ce que di- 
« sent Eulychès et Dioscore (1). »— Dioscore : i Nous ne disons ni con- 
« fusion , ni division , ni changement ; que le saint Concile dise si la re- 
« monlrance d'Eustathe s'accorde avec les lettres canoniques de Cy- 
c rille. »— A ces mots, Euslathe s'avança vers le milieu de l'assemblée et 
jetant un livre, dit : « Si j'ai mal dit, voilà le livre de Cyrille; qu'on l'a- 
t nathématise et moi aussi. »— Les égyptiens : a Eustathe a bien dit; il 
« est orthodoxe, >— Euslathe répéta ce passage de saint Cyrille : « Il ne 
« faut pas entendre deux natures (2), mais une nature du Verbe incar- 
t née; » puis il ajouta : « Analhème à celui qui dit une nature pour nier que 
i la chair de Jésus-Christ nous soit consubslantielle ; et analhème aussi 
« à celui qui dit deux natures pour diviser le Fils de Dieu. Je veux aussi 
i parler en faveur du bienheureux Flavien. 11 prit ces paroles de Cyrille et 
« les présenta à l'empereur. Faites lire l'écrit de sa main , afin de mon- 
« trer à tout le concile qu'on a eu raison de le recevoir, >— Les officiers : 
i Pourquoi donc avcz-vous déposé Flavien? » —Eustathe : « J'ai failli. » 
Après la lecture de la déclaration que Flavien avait faite dans le con- 
cile de Constantinople de sa foi louchant l'incarnation, les officiers di- 
rent : i Que disent les évêques du présent concile de Calcédoine? Fla- 
« vien , exposant ainsi la foi , conservait-il la religion catholique , ou la 
i perdait-il? b— Le légat Paschasin : < Il a exposé la foi purement et en- 
f tièrement, et cette exposition s'accorde avec la lettre de l'évêque de 
i Rome. »— Anatolius.Lucentius, Maxime, Thalassius, Eusèbe d'Ancyre 
et Eustathe , déclarèrent que la doctrine de Flavien était orthodoxe et 
conforme à celle de saint Cyrille. — Les orientaux : « Le martyr Fia- 
it vien a bien expliqué la foi. » — Dioscore : « Qu'on lise le reste de ses 
i paroles et alors je répondrai. On verra qu'il se contredit et qu'il dit 
« deux natures après l'incarnation. »— Juvénal : i Flavien a parlé confor- 
« mémenl à Cyrille. Nous demandons qu'on lise le reste de ses paroles, 
i pour voir plus clairement sa pensée. > — Les évêques de Palestine se 
levèrent alors et passèrent avec Juvénal du côté gauche de l'assemblée, 
déclarant ainsi qu'ils abandonnaient le parti de Dioscore.— Les orientaux : 
« Dieu vous a bien conduits , évêques orthodoxes ; soyez les bienvenus, t 
— Pierre de Corinlhe : i Je n'ai pas assisté au concile d'Éphèse ; car je 
« n'étais pas encore ordonné évêque ; mais par ce qu'on vient de lire, 

(:) Ils roulaient dire qu'Eulyclics et Dioscore attribuaient leurs erreurs à saint 
Cyrille. 

(2) Le mot nature est dans cette plirasc pour personne, ainsi que nous l'avons 
expliqué plus liant, page 242 , noie 3. 



- 291 — 

i je Irouve la doctrine de Flavien conforme à celle de Cyrille. » Et cela 
dit, il passa du côté des orientaux, qui s'écrièrent : i Pierre croit 
« comme Pierre; vous êtes le bienvenu, évoque orlhodoxe. » Irénée 
de Nanpacie avec les évoques d'Helladc , Quinlillus Sozon avec les au- 
tres évoques de Macédoine et de Crète, et même plusieurs prélats égyp- 
tiens se déclarèrent en faveur de Flavien et passèrent du coté des orien- 
taux. Dioscore , se voyant ainsi abandonné , dit : « Il est clair que Fla- 
« vien a été déposé pour avoir soutenu deux natures après l'union. J'ai 
t des passages des Pères, d'Alhanase, de Grégoire, de Cyrille, qui en- 
seignent qu'il ne faut pas dire après l'union deux natures; mais une 
« nature du Verbe incarnée. On me chasse donc avec les Pères, i 

Les actes du concile de Constanlinople et ceux de la révision faite à 
la poursuite d'Eulychès , étant lus , on continua la lecture des actes du 
faux concile d'Éphèse par la déclaration de Basile contre ceux qui ad- 
mettent deux natures après l'union , dans laquelle il se rétractait d'avoir 
émis cette opinion au concile de Constanlinople.» Je ne veux point d'au- 
« très témoins, dit cet évèquc de Séleucie. J'ai prié l'évêquc Jean de 
« faire corriger ma déclaration , par la crainte que j'ai eue de vous , 
« révérendissime Dioscore ; car vous nous fites alors une grande vio- 
« lence. Des soldats en armes entrèrent en courant dans l'église, les 
« moines avec Barsumas , les parabolans (1) et beaucoup d'autres. Qu'on 






(t) Oii parabolains. — Les auteurs ecclésiastiques donnent ce nom à une es- 
pèce de clercs qui se dévouaient au service des malades et surtout des pestiférés. 
11 est probable que ce nom leur fut donné à cause de la fonction périlleuse qu'ils 
exerçaient. Les grecs appelaient TVfltûctboXo'jr, et les latins paraboles el parabolarios , 
ceux qui , dans les jeux de l'amphithéâtre, s'exposaient û combattre contre les bêtes 
féroces. Les païens donnèrent aux chrétiens ce même nom par dérision, soit parce 
qu'on les condamnait souvent aux bêtes, soit parce qu'ils s'exposaieut eux-mêmes 
à une mort presque certaine en embrassant le Christianisme. 

Il y a beaucoup d'apparence que les parabolans furent institués vers le temps de 
Constantin , et qu'il y en eut dans toutes les grandes églises d'Orient; mais ils n'é- 
taient nulle part en aussi grand nombre que dans celle d'Alexandrie, où ils for- 
maient un corps de cinq cents hommes ; Théodose-le-Jeuue l'augmenta encore et le 
porta jusqu'à six cents , parce que la peste et les maladies contagieuses étaient très- 
communes en Egypte. Cet empereur les soumit à la juridiction du préfet augustal, 
qui était le premier magistrat de cette grande ville. Cepcudaut ils devaient être 
choisis par l'évéque et lui obéir eu tout ce qui concernait le ministère de charité 
auquel ils s'étaient dévoués. 

Comme c'étaient , pour l'ordinaire, des hommes courageux et familiarisés avec 
l'image de la mort, les empereurs avaient fait des lois extrêmement sévères pour 
les contenir dans le devoir ci empêcher qu'ils n'excitassent des séditions ou ne 
prissent pari aux émeutes qui étaient très-fréquentes parmi le peuple d'Alexandrie. 



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> 



— âU2 — 

< prenne à serment Ions les évoques ; qu'on interroge Athanase et 

* Auxonne l'égyptien pour savoir s'ils ne vous disaient pas : Non , non , 
« seigneur, n'abolissez pas la cruauté de toute la terre. » Dioscore: 
« Moi, je vous ai forcé! » Basile : « Oui, vous nous avez forcés à celte 

* abomination par les menaces de cetie grande multitude, après ladé- 
« position du bienheureux Flavien. Jugez de quelle violence il usait 

< alors, éiant maître des affaires, puisque maintenant il trouble tout le 
« concile, quoiqu'il ne lui reste que six partisans. Je demande que tous 
« les métropolitains de Lycaonie, de Phrygie, de Perge et les autres, 
a déclarent sur les sainis Évangiles s'il n'est pas vrai qu'après la dépo- 
« sition de Flavien , pendant que nous étions tous si consternés , que 
« quelques-uns prenaient la fuite, il se dressa sur ses pieds et dit: 
« Voyez vous, si quelqu'un ne veut pas souscrire, il aura affaire à moi. 
« Que l'on prenne à serment Eusèbe pour savoir s'il n'a pas couru le 
« danger d'être déposé, puce qu'il avait différé de parler. >— Onésipliore 
•d'Icône ; « Après ce qui vient d'èlre lu , on lut un canon portant qu'au- 
« cun évêque r.e devait plus faire de questions touchant la foi , sous peine 
« de déposition ou d'excommunication. Je dis aux évoques qui étaient 
< assis près de moi : On ne lit ce canon que pour déposer Flavien. Épi- 
« phanc de Perge me dit alors : A Dieu ne plaise, s'il y a quelque sen- 
« tence de déposition , elle tombera sur Eusèbe. Après la lecture du ca- 
« non , Dioscore prit la parole et dit : Faites venir les notaires. On ap- 
« porta la condamnation de Flavien et on la lut. Je nie levai aussitôt, et 
« entraînant avec moi d'aulrt s é\èqucs j'allais embrasser ses genoux, en 
« lui disant: Non, je vous conjure, Flavien n'a pas mérité celte sen- 
■* tence de déposition. Alors Dioscore, debout sur le marchepied de son 
•« siège : Vous vous révoltez contre moi! A moi , les comtes. Ainsi nous 
'i souscrivîmes par force. •— Dioscore : « Il ment; j'en demande justice; 
* donnez des témoins; » et s'adressant à Marien de Synnade , qui se le- 
vait pour répondre : « Ai-je dit en menaçant : Faites venir les comtes? > 
— Marien : « Comme il allait prononcer ces paroles, je me levai avec Oné- 






1>n voit par le code theodosien que leur nombre était fixé , qu'il leur L-iaic défendu 
«l'assister aux spectacles et aux assemblées publiques , même au barreau , à moins 
«ju'ils n'y eussent quelque affaire personnelle ou qu'ils ne fussent procureurs de 
leur société ; encore ne leur était-il pas permis de se trouver deux ensemble , ou de 
s'y attrouper. I.cs princes et les magistrats les regardaient comme une espèce 
«d'hommes formidables, accoutumés à braver la mort et capables des dernières vio- 
lences , lorsqu'apiès leurs fonctions ils osaient se mêler des affaires du gouveroc- 
«ueut. — liiiigliam, Origines evvlésiasti/iues , t. Il, liv. in , chap. y. — Bergier , Dk- 
^annuité tlièotnc/iifite. 






— 293 — 

a siphorc, Nunéehius de Laodicée et plusieurs autres; nous lui tenions 
c les pieds en disant : Vous avez aussi des piètres , il no faut pas déposer 
« un évèque pour un prêtre. Alors il nous répondit : Quand on devrait 
« me couper la langue, je ne dirai pas autre chose. La multitude sur- 
it vint. Nous demeurions attachés à ses genoux, en le suppliant. Ce fui 
i alors qu'il lâcha celle parole : Où sont les comtes? Les comtes enlrè- 
« rent, amenant avec eux le proconsul qui portait des chaînes. A la vue 
« de cette grande multitude , chacun de nous souscrivit, i — Dioscore : 
« Je produirai des témoins qui prouveront que tout le récit de Marier» 
» est faux ; » et puis s'adressant à l'officier qui tenait la place de l'empe- 
reur : « Mais votre Grandeur est fatiguée , faites remettre, s'il vous plaii, 
i la séance. » 

Les ofliciers, sans avoir égard à celte remontrance intéressée do 
Dioscore, firent continuer la lecture des actes. Au récit de la condam- 
nation de Flavien , les orientaux s'écrièrent : i Analhème à Dioscore. Il 
» a déposé alors le patriarche de Constanlinople, qu'il le soit mainte- 
« nant lui-même. Seigneur, vengez-vous. Longues années à Léon , Ion- 
» gués années au patriarche Anatolius. » 

Après la lecture de tous les actes du faux concile d'Éphèsc et des 
souscriptions, les officiers dirent qu'on examinerait plus amplement la. 
foi dans la prochaine session ; et ils ajoutèrent que puisque par la con- 
fession de quelques-uns des chefs du concile cl par les actes eux-mêmes 
de celte tumultueuse assemblée , il était évident que Flavien , de sainte 
mémoire, et le pieux Eusèbe avaient été injustement condamnés, il 
leur paraissait juste que Dioscore d'Alexandrie, Juvénal de Jérusalem, 
Thalassius de Césarée , Eusèbe d'Ancyre, Eustalhc de Bérylc et Uasile 
de Séleucie subissent la même peine et fussent privés par le saint Con- 
cile de la dignité épiscopalc, conformément aux canons. Les orientaux 
s'écrièrent : a Ce jugement est juste , Jésus-Christ a déposé Dioscore ; 
il a déposé l'homicide. » — Les illyriens : « Nous avons tous failli ; nous 
demandons tous pardon. » Les officiers avertirent ensuite tous les 
évêques de dresser leur confession de foi par écrit. Ainsi finit la pre- 
mière session du concile de Calcédoine. 

2'session (1). — lOoclobre. — Les officiers derempercurayantengagé 
les évêques du concile à exposer purement et sans crainte la véritable foi, 
ceux-ci leur répondirent qu'ils tenaient la foi des Pères de Conslantinople 

(1) 11 paraît que Dioscore, Juve'na! , Thalassius, FAisèbe d'Anryrc cl Basile, ne 
se trouvèrent point à cette deuxième session. On croit qu'ils en avaient reçu l'or- 
dre. On voit, eu effet, dans la troisième session, qu'on leur avait douuc des 
perdes. 









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— 294 — 
ctdeNicce, celle qui avait été enseignée par les saints Pères Athanase, 
Céleslin , Hilaire, Ambroise, Basile, Chrysostome, Grégoire, Augustin] 
Cyrille et Léon ; qu'ils n'oseraient expliquer la foi après ces saints doc' 
leurs , ni faire d'autre exposition , et qu'il fallait se contenter de lire et 
d'approuver leurs écrits. On lut donc d'abord le symbole ;de Nicée (1) 
et celui du concile œcuménique de Constantinople , puis la seconde 
lettre de saint Cyrille à Nestorius, et celle qu'il écrivit à Jean d'Antiochc 
au sujet de la réunion des schématiques, et enfin la lettre de saint 
Léon à Flavien avec les passages des Pères qu'il avait cités. Pendant 
cette lecture , les évêques de Palestine et d'illyrie élevèrent quelques 
difficultés sur les endroits qui établissent le plus fortement la distinction 
des deux natures; mais on leur prouva la conformité de cette doctrine 
avec celle des conciles et des Pères , particulièrement de saint Cyrille 
qui avait anathématisé l'hérésie de Nestorius ; et après ces éclaircisse- 
ments, la lettre de saint Léon fut approuvée par des acclamations una- 
nimes. « C'est la foi des Pères , s'écrièrent de toutes parts les évêques ; 
« c'est la doctrine des apôtres ; nous croyons tous ainsi ; anathème à 
« celui qui croit autrement. C'est Pierre lui-même qui a parlé par la 
« bouche de Léon ; pourquoi n'a-t-on pas lu cette lettre à Éphèse? Léon 
« et Cyrille enseignent la même doctrine, i Les officiers proposèrent 
ensuite de choisir un certain nombre d'évêques parmi les plus instruits, 
pour achever d'éclairer par de nouvelles explications ceux qui auraient 
encore des doutes sur quelques points. Quelques prélats illyriens du 
parti de Dioscore demandèrent avec instance qu'on pardonnât aux chefs 
du conciliabule d'Éphèse et nommément à Dioscore , et qu'on leur per- 
mît d'assister au concile ; mais les officiers de l'empereur ne répondirent 
pas à ces supplications et finirent cette seconde session en disant : « Que 
« ce qui a été prononcé soit exécuté. » 

3 e session (2). — 13 octobre. — Paschasin , président à la place 
du pape saint Léon , fit lire une requête qu'Eusèbe de Dorylée avait 



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(i) Ce symbole portait en léle celle date : Sous le consulat de Paulin ei de Ju- 
lien, l'an (136 d'Alexandre, le 16 du mois dedecius, le i3 des calendes de juillet', 
c'est-à-dire le icjjuin de l'an 3î5. 

(2) Les officiers impériaux n'assistèrent point à cette session; sans doute, dit Til- 
lemont dans ses Mémoires, afin qu'on n'eût aucun pre'lexle de dire que les évêques 
n'étaient pas libres dans le jugement qu'ils allaient prononcer contre Dioscore. El 
d'ailleurs , puisqu'il s'agissait de crimes canoniques , cet évêque devait donc être 
jugé selon les formes canoniques, qui ne réclament point la présence d'officiers 
séculiers ni de laïques; on ne voit pas non plus que les évêques d'Egypte , ni au- 
cnu des chefs du faux concile d'Éphèse, aient assiste à cette session. 



— 295 — 

adressée au concile. Il y demandait que les décisions du faux concile 
d'Éphèse fussent cassées, la véritable doctrine confirmée, l'hérésie 
d'Eutychès analhémaiisée et que Dioscore reçût la juste punition du 
crime dont il avait été convaincu dans la première session. Prenant 
ensuite la parole, il dit : «Je demande que nos adversaires soient appelés 
« en ma présence. » Aëtius , archidiacre de Constantinople , faisant les 
fonctions de promoteur, représenta qu'avant cette assemblée, les diacres 
Domnus et Cyriaque , suivant son ordre, avaient averti Dioscore de s'y 
trouver avec les autres évêques, et qu'il avait déclaré qu'il l'aurait bien 
voulu, mais que ses gardes ne le lui permettaient pas. Pascbasin le fit 
alors chercher à la porle de l'assemblée par les prêtres Épiphane et 
Elpidius , et comme ils ne le trouvèrent point , le Concile députa trois 
évoques, Constantin de Boslres, Acace d'Ariaratbée et Atlicus de Zèle, 
pour aller l'avertir à son logis. Étant arrivés , Constantin dit à Dios- 
core : < Le saint Concile vous prie de venir le trouver à l'église deSainle- 
« Eupbémie où il est assemblé.» — Dioscore : « Je suis gardé. Que les 
« magislricns disent s'il m'est permis d'y aller. > — Acace : « Nous ne 
i sommes pas envoyés aux magistriens, mais à vous. » — Les députés 
étant sortis, Dioscore les fit rappeler et leur dit : < Je pense que le Concile 
i veut peut-être révoquer en ma présence ce que les officiers de l'empe- 
i rcur ont prononcé dans la dernière assemblée ; je demande donc 

< qu'ils assistent à cette assemblée. » — Acace : « Le Concile n'a point 

< l'intention de révoquer ce que les officiers ont condamné.»— Dioscore : 
i Vous m'avez dit qu'Eusèbc a présenté une requête contre moi, je 
i demande qu'elle soit examinée devant les officiers impériaux. «—Con- 
stantin : a Vous nous avez dit d'abord que si vos gardes vous le per- 
i mettaient, vous viendriez au concile; l'aide du maître des offices vous 
i l'a-t-il maintenant permis? répondez.» —Dioscore : « Je viens d'ap- 
« prendre que les officiers ne sont pas à l'assemblée , c'est pourquoi je 

< réponds ainsi. »— Le notaire Ilimérius, qui avait accompagné les dé- 
putés, dressa un acte des réponses de Dioscore et les lut au Concile. 

On députa pour faire la seconde citation Pergamius d'Antioche en 
Pisidic, Cécropius de Sébaslopolis et Rufin de Samosate, avec Hypa- 
tius, lecteur et notaire. Pergamius ayant signifié la citation du Concile à 
Dioscore, ce dernier lui dit : i J'ai déjà déclaré que je suis retenu chez 
« moi pour cause de maladie; j:; demande, en outre, que les officiers 
i assistent à celle audience. » — Cécropius : « Vous ne parliez poini de 
« maladie aux premiers députés du Concile ; vous demandiez seulement 
« la présence des officiers. Agissez comme il est digne de vous et obéis- 
« sez au Concile.!— Dioscore se trouvant pressé par Kulin, demanda si 



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— 296 — 
Juvénal , Thalassius, Eusèbe d'Ancyre, Basile et Eusiaihc assislaient à 
rassemblée. - Pergamius lui répondit: t Le Concile ne nous a point 
• chargé de répondre à celle question. • — Dioscore : « J'ai prié l'empe- 
. reur d'ordonner que les ofïïciers qui ont assisté à la première session 
« du concile, et les évêques avec lesquels elle est commune, fussent 
« présents à l'examen de ma cause. «-Cécropius : i Eusèbe n'accuse que 
< vous seul; et quand on examine une affaire selon les règles canoni- 
« ques , la présence des officiers impériaux et de tout autre laïque de- 
« vient inutile. . Dioscore ayant de nouveau refusé de comparaître en 
l'absence des officiers et des autres évêques ses complices , le notaire 
Hypatius dressa le procès-verbal de cette seconde citation ; et après 
l'avoir lu dans ce concile , Eu? èbe déclara qu'il n'accusait que Dioscore 
et demanda qu'il fût cité pour la troisième fois. 

En ce moment, l'archidiacre Aëiius avertit les Pères que trois clercs 
et un laïque venus d'Alexandrie étaient à la porte du concile , qu'ils de- 
mandaient à entrer pour présenter des requêtes contre leur évêque Dios- 
core. Ces nouveaux accusateurs ayant élé introduits , Actius lut leurs 
requêtes qui étaient adressées au patriarche œcuménique de Rome et 
au concile général de Calcédoine. Elles accusaient Dioscore d'avoir exer- 
cé des violences et des cruautés qui avaient compromis la vie ou même 
cause la monde plusieurs personnes; d'avoir fait piller et brûler leurs 
maisons; de s'être emparés de leurs biens; d'avoir distribué à des 
comédiens et à des femmes de mauvaise vie l'argent qu'une dame lui 
avait laissé par testament pour les pauvres , les monastères et les hôpi- 
taux; d'avoir reçu des femmes publiques dans son palais, entre autres 
la fameuse Pansophie, surnommée la Montagnarde, et poussé si loin 
le scandale de ses relations honteuses , qu'elles étaient devenues l'en- 
tretien de toute la ville ; d'avoir enlevé le blé que l'empereur four- 
nissait aux églises de la Libye, de sorte que pendant longtemps elles 
n'avaient pu nourrir les pauvres, ni même offrir le sacrifice de l'autel; 
enfin d'être hérétique et de proférer des blasphèmes contre la sainte 
Trinité. 

Après la lecture de ces requêies , le Concile députa Francion de Phi- 
lippopolis, Lucien de Byzie et Jean de Germanicée, avec Pallade, diacre 
et notaire, pour signifier à Dioscore la troisième et dernière citation. 
Mais cet évêque ayant de nouveau refusé de comparaître, le Concile 
ordonna qu'il devait être jugé par contumace, et les trois légats pronon- 
cèrent la sentence en ces termes : « Les crimes commis contre les ca- 
« nons par Dioscore , ci-devant évêque d'Alexandrie , sont maintenant 
« manifestes. Il a rétabli Eutychès condamné par son évêque ; il per- 



— 297 — 

« s'ste à soutenir ce qu'il a fait à Éphèsc, et dont il devrait demander 
« pardon comme les autres ; il a refusé de lire la lettre du pape Léon à 
« Flavien ; il a même osé excommunier le pape. On a présenté contre 
« lui plusieurs plaintes au Concile , et ayant été cilé jusqu'à trois fois , 
i il a refusé de comparaître. C'est pourquoi, le très-saint et très-rcs- 
« pectable pape Léon , chef de l'Église universelle , par nous ses légats 
« et avec l'approbation du présent concile, avec l'apôtre saint Pierre, 
« qui est le fondement de l'Église, la pierre de la foi, qui esta l'entrée du 
« royaume céleste, l'a dépouillé de la dignité épiscopale et de tout minis- 
it 1ère sacerdotal. Que le Concile ordonne donc contre lui suivant les ca- 
« nons(l).» Les trois légats souscrivirent les premiers à celte semence, 
puis Anatolius et les autres évoques du concile au nombre de trois cents. 
Il y eut un évèquc qui souscrivit en persan. Ensuite, on la signifia à Dios- 
corc et aux clerc» de son église qui se trouvaient à Calcédoine; on la publia 
par des affiches à tout le peuple de Consianlino;>le et de Calcédoine, et 
on écrivit aux empereurs Valentinien et Marcien, et à l'impératrice Pul- 
cherie, pour leur annoncer le jugemenldu Concile et les prier de le main- 
tenir par leur autorité (2). Après cette sentence, Pioscore fut relégué par 
ordre de l'empereur à Gangres, en Paphlagonie, où il mourut en l'an 454. 
ie session. — 17 octobre. — Les officiers de l'empereur assistèrent à 
cette session. On y reprit les dé'ibérations concernant la définition 
de foi; et le Concile ayant approuvé de nouveau par ses acclamations la 
lettre de faint Léon à Fiavien, Anatolius, Maxime, Etienne, et avec 
cuv environ cent soixante évoques donnèrent leur adhésion par écrit ; 
ceux de l'Illyrie orientale et de la Palestine, qui avaient élevé quelques 
difficultés, déclarèrent par écrit qu'elles avaient été parfaitement réso- 
lues par les explications des légats. Les officiers de l'empereur deman- 
dèrent ensuite aux autres évoques de donner leur suffrage de vive voix. 
Et quand ils curent manifesté chacun en particulier leur adhésion à la 
lettre du pape saint Léon , tous les évoques répétèrent par acclamation : 
i Telle est notre foi ; nous sommes tous du même avis; nous croyons 
« tous ainsi. » Aussitôt on proposa de rétablir, comme ayant également 





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(i) Celte sentence ayant été traduite de diverses manières, nous croyons tuile 
d'en donner le texte en latin : Sànclisslmus ac bealtssimus papa, caput utniversalls 
Bedesht, Léo, per nos, leijatos suos, stmel» si nmlo conseil «ente, Pétri aposloh prend tus 
dk/nitnte, r/ui ecclesiœ fumlumentum etpclrafdei etcœlestis retjnl janitor tiuncupaUn -, 
episcopali Hlgnitale Dioscorum nudavil et ai omnt sacerdotali o/ieic Jécit extorrem. 

(•>) Il ne nous reste que les deux lettres adressées à Marcien il à Pulchéric. 
L'original grec est ricrdu , nous ne les avons iiu'eu latin. Tous les cvtvpics souscri- 
virent la première. 






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— 298 — 

souscrit à la lettre de saint Léon , les cinq évêques qui avaient présidé 
avec Dioscore au faux concile d'Éphèse et qui avaient été menacés de 
la même condamnation. Le Concile, conformément aux instructions du 
pape, usa d'indulgence à leur égard , et les admit en signe de commu- 
nion à reprendre leurs places dans l'assemblée , toutefois après en avoir 
obtenu l'assentiment de l'empereur. 

Les officiers firent ensuite entrer dans le concile les évêques égyptiens 
qui avaient présenté requête à Marcien pour exposer à ce prince la foj 
de toute l'Egypte. Ils déclaraient suivre la doctrine catholique , condam- 
ner toutes les hérésies et particulièrement celles qui diraient que la 
chair de Jésus-Christ est descendue du ciel, ou qu'il ne l'a pas prise dans 
le sein de la vierge Marie ; mais ils ne parlaient point de l'hérésiarque 
Eulycliès ni de la lettre de saint Léon à Flavien. Tout le Concile décida 
que cette profession de foi était insuffisante ; que les prélats égyptiens 
devaient aussi souscrire à la lettre du pape et condamner nommément 
Eutychès, au sujet duquel on était assemblé. Poussés par le Concile, ces 
treize évoques égyptiens dirent anathème à Eutychès et protestèrent 
qu'ils ne refusaient pas de souscrire à la lettre de saint Léon, mais 
qu'ils ne pouvaient le faire avant qu'on leur eût donné un patriarche , 
ajoutant , les larmes aux yeux et avec des cris déchirants , qu'il s'agissait 
pour eux de la vie et qu'ils seraient mis en pièces dans leur pays s'ils 
souscrivaient auparavant. Une telle frayeur s'expliquait assez par la vio- 
lence trop bien prouvée de Dioscore et par l'influence qu'il conserverait 
en Egypte jusqu'à ce que l'élection de son successeur lui eût ôté tout 
espoir d'être rétabli. Aussi les évêques du concile consentirent à leur 
accorder un délai , mais à condition qu'ils promettraient par serment de 
ne pas sortir de Constantinople jusqu'à ce qu'on eût ordonné un évèque 
pour l'Église d'Alexandrie. 

Quelques moines eulychiens avaient adressé une requête à l'empe- 
reur pour se plaindre de ce qu'on exigeait leurs souscriptions sous 
peine d'être excommuniés et chassés de leurs monastères ; ils en pré- 
senièrent une autre aux évêques du concile pour demander qu'on réta- 
blit Dioscore et qu'on annulât tout ce qui avait été fait, déclarant avec 
insolence que si l'on refusait , ils se sépareraient de la communion du 
Concile, Comme on aperçut parmi ces moines Barsumas-le-Syrien, toute 
l'assemblée s'écria avec horreur : « Voilà celui qui a tué Flavien ; chas- 
< sez le meurtrier ; anathème à Barsumas; il a mérité la mort; Barsu- 
« mas à l'amphithéâtre pour y être exposé aux bêles féroces; Barsumas 
« en exil. » Quant aux autres moines, on employa tous les moyens de 
persuasion pour les ramener de leur égarement, mais ils refusèrent obs- 



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— 299 — 

linéuient de souscrire à la lellre de saint Léon et de condamner Euly* 
cliès. Sur ia demande des officiers impériaux , on leur accorda un délai 
de trois jours pour se décider. 

Ici finit la quatrième session du concile de Calcédoine , suivant les 
plus anciens manuscrits. Les modernes y ajoutent la suite de l'affaire 
des moines eulychiens et celle de Pholius de Tyr avec Eustathe de 
Béryte que nous allons rapporter. 

Dans une séance particulière tenue le 20 du même mois, on eut 
l'indulgence de prolonger ce délai jusqu'au 15 novembre, en ordonnant 
qu'après ce terme si les moines eulychiens ne consentaient pas à se 
soumettre aux décisions du Concile, ils fussent excommuniés et privés 
de toutes fonctions et dignités, conformément aux quatrième et cin- 
quième canons du concile d'Anlioche de l'an 541. 

Le Concile eut ensuite à prononcer sur une question de juridiction 
entre l'évêque de Tyr , métropolitain de la première Phénicic , et Eus- 
tathe de Béryte , qui avait profité de son crédit sous Théodose-le-Jcune 
pour faire élever sa ville épiscopale au rang de métropole et qui s'était 
fait attribuer par un concile (1) de Constantinoplc le litre de métropo- 
litain et la juridiction sur plusieurs églises de la province. Les Pères de 
Calcédoine , s'en référant aux canons de Nicée , rejetèrent les préten- 
tions d'Eustathe , décidèrent que l'évêque de Tyr aurait seul la juridic- 
tion métropolitaine dans la première Phénicie et ordonnèrent en outre , 
par une disposition générale , que toutes les affaires semblables seraient 
réglées d'après les canons et l'ancienne discipline , sans avoir égard en 
pareille matière aux pragmatiques impériales. 

5 e session. — 22 octobre.— Cette session eut pour objet de dresser une 
définition de foi conforme à la doctrine approuvée dans les précédentes 
assemblées. On lut d'abord celle qui était proposée par Analolius et les 
autres évêques choisis dans la seconde session pour conférer avec ceux 
qui avaient élevé des difficultés sur quelques expressions de la lettre de 
saint Léon. Cette définition de foi, rédigée d'un commun accord dans 
une de ces conférences , parut satisfaire la plus grande partie du con- 
cile; mais les légats du pape avec un certain nombre d'évèques orien- 
taux la rejetèrent comme insuffisante , en protestant même que si l'on 






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(i) C'était une assemblée d'évèques qui se trouvaient à Constantinople. « Kit 
« vertu d'une coutume depuis longtemps établie , dit Analolius, les évêques qui se 
« trouvent a Constantinople s'assemblent pour le jugement des affaires ccclésiasli- 
« ques , quand la nécessité l'exige.» Celle espèce de concile s'appelait en grec 
o'JvoJo; cTOT.jxouaà, c'cM-à'dire le concile séjournaut. 



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— 300 — 
ne s'en tenait pas aux expressions de la lettre de saint Léon, ils se re- 
tireraient sur-le-champ et demanderaient à l'empereur un rescrit pour 
faire assembler le concile en Occident. Toutefois, les dissidences ne 
poriaienl point sur le fond du dogme ; il ne s'agissait que des termes à 
employer pour l'exprimer avec la plus exacte précision , et ne laisser 
aucun prétexte aux chicanes des hérétiques. Par une crainte extrême 
de tomber dans le ISestorianisme , Anaiolius et la plupart des évêques, 
en insistant sur l'unité de personne , se contentaient de dire dans 
leur profession de foi que Jésus-Christ est de deux natures, ce qui 
sullisaità la rigueur pour exprimer qu'elles sont (ont à la fois distinctes 
et unies (1). Mais comme les eutychiens abusaient de celte expression 
pour faire entendre que des deux natures il s'en était formé une seule, 
les légats du pape voulurent prévenir toutes les difficultés des sectaires 
par une définition de foi moins sujette à équivoque ; ils insistèrent pour 
qu'on y confessât , selon les termes de saint Léon, un seul Jésus-Christ 
e.i deux natures , sans mélange et sms changement , aussi bien que sans 
division. 

Les officiers de l'empereur, appuyant la proposition des légats , de- 
mandèrent aux évêques s'ils approuvaient la lettre de saint Léon. Ils 
s'écrièrent tous : < Oui, nous l'avons reçue, nous y avons souscrit. > 
« — Il faut donc , répliquèrent les officiers , insérer dans la définition ce 
« que lu leilrc contieni. » — Les évêques : « Il ne manque rien à la defl- 

< nition ; elle est conforme au sens de la lettre; l'archevêque Léon croit 
i comme nous. Il a parlé comme Cyrille. Célestin et Sixte ont confirmé 

< la doctrine de Cyrille. La définition est sans fraude. » Alors, les offi- 
ciers firent connaître à l'empereur les dissidences qui s'étaient manifes- 
tées dans le concile , et on choisit ensuite , conformément à ses ordres, 
six évêques de l'Orient, trois du Pont, trois de l'Asie, trois de la 
Thrace et trois del'Ulyrie, pour délibérer en particulier avec Anatolius 
et les légats du pape et convenir d'une exposition de foi qui put satis- 
faire tous les catholiques. Les évêques désignés se réunirent dans l'ora- 
toire de Sainte-Euphémie, où ils dressèrent une formule de foi qui fut 
lue dans le concile et acceptée d'un consentement unanime. On y 
rapportait d'abord les symboles de Nicée et de Constantinople; puis on 
ajoutait que quoiqu'ils fussent suffisants pour la connaissance du dogme 
catholique, néanmoins, comme les ennemis de la foi avaient introduit 
de nouvelles expressions qui tendaient à détruire le mystère de l'In- 
carnation, le saint Concile, voulant opposer à leurs entreprises une doc- 

(i) Evajjrc , Hislorfa, lib. u, cap. 4 ?l 5. — Lfont., De sectis, cap. G. 



— 5(11 — 

trine appuyée sur le fondement inébranlable de la tradition, confirmait 
les dogmes définis dans ces deux symboles et recevait , comme propres 
à en expliquer le véritable sens , les lettres synodales de saint Cyrille à 
Neslorius et aux évêques orientaux et la lettre du pape Léon à Flavien 
contre l'erreur d'Eulychès. < Nous déclarons donc tous unanimement , 

< disaient les Pèies de Calcédoine, que l'on doit confesser un seul et 
i même Jésus-Christ Notre-Seigneur; le même parfait dans sa divinité 

< et parfait dans son humanité; vraiment Dieu et vraiment homme ; le 

< même composé d'une âme raisonnable et d'un corps ; consubstanliel 
« au Père selon la divinité et à nous selon l'humanité ; semblable à 
( nous en toutes choses, excepté le péché ; engendré du Père avant tous 
( les siècles selon la divinité, et né dans les derniers temps , selon l'hu- 
« manité , de la vierge Marie mère de Dieu pour nous et pour noire 

< salut; un[seul et même Jésus-Christ, Fils unique, Seigneur, en deux 
« natures (I), sans confusion , sans changement , sans division, sans 
« séparation , sans que l'union ôte la différence des natures ; au con- 
i traire, la propriété de chacune est conservée, et concourt en une 
« seule personne et en une seule hypostase , en sorte que Jésus Christ 
« n'est pas divisé ou séparé en deux personnes , mais que c'est un seul 
« et même Fils unique , Dieu , Vcibe, Notre-Seigneur. » Enfin on ter- 
minait par une défense d'enseigner ou de croiio autrement sous peine 
de déposition pour les clercs et les évè t uis, et d'anathèuie pour les 
moines et les laïques. 

Après la lecture de celle définition , tous les évêques s'écrièrent : 
i C'est la foi des Pères; que les métropolitains souscrivent à l'instant 
« même et en présence des ollicieis de l'empereur; ce qui a été bien 
« défini ne souffre point de délai; c'est la foi des apôres; nous la sui- 
i vons lous. » Mais d'après l'avis des ollicieis, on jugea à propos (J'en 
différer la souscription jusqu'à la session suivante. 

e session. — 25 octobre. — Les évoques é aul assemblés en grand 



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(i) Le texte grec dit de deux natures; on ne pont (Imiter que ce ne suit une 
faute, mais on ignore de quelle manière elle s'est glissée dans le texte. Evagre , qui 
le rapporte en entier , lîb . il, cap. 4» dit eu deux natures. On convint , dans la dis- 
pute entre les catholiques et les sévériens , qui eut lieu l'an 533, que le concile de 
Calcédoine avait dit en deux natures. EuihymhisÇdnalecta fjrœca, p. 56, 5;} et Léon 
de Ryzance [Iiibliotlieca Pairum, t. H , p. 5li , $2q) disent également qu'il y avait 
dans le texte tu deux natures; ce dernier assure même que les Pères de Calcé- 
doine ne parlèrent point du terme de deux nature.-;, parce qu'ils ne voulaient ni le 
rejeter ni s'en contenter; aussi les anciennes versions latines disent sans variation 
en deux natures. 



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- 302 - 

nombre , l'empereur vint au concile accompagné des officiers qui s'é- 
taient trouvés aux précédentes sessions. Il y fil un discours en latin par 
lequel il déclara qu'à l'exemple de Constantin , il n'avait voulu assister 
au concile que pour en appuyer les décision» et non pour y prendre 
part ; ajoutant du reste qu'on ne devait avoir d'autre croyance sur le 
mystère de l'Incarnation que celle des Pères de INicée et de saint Léon 
dans sa lettre à Flavien , et exhortant les évoques à expliquer la foi con- 
formément à la tradition et dans les ternies plus propres à finir toutes les 
disputes. Ce discours fut accueilli par de longues acclamations. Aëtius 
lut ensuite la définition de foi qui fut approuvée de nouveau et souscrite 
par tous les évêques du concile au nombre de 356 (1) , y compris les lé- 
gats. Diogène , métropolitain de Cyzique , souscrivit pour six évêques de 
sa province qui étaient absents; Théodore de Tarse et douze autres 
métropolitains souscrivirent aussi pour leurs suffragants. Les souscrip- 
tions étant terminées, l'empereur se fit un devoir d'appuyer le jugement 
du Concile, en ordonnant que quiconque, à l'avenir, exciterait du 
trouble par des disputes sur la foi , serait banni ou dépouillé de sa 
charge s'il était laïque , et déposé s'il était clerc. Et tous les évêques 
s'écrièrent : « Vive l'empereur ! Vive le pieux prince ! vous avez redressé 
• les Églises ; vous avez affermi la foi. Vive l'impératrice ! que Dieu 
< conserve votre empire ! Vous avez chassé les hérétiques. Anathème à 
« Nestorius , à Eutychès et à Dioscore. i Puis , l'empereur ajouta qu'il 
avait à soumettre au concile quelques règlements qu'il lui semblait 
convenable de faire sanctionner par une disposition canonique plutôt 
que par une loi. 

Le premier avait pour objet de contenir les moines dans la subordi- 
nation ; il leur défendait de s'immiscer dans les affaires ecclésiastiques 
ou civiles , de bâtir des monastères dans les villes sans la permission de 
l'évêque , de recevoir des esclaves sans le consentement des maîtres, et 
leur faisait un devoir d'être soumis à l'évêque , de vivre en repos , ne 
s'appliquant qu'au jeûne et à la prière. 

Le second faisait défense aux clercs de s'engager dans des affaires sé- 
culières , de prendre des terres à ferme ou de se charger d'une inten- 
dance , sous peine d'être dépouillés de leur dignité ; 

Et le troisième , de quitter leur diocèse pour s'attacher à une autre 
Église , sous peine d'excommunication pour le clerc et pour l'évêque 
qui l'aura reçu , jusqu'à ce que celui-là retourne à son Église. 

Ces trois articles furent unanimement approuvés. Ensuite , en mé- 



(i) Quelque! auteurs disent Irois cent cinquante. 



— 303 - 



moire de sainte Euphémie et de la tenue de ce concile , l'empereur or- 
donna que l'église de Calcédoine porterait à l'avenir le nom de mélro- 
poleeten aurait les privilèges, le .métropolitain de Nicomédie conser- 
vant tous ses droits et sa dignité. Et comme l'objet du concile était rem- 
pli, les évêques demandèrent à l'empereur la permission de retourner 
dans leurs églises ; mais il les engagea à rester trois ou quatre jours en- 
core pour régler, en présence des officiers , toutes les autres affaires 
soumises à la décision du Concile. 

Ici finit la sixième session que quelques auteurs ont regardée comme 
la dernière du concile de Calcédoine, et qui passe avec les cinq pre- 
mières comme les seules incontestablement œcuméniques ; car il semble 
que du moment où l'on avait terminé ce qui était l'objet delà convoca- 
tion de cette assemblée et des instructions données aux légats, la réu- 
nion des évêques n'offrait plus d'une manière aussi évidente les carac- 
tères nécessaires pour l'œcuménicité d'un concile. « C'est pourquoi , dit 
Fleury (1) , les anciens faisaient une grande différence entre ces six pre- 
mières sessions et les suivantes, où il n'était plus question de la foi. » 
Le pape Pelage II, écrivant aux évêques d'Istrie l'an 58G , en parlait 
ainsi (2) ; l'historien Évagre, qui écrivait vers le même temps, s'étend 
beaucoup sur les six premières sessions et passe légèrement sur les sui- 
vantes (3) ; et beaucoup d'Églises n'avaient autrefois dans leurs copies 
que les six premières sessious avec les canons que le pape Pelage II 
considérait comme faisant partie de la sixième session (i). 

Y session (5). — 20 octobre. — Le Concile termina dans cette session le 
différend qui s'était élevé depuis quelque temps entre le patriarche 
d'Antioche et l'évèque de Jérusalem, relativement à la juridiction que 
ce dernier prétendait s'attribuer sur les deux Phénicies , sur l'Arabie et 
sur les trois Palestines. A la demande de Maxime et de Ju vénal, le Concile 
approuva l'accord qu'ils venaient de conclure , en vertu duquel l'évèque 
d'Antioche conservait les deux Phénicies et l'Arabie , et celui de Jéru- 
salem les trois Palestines. La juridiction patriarcale de ce dernier l'ut 
ainsi définitivement reconnue par l'Église et par l'empire. 






(i) Histoire ecclésiastique . tiv. xxvm, ch. 22. 
(2) E/iistula ad episcopos Istrim. 
(i) liisloria, lib. 11, cap. 18. 

(4) Lupus, Concil., 1. I, p. 64". — Le P. Labbc, Bacrosancta concilia, t. V, 
p. 629, 63o. 

(5) Celle session el les deux qui suivent sont divisées en trois actions ou ses- 
sions différentes , quoiqu'elles soient toutes les trois datées du même jour, parce 
qu'on y examina trois affaires bien distinctes. 



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8 e session. — 2G octobre. — L'affaire de ihéoiloreifiiU'ohjri de cou,, 
session. Comme il avail élé pendant longtemps le partisan déclaié de 
Ncstoiius et que ses décrets avaient donné lieu à des soupçons malheu- 
reusement trop fondés, ou exigea qu'il dit analhème à cet hérésiarque. 
Il lépondit d'abord qu'on pouvait s'assurer de la pureté de sa foi par la 
lecture de sa requête à l'empereur et par sa lettre à saint Léon ; et 
comme les évoques insistèrent pour qu'd prononçât l'anathème, il voulut 
entrer dans des explications pour montrer que sa doctrine avait toujours 
élé orthodoxe; niais il ne fit par là qu'augmenter les soupçons, et l'on 
s'écria de tous côiés : « Dites nettement analhème à Nestorius et à sa 
doctrine. » Il prit enfin le parti de prononcer sans préambule et sans 
explications l'anathème qu'on exigeait; après quoi il ajouta qu'il avait 
souscrit à la définition de loi ainsi qu'à la lettre de saint Léon , et qu'il 
n'avait pas d'autre ci oyance. Les oJliciers de l'empereur, les légats et 
les pairlarches, jugèrent alors qu'on ne devait plus faire difficulté de 
le recevoir comme orthodoxe , et tous les évoques applaudirent à cette 
décision , en déclarant qu'il devait être maintenu dans son siège , selon 
le jugement déjà prononcé par le pape. 

9 e session. — 20 octobre. — Dans celte session, on commença l'affaire 
d'Ibbas , évêque d'F.desse , qui , ayant élé déposé comme Théodore! au 
conciliabule d'Éphè.-e , avait présenté lequète pour demander d'être ré- 
tabli. On lut d'abord la semence aibilrale de Phoiius de Tyr et d'Eusia- 
the de liéryte, rendue à Tyr le 25 lévrier de l'an iid, en faveur 
d'Ibbas, et comme il y avait beaucoup d'autres pièces à lire, on remit 
au lendemain la suite de cette affaire. 

10° session. —27 octobre — Quand on eut achevé la lecture des pièces 
qui concernaient l'accusation poriée devant Phoiius de Tyr, les légais 
ne voulurent point qu'on lût la procédure faite contre lbbas au concilia- 
bule d'Ephèsc, attendu que celte assemblée ne méri'aii pas le nom de 
concile et que le pape avail annulé loul ce qui s'y était fait, cxcepié 
l'ordination de Maxime d'Antioche qu'il avait reçu à sa communion. 
Tous les évoques approuvèrent cet avis. Ensuite le légat Paschasin dé- 
clara que, d'après les pièces qui venaient d'être lues, l'orthodoxie d'Ib- 
bas était suffisamment prouvée, et qu'on devait le réablir comme ayant 
élé injustement déposé .(!)• Le patriarche Anatolius opina pour le réta- 



(i) Quelques critiques ont voulu conclure île ces expressions générales que le 
Concile avait approuvé la lettre d'Ibbas au persan Maris; mais il est visible qu'une 
telle conclusion n'a pas le moindre fondement. Maxime d'Antioche fut le seul qui 
déclara la lettre d'Ibbas orthodoxe, et l'on ne peut nullement le regarder comme 
ayant été en cela l'organe du Concile. Tous les évetpres jugèrent, il est vr.ti , rpi'lb- 



— 305 — 

bassement. El comme les pièces qu'on venait de lire contenaient une 
exposition de foi entièrement catholique et la condamnation la plus for- 
melle de Nestorius et de ses erreurs , Ibbas, sur la demande des évo- 
ques , n'hésita pas un instant à condamner de nouveau cet hérésiarque : 
i Je l'ai déjà anaihémalisé par écrit, dit- il, et comme on n'a point de 
< peine à répéter ce qu'on croit véritablement, je dis encore anathème 
i à Nestorius , à Eulychès, à quiconque dit une seule nature et à celui 
« qui ne croit pas comme le saint Concile. > — Les officiers dirent : « Ce 
i que le saint Concile a jugé louchant Ibbas sera exécuté. » Ainsi finit 
la dixième session. 

Les anciens manuscrits mettent à la fin de cette session une déci- 
sion (1) qui autorisait Maxime d'Antioche à constituer sur les revenus 
de son église une pension en faveur de Domnus, son prédécesseur, dé- 
posé par le conciliabule d'Éphèse (2). 

11 e et 12 e session. — 29 et 50 octobre. — On prit la même mesure 
à l'égard d'Etienne , évêque d'Éphèse, et de Bassien , son compétiteur, 
dont les^contestations furent l'objet de la onzième et de la douzième ses- 
sion. Bassien se plaignait d'avoir été injustement déposé par les intrigues 
d'Etienne, qui avait été ordonné à sa place. Mais le Concile ayant acquis 
la preuve qu'ils avaient été ordonnés tous les deux contre les règles ca- 
noniques , décida qu'ils seraient étés du siège d'Éphèse , et qu'on leur 
laisserait seulement le litre d'évêque et une pension sur les revenus de 
l'église (5). A celte occasion, les évêques d'Asie demandèrent avec les 
plus vives instances que l'ordination du nouvel évêque se fil dans la 
province, et réclamèrent contre les prétentions que le patriarche de 
Constanlinople élevait à ce sujet. 

13 e session. — 50 ocobre. — On y décida que l'évêque de Nicomédie 
aurait seul la juridiction métropolitaine dans la province de Biibynie , 
l'évêque de Nicée ne pouvant réclamer qu'un litre honorifique , en vertu 

bai était orthodoxe | mais ce jugement ne portait que sur sa personne on sur sa 
doctrine présente, et il n'était pas question île prononcer sur une lettre dont l<„ 
passages répiéhensihles se trouvaient suffisamment rétractes par les déclarations 
qu'il avait postérieurement signées. 

(i) Celte décision ne se trouve plus que dans le texte latin. 

(i) Ce fut pour le jugement de cette affaire que les officiers de l'empereur tirent 
apporter l'Évangile, en conjurant les évêques de prononcer dans celle cause avec 
justice et selon leur conscience. C'est ce qui nous a l'ait dire , en commençant l'hi>- 
loire de ce concile, que l'Évangile ne se trouva pas constamment au milieu de l'as- 
semblée durant le cours de toutes les sessions. 

(3) On voit ici l'origine des pensions réservées aux bénéficiers sur les bénéfices 
qu'ils ont quittés. 





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— 306 — 

des rescrits impériaux qui avaient élevé celte ville au rang de mé- 
tropole. 

14 e session. — 31 octobre. — Athanase, évêque de Perrha , avait été 
accusé de plusieurs crimes par ses propres clercs. Désespérant de se 
justifier devant son métropolitain qui lui était suspect , il avait renoncé 
à son siège; puis, s'étant pourvu devant un concile de Constan- 
tinople , il avait obtenu de Proculus et de Cyrille des lettres de recom- 
mandation auprès de Domnus , patriarche d'Antioche. Celui-ci l'avait 
appelé à se défendre devant un concile nombreux ; mais Athanase ayant 
refusé de comparaître, on l'avait condamné comme contumace ; après 
quoi , le métropolitain de la province avait ordonné à sa place un évêque 
nommé Sabinien , qui fut déposé par Dioscore dans son conciliabule 
d'Éphèse. Rétabli par cette assemblée , Athanase vint demander justice 
au concile de Calcédoine, qui déclara nulle sa déposition et lui rendit 
provisoirement son évêché. Toutefois , comme Athanase avait été con- 
damné par défaut, on décida que Maxime d'Antioche devrait juger sa 
cause dans un délai de huit mois, et que s'il était convaincu sur un seul 
chef, il serait puni selon toute la rigueur des lois et déchu de l'épisco- 
pat; mais que si on ne pouvait le convaincre, ou si on négligeait de le 
poursuivre dans le délai fixé par le Concile, il serait rétabli dans son 
siège par Maxime d'Antioche, et que Sabinien conserverait le titre d'é- 
vèque avec une pension sur les revenus de l'Église, et serait coadjuteur 
avec le droit de future succession (1). 

15 e session. — 31 octobre. — Toutes les affaires étant terminées, 
l'archidiacre Aëtius représenta qu'il y avait encore à traiter d'un objet 
important qui concernait l'Église de Constantinople. Les prétentions 
qu'il avait élevées à plusieurs reprises , en réclamant pour son évêque le 
droit de faire les ordinations épiscopales à Éphèse et dans la Bithynie , 
faisaient assez comprendre de quel objet imporlant il s'agissait. Les lé- 
gats répondirent qu'ils n'avaient point reçu de pouvoir à ce sujet , et 
comme il ne restait aucune autre affaire h juger, ils se retirèrent avec 
les officiers de l'empereur. Après leur départ, on continua la séance , 
et l'on fit en faveur de l'évêque de Constantinople le fameux canon qui 
consacrait toutes ses prétentions, soit de rang , soit de juridiction. Cent 
quatre-vingt-quaire évêques seulement signèrent ce canon , que les grecs 
comptent pour le vingt-huitième de ce concile. Les vingt-sept premiers 
canons de Calcédoine , qui se bornent à confirmer d'anciennes règles de 
discipline, relativement à la conduite et aux obligations des clercs, des 

(i) Voilà la coadjutorerie avec le droit de succéder bien clairement établie. 






\ 



— 307 — 

moines , des vierges et des veuves , furent généralement reçus dans toute 
l'Église; nous allons les rapporter (1). 

1 er canon. Nous pensons qu'il est juste d'observer tous les canons 
déjà faits par les saints Pères en différents conciles (2). 

2 e canon. Si un évêque a fait une ordination pour de l'argent, et mis 
en commerce la grâce, qui n'est point vénale, pour ordonner un évê- 
que, un chorévêque, un prêtre, un diacre ou un autre clerc; ou s'il a 
établi pour de l'argent un économe , un défenseur, un concierge ou l'un 
de ceux qui sont dans le canon ; l'ordonnateur sera en danger de perdre 
son rang , et celui qui sera ordonné ou pourvu ne profitera point de la 
place qu'il aura voulu acheter. L'entremetteur même de cet infâme 
trafic sera déposé s'il est clerc, ou anatliémaiisé s'il est moine ou 
laïque. 

3 e canon. Il est défendu aux évèques , aux clercs cl aux moines de 
prendre à ferme des terres ou de se charger des affaires temporelles, à 
moins que la loi les appelle à une tutelle (3) dont ils ne puissent refuser 

(i) Dans les anciens exemplaires du concile de Calcédoine, ces vingt-sept ca- 
nons se trouvent places à la suite des trois règlements rapportés dans la (i l session. 
Cet ordre est également suivi dans quelques manuscrits latins (Baluze, iYouu vol- 
lectto conciliorum, p. t346), par l'historien Évagie [lit. Il, cap. 18) et par le pape 
Pelage II (Epistota 3), qui les uns et les antres en font la matière d'une 7= session. 
Toutefois ce pape ajoute qu'on peut les considérer comme faisant partie de la 
6 e , puisqu'ils n'ont pas de date particulière et que les noms des évêques présents 
n'y sont point nommés. Libcratus [Breviar,, cap. l3, p. y3) dit que ces canons fu- 
rent faits dans la session du 3t octobre, après le jugement relatif à l'affaire 
d'Alhanase et de Sabinien , et en l'absence des légats. Ils sont , en effet , joints à 
ce décret dans la plupart des collections ; mais dans les éditions ordinaires , on les 
trouve placés à la suite de celte i5' session : et ce qui parait confirmer cette opi- 
nion, c'est que dans l'affaire des évèques de Kicomcdie et de Kicée, qui fut sou- 
mise au concile dans la 1 3 e session , ou ne cita point le 1 2* canon qui décidait net- 
tement cette difficulté ; d'où l'on peut conclure, ou que ce canon n'était pas encore- 
l'ait, ou qu'il n'était pas autorisé par les Pères du concile. Justcl [Codex canonum , 
l. I, p. 3oo) cite des manuscrits où l'on voit que les légats souscrivirent aux 
vingt-sept premiers canons; et il n'est guère vraisemblable qu'on les ait faits sans 
leur avis. Saint Léon n'en contesta jamais l'autorité ; ils sont même généralement re- 
çus dans loule l'Eglise. 

(2) Ceci s'entend vraisemblablement du code de l'Église grecque, publié par 
Justel , qui contient cent soixante-dix canons tirés des conciles de Nicée, d'Ancyre, 
de Néocésarée, de Gangres, d'Anlioclie, de Laodicée et de Constantinople ; car il 
y avait alors un recueil de canons dont il est souvent parlé dans les actes du concile 
de Calcédoine. Dans un ancien manuscrit, ce recueil est attribué à Etienne, évêque 
d'Eplièse, qui n'y ajouta peut-être que les canons des conciles d'Epbèse et de Cal- 
cédoine. 

(3) Les tutelles étaient défendue! aux, ecclésiastique! de: le temps de saint Cy- 






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I 









• 



— 308 — 
la gestion, ou que l'évêque les charge du soin des affaires de l'Église ou 
de relies des orphelins, des veuves et des personnes misérables qui ont 
besoin de la promotion ecclésiastique. Que celui qui violera ce décret 
soit soumis aux peines portées par les canons. 

&' canon. On doit honorer ceux d'entre les moines qui vivent d'une 
manière conforme à leur profession; mais parce qu'il yen a qui trou- 
blent l'Église et l'État, nous leur défendons à tous de bâtir un monas- 
tère sans le consentement de leur évoque et du propriétaire ; nous leur 
ordonnons d'être soumis à l'évêque et de vivre en repos, ne Rappliquant 
qu'au jeûne et à la prière, sans s'embarrasser des affaires séculières, 
à moins qu'ils n'en soient chargés par leur évoque. Nous leur dé- 
fendons en même lernps de recevoir des esclaves dans leurs monastères 
sans la volonté des maîtres. Que celui qui violera ce décret subisse la 
peine de l'excommunication. 

5» canon. Les anciens canons seront observés à l'égard des évoques et 
des clercs qui passeront d'une ville à une autre. 

(î<> canon. Aucun clerc ne sera ordonné absolument (sans litre ecclé- 
siastique ) , s'il n'est destiné au service d'une église ou d'un monastère. 
Les ordinations absolues seront nulles, et ceux qui les auront reçues 
ne pourront Taire aucune fonction , à la honte de ceux qui les auront 
ordonnés. 

7 e canon. Ceux qui se sont engagés , soit dans l'état ecclésiastique , 
soit dans l'état monastique, ne pourront plus, sous peine d'anatfcètne, 
ni porter les armes dans la milice, ni occuper aucune dignité sécu- 
lière. 

8 : canon. Les clercs des hôpitaux et des monastères demeureront en 
chaque ville sons la puissance de l'évêque, suivant la tradition des 
Pères, sous peine de correction canonique pour les clercs et d'excommu- 
nication pour les moitiés et les laïques. 

9' canon. Si un clerc a une contestation avec un autre clerc, il ne 
doit point s'adresser aux tribunaux séculiers. 11 poursuivra d'abcnl sa 
cause devant son évêque, ou, par son ordre, devant celui dont les 
parties seront convenues. Que celui qui violera ce décret soit soumis 
aux peines c noniques. Si un clerc est en contestation avec son évêqae 
ou avec un autre , l'affaire sera portée devant le concile de la province ; 
mais s'il s'agit d'un métropolitain, les parties auront recours soit à 
l'exarque (au patriarche ou au primat), soit à l'évêque de Constantinople. 

(irien. Dans la suite , les clercs et même les moines en furent déchargés par les em- 
pereurs. 



— ôoy — 

10» canon. Un clerc ne peut être en même temps dans le clergé de 
deux villes. Que ceux qui, par ambition, ont passé d'une église dans 
une autre , soient rendus à la première église pour laquelle ils ont été 
ordonnés. Les clercs qui se trouveront transférés dans une autre église 
n'auront plus de part aux affaires de la première ou des oratoires et 
des hôpitaux qui en dépendent. Si quelqu'un tombe à l'avenir dans cette 
taule , qu'il soit déposé. 

H« cvnon. On ne doit donner aux pauvres qui voyagent que des lettres 
de paix et de communion , afin que par elles ils puissent se procurer 
les secours dont ils ont besoin, parce qu'il faut réserver les lettres de 
recommandation pour les personnes qui sont suspectes (1). 

12 e canon, il est défendu aux évoques, sous peine de déposition , de 
s'adresser aux puissances et d'obtenir des lettres du prince pour diviser 
une province en deux et y l'aire deux métropoles. Quant aux villes qui 
ont été déjà honorées du nom de métropoles, elles n'en auront que de 
l'honneur, sans préjudice des droits de la véritable métropole. 

15 e canon. On ne doit laisser faire aucune l'onction aux ecclésias- 
tiques étrangers que l'on ne connaît poinl , s'ils n'ont des lettres de 
recommandation de leur évêque. 

\i c canon, Comme dans quelques provinces, il est permis aux lecteurs 
et aux chanlres de se marier ; le saint Concile leur défend seulement 
d'épouser des femmes qui ne soient pas catholiques oa de faire bapti- 
ser leurs enfants chez les hérétiques. A l'égard de ceux qui ont reçu le 
baptême chez les hérétiques, leurs pères devront les faire entrer dans la 
communion de l'Église. 11 leur défend aussi de marier leurs enfants à 
des hérétiques, à des juifs ou à des païens, s'ils ne promettent de se 
convertir à la foi catholique. 

15 e canon. On ne doit pas ordonner une femme diaconesse, si elle n'a 
pas atteint l'âge de quarante ans et subi un examen rigoureux. Et si 
après avoir reçu l'imposition des mains et passé quelque temps dans ses 
nouvelles fonctions , elle se marie au mépris de la yrâce de Dieu, elle 
sera anatbémaiisée avec son mari. 

16 6 canon. Il est défendu aux vierges consacrées à Dieu et. aux moines 
















(i) Fleury et plusieurs autres écrivains traduisent la fin de ce canon de la ma- 
nière suivante : On doit réserver les lettres de recommandation pour les personnes con- 
sidérables; quelques-uns ajoutent : dont on connaît fa pieté et la probité. Ceillier [His- 
toire générale des auteurs sacrés, t, XIV, p. 68 a), expliquant la fin de eu canon, dît : 
Parce au on les accompagnait ordinairement de quelques éloges de la piété et de la 
vertu de ceux qui en étaient les porteurs. Le texte latin porte : Litterus comme ndatttkis 
iià solis personis quee sunt suspecta?, prœberi oportbU 






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— 310 — 

de se marier, sous peine d'être excommuniés; mais l'évèque pourra 
user d'indulgence envers eux. 

17» canon. Les paroisses de la campagne demeureront aux évêques 
qui en sont en possession paisible depuis trente ans ; mais si dans les 
trente ans il s'élève une contestation à ce sujet , elle pourra être pour- 
suivie au concile de la province. Et si quelqu'un se plaint de l'injustice 
de son métropolitain, il sera jugé par l'exarque du diocèse , ou par le 
siège de Constantinople. Et si l'empereur établit une nouvelle cité , la 
distribution des paroisses se fera conformément à l'ordre établi pour le 
gouvernement civil (1). 

18° canon. La conjuration et la cabale étant un crime défendu par les 
lois séculières , doit à plus forte raison être défendue par les lois ecclé- 
siastiques. Si donc il se rencontre des clercs et des moines qui con- 
spirent contre leurs évêques ou contre leurs confrères, ils seront déposés 
et excommuniés. 

19 e canon. Comme la tenue des conciles est négligée au préjudice des 
affaires ecclésiastiques , le saint Concile ordonne , conformément aux 
canons des Pères , qu'en chaque province les évêques s'assemblent deux 
fois l'année au lieu choisi par les métropolitains. Les évêques qui né- 
gligeront de s'y rendre seront admonestés fraternellement , à moins 
qu'ils n'aient été retenus par un empêchement légitime. 

20- canon. Si un évêque reçoit un clerc d'une autre église, ils seront 
l'un et l'autre excommuniés jusquà ce que le clerc retourne à son 
évêque, à moins que ce clerc n'ait été contraint de changer d'église à 
cause de la ruine de son pays. 

21« canon. On ne doit pas admettre indifféremment les clercs ou les 
laïques à accuser des évêques ou des clercs, sans avoir auparavant exa- 
miné leur réputation. 

22« canon. Jl est défendu aux clercs, sous peine de déposition, de piller 
les biens de leur évêque après sa mort. 

23 e canon. Nous avons appris que des clercs et des moines viennent à 
Constantinople, sans mission de leur évêque et quelquefois même après 
avoir été excommuniés, et y demeurent longtemps, excitant du tumulte, 
troublant le repos de l'Église et des maisons particulières; c'est pour- 
quoi le saint Concile a ordonné qu'ils soient premièrement avertis par 
le défenseur de l'Église de Constantinople de sortir de la ville , et s'ils 






(i) C'est qu'il était alors en usage d'établir uu siège épiscopal dans chaque ville 
qui avait le titre de cité, et le diocèse s'étendait sur toutes les bourgades et sur 
tous les villages qui dépendaient de la ville. 



— 511 



persévèrent également dans les mêmes entreprises , on doit les chasser 
de force et les renvoyer chez eux. 

24° canon. Les monastères une fois consacrés par l'autorité de 
l'évêque demeureront monastères à perpétuité , sans qu'il soit permis 
d'en faire des habitations séculières. Leurs biens leur seront conservés. 
Ceux qui violeront ce décret seront soumis aux peines portées par les 
canons. 

25° canon. Les ordinations des évèques doivent se faire dans les trois 
mois (qui suivent la vacance du siège ) , à moins qn'une nécessité abso- 
lue oblige le métropolitain à différer. Le revenu de l'église vacante sera 
conservé par l'économe. 

26° canon. Chaque église doit avoir un économe choisi parmi les 
membres de son clergé, pour administrer ses biens suivant l'ordre de 
l'évêque, afin que les biens de l'église ne soient pas dissipés, ni le sa- 
cerdoce décrié. 

21 e canon. Le saint Concile prononce la peine de déposition contre 
les clercs et l'anathème contre les laïques qui enlèvent des femmes , 
même sous prétexte de mariage , contre leurs complices et leurs fau- 
teurs. 

28 e canon. Les Pères ont eu raison d'accorder au siège de l'ancienne 
Rome ses privilèges , parce qu'elle était la ville régnante. Ainsi les cent 
cinquante évèques ont jugé que la nouvelle Koine (Constanlinople), qui 
est honorée de l'empire et du sénat, doit avoir les mêmes avantages 
dans l'ordre ecclésiastique et être la seconde après elle; en sorte que 
les métropolitains de l'Asie, de la Thrace et du Pont et les évèques des 
pays barbares dépendants de ces primaties soient ordonnés par l'évêque 
de Constanlinople, après les informations et l'élection canoniques; bien 
entendu toutefois que les métropolitains de ces trois diocèses (1) , assis- 
lés de leurs suffragants, ordonneront, selon les canons, les évèques 
soumis à leur juridiction (2). 

29 e canon. Un évêque ne doit jamais être réduit au rang de prêtre. 

30° canon (3). Le saint Concile accorde aux évèques d'Egypte un délai 
pour souscrire à la lettre du saint archevêque Léon, jusqu'à l'élection 
d'un archevêque d'Alexandrie à la place de Dioscore. 













J 
















([) Le nom de diocèse est pris ici dans sa signification la |>lns étendue, cl com- 
prend plusieurs provinces. 

(2) Ce canon a été te premier germe du schisme <pic les grecs ont forme avec 
l'Kglise latine dans les siècles suivants. 

(3) Ces deux derniers canons ne se trouvent pas dans l'ancien code de l'Eglise 
romaine, ni dans la collection de Dcnvs-le-Pctit. 



il 



— 312 — 
1C« et bernière session (1). _ l« novembre. - Les légats se phi. 
gn.rentdans cette session, en présence des officiers impériaux, qu'on 
eût arraché par surprise aux évêques leur souscription à un règlement 
contraire au 6- canon de Nicée, qui ordonnait de conserver aux grandes 
églises leurs droits respectifs, et notifièrent les ordres qu'ils avaient 
reçus du pape de s'opposer à quiconque voudrait s'attribuer des préro 
gat,ves nouvelles. Et comme on alléguait les canons du concile œcumé- 
nique de Constantinople , le légat Lucentius répondit : < Si depuis lors 
« vous avez joui de cette prérogative, que demandez-vous maintenant? 
« Mais si vous n'en avez jamais joui, pourquoi la réclamez-vous?» 
Paschasin lut ensuite le 6 ! canon commençant par ces paroles cé- 
lèbres : < L'Église de Rome a eu de tout temps la primauté (2). » Le 
secrétaire Constantin fît aussitôt la lecture de ce canon dans un exem- 
plaire, qui lui fut présenté par l'archidiacre Aëtius, sans qu'il s'élevât 
aucune contestation au sujet de la primauté de Rome. Puis , les officiers 
déclarèrent que le 28= canon de Calcédoine recevrait son exécution. Les 
légats firent alors une protestation en forme et demandèrent qu'elle fût 
insérée dans les actes, afin, dirent-ils , qu'ils pussent en faire un rapport 
au chef de l'Église universelle, qui jugerait ainsi lui-même du mépris 
qu'on faisait de son autorité et des canons. Ainsi finit la seizième session 
du concile de Calcédoine. 

Mais avant de se séparer , les évéques adressèrent une harangue à 
l'empereur Marcien , dans laquelle ils expliquent le mystère de l'Incar- 
nation , justifiant la lettre de saint Léon à Flavien et rendant témoi- 
gnage de la conformité de sa doctrine avec l'Écriture-Sainte , avec le 
symbole de Nicée et avec les saints Pères, Basile, Ambroise, Gré- 



1 









:^ 



(i) Cette session, qui est la dernière , est comptée pour la 16° dans les cdlec- 
lions des conciles. Evagre (Historia, cap. 18, lib. n) marque seize sessions, niais dans 
un ordre un peu différent de celui que nous avons suivi. Libcratus (Breviar., 
nap. i3, p. 93) la compte pour la 12% d'autres pour la t3«. Plusieurs églises même 
n'avaient dans leurs copies que les six premières sessions avec les canons. > Cette 
diversité d'exemplaires, dit Fleury [Hisl. eccl., liv. xxvm, ch. 3i), vient de ce que, 
dans les conciles généraux, les évêques des grands sièges avaient chacun leurs no- 
taires par lesquels ils faisaient rédiger ou copier les actes suivant le besoin qu'ils en 
avaient. Tous étaient soigneux d'emporter avec eux et de publier dans leurs pro- 
vinces ce qui regardait toute l'Eglise, c'est-à-dire les déBnitions de foi et les ca- 
nons. Mais pour les actes louchant les affaires particulières, ceux qui n'y étaient 
pas intéressés n'en prenaient pas le même soin : les uns les négligeaient tout à fait, 
d'autres en recueillaient une partie et laissaient l'autre; et ceux qui les recueillaient 
les plaçaient indifféremment suivant l'ordre des dates ou le mérite des matières. ■ 

(2) Voir t. I, p. i5i, note (3) de cette Histoln. 



— 515 — 

goire de Nazianze, Athanase , Amphiloque, Antiochus de Ptolémaïde, 
Flavien d'Antioche , Chrysostome , Alticus , Proculus et Cyrille , dont 
ils rapportent divers passages pour montrer que tous ont cru que Jésus- 
Christ a deux natures, et qu'étant consubstantiel au Père selon la divi- 
nité, il s'est fait consubstaniiel à nous selon l'humanité. 

Les Pères de Calcédoine écrivirent une lettre synodale (1) au pape 
saint Léon pour lui rendre compte de tout ce qui avait été fait par le 
concile et lui en demander la confirmation. Ils reconnaissent dans cette 
lettre le pape pour leur chef et déclarent qu'ils ont reçu sa lettre 
comme dictée par saint Pierre lui-même; puis venant au vingt-huitième 
canon, ils protestent qu'ils l'ont adopté pour remédier aux désordres 
trop communs dans l'élection des métropolitains, et parce qu'ils avaient 
la confiance que Sa Sainteté ne refuserait pas de l'approuver et de com- 
muniquer au siège de Constanlinople une partie de la splendeur et de la 
puissance que possède le Siège apostolique. « Il est vrai, ajoutent- 
« ils , que vos légats ont résisté fortement à ce décret ; mais ils ont 
c voulu sans doute vous en laisser l'honneur, afin qu'on vous attribue 
« la consécration de la discipline aussi bien que de la foi. Nous vous 
« prions donc de mettre le sceau à notre jugement par votre suffrage 
« et de satisfaire Ips juste* désirs de vos enfants. » 

L'empereur Marcien , l'impératrice Pulchérie , le patriarche Analo- 
lius et Julien de Cos écrivirent au pape pour le même objet ; mais 
toutes ces sollicitations furent sans succè-. Le Souverain-Pontife con- 
firma le concile de Calcédoine quant à ce qui regardait la condamnation 
d'Eulychès et de Dioscore et la définition de la foi; mais il refusa ab- 
solument de confirmer les privilèges qu'on voulait attribuer au siège de 
Constantinople. « On ne doit pas , écrivait-il dans ses réponses, ren- 
i verser les lois canoniques et fouler aux pieds les droits et les préro- 
a gatives de tant de métropoles, pour conienier l'ambition d'un seul 
• homme. La ville de Constanlinople jouit de ses privilèges lem- 
c porels , comme siège du sénat et capitale de l'empire; mais elle ne 
< peut devenir siège apostolique. » Il ajouta que le Saint Siège n'avait 
jamais approuvé le canon du second concile de Conslanlinople sur le- 
quel on se fondait ; qu'il n'en avait pas même reçu communication ; que 
d'ailleurs Anatolius devrait être content de l'indulgence dont ou avait 
usé à son égard, soit en le reconnaissant pour évoque, soit en lui par- 
donnant de s'être arrogé contre les canons l'ordination de Maxime 



















(i) On voit par cette lettre que le nomhre des eSéques était de cinq cent vinjjl 



au moins. 



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i 



— 514 — 
d'Antioche , et qu'enfin , s'il persistait dans ses prétentions ambitieuses 
il serait séparé de la communion de l'Église. Il écrivit à Maxime d'An- 
tioche pour l'exhorter à maintenir les droits de son siège; et parce que 
dans le concile Anatolius avait eu la préséance sur cet évêque , il dé- 
clara dans sa lettre que tout ce qui pourrait avoir été fait ou toléré par 
les légats , outre ce qui concernait la doctrine , demeurerait sans 
force (1). 

L'empereur usa de tout son pouvoir pour faire respecter partout 
les décisions dogmatiques du concile de Calcédoine. Il confirma par 
deux édits successifs la peine de déposition] et de bannissement qu'il 
avait déjà portée dans le concile même contre ceux qui oseraient en 
contredire le jugement et disputer sur la loi. Il révoqua la loi de 
Théodose en faveur du conciliabule d'Éphèse et défendit aux euty- 
chiens, sous les peines les plus rigoureuses , de tenir des assemblées, 
de faire des ordinations , d'élever des monastères et surtout de propager 
leurs erreurs ou de les soutenir par des droits. Eutychès fut condamné 
à l'exil avec les clercs et les moines de son monastère. Dioscorc fut 
relégué en Paphlagonie où il mourut quelques années après. Mais l'hé- 
résie avait fait de tels progrès que toutes ses mesures demeurèrent 
presque sans effet. Elle s'était surtout répandue parmi les moines de 
l'Egypte , de la Palestine , de l'Arménie et d'une partie de la Syrie ; elle 
infesta bientôt les populations de ces provinces, et il existe encore de 
nos jours des sectes nombreuses d'eutychiens , connus sous le nom de 
jacobites en Orient, et sous le nom de coptes ou cophles dans l'Egypte 
et l'Abyssinie. 

N° 5iS. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(Sur la fin de l'an 4SI (1).) — Le pape saint Léon reçut les actes du 
concile de Calcédoine et y fit les deux canons suivants. 

I e ' canon. Les enfants revenus de captivité seront baptisés, dans le 
doute s'ils l'ont été. 

2» canon. Il est défendu de réitérer le baptême administré par les 
hérétiques. 

( i ) Eplstolœ 78 et seuuent. 

(2) Le P. Mansi place ce concile au an septembre de l'an 45 £ , jour consacre, 
dit-il , au synode annuel de Home ; mais c'est évidemment une erreur, car le con- 
cile de Calcédoine n'était pas encore alors commencé, 



— 315 — 



N° 5IG. 

CONCILE D'IRLANDE. 

(hibermcum.) 



quœsieritr. in plèbe suo 
unusquisque Ecciesiam in 



( (1).) — Ce concile fil trente quatre canons , dont la plupart 

règlent la conduite des clercs (2). 

1 er canon. Si quis in quœslionem captivus 
jure sine permis.', mentit excommunicari . 

2 e canon. Lectores deniquè cognoscant ,,•. 
quâ psallat. 

3 e canon. Clericus vagus non sit in plèbe. 

¥ canon. Les clercs, qui ont la permission de quêter pour leurs pro- 
pres besoins , ne doivent rien demander au delà de ce que réclame 
leur indigence. 

5 e canon. S'il leur reste quelque chose du produit de leur quèle, ils le 









(i) On ne connaît ni le lieu ni l'année où Eut tenu ce concile. Il parait seule- 
ment qu'il fut assemblé en Irlande dans le temps que saint Patrice , dont il porte le 
nom, en était évéque. Le P. Labbe (Sacrosancla concilia, t. III, p. 1/(77.1481) dit 
vers l'an 45o ou 456. On sait positivement qu'il se tint hors de l'empire romain, dans 
le voisinage des bretons, en un temps et dans un pays où le Paganisme n'était pas 
encore entièrement détruit. Et en effet, saint Patrice trouva l'Irlande peuplée de 
païens lorsqu'il y alla prêcher l'Évangile. 

La défense qui est faite, par les canons de ce concile, de recevoir les aumônes des 
excommuniés , est conforme à ce que saint Patrice fit à l'égard de Corotic, l'un des 
princes du pays de Galles, dont il défendit de recevoir les aumônes, jusqu'à ce qu'il 
eût satisfait il Dieu par une pénitence sincère et qu'il eût rendu la liberté aux chré- 
tiens qu'il avait emmenés en captivité (Bolland., ad diem 17 marU, p. 539). tl faut 
njouterque la plupart des canons de ce concile sont cités sous le nom de saintPatricc 
par Arbedoc , écrivain du huitième siècle ( Spidléqe , t. IX, p. i3). Toutefois on 
doute que tous ces canons aient été faits par saint Patrice ; la plupart indiquent une 
discipline trop relâchée pour une Église naissante. 

Quant à la date, même approximative, de ce premier concile attribué à saint Pa- 
trice, elle est tout au moins aussi incertaine que le lieu où il fut tenu. On sait seu- 
lement que cet évéque naquit entre les années 3o,5 et 4' 5 (Bolland., ui suprà, p. 533, 
535), qu'il fut ordonné évéque à l'âge de 45 ans (Patrice, in confessione , cap. 3, 
p. 535), c'est-à-dire entre les années 44° et 460 ; d'où l'on conjeclure que ce concile 
fut assemblé, soit vers ce temps-là , soit après. Quelques auteurs le rapportent à 
l'an 465; d'autres le placent dans leurs collections immédiatement après le concile 
de Calcédoine. Le P. Labbe l'a mis après le concile de Constantinojple de l'an 45o, 
et immédiatement avant celui de Calcédoine. 

(2) Le texte de la plupart de ces canons est si corrompu par la négligence des 
copistes, qu'on a peine à eu deviner le sens; et c'est pour cette raison que nous ne 
les avons pas tous traduits en français. 









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— 516 — 
mettront sur l'aulel de l'évêque, pour qu'il le donne à un aulre pauvre. 
6 e canon. Les clercs ( qui ne seront pas velus d'une manière modeste 
ou) qui seront vus sans tunique et qui ne porteront pas les cheveux 
courts à la romaine , seront sépares de l'Église. Si la femme (d'un por- 
tier ou d'un aulre clerc inférieur) parait sans être voilée, on lui fera 
subir la même peine. 

1" caton. Les clercs, à l'cxcepiion de ceux qui sont esclaves, doi- 
vent assister à l'oflice du soir et du matin , sous peine d'être regardés 
comme étrangers. 

8 e canon. Si un clerc s'est rendu caution pour un païen, et que ce 
païen par astuce n'acquitte pas lui-même sa dette , le clerc donnera la 
somme pour laquelle il a répondu; et si, pour s'en dispenser, il engage 
un duel avec le païen (armis compugnaverit), ce clerc sera exclu de 
l'Église. 

9 e canon. Les moines et les vierges ne doivent point se fréquenter , 
ni séjourner ensemble dans une même hôtellerie , ni courir les campa- 
gnes dans un même chariot. 

10 e canon. Si inceptum boni operis attendent in psaltendo , et nunc 
inlermisit, et comam hubeal, ab Ecclesiâ excludendus, nisi stalim priori 
se restituerit. 

11 e canon. Celui qui reçoit un clerc excommunié doit être puni d'ex- 
communication. 

12 e canon. On ne doit pas recevoir l'aumône d'un chrétien excom- 
munié. 

13° canon. Si un païen veut faire un don à l'Église , on ne doit pas le 
recevoir. 

U» canon. Si quelqu'un se rend coupable du crime d'homicide ou 
de fornication , ou s'il consulte les aruspices , il sera soumis à un an de 
pénitence. 

15» canon. On doit soumettre à six mois de pénitence et à vingt jours 
de jeûne au pain et à l'eau celui qui se rendra coupable de vol. Le 
temps de la pénitence écoulé , on le recevra dans l'église; mais en l'obli- 
geant, s'il est possible, de rendre le vol. 

16° canon. On doit anathématiser un chrétien , qui croit être sorcier 
ou qui feint de l'être , et l'on ne doit pas le recevoir dans l'église jusqu'à 
ce qu'il ait fait pénitence. 

17° canon. On doit excommunier les vierges qui se marient après avoir 
fait à Dieu vœu de virginité ; toutefois , on leur accordera la pénitence, 
mais à condition qu'elles se sépareront de leur adultère, et qu'à l'ave- 
nir elles ne demeureront plus avec lui dans un même lieu. 



- 517 - 



18 e canon. On doil refuser l'entrée de l'église, même la nuit de pà- 
ques , à un excommunié, jusqu'à ce qu'il soil admis à la pénitence. 

10° canon. Si une femme chrétienne quitte son mari pour en épou- 
ser un autre , qu'elle soit excommuniée. 

20° canon. Tout chrétien qui refuse de payer ce qu'il doit, sera 
privé de la communion jusqu'à ce qu'il ait acquitté sa dette. 

21 e canon. Si un chrétien ayant un procès conire un autre chrétien 
l'appelle devant les tribunaux séculiers, au lieu de remettre à l'Église 
l'examen de la cause, on doil le séparer de la communion. 

22 e canon. Si un père consent à l'adultère de sa fille , le père et la 
fille doivent être excommuniés. 

25 e canon. Si un prêtre bâtit une église, il ne pourra y offrir le sa- 
crifice qu'après avoir appelé l'évêque pour la consacrer. 

24 e canon. Il est défendu à un (clerc) étranger qui vient s'établir dans 
un lieu, de baptiser, d'offrir (le sacrifice), de consacrer ei même de 
bâtir une église avec la permission du prince païen , sans avoir aupa- 
ravant reçu celle de l'évêque. 

25' canon. L'évêque doit aller passer quelque temps dans chaque 
église de son diocèse. Ce que les fidèles auront donné durant ce temps- 
là appartiendra, suivant l'ancien usage, à l'évêque qui le gardera pour 
ses besoins ou le distribuera aux pauvres. 

2G C canon. Si un clerc (apparemment le curé du lieu) s'empare de ces 
dons, il sera séparé de l'Eglise. 

27 e canon. Il est défendu à un clerc, sous peine d'être privé de la 
communion, de faire aucune fonction dans le lieu où il vient s'établir, 
sans en avoir auparavant obtenu la permi-sioa de l'évêque. 

28 e canon. Les clercs qui seront séparés de la communion prieront 
chez eux en particulier et non avec d'autres ; ils ne pourront ni offrir, 
ni consacrer jusqu'à ce qu'i's aient satisfait par la pénitence. 

20 e canon. Si quelqu'un demande le baptême , on doit auparavant le 
soumettre à quarante jours de jeûne. 

30 s canon. Si un évoque se trouve hors de son diocèse le saint jourdu 
dimanche, il pourra ce jour-là olfrir le sacrifice, niais il lui est défendu 
de faire aucune ordination sans la permission de l'évêque diocésain. 

51 e canon. Si un clerc l'ait tuer son ennemi par un complice , il doit 
être regardé comme homicide et comme tel excommunié. 

32 e canon. Si un clerc veut racheter des captifs, il les rachètera de 
son propre argent, mais ne les enlèvera pas, et il ne les fera pas échap- 
per, dans la crainte de passer pour un voleur et de déshonorer l'Église. 
53 e canon. Si un clerc vient à nous de la Grande-Bretagne, sans une 













^s 



— 318 — 

lettre de son cvêque , on ne doit point lui permettre d'exercer ses fonc 
lions. 

5i' canon. Si un diacre quille son abbé (ou son curé) 'pour aller s> 
lablir dans une autre paroisse , il ne pourra y servir à l'autel ; mais son 
abbé l'obligera de revenir à son église. Il en sera de même d'un moine 
sorti de son monastère sans la permission de son abbé. 

Les canons de ce concile sont adressés aux prêtres, aux diacres et à 
tout le clergé. Ils ne portent en tôle que les noms de saint Pairice 
d'Auxilius et de Jeserninus , évèquos. 



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I 





1 1 [1 


1 


: 



N° 517. 

CONCILE D'IRLANDE. 

(hibernicum.) 

( (*)• ) — Ce concile fi t trente-un canons. La plupart paraissaient 

être des réponses à diverses questions proposées aux évêques assemblés 
en concile (2). 

1" canon. On ne doit point communiquer avec les pécheurs (appa- 
remment avec ceux qui étaient excommuniés pour leurs crimes). 

2 e canon. Lorsqu'on se trouve dans le besoin, on doit se contenter 
de recevoir des païens la nourriture et le vêtement ; comme la mèche de 
la lampe ne prend de l'huile qu'autant qu'elle en a besoin pour entre- 
tenir la lumière. 

3 e canon. L'abbé doit examiner soigneusement celui à qui il donne 
le pouvoir de lier et de délier. On doit préférer une pénitence courte , 
mais accompagnée des marques d'un sincère repentir, à une pénitence 
longue , mais tiède et languissante. 

i' canon. On ne doit pas maudire un excommunié , mais l'éloigner 
seulement de la communion , de la table (sainte) , de la messe , du baiser 
de paix , et l'éviter, après une correction , si c'est un hérétique. 

(.) Ce concile fut tenu vers le môme temps que le précédent. Les observations que 
nous avons faites pour celui-là s'appliquent également à celui-ci. Il convient d'ajou- 
ter que ce concile ne porte en tete ni le nom de saint Patrice, ni celui d'aucun autre 
évêque. 11 y a même un canon dont la prescription est contraire à la conduite de 
ce saint évêque envers les filles qui voulaient consacrer à Dieu leur virginité : il les 
recevait malgré leurs parents (in amfcsslone, cap. 4, p. 536), tandis que le i 7 « ca- 
non de ce concile demande en termes exprès le consentement du père pour rece- 
voir une vierge. Toutefois, on ne peut douter que ce concile ne soit très-ancien, 
puisque les païens étaient encore très-nombreux en Irlande, comme on le voit par 
le j« canon. 

(2) Le P. Labbc, Sacwsancta concilia, t, III, p. i48a et seauent. 






— 519 — 

fi' et 6' canon. On ne doit juger personne avanl le jour du jugement; 
car Judas ne fut condamné qu'après avoir été admis à la table du Sauveur , 
et le bon larron fut reçu dans le paradis après le supplice de la croix. 

7 e canon. On ne doit pas rebaptiser ceux qui ont reçu le symbole , 
quel que soit le ministre du baptême ; car la semence n'est point souillée 
par l'impureté de celui qui sème. Mais ce n'est point rebaptiser que 
d'administrer le sacrement à ceux qui n'ont pas reçu le symbole. A l'é- 
gard des apostats , il faut les recevoir par l'imposition des mains. 

Se canon. L'Église n'est point établie pour défendre les coupables ; 
cependant il est bon de persuader aux magistrats de se contenter de faire 
mourir par le glaive de la pénitence ceux qui se réfugient dans le sein de 
l'Église. 

9 e canon. Les ministres de l'Église, qui sont tombés dans un pécbé 
canonique, ne pourront plus à l'avenir faire les fondions de leur minis- 
tère , dont ils conserveront seulement le litre. 

10 e canon. Ce canon ne se trouve pas dans les collections. 

11 e canon. Il est essentiel à la pénitence de cesser d'aimer le péché. 

12 e canon. Ceux qui pendant leur vie ne se sont pas rendus dignes 
de participer au sacrifice , ne pourront y trouver des secours après leur 
mort. 

15° canon. In nocte pascliœ si fas est ferre foras. Non foras fertur, sed 
pdelibus deferatur. Quid aliud signi/icat quod in una domo sumitur agnus, 
quant sub uno fidei culmine credilur et communicatur Christus. 

14 e canon. Les novatiens s'abstiennent pendant toute l'année , mais 
les chrétiens ne jeûnent qu'un certain temps. 

15 e canon. On doit à l'exemple du Seigneur instruire le peuple auquel 
on est envoyé , mais le quitter, si on lui devient inutile ; car il est per- 
mis en ce cas de se taire et de se cacher. Au contraire, si l'on espère obte- 
nir de bons résultats , il faut se montrer et instruire le peuple , quelque 
danger qu'il y ail. (Ce canon se fonde dans ces deux maximes opposées 
sur l'exemple de Jésus-Christ , qui ordonna à un de ses disciples de le 
suivre , et à un autre de retourner chez lui.) 

16 e canon. Les ordinations des évoques sont nulles, lorsqu'elles ne 
sont pas faites conformément aux prescriptions de l'Apôtre. 

17 e canon. Les moines doivent vivre dans la solitude, sans richesses 
temporelles , sous la puissance de l'évêque ou de l'abbé ; ils doivent éviter 
en toutes choses ce qui n'est pas nécessaire , car ils sont appelés à souf- 
frir le froid , la nudité , la faim , la soif , les veilles et les jeûnes. (La 
suite de ce canon semble fixer l'âge de la profession à vingt ans, afin 
qu'on s'engage à une vie parfaite dans un âge parfait.) 






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— 320 — 
18 e canon. Ce canon établit la différence des degrés de mérites dans 
les clercs, dans les moines, dans les vierges , dans les veuves et dans les 
laïques fidèles. 

19 e canon. Le caléchuménat doit durer huit jours, après lesquelles 
catéchumènes recevront le baptême aux solennités de pàques , de la pen- 
tecôte et de l'épiphanie. 

21" canon. Unusquisque fructum suum in ecclesiâ in quâ imbutus est per- 
fruatur, nisi causa majoris profeclus adulteris ferre permissa abbalis cogat. 
Si vero exierit causa ulilior, cum beiwdictione dicalur : ecce agnus Dei, non 
quod sua sunl singuli quœrentes , sed quœ Jesu Christi : vocationis autem 
causant non permittum subdilos discurrere. 

22 e canon. Celui-là ne peut être regardé comme fidèle qui ne com- 
munie pas la nuit de pâques. 

23 e canon. Ce canon parait défendre le serment par (out autre nom 
que celui de Dieu. Voici le texte : Nonjurare omninb , de hoc conséquente 
lectiunis séries docet non adjurandam esse creaturam aliam nisi creatorem, 
ut prophetis mos est : vivit Dominas, et vivit anima mea, et vivit Dominus 
cui assislo hodiè. Finis autem contradictions est, nisi Domino. Omni enim 
quoi amat homo, hoc et juratur. 

24 e canon. Statuunt ut per quatuor sancta evangelia antequam commu- 
nicet testatur quid probatur, et deindè snbjudice fama relinquatur. 

25 e canon. Il est défendu d'épouser la femme de son frère ; car cette 
femme n'ayant été qu'une seule chair avec son mari , elle est la sœur du 
frère de ce mari. 

20° canon. Ce canon semble permettre un second mariage aux per- 
sonnes séparées pour cause d'adultère , et regarder le premier mariage 
dissous par ce crime comme il l'est par la mort. 

27 e canon. La vierge (la jeune fille) doit agir suivant la volonté de son 
père, parce que l'homme est le chef de la femme. Mais le père doit faire 
en sorte de connaître la volonté de la vierge ( sa fille), parce que Dieu a 
laissé l'homme sous la puissance de ses desseins : Quod vult pater, faciat 
virgo, quia caput nmlieris vir. Sed requirenda est a paire voluntas virgi- 
nis , dùm Deus reliquil hominem in manu consilii sut. 

28 e canon. Ce canon semble permettre un second mariage aux person- 
nes séparées pour cause d'adultère, et regarder le premier mariage dis- 
sous par ce crime comme il l'est par la mort. 

29e canon. Intelligite quid lex loquitur , non minus r.ec plus : quod au- 
tem obseruatur apud nos, ut quatuor gênera dividanlur, neevidisse dicunt, 
nec legisse. 
50 e canon. Nunquam .*. velitus licet verum observandœ sunt leges jubi- 



- 321 — 

tœi, hoc est quinquag'mla anni, ut non afirmentur incerta .'. Vicerate tem- 
poris, et ideb .\ Omnis netjotia subscriptione romanorum eonfivmanda est. 
31 e canon. Remilluntur quidem omnium peccata in bapiismo , sed qui 
cum fideli conscientiâ infidelem lempor.'. vixit ut fidelis peccator judi- 
candvsest, 

N° 518. 

II e CONCILE D'ARLES (1). 

(ARELATENSE II.) 

(Vers l'an 452 (2).) — Ce concile fut composé des évoques de plusieurs 
provinces, comme on le voit par les décrets relatifs aux métropolitains ; 
mais on n'en connaît ni les noms ni le nombre. Il se donna le nom de 
grand , par opposition aux conciles provinciaux , et fit cinquante-six ca- 
nons de discipline. Les uns sont tirés des conciles d'Orange et de Vaison, 
les autres du premier concile d'Arles de l'an 514 , et de celui de Nicée ; 



I 









(î) Le i" concile d'Arles fut tenu l'an 3i4. 

(2) 11 y a contestation entre les collecteurs sur l'année du second concile d'Arles, 
que les uns mettent à l'an 443 sous levéque saint Hilaire, les autres à l'an 4$» 
ou 4.1 2 , sous l'évêque Ravcnne , et que d'antres enfin rapportent a l'an 443 , pour 
en placer un troisième à l'an i^Si . Ce dernier sentiment est suivi par les savants 
auteurs de Y Art de vérifier les dates. Le P. Pagi place ce concile immédiatement 
après celui de Vaison et dit qu'il fut une occasion au pape saint Léon de s'échauffer 
contre saint Hilaire, qui s'attribuait le droit d'assembler de grands conciles daus 
les Gaules. La première opinion paraît la mieux fondée, quoique la seconde soit 
la plus commune. On lit, en effet, dans la vie de saint Hilaire d'Arles (Opéra 
Léon. t t. 1 ), que Célédonius fut déposé de l'épiscopat en l'an 444» pour avoir 
été ordonné évéque , contre les canons , après avoir épousé une veuve. Or , nous 
ne connaissons point d'autre canon qui ordonne de déposer celui qui aura été 
élevé a l'épiscopat après avoir épousé une veuve, que le 45 e du second concile 
d'Arles. On fit, il est vrai, duns le concile tenu à Valence l'un 3y4 "n canon 
contre les bigames; mais on se contenta d'y déclarer ( 1" canon) que ceux 
qui auraient été mariés deux fois ou qui auraient épousé des veuves ne pourraient 
être ordonnés clercs : on ne les menaça point de la peine de déposition portée 
parle 45" canon du second concile d'Arles. Le concile d'Orange de l'an 44' et 
celui de Vaison de l'an 44 2 y sont cités \ ce qui prouve que ce second concile 
d'Arles n'a pu se tenir avant l'an 443. Malgré ce témoignage en faveur de \:\ pre- 
mière opinion qui place le second concile d'Arles à l'an 443 , nous avons diï suivre 
la seconde qui le met a l'an 4^2 , non qu'elle nous paraisse la mieux fondée, mais 
par cela seul qu'elle est la plus commune. Quant au sentiment des savants bénédic- 
tins qui placent le deuxième concile d'Arles à l'an 443 et un troisième à l'an 4^2 » 
nous le croyons d'autant moins fondé que les cinquante-six canons de ces deux pré- 
tendus conciles sont exactement les mêmes. 

T. I. 21 



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- 322 — 

quelques-uns seulement appartiennent au second concile d'Arles (1). 
1" canon. Un néophyte ne peut être ordonné diacre ni prêtre. 
2 e canon. On ne doit point recevoir dans la prêtrise celui qui est en- 
gagé dans les liens du mariage, s'il ne promet auparavant de vivre dans 
la continence. 

3 e canon. Si un diacre habite avec une femme , à l'exception toutefois 
de son aïeule, de sa mère, de sa fille , de sa nièce et de sa femme (avec 
laquelle il doit vivre dans la continence) , qu'il soit excommunié. Et si 
la femme refuse de le quitter, qu'elle subisse la même peine. 

4 e canon. Un diacre , un prêtre ou un évêque , ne doit point introduire 
dans sa chambre une jeune fille , libre ou esclave. 

5 e canon. L'ordination d'un évêque doit se faire en présence de trois 
évêques de la province et du métropolitain , ou avec son consentement 
par écrit ; les autres évêques comprovinciaux doivent être avertis d'en- 
voyer leur consentement par écrit. 

6 e canon. Celui-là n'est point évêque qui est ordonné sans le consen- 
tement du métropolitain. 

7 e canon. Ceux qui se mutilent dans la crainte de succomber aux ten- 
tations de la chair, ne peuvent être reçus dans le clergé. 

8 e canon. Si quelqu'un reçoit l'excommunié d'une autre église, il en 
rendra compte au Concile. 

9 e canon. On ne doit point recevoir les novaliens dans la communion 
de l'Église, s'ils n'ont auparavant condamné leurs erreurs. 

iO e canon. Ceux qui seront tombés dans la persécution et qui auront 
volontairement renoncé à la foi feront sept ans de pénitence , selon le 
concile de Nicée, savoir : cinq ans parmi les catéchumènes et deux ans 
parmi les communicants (2). 

11' canon. Mais ceux qui n'auront succombé que par la douleur des 
tourments feront deux ans de pénitence parmi les catéchumènes et 
trois ans parmi les pénitents (communicants). 

i2 e canon. On doit admettre à la communion et recevoir l'oblation 
le ceux qui sont morts étant en pénitence. (Le texte porte : Quipœni- 
ientiâ positi vità excesserunl.) 



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(i) Le P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. IV, p. IO io et sequmt.\— L. P. Har- 
douin, Collectio concilia,™,, t. II, p. 77 ,._ Le P. Sirmond, t. I, Concilia antlaua 
Galliœ, p. 102. -DcLalande, Suppléments conciliorum antiquorum Galliœ, p. 27. 

(2) Le concile œcuménique de Nicée (1 10 canon) avait imposé douze ans de pé- 
nitence publique au lieu de sept, comme le prétend ce concile d'Arles, sur le té- 
moignage de Rufin [Bmtia, lib. n, cap. G), qui a mis par erreur sept ans au lieu 
de douze. 



— 323 — 

13' canon. Un évèque, un prêtre, un diacre ou un clerc d'un rang 
inférieur ne doit point quitter son église par quelque cause que ce soit , 
sous peine d'excommunication, s'il refuse d'y retourner. Si un clerc est 
ordonné par l'évêque d'une autre église et malgré son propre évèque, 
l'ordination est nulle. 

14 e canon. Si un clerc prèle de l'argent à usure, ou est fermier des biens 
d'un autre, ou fait un négoce honteux, qu'il soit déposé ou excommunié. 

io° canon. Il n'est point permis à un diacre de s'asseoir an milieu 
des prêtres dans l'église, ou de donner le corps du Christ en présence 
du prêtre ; s'il le fait, qu'il soit dégradé. 

16 e canon. Il faut baptiser les pholiniens et les paulianistes, suivant 
les décrets des Pères (lorsqu'ils viennent à l'église). 

17 e canon. Comme les bonosiaques , à l'exemple des ariens , admi- 
nistrent le baptême au nom de la Trinité , il suffira de savoir d'eux , 
lorsqu'ils veulent se réunir à l'Église , s'ils en embrassent la foi ; et alors 
on pourra les recevoir avec le chrême et l'imposition des mains. 

18 e canon. L'évêque d'Arles a le pouvoir d'assembler le concile (de 
la province) selon sa volonté. Ceux qui y seront invités s'y rendront en 
personne ; en cas d'infirmités , ils y enverront un député. 

19 e canon. Si un évèque néglige d'assister au concile, ou se relire 
avant la fin, qu'il soit séparé de la communion des autres évoques. Il ne 
sera permis de le recevoir que lorsqu'il aura été absous par le concile 
suivant. 

20 e canon. Les conducteurs de chariots (dans les jeux du cirque) et 
les comédiens chrétiens doivent être excommuniés. 

21 e canon. Si une veuve mise en pénitence se remarie, ou si elle a 
un commerce suspect avec un étranger, on doit lui interdire l'entrée de 
l'église ainsi qu'à son mari. Ce décret doit être également observé à 
l'égard des hommes veufs qui convolent à de secondes noces pendant 
leur pénitence , ou qui ont un commerce, illégitime avec une femme 
étrangère (1). 

22' canon. On ne doit pas mettre en pénitence les personnes mariées 
sans le consentement de leur conjoint (car l'état de pénitent engage à la 
continence). 

23 e canon. Si dans le territoire d'un évèque les infidèles allument 
des flambeaux, ou révèrent des arbres , des fontaines ou des pierres, 
l'évêque qui négligera d'abolir cet abus sera coupable de sacrilège; et le 













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(i) Il s'agit ici de la pénitence publique, d'Kprci le P. Siruiond, Concilia anti- 
iun Gitlliœ, [>, i8i/|, nol. in hune locum. 






524 — 



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maître on celui par ordre de qui ces idolâtries se commettent sera ex- 
communie, s'il refuse de se corriger après en avoir été averti. 

24' canon. Que ceux qui accussent faussement leurs frères de crimes 
soient séparés de la communion de l'Église jusqu'à la mort, à moins 
qu'ils ne fassent une pénitence proportionnée à l'énormité de leur crime. 

25" canon. Que ceux qui apostasient après avoir fait une sainte pro- 
fession de la religion et qui retournent au siècle, ne reçoivent point la 
communion , s'ils n'ont auparavant fait pénitence; qu'ils ne soient ja- 
mais admis dans le clergé. 

26 e canon. En l'absence de Pévêque , le prêtre peut donner la béné- 
diction et l'onction du saint chrême à l'hérétique , qui , se trouvant à 
l'article de la mort , demande à se faire catholique. 

27 e canon. Les ministres (des saints autels) qui ont le droit de 
baptiser, ne doivent aller nulle part sans porter avec eux le saint 
chrême, parce que c'est la coutume parmi nous (dans les Gaules) , selon 
les décrets du concile , de ne donner qu'une seule fois le saint chrême. 

28 e canon. Les pénitents en danger de mort recevront la communion 
sans l'imposition des mains (c'est-à-dire sans la réconciliation solen- 
nelle) ; ce qui sullit pour la consolation des mourants, suivant les décrets 
des Pères, qui ont nommé viatique cette communion. S'ils survivent, 
ils continueront leur pénitence et recevront, après l'avoir accomplie, 
l'imposition des mains et la communion légitime. 

29 e canon. On ne doit pas refuser la pénitence à ceux qui la deman- 
dent, pas même aux ecclésiastiques. 

30 e canon. On ne i!oil pas livrer ( au magistrat) ceux qui se réfugient 
dans une église; mais, au contraire, on doit les défendre à cause de la 
révérence que l'on doit au lieu sous la proleciion duquel ils se sont mis. 

31« canon. Si un clerc porte les affaires de la religion ou les causes 
spirituelles devant les juges séculiers , au lieu de les déférer devant 
le concile, qu'il soit excommunié et livré à l'animadversion de tous. 
S'il s'élève une dispute entre les clercs , les évêques de la province 
doivent la terminer par leur jugement, de peur que l'un de ces clercs 
ne la porte devant les juges séculiers. 

ô2 c canon. Si quelqu'un prend les serfs de l'Église au lieu des siens qui 
s'y seront réfugiés, qu'il soit condamné sévèrement par toutes les Église'. 

55 e canon. Si quelqu'un veut réduire en servitude ceux qui auront élé 
affranchis dans l'Église, ou recommandés à l'Église par testament, qu'il 
soit réprimé par la censure ecclésiastique. 

34 e canon. Si quelqu'un veut réduire en esclavage, pour cause d'in- 
gratitude, celui qui aura été affranchi dans l'Église, qu'il ne lui soit point 



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— 323 — 
permis de le faire, a moins qu'il ne prouve auparavant par les actes 
conservés chez les juges que l'affranchi est coupable tic quelque crime. 
55 e canon. Si un évêque veut ordonner un clerc, d'un autre diocèse, 
qu'il le fasse auparavant demeurer avec lui, et qu'il consulte aussi l'é- 
vèque chez lequel ce clerc demeurait, pour savoir s'il n'a pas eu de rai- 
sons pour ne pas l'ordonner. 

56 e canon. Si un évoque veut bâtir une église dans un diocèse étran 
ger, pour son utilité ou pour sa commodité, il doit, après en avoir obtenu 
la permission de l'évèque du lieu, lui en réserver la consécration, l'or- 
dination des clercs qu'il désire y avoir et tout le gouvernement ecclé- 
siastique. 

37 e canon. Si un séculier, après avoir bâli une église , en fait faire la 
dédicace par un évêque étranger, cet évêque et tous les autres qui au- 
ront assisté à cette consécration seront exclus de l'assemblée. 

58 e canon. On peut baptiser ceux qui sont devenus subitement 
muets; et l'on doit accorder aux insensés ce que la piété ne permet pas 
de leur refuser. 

39 e canon. On doit accorder la communion aux énergumènes bapti- 
sés qui travaillent avec soin à leur délivrance, et qui se laissent conduire 
par les conseils et les avertissements des clercs; parce que la vertu de 
ce sacrement peut les fortifier contre les attaques du démon , ou même 
les en délivrer. 

40 e canon. On peut donner le baptême aux catéchumènes énergu- 
mènes, soit en cas de nécessité, soit lorsqu'il y aura opportunité. 

41 e canon. Que ceux qui ont été une fois publiquement agités du dé- 
mon , ne soient point reçus dans le clergé , ou s'ils sont déjà ordonnés , 
qu'ils ne fassent aucune fonction. 

42 e canon. Si deux évoques ordonnent un évêque, et que celui-ci 
reçoive volontairement l'ordination , qu'ils soient tous les trois excom- 
muniés. 

43 e canon. A l'avenir, on n'ordonnera point des diacres mariés, s'ils 
ne font auparavant profession de continence. 

44 e canon. Si l'un de ces diacres ne vit pas en continence, qu'il soit 
chassé du ministère. 

45 e canon. On ne doit point élever au-dessus du sous-diaconat ceux 
qui auront épousé deux femmes ou une veuve. On doit déposer ceux 
qui auront été ordonnés de la sorte. 

46 e canon. Les ravisseurs des veuves qui ont fait profession de chas- 
teté, et les veuves elles-mêmes, si elles ont agi de complicité avec leurs 
ravisseurs, doivent être punis. 



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— 526 — 
«« canon. Ceux qui retiennent les oblations (les legs) des défunts, ou 
m différent de les donner à l'Eglise, seront excommuniés comme sacri 
eges et meurtriers des pauvres ; parce que (dit saint Jérôme dans sa 
lettre à Népotien), si celui qui prend quelque chose à un ami commet 
un vol , celui qui s'empare du bien de l'Église commet un sacrilège 

48 canon. Si un ecclésiastique ne veut pas s'en tenir à la sentence de 
son évêque, qu'il en appelle au concile. 

49 e canon. Si quelqu'un est séparé de la communion de l'Église par 
l'autorité de l'évêque, il doit être privé de tout commerce et de toute 
fréquentation avec les ecclésiastiques aussi bien qu'avec les laïques. 

50* canon. Que ceux qui ont des haines publiques les uns contre 
les autres soient séparés de toute assemblée ecclésiastique jusqu'à ce 
qu'ils soient réconciliés. 

51* canon. Si un enfant exposé devant une église a été recueilli par 
pitié, celui qui l'aura reçu en fera sa déclaration par écrit ; et si dans les 
dix jours l'enfant n'a pas été réclamé , il appartiendra à celui qui l'aura 
recueilli; mais, après ce délai, celui qui le demandera sera frappé de 
censure ecclésiastique comme homicide. 

52 e canon. Si une vierge se marie après avoir fait vœu de virginité, 
elle doit être excommuniée avec son époux. 
53 e canon. Si un valet se tue, son maître n'est point responsable. 
34 e canon. Il plaît au Concile que l'ordre suivant soit observé dans 
l'ordination d'un évêque: pour éviter la simonie et l'ambition, les 
cvêques ( de la province) nommeront trois personnes , parmi lesquelles 
les clercs et les laïques en choisiront une (qui sera ordonnée évêque). 
55 e canon. Si un laïque par zèle pour la religion croit devoir en conférer 
avec un prêtre, il doit s'en rapporter à celui qu'il aura choisi pour se faire 
instruire. 

56' canon. Il est défendu aux métropolitains de porter aucune atteinte 
aux règlements faits par ce grand concile. 

N° 519. 
CONCILE D'ANGERS. 

(andegavense.) 

(Le 4 octobre de l'an 453.) — Ce concile fut tenu par Eustochius (1) 
de Tours, pour l'ordination de Thalassius, élu évêque d'Angers. 
Léon, métropolitain de Bourges, y présida, par la déférence du métro- 

(i) Quelques amours prétendent que saint Perpetuus, qui succéda à Eustochius, 
était alors évêque de Tours ; mais l'erreur nous paraît évidente ; car, selon le téraot- 



— 527 — 

polilain de Tours. On y fit les douze canons de discipline suivants (1). 

1 er canon. 11 est défendu aux clercs de plaider devant les juges sécu- 
liers sans le consentement de leur évêque ; il leur est également défendu 
de voyager et de passer d'un lieu dans un autre sans la permission et les 
lettres de recommandation de leur évêque. 

2 e canon. Les diacres doivent user de déférence envers les pretr 

avec humilité. 
3' canon. 11 est défendu de se faire des violences et des mutilations 

de membres. 

4 e canon. Un ecclésiastique ne doit point fréquenter des femmes 
étrangères ; toutefois il peut fréquenter sa mère, ses tantes et ses sœurs. 
Celui qui ne voudra pas s'en abstenir ne sera point élevé à un grade 
supérieur, et s'il est déjà ordonné, il sera privé de ses fonctions. Ceux 
qui auront livré des villes ou aidé à les prendre seront excommuniés, 
et ils ne pourront même être admis à manger avec les fidèles. 

5 e canon. Les pénitents qui abandonneront la pénitence et les vierges 
consacrées à Dieu qui tomberont volontairement dans le crime , seront 
également excommuniés, et ils ne pourront manger avec les fidèles. 

e canon. Ceux qui épouseront des femmes dont les maris seront en- 
core vivants , seront excommuniés ( car les séparations les plus légi- 
times ne donnent point la liberté de contracter un nouveau mariage). 

V canon. Les clercs qui abandonneront la profession ecclésiastique 
pour vivre en laïques ou passer à la milice séculière , seront avec justice 
séparés de l'Église qu'ils ont abandonnée (2). 

8 e canon. Les moines vagabonds, c'est-à-dire ceuxquiaprès s'être con- 
sacrés à Dieu dans un monastère, en sortent pour aller courir dans les 
provinces, sans y être obligés par aucune affaire ni par aucune néces- 
sité, et sans être munis de lettres qui les autorisent à voyager, seront 
privés delà communion, si, avertis par leur abbé ou par leur évoque, 
ils ne se corrigent point. 

9 e canon. Un évêque ne doit point ordonner des clercs d'un autre 
diocèse sans îe consentement del'évêque diocésain. 

10 e canon. On doit excommunier le clerc qui refuse de s'acquitter 

G na S e de saint Grégoire de Tours {.Hhtoria , lib. x, cap 3i), et d'après le martyro- 
loge romain (8 avril), saint Pcrpetuns mourut l'an 4 9 i , après avoir occupé le siège 
épiscopal de Tours pendant trente ans seulement. 

(i) Le P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. IV,p. 1020. — Le P. Sirmond, Concilia 
anttqua Galtta, t. I, p. 116.— Le P. Hardoain, CollecUo maxima GalUœ, t. Il, 11.777. 

(?) Le texte de ce canon porte : Ûlarlci quoque , qui relictn clero se ad scrulaiem 
mllMam et ad Idicos contulerml, non injuste ab eccleslâ quam reliqueru.nl, amovenlur. 






11 






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— 328 — 
des fonctions de son ministère, à moins qu'il ne prouve que l'on * 
Pas éte e. droit de l'ordonner, parce qu'il, étaij coupât L e "l 
que crime (1). v 1 uei 

«• canon. On ne doit admettre à la prêtrise ou au diaconat que 
ceux qu, n'ont épousé qu'une femme et qui l'ont épousée vierge. 

12 canon. On doit accorder la pénitence et le pardon à tous ceux ou i 
auront confessé leurs fautes et qui se seront convertis; néanmon Sce 
pardon ^ réservé à la prudence de l'évoque, qui ' ne .Cdl 
qu âpre» la pénitence. 4 

N* 320. 
CONCILE DE JÉRUSALEM. 

(jEROSOLYMITANUM.) 

(L'an 453.) - Ce concile, composé des évêques des trois Palestine» 
fut assemble après le rétablissement de Juvénal et l'expulsion de Théol 
dose, faux eveque de Jérusalem (2). Les actes en sont perdus. 

N° 321. 

CONCILE DE BOURGES. 

(bituricense.) 

• M* U " 0rC '" rJ ""'° " "" ,,, ' i " Ji, " er "■«"* *»■ 

N° 522. 

JH e CONCILE D'ARLES. 
(arelatense III.) 

(Le 30 décembre, vers l'an 455 (4).) - Le florissant monastère de Lé- 
r us, fonde vers l'an 410 par saint Honorât, depuis évéque d'Arles 
élut soumis a la juridiction de révêque „ e ^..^ ^ tout ^ 

(.) Le teue de ce canon es. fort embarrassé; il porte : Quicumaue autem vel de 
la,,, V el<te clero. min islri fuerinl ordinaU, et obseroare noluerint; si Lus col LÎ 
«« non Uceat, nlsi fo«è reprooa.erint cri min0 sos. - Le P. Sirmond don e 7 Ta! 

::j:t ; e r on ; sisnifica,ion suivante ■■ • °» - ** —i" £ 

onne q uaprès , blen convaincu du ^ ^ ^ ..^^ P 

l»; lillcmoni, mémoires. 

(3) T. H. De Lalande, Suppl. concil. ontia. GalU<z, p. 3,. - Le P Labbe 
Socrosancta concilia, t. IV, p. ,819. ' 

P £1^7 H 1 "! ° e "r" 6 ' ^ 46 ' ' U K ManSi ' '' an 45G ; le P. Labbe , .e 

n 4 5 -V„ , j 4 1 ï ^ "• Sirm ° Dd en ' re ,C! annéeS «» *' < 6 °> "■* ver 
455.-Vo.rJ. An,heI m H, S)rfc ^ ece /^f 0roM ^ ) „„ „ 



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— 529 — 

temps de son épiscopat, Léonce eut autorité sur tous les ecclésiastiques 
de cette abbaye : aucun d'eux ne fut ordonné que par lui ou par ses 
ordres; ceux qui appartenaient à un autre diocèse n'y faisaient les 
fonctions de leur ordre qu'avec son agrément ; c'était à l'évèque de Fré- 
jus qu'on envoyait demander le saint chrême, et c'était encore lui qui 
confirmait les néophytes de Lérins. Quant aux laïques du monastère, 
ils dépendaient uniquement de l'abbe , et l'évèque de Fréjus ne les or- 
donnait qu'à la prière de l'abbé. Mais Léonce étant mort, Théodore, 
son successeur, entreprit de s'attribuer de nouveaux droits sur l'ab- 
baye de Lérins ; Fauste , qui la gouvernait alors , s'y opposa fortement ; 
ce qui fut la cause d'un grand scandale dans la province. 

Pour remédier à ces désordres, Ravenne, évoque d'Arles, tint un 
concile où se trouvèrent avec le célèbre Rustique de Narbonne onze 
évêques, dont la plupart avaient été moines à Lérins. Les parties s'é- 
lant fait mutuellement satisfaction et excuses, le Concile déclara que 
Théodore et ses successeurs dans revécue de Fréjus n'auraient sur l'ab- 
baye de Lérins que les droits que Léonce y avait exercés, et que les 
moines laïques continueraient de rester sons le gouvernement de l'abbé, 
sans que l'évèque pût s'en mêler en aucune manière. « Car il est con- 
« forme à la raison et à la religion, disaient les évêques du concile dans 
o leur lettre synodique, que toute la congrégation laïque du monastère 

< soit en la libre disposition et sous l'unique gouvernement de l'abbé 

< qu'elle aura choisi , mais en observant soigneusement la règle établie 
i par le fondateur du monastère. » Voilà une exemption monastique 
antérieure à l'ordre de saint Renoit. Ce n'est donc pas, comme l'as- 
surent quelques auteurs, depuis la naissance de cet ordre qu'elles ont 
eu lieu en Occident. 

N° 523. 
* CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexa.ndiunum.) 

(Vers l'an 457.) — L'empereur Marcien étant mort le 2G janvier de 
l'an 457 (1), Léon, son successeur, quoique sincèrement attaché à la 
religion, montra dès le commencement de son règne une sorte de 






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(i) La mémoire de cet empereur est en vénération dans l'Église à cause de ses 
vertus et des services qu'il rendit à la religion. Il fit des lois contre les eulychieus ; il 
révoqua tous les rescrits accordés contre les canons, et, par dérogation à une 
loi de Valentinien I er , il permit aux vierges et aux veuves consacrées à Dieu de 
donner aux églises, aux clercs, aux moines ou aux pauvres tout ce qu'elles vou- 
draient, soit par donation, soit par testament. 






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— 530 — 

faiblesse et d'hésitation qui releva partout les espérances des hérétiques. 
Les eutychiens , toujours nombreux en Egypte , entreprirent alors de 
placer sur le siège d'Alexandrie Timothée, prêtre et moine de leur 
secte , surnommé Elure ou le Chat, à cause peut-être de l'artifice dont 
il se servit pour satisfaire ses vues ambitieuses. Il s'était déjà fait remar- 
quer par ses déclamations contre le concile de Calcédoine, et parla 
s'était acquis une certaine réputation dans son parti. Pendant la nuit , 
il rôdait autour des cellules des moines , les appelait par leur nom et se 
donnait pour un ange envoyé du ciel qui venait les avertir de fuir la 
communion de Protérius et de choisir pour évêque le moine Timothée. 
Excités par les apparitions nocturnes de ce fourbe ambitieux, une 
troupe d'eutychiens et de gens séditieux se répandirent en tumulte dans 
la ville , s'emparèrent de l'église épiscopale et firent ordonner Timolhée 
par deux évêques eutychiens chassés de leur siège. Ensuite ils pour- 
suivirent le patriarche Protérius , qu'ils percèrent de plusieurs coups 
d'épée au moment où il était en oraison dans le baptistère; et après avoir 
suspendu son corps pendant quelque temps au milieu d'une place pu- 
blique , ils le traînèrent dans les rues de la ville et le mirent en pièces. 
Quelques-uns de ces fanatiques poussèrent même la rage jusqu'à boire 
de son sang. On brûla les restes de ses membres et on en jeta les cen- 
dres au vent. Quelques catholiques furent martyrisés avec le saint 
évêque d'Alexandrie. Après le massacre de Protérius, le moine Timo- 
lhée exerça toutes les fonctions de patriarche ; il eut même l'audace de 
tenir un faux concile avec quatre ou cinq évêques eutychiens et d'ana- 
thématiser le concile de Calcédoine et tous ceux qui en suivaient la doc- 
trine , nommément le pape saint Léon , Analolius de Constantinople et 
les autres patriarches. 



N° 524. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

( CONSTANTINOPOLITAHUM. ) 

(Vers l'an 457.) — Après avoir usurpé le siège d'Alexandrie, le même 
Timothée persécuta les catholiques dans toute l'Egypte ; il en fit chasser 
les évêques orthodoxes, mit partout dans les églises et les monastères 
des évêques et des prêtres de son parti, défendit à tous les autres d'exer- 
cer aucune fonction et aux fidèles de communiquer avec eux; de sorte 
que les ecclésiastiques se trouvèrent contraints , pour échapper aux vio- 
lences des factieux, de prendre la fuite ou de se tenir soigneusement 
cachés. Plusieurs évêques catholiques se rendirent à Constantinople et 



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— 531 — 

présentèrent au nom de tous une requête à l'empereur, pour demander 
la déposition de Timothée, l'élection canonique d'un patriarche et le 
maintien de la doctrine définie à Calcédoine. De leur côté , les cuty- 
chiens envoyèrent une députation avec des lettres portant que les ma- 
gistrats et le peuple d'Alexandrie ne voulaient point d'autre évèque que 
Timothée, et un mémoire fort artificieux dans lequel ce moine s'effor- 
çait de montrer que le saint concile de Calcédoine avait embrassé le 
Nestorianisme. L'empereur Léon renvoya toutes ces pièces au patriarche 
de Constantinople et lui proposa d'assembler son clergé avec tous les 
évêques qui se trouvaient dans cette ville, pour donner leur avis sur 
l'élection de Timothée et sur les décisions du concile de Calcédoine. Il 
écrivit en outre au pape saint Léon , à Basile d'Antioche, à Juvénal de 
Jérusalem et aux métropolitains des églises d'Orient , les priant de réu- 
nir pour le même objet les evêques de leur province (1). 

Anatolius tint un concile nombreux dont le résultat fut une lettre 
synodale adressée à l'empereur pour lui déclarer qu'on devait regarder 
comme nulle l'ordination de Timothée et qu'il n'était pas permis de 
remettre en question la doctrine d'un concile reçu de toute l'Église. 

N° 52!î. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(L'an 458.) — Ce concile fut tenu par le pape saint Léon pour résoudre 
certaines difficultés que les invasions des huns avaient fait naître (2). 

N° 520. 

COiNClLE DE CONSTANTINOPLE. 

(C0NSTANTIN0P0LITANU5I.) 

(L'an 459.)— Le patriarche Gennade, successeur d'Anatolius, tint 
à Constantinople un concile de quatre-vingt-un ou quatre-vingt-deux 
évêques dont il ne nous reste que la lettre synodale contre les simo- 
niaques (3). Le concile de Calcédoine avait condamné la simonie ; le 
concile de Constantinople renouvela cette défense en ajoutant l'ana- 
thème à la déposition , pour empêcher qu'on n'osât corrompre par des 

(i) Évagre, lllslorla, lib.li. — Libcratus , liiwiar. — VicKir Tunon., Chrontc. 
(a) Tillemont, Mémoires. 

(3) Celle lctlre esl sans date. Balsainon l'a placée dans le corps des lois CCClésiaS- 
tiqUCS. 



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— 552 — 

interprétations et des sophismes la pureté de l'ÉvaDgile : il déclara donc 
déposés et excommuniés , sans aucune exception , tous les clercs ou 
laïques qui auraient voulu acheter ou vendre le ministère ecclésiastique, 
disant qu'il fallait que la grâce fût toujours grâce et qu'elle ne s'achetât 
point avec de l'argent. 

N° 527. 
I" CONCILE DE TOURS. 

(turonicum VEL TURON'ENSE 1.) 

(Le 18 novembre de l'an 461.) — Huit évoques s'étant assemblés le 
11 novembre à Tours à l'occasion de la fête de saint Martin, saint Per- 
pétuus y tint un concile dans lequel on fit les treize décrets suivants, 
pour rétablir l'ancienne discipline ecclésiastique (1). 

1 er canon. Si la continence est commandée aux laïques, afin qu'ils 
puissent vaquer à l'oraison et se faire exaucer de Dieu , à plus forte rai- 
son l'est-elle aux prêtres et aux diacres qui doivent en tout temps être 
prêts à offrir le sacrifice et à administrer le baptême. 

2 e canon. Les anciens décrets des Pères privaient de la communion 
les prêtres et les diacres mariés qui , après leur ordination , conti- 
nuaient d'avoir commerce avec leurs femmes ; voulant user de modé- 
ration envers ces clercs incontinenls , nous leur laissons la commu- 
nion , mais nous voulons qu'ils soient privés de leurs fonctions et qu'ils 
ne puissent être élevés à un grade supérieur. Tous ceux qui exercent 
les fonctions du saint ministère doivent éviter l'excès du vin , sous peine 
d'être punis selon les canons. 

5 e canon. Tout clerc qui , après avoir été averti par son évêque , 
continue de fréquenter des femmes étrangères, doit être excom- 
munié. 

4 e canon. Un clerc (inférieur) à qui le mariage est permis ne doit 
point épouser une veuve; s'il le fait, qu'il soit réduit au dernier rang 
(celui de portier). 

5« canon. Si un clerc abandonne son ministère pour s'engager dans 
la milice ou pour vivre en laïque , qu'il soit excommunié. 

C e canon. Ceux qui épousent des vierges consacrées à Dieu, ou qui 
abandonnent la profession religieuse, doivent être excommuniés jusqu'à 
ce qu'ils fassent pénitence. 

(i) S. Grégoire de Tours, Histaria, lib. x, cap. 3i. — Le P. Labbe, Sacrosancta 
concilia, I. IV, p. io5o. — Le P. Sirmond, Concilia antiqua Galliœ, I. I, p. n3. — 
Le P. Hardouin, Collectio maxlma coniiliorum, t. II, p. 793. 



— Z"> - 

7* canon. On ne doit point communiquer avec les homicides jusqu'à 
ce qu'ils aient effacé leur crime par la pénitence. 

8 e canon. Les fidèles ne doivent point manger avec ceux qui , après 
avoir reçu la pénitence, en abandonnent les exercices pour se livrer de 
nouveau aux plaisirs du siècle, afin que la crainte de ce châtiment, qui 
couvre les coupables de honte et de confusion , retienne les autres pé- 
nitents de suivre son exemple. Si on ne punit point ainsi les coupables, 
on pourra les priver de la communion de l'Église. 

9 e canon. Si un évêque s'attribue les peuples ou les clercs d'un 
autre évêque, qu'il soit privé de la communion de ses confrères. 

10 e et 11 e canon. Si un clerc abandonne son église sans la permis- 
sion de l'évèque, pour se donner à un autre, qu'il soit excommunié. 
Et s'il est élevé à un degré supérieur par son nouvel évêque, son ordi- 
nation est nulle, à moins que l' évêque légitime n'y donne son consen- 
tement. 

12 e canon. Les clercs ne doivent point voyager hors de leur diocèse, 
sans avoir des lettres de recommandation de leur évêque. 

15 e c\N0N. Les clercs qui font quelque trafic, doivent l'exercer sans 
usure ; car elle est défendue par la sainte Ecriture et par les décrets des 
Pères; et il est évident que ceux qui violent les préceptes divins ne 
pourront parvenir a la gloire éternelle. 

N° 528. 

CONCILE DE LYON. 
(logdonense.) 

(L'an 401.)— Ce concile fil un décret sur la cliastelé des prêtres ; 
c'est tout ce que les écrivains en rapportent (I). 

N 8 529. 
CONCILE DE VANNES, EN BRETAGNE. 

(VENETENSE.) 

(L'an 461 (2).)— Ce concile fut assemblé par saint Perpétuus de Tours 

(l) De Lalande, Supp. mneil. ant. Gull., p. 33.— Le P. Labbe, Saenatmeto 
concilia, t. IV, p. 1 820. 

(t) On met ordinairement ce concile, dont on ignore la date précise, vers 
l'an ^65 ; mais dans la nouvelle édition des Conciles de France, on le place à 
l'an 46i , et l'on y dit qu'il fut célébré pende temps après celui de Tours. 



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— 334 — * 

pour l'élection et l'ordination de Paterne (1) , évêque de Vannes. On y 
lit seize règlements dont la plupart sont semblables à ceux du concile 
de Tours (2). A la tête de ces canons se trouve une lettre adressée par 
les six évêques du concile de Vannes à Victorius du Mans et à Thalassius 
d'Angers que des empêchements légitimes retenaient dans leurs églises. 
1 er canon. Les homicides et les faux témoins doivent être séparés de 
la communion de l'Église jusqu'à ce qu'ils aient effacé leurs crimes par 
la satisfaction de la pénitence. 

2» canon. On doit séparer de la communion de l'Église ceux qui ré- 
pudient leurs femmes comme adultères et qui en épousent d'autres, sans 
avoir prouvé le crime des premières. 

5 e canon. On doit priver non-seulement de la communion des sacre- 
ments , mais encore de la table des fidèles , ceux qui , après s'être sou- 
mis à la pénitence , en interrompent les exercices pour se livrer de nou- 
veau à leurs anciennes habitudes et à une vie toute séculière. 

4<= canon. On doit excommunier et mettre au rang des adultères 
celles qui , après avoir fait profession de virginité et reçu la bénédic- 
tion par l'imposition des mains , seront trouvées coupables d'adultère. 
5 e canon. On doit excommunier les clercs qui parcourent les pro- 
vinces sans lettres de recommandation de leur évêque. 

6 e canon. On doit excommunier aussi les moines qui voyagent sans 
lettres de recommandation , et si les réprimandes ne sont pas suffisantes 
pour les corriger , on doit les punir corporellement. 

"' canon. Il n'est point permis aux moines d'avoir des cellules parti- 
culières , si ce n'est dans l'enceinte du monastère et avec la permission 
de l'abbé. Et cette permission ne doit même être accordée qu'à ceux 
qu'une longue expérience fait juger capables d'une plus grande solitude 
ou à ceux qui, par leurs infirmités, ne peuvent garder la règle ordinaire. 
8° canon. 11 n'est point permis à un abbé d'avoir plusieurs monastè- 
res et diverses demeures , si ce n'est des retraites dans les villes pour 
se mettre à couvert des incursions de l'ennemi. 

9 e canon. Il est défendu aux clercs , sous peine d'excommunication, 

de s'adresser aux tribunaux séculiers sans la permission de leur évêque. 

Mais si l'évêque leur est suspect ou si c'est avec lui-même qu'ils sont 

en contestation, ils s'adresseront aux autres évêques (de la province). 

10 e canon. Pour le maintien de la charité fraternelle , un évêque ne 







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(i) Quelques auteurs disent qu'il s'agissait de l'ordination de Libérât. 
(3) Le P. Sirmond, Concilia ont. Gai., t. I, p. 37. — Le P. Labbe, Sacrosancla 
concilia, t IV, p. io54. — Hardouin , Collect. concil., t. II, p. 79.5. 



— $88 — 

pourra promouvoir à un degré supérieur un clerc~ ordonné par un 
autre évêque , sans la permission de celui-ci. 

II e canon. Les prêtres , les diacres et les sous-diacres et tous ceux 
à qui le mariage est interdit doivent éviter les festins des noces et les 
assemblées dans lesquelles on chante des chansons deshonnêtes et où 
l'on danse , afin de ne pas salir leurs yeux et leurs oreilles destinés aux 
saints mystères par des paroles indécentes et des spectacles honteux. 

12 e canon. Tous les clercs doivent éviter de manger avec les juifs, 
parce qu'ils ne mangent pas de toutes les viandes qui sont permises aux 
chrétiens. 

15 e canon. Le clerc qui se sera enivré doit être séparé de la commu- 
nion pendant trente jours , ou puni corporellement; car le mal que fait 
un homme ivre, sans le savoir, ne laisse pas de le rendre coupahle, 
parce que son ignorance est l'effet d'une aliénation d'esprit volontaire. 

14 e canon. Un clerc qui aura manqué d'assister aux prières du matin 
(à l'onice des laudes) sans excuse légitime , sera privé durant sept jours 
de la communion. 

15" canon. L'ordre des cérémonies et l'usage de la psalmodie doit être 
le même dans toute la province. 

16 e canon. Il s'est introduit parmi les ecclésiastiques , faisant pro- 
fession de deviner l'avenir , l'usage superstitieux d'inspecter l'histoire 
sainte pour connaître l'avenir, divination qu'ils appellent les sorts des 
saints ; nous défendons cet abus , sous peine d'excommunication , parce 
qu'il est contraire à la foi catholique. 









N° 550. 
CONCILE DE ROME. 

[(romanum.) 

(Mois de novembre de l'an 462.) — Hermès, archidiacre de Nar- 
bonne, ayant été ordonné évêque de Béziers par saint Rustique, les ha- 
bitants de celte ville refusèrent de le recevoir , sous prétexte que sa vie 
passée le rendait indigne de l'épiscopat. Sur ces entrefaites, saint 
Rustique étant mort, Hermès se mit en possession du siège épiscopal de 
Narbonne contre les canons. Le prince Frédéric , frère de Théodoric , 
roi des goths, se plaignit à Rome de cette usurpation. Le pape Hilarus, 
qui venait de succéder à saint Léon , fit examiner cette affaire dans un 
concile d'évêques, venus à Rome de diverses provinces pour célébrer 
l'anniversaire de son ordination , et ordonna pour le bien de la paix et 



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- 336 — 
par indulgence qu'Hermès resterait évoque de Narbonne, mais qu'il 
serait privé du droit d'ordonner les évêques de la province, voulant 
qu'après la mort d'Hermès ce droit revînt à l'evêque de Narbonne et que 
de son vivant il fût exercé par Constantin d'Uzès, comme étant le plus 
ancien de la province. Saint Hilarus notifia cette décision aux évêques 
des Gaules par une lettre du 5 décembre de l'an 462 , où il leur recom- 
mande de tenir au moins tous les ans un concile et confère à l'evêque 
d'Arles le droit de le convoquer et d'en marquer le lieu et le temps dans 
sa lettre aux métropolitains. Le Souverain-Pontife ordonne encore que 
les ecclésiastiques ne pourront sortir de leur diocèse sans une lettre de 
leur métropolitain , et qu'il ne sera point permis d'aliéner les biens de 
l'Église sans l'approbation du concile provincial ou national , à moins 
qu'il ne s'agisse de terres désertes ou onéreuses. 

N° 551. 
CONCILE D'ARLES. 

(arelatense.) 

(Sur la fin de l'an 463.) — Saint Léon avait ordonné en l'an 450 que 
les Églises de Valence, de Tarentaise, de Genève et de Grenoble de- 
meureraient soumises à la métropole de Vienne et que les autres Églises 
de la province de Vienne reconnaîtraient l'evêque d'Arles pour leur 
métropolitain. Sans avoir égard à ce règlement, saint Mamert de Vienne 
ordonna un évèque pour l'Église de Dié, quoiqu'elle eût passé sous la 
juridiction de l'evêque d'Arles par l'ordonnance du pape saint Léon. 
Gondiac, roi des bourguignons , s'en plaignit au pape Hilarus, qui écrivit 
à Léonce d'Arles , le 10 octobre de l'an 463 , d'examiner la conduiie de 
Mamert dans le concile de la province. Les évêques s'étant donc assem- 
blés à Arles , au nombre de vingt, rendirent compte au pape de coite 
affaire, en désapprouvant la conduite de Mamert. Dans sa réponse, 
Hilarus maintint les droits du métropolitain d'Arles contre les préien- 
tions du métropolitain de Vienne. Toutefois en défendant à saint Ma- 
mert de semblables entreprises, sons peine d'être privé de sa juridiction 
sur les Églises laissées à l'evêque de Vienne par saint Léon, qui dès lors 
seraient soumises à la métropole d'Arles, il autorisa Léonce à ratifier 
l'ordination de l'evêque de Dié (1). 

(l) Hilarus, Epislolœ g", io # et n*. — Le P. Labhe, Sacrosancta concilia , t.IV, 
p. io43 et i8ao — De Liilandc, Supp. concil. uni. Gai!., p. 34.— Le P. Haidouin, 
Coll. concil., t. Il, index. 









— 337 — 

N° 552. 

CONCILE DE TARRAGONE. 

(tarraconense.) 

(L'an 461.) — Sylvain , évêque de Calahorra, ordonnait des évoque» 
sans le consentement d'Ascagne de Tarragone , son métropolitain. 
Averti de cette violation des règlements, Ascagne tint un concile des 
évoques de la province , et , de concert avec eux , écrivit une lettre au 
pape Hilarus pour lui demander ce qu'il devait ordonner touchant 
l'évêque Sylvain et pour le prier en même temps de confirmer la 
translation de l'évêque Irénée que Nundinaire de Barcelone avait dé- 
signé, en mourant, pour son successeur, disant que cette translation 
avait été agréée par le peuple et le clergé de Barcelone et par les évê- 
ques de la province. 

N° 555. 

CONCILE DE ROME. 

(romanusi.) 

(Le 17 novembre (1) de l'an -465.) — Le pape Hilarus tint ce concile 
à l'occasion de l'anniversaire de son ordination. 48 évoques y assistè- 
rent; deux étaient des Gaules , Ingenuus d'Embrun et Salurnus d'Avi- 
gnon; tous les autres étaient du vicariat de Rome. Saint Maxime de 
Turin est nommé le premier après le pape , comme étant le plus ancien. 

1 er canon. Saint Hilarus exposa d'abord que sa qualité de premier 
évêque l'obligeait à veiller avec plus de soin qu'aucun autre au main- 
tien de la discipline de l'Église; car s'il négligeait de le faire, il serait 
d'autant plus coupable que sa dignité était plus grande. 

2 e canon. Il dit ensuite qu'il fallait prendre garde d'élever aux ordres 
sacrés ceux qui auraient été mariés à des vierges ou qui l'auraient été 
deux fois. 

3 e canon. Il ajouta qu'on devait encore exclure des ordres ceux qui 
ne savaient pas les lettres , ou qui avaient fait pénitence publique , ou à 
qui l'on avait coupé un membre. 

4 e canon. Puis il dit qu'un évêque devait condamner de lui-même ce 
que lui ou ses prédécesseurs avaient l'ait contre les règles de l'Église , 
sous peine d'être châtié. 

5 e canon. Enfin , il défendit aux évêques de désigner en mourant 

(i) Quelques auteurs disent que ce concile se tint le 19 du même mois. 








T. IL 



22 



— 358 — 

leurs successeurs , rejeta la translation d'Irénée ol blâma les entreprises 
de Sylvain. 

Tous les évoques approuvèrent ces règlements par acclamations , et le 
pape Hilarus conclut en déclarant que les actes de ce qui venait de se 
passer seraient envoyés à toutes les Églises (1). 

N° 554. 
CONCILE D'ANGLETERRE. 

(dritan.nicum.) 

(Vers l'an 4G5.) — On met au nombre des conciles l'assemblée que 
firent les bretons dans la province de Galles pour l'élection d'un roi. Le 
choix tomba sur Ambroise Aurélien , homme sage et modeste, et le seul 
romain qui restAt dans l'île (2). 

N° 55». 
CONCILE DE CHALONS-SUR-SAONE. 

(C\D1I.I.0.NENSE.) 

(L'an 470.) — Ce concile|iut tenu par saint Patient , métropolitain de 
Lyon, pour l'élection d'un évêque de Châlons. Le choix tomba sur un 
saint prêtre de Lyon , nommé Jean (3). z 

;N n 55C. 

* CONCILE D'ANTIOCIIE. 

(*BnPIUCHENPU.) 

i^an %1\.) — Zenon i'isaniien, gendre de l'empereur Léon, ayant 
Vibtcnu le gouvernement d'Orient , emmena avec lui à Aniioche un prê- 
tre euiychien nommé Pierre, et qui fut depuis surnommé le Foulon , 
parce qu'il avait exercé ce métier. Chassé du monastère des Acémètes et 
interdit de ses fonctions à cause de ses déclamations contre le concile de 
Calcédoine, ce prêtre hypocrite et intrigant s'était retiré à Constanti- 
nople, où ses flatteries , ses basses complaisances et une apparence de 
piété lui concilièrent bientôt la laveur et la protection de quelques cour- 

(i) Le P. Labhe . Sacrosancla concilia, i. IV, p. io6o. 

{?.) Le P. Labbe, Sacrosnitctct concilia, t. IV, p. 10:19. — Oilil., De excid, Bri- 
**m , cap 25. 

(3) Siclonius, Historiu, lib. îv ; Epislola aS. — Le P. Sirruond, Çaneil. mil. Gutl., 
1.1, p. >/|i.— De Lalamlc, Su/ipl. concil, mit. GaU., p. 35. — Le P. Laljbe , 
Suer, concil.! t. IV, p. 1830. 



— 339 — 

lisans. Dès qu'il fut arrivé à A Mioche, il gagna quelques hérétiques 
apollinaristes ou eutychiens , se mit à calomnier le patriarche Martyrius 
en l'accusant de Nestorianisme et tint ensuite un faux concile de ses 
partisans, dans lequel il fit au trisagion (1) cette addition impie : « qui 
avex été crucifié pour nous, » voulant marquer par là que la divinité 
elle-même avait souffert, et prononçant anathème contre tous ceux qui 
refuseraient d'approuver ces mots. 

Une partie du peuple et du clergé se déclara pour Pierre-le-Foulon ; 
et comme le gouverneur favorisait ouvertement les schismatiques , le 
patriarche Martyrius , après avoir vainement essayé de les ramener, et 
voyant la division augmenter chaque jour, prit par découragement le 
parti de quitter son siège. Il déclara publiquement qu'il abandonnait un 
clergé indocile, un peuple désobéissant et une Église corrompue. Alors 
Pierre s'empara du siège vacant et se fit reconnaître pour patriarche 
d'Anlioche. A la nouvelle de celte usurpation , Gennade de Constanti- 
nople dénonça cet intrus à l'empereur, qui ordonna de le chasser et de 
le reléguer dans les déserts de l'Oasis en Egypte ; mais le Foulon , averti 
de cet ordre, en prévint l'exécution par la fuite. Julien fut ensuite élu 
patriarche d'Anlioche par le consentement commun du peuple et du 
clergé (2). 

N° 557. 
CONCILE DE BOURGES. 

(bITURICE.NSE.) 

(L'un 473 (3).) — Sidonius , évèque de Clermont en Auvergne , pro- 
clama dans ce concile Simplicius évoque de Courges , en vertu du 
droit que le peuple de celle ville lui avait donné d'élire un évèque , afin 
de faire cesser les intrigues de plusieurs ambitieux qui demandaient 
ouvertement l'épiscopal (4). 




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(i) On appelait ainsi, a cause de la triple répétition du mot «flot, relie prière : 
Sanclus DeiiSySanctusforlis, sanctus immorlalis, miserere nobis. Pierre-le-Foulon, après 
le mot immorlalis, ajouta : qui crucifixus es pro nobis. Or , comme cette prière s'a- 
dressait à la Trinité, l'addition de ce» mots faisait supposer naturellement que la 
passion était attribuée à la nature divine. 

(2) Théodore-Lecteur, Hist., lib. I, p. 554- — Liberatus , Breviar. — Nicéphore, 
Hisloria, lib. XV, cap. 58. — Brevis historiu Eutych, — Le P. f.abbe, Sncrosanela 
concilia, t. IV, p. 1082. 

(3) Quelques auteurs placent ce concile vers l'an /f]l. 

(4) Sidonius, lib. vu, Epistolœ 5, 8, 9. — Le P. Sirmond, Concil. ant. Gall,, t, I, 
— I.e P. Labbe, San; concit., t. IV, p. 1820. 



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340 — 






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N° 358. 
CONCILE DE VIENNE, EN DAUPHINÉ. 

(VUNNEXSE.) 

(L'an 475 ou avant.) — Pendant qu'Évaric, roi des visigoths, faisait 
endurer aux catholiques des Gaules des calamités de tout genre, soit par 
les persécutions qu'il exerçait contre eux à cause de leur religion , soit 
par les guerres qu'il entreprenait pour étendre sa domination et s'empa- 
rer des villes qui appartenaient aux romains ou aux bourguignons , des 
iléaux non moins terribles vinrent se joindre à ces calamités. La famine 
et les maladies occasionnées par les ravages de la guerre ou par l'in- 
tempérie des saisons, des incendies fréquents, des tremblements de 
terre , des bruits lugubres pendant la nuit , des spectres effrayants et des 
bêtes féroces qui se répandaient en plein jour au milieu des villes ; tout 
cela produisit une si grande frayeur à Vienne , que les principaux habi- 
tants crurent devoir en sortir, de peur d'être enveloppés sous ses ruines. 
Un incendie qui éclata pendant qu'on célébrait l'office de pâques , vint 
encore augmenter les alarmes. Saint Mamert forma dés lors la résolution 
d'instituer des jeûnes et des processions solennelles pour apaiser par la 
pénitence la colère du Ciel , et il choisit pour cela dans une assemblée 
les trois jours qui précèdent la iête de l'ascension (1). 

C'est ainsi que les rogations commencèrent dans l'Église de Vienne , 
d'où elles passèrent bientôt dans les autres provinces des Gaules et en- 
suite dans toute l'Église. Ce fut le pape Léon III qui les introduisit à 
Rome vers la fin du huitième siècle. 

IN 4 339. 

CONCILE D'ARLES (2). 

(g\lmcanim.) 

(Vers l'an 475.) — Le terme prédestination , dans le langage théolo- 
gique , exprime le dessein que Dieu a formé de toute éternité de conduire 
par sa grâce certains hommes au salut éternel. Telle est la définition qui 
résulte des paroles de saint Augustin et de saint Thomas , les deux plus 
savants docteurs de la Chrétienté. « La prédestination, dit saint Augus- 

(i) Sidonius, lib. vu, Epistola i, p. 1014. — Avil, Homel. de rogal., in operibus 
Sirmundi, t. II, p. i35, i36.— Le P. Labbe, Sacr. conc, t. IV, p. io4o.— Gejrgfs 
Colvcncrius, Çhronicon cameraceiise et utmbatense, p. 23. 

(a) On croit que ce concile se tint à Arles, par la raison que Léonce, évêqtie de 
cette ville, y présida. 



— 341 



< tin, esl la prescience et la préparaiion , des bienfaits par lesquels sont 
i certainement délivrés ceux que Dieu délivre (1). » — i La prédestina- 
i tion , dit saint Thomas , est la manière dont Dieu conduit la créature 

< raisonnable à sa fin, qui est la vie éternelle (2). > Après être tombés 
d'accord sur la signification de ce mot , les théologiens catholiques sont 
convenus de plusieurs vérités essentielles qui sont formellement conte- 
nues dans l'Écriture-Sainte ou qui ont été décidées par l'Église contre les 
pélagiens, les semi-pélagiens et plus tard contre les protestants. Ces 
vérités enseignent , 1° qu'il y a en Dieu un décret de prédestination, c'est- 
à-dire une volonté absolue et efficace de donner le royaume des cieyx 
à tous ceux qui y parviennent en effet (3) ; 2° que Dieu , en les prédes- 
tinant à la gloire éternelle, leur a aussi donné les moyens et les grâces 
par lesquelles il les y conduit infailliblement (4) ; 3° que ce décret est en 
Dieu de toute éternité , et qu'il l'a formé avant la création du monde (5) ; 
4° que c'est un effet de sa bonté pure ; qu'ainsi ce décret est parfaite- 
ment libre de la part de Dieu , et exempt de toute nécessité (6); 5° que 
ce décret de prédestination est certain et infaillible; qu'il aura infailli- 
blement son exécution; qu'aucun obstacle n'en empêchera l'effet , selon 
la promesse de Jésus-Christ (7); 6° que sans une révélation expresse, 
personne ne peut être assuré qu'il est du nombre des prédestinés ou des 
élus (8); 7° que le nombre des prédestinés est fixé et immuable; qu'il 
ne peut être augmenté ni diminué , puisque Dieu l'a fixé de toute éter- 
nité, et que sa prescience ne peut être trompée (9) ; 8° que le décret de 
prédestination n'impose, ni par lui-même ni par les moyens dont Dieu 
se sert pour l'exécuter, aucune nécessité aux élus de pratiquer le bien ; 
qu'ils agissent toujours librement et conservent toujours , dans le mo- 
ment qu'ils accomplissent la loi, le pouvoir de ne pas l'observer (10); 
9° que la prédestination à la grâce (11) est absolument gratuite; qu'elle 

(i) De dono perseverantia, cap. vu, num, 1 5; cap. xiv, num. 35. 

(2) Pars 1, quœstio 23, art. 1. 

(3) Epistola synodica episcoporum Âjrk:., cap. i4. 

(4) Saint Fulgence, Deveritate pradestin,, lib. 3. 

(5) Saint Paul, Epistola ad ephesinos, cap. j, v. 3, 4* 5* 

(6) Idem, v. 6, 11. 

(7) Saint Jean . Evangelium, cap. 10, v. 27, 28, 29. 

(8) Saint Paul, Epistola adphilip., cap. 11, v. 12 ; I Epislola ad counlh 
v. 4- — Concile de Trente, session 6, congrég. o, 12, 16, et canon i5. 

(0) Saint Jean , Evangelium, cap. X, v. 27 
ntaliâ, cap. (3. 

(10) Saint Prosper, Respomio ad sex otijecl. gallur- 

(11) Comme Dieu ne conduit l'homme au salut éternel que par lu jjràçç, les ihéo 



cap. iv, 
Saint Augustin, De carreptione et 



I ! 



N 



J 



- 342 — 
ne prend sa source que dans la miséricorde de Dieu ; qu'elle est anté- 
rieure à la prévision de tout mérite naturel (1) ; 10° que la prédestina- 
lion à la gloire n'est pas fondée sur la prévision des mérites humains 
acquis par les seules forces du l.bre arbitre ; car, si Dieu trouvait dans le 
mérite de nos propres œuvres le motif de notre élection à la gloire éter- 
nelle, il ne serait plus vrai de dire avec saint Pierre , qu'on ne peut être 
sauvé que par Jésus-Christ ; il que l'entrée dans le royaume des deux, 
qui est le terme de la prédestination , est tellement une grâce , gratin 
Dei, vita œlerna (î) , qu'elle est en même temps un salaire, une cou- 
ronne de justice, une récompense des bonnes œuvres faites par le se- 
cours de la grâce (3). Tels sont les divers points de doctrine sur lesquels 
il n'est pas permis de disputer (4). 

Les prédestinatiens rigides ou hérétiques soutiennent, au contraire, 
que Dieu ne veut sincèrement sauver que les prédestinés et que Jésus- 
Christ n'est mort que pour eux ; que les grâces efficaces qui leur sont 
accordées les mettent dans la nécessité de faire le bien et d'y persévé- 
rer, puisque l'homme ne résiste jamais, disent-ils , à la grâce inté- 
rieure; que néanmoins ils sont libres, parce que pour l'être il suffit 
d'agir volontairement et sans conirainte. En conséquence , les prédes- 
tinatiens pensent que les réprouvés sont dans l'impuissance de faire le 
bien , parce qu'ils sont ou déterminés positivement au mal par la volonté 
de Dieu , ou privés des grâces nécessaires pour s'en abstenir ; qu'ils sont 
néanmoins punissables, parce qu'ils ne sont ni contraints ni forcés au 

logiens distinguent la prédestination à la grâce de la prédestination à la B loire; 
celle-ci, disent-ils, est une volonté absolue par laquelle Dieu fait choix de quel- 
ques-unes de ses créatures pour les faire léguer éternellement avec lui dans le 
ciel, et leur accorde conséquemment les grâces efficaces qui les conduiront infailli- 
blement à cette fin. La prédestination à la grâce est, de la part de Dieu , une vo- 
lonté absolue et efficace d'accorder à quelques-unes de ses créatures le don de la 
foi , de la justification et les autres grâces nécessaires pour arriver au salut, soit 
qu'il prévoit qu'elles y parviendront en effet, soit qu'il sache qu'elles n'y parvien- 
dront pas. Tous ceux qui sont prédestinés à la grâce ne sont pas pour cela prédesti- 
nés à la gloire , parce que plusieurs résistent à la grâce et ne persévèrent pas dan s 
le bien. Au contraire , ceux qui sont prédestinés à la gloire le sont aussi à la grâce; 
Dieu leur accorde le don de la vocation à la foi , de la justification et de la persévé- 
rance. (Saint Paul, Epistola ad romanos, cap. vin, v. 3o.) 

(î) Saint Paul, Epistola ad romanos, cap. xvi.v. 6. 

(a) Saint Paul, Epistola ad romanos, cap. vi, v. a3. 

(3) Saint Paul, II Epist. ad Timolh. , cap, iv, v. 8; Epistola ad philippenses, 
caj). ni, v. i,j. 

(4) Quaul aux opinions qui ne donnent atteinte à aucune de ces vérités, l'Église 
permet aux théologiens de les embrasser et de les soutenir. 



mal , mais entraînés invinciblement par leur propre concupiscence. 
Ces sentiments absurdes et impies prirent naissance , dès le temps de 
saint Augustin, dans le monastère d'Adrumet en Afrique, dont les 
moines interprétèrent de travers plusieurs expressions de ce saint doc- 
teur. Peu de temps après, le prêtre Lucidus enseigna dans les Gaules 
diverses erreurs toucbanl la prédestination et la grâce. H soutint, i°que 
l'homme naît sans péché ; qu'il peut se sauver par son seul travail et être 
délivré sans la grâce de Dieu ; 2° qu'un fidèle, faisant pro r ession de la 
foi catholique, périt par le péché originel, s'il tombe après son baptême ; 
3° que l'homme est précipité dans la mort par la prescience ; 4° que 
celui qui périt n'a pas reçu le pouvoir de se sauver; S" que le vaisseau 
d'infamie ne peut être un vaisseau d'honneur; 0° que Jésus-Christ n'est 
pas mort pour tous les hommes et ne veutpas qu'ils soient tous sauvés(l). 
Fauste, évèque de Riez, écrivit au prêtre Lucidus pour l'engager à 
analhématiser ces erreurs; mais n'ayant pu l'y déterminer, Léonce 
d'Arles tint un concile de trente évêques dans les Gaules, où l'on con- 
damna les erreurs du Prédestinianisme. Averti de les condamner, Lu- 
cidus obéit et adressa une lettre de rétractation aux évêques de ce 
concile. Les propositions qu'il y condamna ne sont pas précisément, il 
est vrai, les mêmes que celles de la lettre de Fauste ; mais elles tendent 
à reconnaître que Jésus-Christ est mort pour tous les hommes; que Dieu 
ne prédestine personne à la damnation; que le libre arbitre n'a pas péri 
avec Adam, et que la grâce de Dieu n'exclut pas les efforts de l'homme 
pour y coopérer. 

Les évêques de ce concile chargèrent Fauste de réfuter plus ample- 
ment les erreurs du Prédestinianisme; mais, relevant trop les forces de 
la nature, il tomba dans l'excès opposé; et ses deux livres de la grâce 
et du libre arbitre , où l'on trouve tout le venin du Semi-Pélagianismc, 
furent , dans la suite, condamnés par le pape Gélase l'an 41)6 (*). — 
C'est tout ce que l'on sait de ce concile. 









(L'an 1750 



IN 540. 
CONCILE de LYON. 

(LUGDUN'ENSE.) 

On condamna dans ce concile les erreurs du Prédes- 



(i) EpUiola FausU regiense. 

(î) Le P, Sirmond , Concilia aidiqna G allia;, 1. 1, p. 1^7. — De Lalande, Snpiil. 
concil. ant. Gatl., p. 3-. — I.e P. Hardouin , Collect. max. rnnril., t. Il, |>. 8o(ï. 
— Le P. Pagi. — Baronius, Annules, t. VIII, p. 322. — Le P. Lalj|;c, Sncrosamiu 



fis 



— 344 — 

liniauismc ; c'est lout ce qu'on en sait par la préface du traité de Fauste 
sur la grâce et le libre arbitré (1). 






if-i 
il * 



N° 541. 
* CONCILE D'ÉPHÈSE. 

(ephesinijm.) 

(L'an 476.) — L'empereur Léon étant mort en l'an 474 , Zenon lui 
succéda dans le gouvernement de l'empire d'Orient. Mais son avarice, 
sa mollesse et surtout sa tyrannie l'ayant bientôt fait détester , Basilis- 
que , beau-frère de Léon , profita du mécontentement général pour se 
aire proclamer auguste l'année suivante , et contraignit Zenon à cher- 
cher un asile dans l'Isaurie , sa patrie. Le nouvel empereur se déclara 
aussitôt en faveur de l'Eutychianisme ; il rétablit Pierre-le-Foulon et 
Timothée Elure sur les sièges d'Antioche et d'Alexandrie et adressa à 
tous les évêques d'Orient une lettre circulaire , où , sous prétexte de 
procurer la p3ix de l'Église et de maintenir la foi des trois premiers con- 
ciles généraux, il ordonnait d'anathématiser h lettre du pape saint 
Léon à Flavien et les décrets du concile de Calcédoine , défendant ex- 
pressément de faire aucune mention de ce concile à l'avenir et d'en 
soutenir l'autorité , sous peine de déposition pour les évêques et les 
clercs , de bannissement avec confiscation des biens pour les moines et 
les laïques. Toutefois , pour adoucir les impiétés d'Eulychès , il condam- 
nait ceux qui oseraient soutenir que Jésus-Christ n'a pas pris une chair 
semb'able à la nôtre , ou qu'il ne s'est incarné qu'en apparence. Pierre 
et Timothée et cinq cents évêques environ , parmi lesquels on cite 
Anastase , patriarche de Jérusalem , souscrivirent à cette circulaire , 
selon les ordres de l'empereur. Les moines eutychiens qui restaient 
dans la Palestine renouvelèrent alors les désordres causés vingt ans 
auparavant par le moine Théodore (2). 

Acace de Constantinople, ne voulant pas condamner un concile dont 

concilia, t. IV, p. to4a. — Tillemont, Mémoires, t. XVI. — Fauste, Degratiâ. Le 

cardinal Noris, Histotia pelagiana, cap. i5. — Gennadius. — Saint Prosper, Chro- 
me. — Arnobe-le-Jeune. — Primasius, PrœdesUnalus. 

(i) Usserius (Eccl. Britan., p. 427) rapporte a ce concile ce qu'on lit dans un 
manuscrit (Hardouin, Collectio conciUorum, t. II, p. 809), que saint Patient produi- 
sit le livre des dogmes ecclésiastiques. On ne sait ce que c'était que ce livre ; mais ce 
ne pouvait être celui que Cennadc, prêtre de Marseille, composa sous ce litre, après 
l'an 493 , c'est-à-dire douze ans environ après la mort de saint Patient. — Le 
P. Labbe, Sacr. concil., t. IV, p. io46. 

(2) Evagre, Hisloria, lib. tu, cap. 5. — Théodore-Lecteur , Historia, pars 1. 



1 



— 545 — 

il invoquait les canons à l'appui de ses prétentions ambitieuses, fut le 
seul des patriarches qui refusa de souscrire à la lettre de Basilisque , et 
pour faire éclater son opposition et la rendre plus évidente , il prit des 
habits de deuil et couvrit de tentures noires la chaire et l'autel de 
son église (1 ). Le pape Simplicius , informé de la protection qu'obte- 
naient les eutychiens , écrivit à Basilisque une lettre touchante pour 
l'exhorter à suivre les exemples de Marcien et de Léon ; il chargea en 
même temps le patriarche de Constanlinople d'agir au nom du Saint- 
Siège auprès de l'empereur pour empêcher la tenue d'un "nouveau con- 
cile et faire chasser les évoques eutychiens des sièges qu'ils avaient 
usurpés. Acace ne pouvant rien obtenir par ses représentations , eut 
recours à saint Daniel Siylitc et le fit prier par plusieurs évoques de 
descendre de sa colonne pour venir au secours de l'Église. Cet illustre 
solitaire se rendit à Constanlinople où il fut reçu avec les transports 
d'une joie incroyable. Il fit des reproches à Basilisque , et après lui 
avoir prédit sa fin prochaine il retourna sur sa colonne. 

A ces nouvelles , Timothée Elure , qui était en route pour retourner 
à Alexandrie, se hâta d'assembler à Éphèse les évêques de son parti cl 
de leur faire souscrire une lettre adressée à l'empereur pour l'exhorter 
à maintenir sa circulaire à tous les évêques d'Orient. Les évêques schis- 
matiques de ce concile rétablirent le patriarche Paul déposé et décidè- 
rent aussi que l'Église d'Éphèse demeurerait indépendante du siège de 
Constanlinople : ce qu'il est bon de faire remarquer comme une preuve 
que les prétentions d'Acace rencontraient en Orient aussi bien qu'à Borne 
une vive opposition qui fut peut-être la principale cause de la souscrip- 
tion d'un si grand nombre d'évèques à la circulaire de Basilisque (2). 



I S 






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[N" 542. 

* CONCILE D'ALEXANDHIL. 

(alexa.ndmni'm.) 

(L'an 477.) — Dès son arrivée en Egypte, Timothée Elure tint un 
concile des évêques de son parti dans lequel il fit condamner le con- 
cile de Calcédoine. 

La division se répandit alors parmi les sectaires , dont plusieurs ne 
tardèrent pas à se séparer de Timothée, parce que tout en rejetant le 
concile de Calcédoine , il reconnaissait toutefois dans le Verbe incarné 




(2) Tticodore-Lcclcur, tlistorw, pars i . 
(2) Ë\agre, Hisiorio, lib. in, cap. 5,6. 



Ai 



— 3iG — 
«ne chair semblable à la noire, en sorte que, selon lui, l'humanité et la 
divinité demeuraient également subsistantes, quoique ne formant par 
leur étroite union qu'une seule nature, à peu près comme la nature 
humaine se compose de l'àmc et du corps. Au contraire , les eulychiens 
rigoureux ou n'admetlaicnt pas que Jésus-Christ eût pris un véritable 
corps humain , ou prétendaient que ce corps avait été en quelque sorte 
absorbé et dénaturé par son union avec la divinité. El cette opinion fut 
embrassée par Pierre-le-Foulon , en Orient. 

La secte commença dès ce moment à se diviser en eulychiens rigou- 
reux ei en semi-euiychiens. Comme les évèques schismatiques étaient 
presque tous de ce dernier parti , on donna aux sectaires rigoureux le 
nom d'acéphales , ou sans chef. 



> 






M 545. 
C01NC1LK D'ANTIOCHK. 

( ANTIOCHENUM.) 

(Vers l'an i77 (1).) — liasilisque s'alarma sérieusement enfin de l'op- 
position toujours croissante des moines, du peuple et du clergé, qui le 
traitaient publiquement d'hérétique. El apprenant que Zenon s'avan- 
ça .it avec une armée contre lui , il vint dans l'église faire une satisfaction 
publique cl révoqua sa lettre circulaire par une nouvelle ordonnance où 
il déclarait nulles toutes les dispositions de la première. Il y prononçait 
anathème contre Nestorius , Eutychès et tous les hérétiques, ordonnait 
que la foi reçue dane les églises catholiques fût maintenue inviolable, et 
rendait au patriarche de Constantinople la juridiction sur les provinces 
que celui-ci revendiquait en vertu du vingt-huitième canon de Calcé- 
doine. 

Sur ces entrefaites , Zenon s'élant rendu mailre de Constantinople, 
lit enfermer B.tsilisque avec sa femme et son fils dans un château où il 
les laissa mourir de faim. Il publia aussitôt une loi pour casser tout ce 
qui avait été fait contre la religion pendant le règne de l'usurpateur, et 
principalement pour confirmer les prérogatives du siège de Constanti- 
nople tant à l'égard de la préséance que de la juridiction patriarcale. Il 
écrivit au pape Simplicius, qui l'exhorta dans sa réponse à chasser les 

(i) C'est â tort que la plupart tics historien» mettent ce concile à l'an 472. 
Picrrc-lc-Foulon ne fut déposé de lepiscop.it qu'après le retour de Zenon à Conslau- 
tiuople, qui eut lieu l'ail 477 ; et d'ailleurs, en l'an 472, l'empereur Léon n'était pas 
encore mort. 



I 



— 347 — 

évéqûcs schismaliques cl à ne pas souffrir qu'il fût donné atteinte aux 
décisions du concile de Calcédoine (1). 

L'empereur, déférant au vœu du Souverain-Poniife , fit assembler les 
évèques d'Orient à Anlioclie,où Pierre le-Foulon fut déposé de l'épisco- 
pal. On mit à sa place l'eutychien Jean d'Apamée , qui , trois mois après' 
fut chassé par ordre de Zenon ; et on élut ensuite Etienne (2). 

N" 344. 
CONCILE DE CONSTAMÏNOPLE. 

(cONSTANTINOPOLITANUM.) 

(L'an 478.) — Acace, patriarche de Conslanlinople, lit condamner 
et déposer dans ce concile Pierre-le-Foulou.Jcan d'Apamée et Paul d'É- 
phèse. Il écrivit ensuileau pape Simplicius de ne pas recevoir à pénitence 
et de ne pas même daigner voir les trois évéques déposés, s'ils avaient 
recours à lui ; mais l'Église d'Orient ne put tirer aucun avantage de celte 
sentence, parce que l'évoque Acace, de concert avec l'empereur Zenon, 
trompait le pape, en favorisant secrètement les hérétiques qu'il affectait 
de condamner (3). 

N° 543. 

CONCILE DE ROME. 

(hojunum.) 

(L'an 478.) — Picrre-le-Foulon , Jean d'Apamée et Paul d'Éphèsc 
furent condamnés dans ce concile par le pape Simplicius. 









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N° 546. 

CONCILE DE LAODICÉE, EN SYRIE. 

(laodicenum.) 

(L'an 481.) — Peu de temps après son ordination , Etienne (4), pa- 

(i) Evagre, Hiiloria, lib. ni, cap. 7. — Théodore-Lccleur, p. 55;. 
(1) Liberalus, Breviar., cap. 18. — Le papeGélase. 

(3) Evagre, Historia, lib. m, cap. 8, 9. — Le P. Pagi. — Tillemout , Mémoires. 
— Muratori. — Saint-Marc. 

(4) Quelques auteurs prétendent nue cet Etienne, dont il s'agit ici , avait succède 
à Etienne qui fut mis à la place de Jean d'Apamée. Mais Evagre (lib. m, cap. 10) 
attribue au successeur de Jean ce que nous allons rapporter. Cet historien dit que 
Calaudion succéda à Etienne, martyr. 



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— 548 — 
triarche d'Antioche, éprouva toute la fureur des eutychiens. Les parti- 
sans de Picrre-Ie-Foulon l'accusèrent de Nestorianisme et obtinrent de 
Zenon la tenue d'un concile à Laodicée pour y examiner sa cause. Mais 
les accusateurs de ce patriarche étant tous coupables de quelques crimes, 
le concile ne voulut point admettre leur témoignage et rétablit Etienne 
dans son siège après l'avoir déclaré innocent. 

La sentence du concile de Laodicée n'arrêta pas la fureur des eu- 
lychicns. Ils attaquèrent Etienne dans l'église de Saint-Barlaam , mar- 
tyr, et le massacrèrent aux pieds des saints autels avec des roseaux poin- 
tus comme des lances. Ils traînèrent ensuite son corps et le jetèrent 
dans la rivière d'Oronte. 

N° 547. 

CONCILE D'ALEXANDRIE. 

(alexandrimih.) 

(Vers l'an 482.) — Timolhée Elure étant mort, les eutychiens élurent 
a sa place Pierre Monge, qui fut ordonné pendant la nuit par un seul 
évêque. Mais l'empereur Zenon le fit chasser du siège d'Alexandrie et 
rétablit à fa place Timothée Solofaciole, qui, pendant l'intrusion d'E- 
lure, s'était tenu caché dans un monastère. Après la mort du patriarche 
Solofaciole , il se tint un concile à Alexandrie où Jean Talaïa, prêtre ca- 
tholique de cette église, en fut élu patriarche. Mais il ne tarda pas à être 
chassé de son siège par l'orgueilleuse susceptibilité d'Acace , qui obtint 
de l'empereur le rétablissement de Pierre Monge. Ce fut alors que 
Zenon , ne trouvant pas dans la simple promesse de cet hérétique une 
garantie suffisante de sa foi , dressa , par les conseils du patriarche de 
Constanlinople , le célèbre formulaire connu sous le nom A'Hénotique, 
ou édit d'union , pour le faire souscrire par Pierre Monge et par tous 
les évoques d'Egypte (1). Après un préambule sur les funestes effets de 
la division , l'empereur continuait ainsi : « Nous déclarons donc que 
t nous n'admettons point d'autre symbole que celui des trois cent dix- 
« huit Pères de Nicée, confirmé par les cent cinquante Pères de Con- 
« slantinople et suivi par ceux d'Éphèse, qui ont condamné Nestorius 
« et Eutychès; nous recevons aussi les douze anathématismes du bien- 
« heureux Cyrille , et nous confessons que Jésus-Christ Notre-Sei- 
« gneur, Dieu , Fils unique de Dieu , véritablement incarné, consub- 
« stanliel au Père scion la divinité et à nous selon l'humanité, le même 

(i) Evagrc, Hisloria, Mb. m, cap. \\. — Nicepliorc , llùtoria, lib, XVI. — 
Libcratus, Breviar., cap. 18. 









- 349 — 

< descendu du ciel et incarné par le Saint-Esprit dans le sein de la 

< vierge Marie, mère de Dieu, est un seul Fils et non pas deux. Nous 
t disons que c'est le même Fils de Dieu qui a fait des miracles et qui a 
i souffert volontairement dans sa chair ; et nous ne recevons point ceux 
i qui divisent, ou qui confondent les natures, ou qui n'admettent 

< qu'une incarnation apparente. Mais nous anathématisons quiconque 

< croit ou a cru autrefois différemment, soit à Calcédoine ou en d'autres 
i conciles, et spécialement Nestorius, Eutychès et leurs sectateurs. » 
Ce formulaire, en condamnant les eutychiens rigoureux, favorisait ou- 
vertement les semi-eutychiens , soit parce qu'il ne prononçait pas claire- 
ment entre les expressions d'une seule ou de deux natures, soit parce 
qu'il ne recevait pas le concile de Calcédoine comme les trois autres et 
qu'il paraissait , au contraire, lui attribuer des erreurs. 

N» 348. 
CONCILE DE TOURS. 

URONENSE.) 

( L'an 48"2.) — Ce concile ht des règlements touchant la discipline 
ecclésiastique ; ils ne sont point parvenus jusqu'à nous. 

N° 549. 
CONCILE DE ROME. 

(roma.nl.m.) 

(L'an 483.) — JeanTalaïa, chassé d'Alexandrie, se rendit à Rome 
pour y faire juger sa cause par le Souverain-Pontife. Le pape Simplicius 
l'accueillit avec bonté et entreprit de le faire rétablir; mais, après avoir 
écrit pour cet abbé deux lettres au patriarche de Constantinople , il 
mourut au commencement de l'an 483. Félix II (1) ayant été élu pour 
remplir le siège pontifical , Talaïa lui remit pour sa défense un mémoire 
contenant plusieurs griefs contre Acace, dont les torts en effet s'aggra- 
vaient chaque jour ; car non content de mépriser les remontrances de 
Simplicius au sujet de Pierre Monge, il avait placé sur le siège épiscopal 
deTyr, Jean d'Apamée, évoque intrus d'Antioche, déposé pour cause 
d'Eutychianisme et condamné par Acace lui-même. 

Le pape , voyant que ce dernier favorisait ouvertement les hérétiques 








(i) III' de ce nom selon quelques auteurs, qui comptent pour le II' l'antipape 
Félix , nommé par la faction des ariens pendant l'exil du pape Libère. 









t> 






— .150 — 
et se jouait de toutes les règles de la discipline , tint un concile à Rome, 
où il choisit trois légats, Vital , évêque de Tronto, Misène, évêque de 
Cume, et Félix , défenseur de l'Église romaine, pour aller demander à 
l'empereur que Pierre Monge fût chassé d'Alexandrie et que le patriar- 
che Acace fût obligé de l'anathématiser et de répondre aux accusations 
intentées contre lui par Jean Talaia (1). Il leur remit deux lettres : une 
pour Zenon , dans laquelle il lui rappelait les ordres qu'il avait précé- 
demment donnés pour le maintien de la foi catholique et en particulier 
contre Pierre Monge , et le conjurait avec les plus vives instances de ne 
pas détruire ce qu'il avait fait, de suivre les traces de Marcien et de 
Léon , plutôt que celles du lyran Basilisque , et de délivrer l'Église des 
hérétiques, comme Dieu l'avait délivrée de ses ennemis; et une autre 
pour Acace, où il lui reprochait vivement ses fautes et employait les plus 
touchantes exhortations pour l'engager à changer de conduite , lui repré- 
sentant qu'il se rendait lui-même suspect d'hérésie , qu'il perdait le mé- 
rite de son zèle contre Basilisque, et qu'il aurait à rendre compte au ju- 
gement de Dieu des maux que l'Église aurait eu à souffrir de la part des 
sectaires , puisque par le crédit dont il jouissait auprès de l'empereur 
Zenon, il n'aurait tenu qu'à lui de les empêcher (2). 



|r 



N° 5S0. 
CONCILE DE ROMK. 

(ROMAN UM.) 

(L'an iSi.) — Dès leur arrivée à Conslantinople , les légats du pape, 
Vital et Misène (3) , furent arrêtés a l'entrée du Bosphore par ordre de 
l'empereur : on les mit en prison après leur avoir enlevé leurs papiers, 
et on employa les menaces de mort, les caresses et les présents, pour 
les engiger à communiquer avec le patriarche Acace et avec Pierre 
Monge. Ils consentirent enfin , malgré leurs instructions positives, à ce 
que l'empereur exigeait d'eux , et ils parurent dans l'église avec Acace 
elles apocrisiaires (4) de Pierre Monge, qu'ils reconnurent ainsi pour 



I 



(i) Théophauc, an. 11. — Zenon, p. 1 13. — Evagre, His'orla, lib. m, cap. 18. 
{ï) Sainl Félix, Ephlolœ 1,5. 

(3) Félix s'était arrêté en route pour cause de maladie. 

(4) Ce mot dérive du terme grec àiracpîvojiuxt, je réponds ; il signifie répondant , 
député , envoyé. On appelait ainsi, dans lKglise grecque , des ecclésiastiques en- 
voyé» dans la ville impériale par les églises , par les évêques ou par les monastères, 
pour v poursuivre les affaires qu'ils avaient a la cour. Dans la suite, les empereurs 
nommèrent aussi apocrisiaires leurs ambassadeurs et leurs envoyés; mais il ne faut 






— ô.'.l — 

légitime évoque d'Alexandrie. Celle prévarication contribua beaucoup 
à grossir le parti des hérétiques et leur inspira tant d'audace , qu'ils ne 
craignirent point de réciter tout haut à l'autel le nom de Pierre Monge 
que l'on s'était contenté de lire secrètement auparavani. Sur ces entre- 
faites, le troisième légat du pape, Félix, étant arrivé, il fut aussi dépouillé 
de ses papiers et enfermé dans une étroite prison, où il etu à souffrir 
toutes sortes de mauvais traitements; mais il demeura inébranlable (1). 
A la nouvelle de la chute des deux légats , le pape Félix assembla un 
concile à Rome, où Vital et Misène , appelés à rendre compte de leur 
conduite et convaincus d'une prévarication manifeste , lurent excom- 
muniés et déposés de l'épiscopat. Le pape lit aussi confirmer la sentence 
d'excommunication et de déposition déjà prononcée par le Sa ; nt-Siége 
contre Pierre Monge. Quant au patriarche de Cunsiantinople, il se con- 
tenta de blâmer sévèrement ses variations et sa condescendance pour les 
hérétiques, voulant encore essayer de le ramener en lui offrant le pardon 
du passé , à condition qu'il reconnût sa faute et qu'il la réparât ("2). 

N° 531. 

CONCILE DE ROME (.",). 

(romanuji.) 

(Le 28 juillet de l'an 48t.) — Le pape saint Félix avait espéré rame- 
ner Acaee par la voie de la modération ; mais lorsqu'il le vit obstiné à 
ne point quitter la communion de Pierre Monge et ne pas exiger même 
qu'il se déclarât ouvertement pour le concile de Calcédoine , il se décida 
enfin à prononcer la condamnation de ce patriarche. Il tint pour cet effet 
un concile de soixante-sept évêques à Rome, et piononça contre Acace 
une sentence de condamnation et de déposition. Elle rappelait d'abord 
tomes les fautes dont il s'était rendu coupable, ses usurpations ambi- 
tieuses au mépris des canons de Nicée , la protection déclarée qu'il ac- 
cordait aux hérétiques , les violences exercées contre les légats du pape, 
le refus de comparaître devant le Saint Siège , selon les canons , pour 
répondre aux accusations intentées contre lui par Jean Talaïa , puis elle 

pas tes confumlre avec les tlépulés ecclésiastiques. — Binli^am, Origines ecclésiasti* 
r/ues, liv. III, cli. i3, S 6. — Juslinien, Kovclle VI, eliap. 3. 

(1) Evagre , 1/istoria , lib, ni, cap. ao, — Lilieralus, Brevlar., cap. 18. — Best. 
de. nom, Acoc. — Gélase , ad episcopos Dardaniœ, — Théoplianc, p. ii.(. 

(2) Liheratus, Bveviar,, cap. 18. — Êvagre, Historia, lilj. 111, cap. 7.0. 

(3) Quelques auteurs onl confondu ce concile avec le précédent, et n'en ont l'ait 
qu'un seul des tleux, quoiqu'ils soientbien distincts, ainsi qu'on pourra le voir par 
les témoignages des historiens contemporains que nous citons. 












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- 352 — 
se terminait ainsi : « Que votre partage soit donc avec les hérétiques 
• dont vous embrassez les intérêts , et sachez que par la présente sen- 
« lence , en vertu de notre autorité apostolique , vous êtes privé de 
« l'honneur du sacerdoce et retranché de la communion de l'Église , 
« sans pouvoir jamais être absous de cet anathème (1). • Le Concile 
étendit la même peine à tous les évêques, clercs, moines ou laïques 
qui continueraient de communiquer avec Acace. i Qu'il soit anathème et 
« puni par le Saint-Esprit, disait le pape saint Félix (2). « 

Telle est l'origine du malheureux schisme qui , pendant trente-cinq 
ans , divisa l'Orient d'avec l'Occident (5). 



N° 582. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(L'an 485.) — Tutus, défenseur de l'Église romaine, fut chargé par 
le pape saint Félix d'aller notifier au patriarche de Conslantinople la 
sentence de déposition rendue contre lui , et de publier l'anathème pro- 
noncé contre ceux qui persévéreraient dans la communion d' Acace. Il 
exécuta fidèlement tous les ordres du Souverain-Pontife ; mais après 
s'être bien acquitté de sa commission, il se laissa séduire par les héré- 
tiques, communiqua avec le patriarche déposé et s'engagea par écrit à 
lui donner connaissance de tout ce qui serait fait à Rome. Quelques 
abbés de Conslantinople en instruisirent le pape , qui assembla aussitôt 
un concile où Tutus, convaincu par son propre aveu de prévarica- 
tion , fut privé de sa charge et excommunié. Le Souverain-Pontife 
exhorta ces abbés à retrancher de leur communion les moines qui se 
laisseraient séduire par les hérétiques. Il adressa en même temps une 

(i) Saint Félix , Epistola 6. — Tillemont (Mémoires) dit que ces dernières pa- 
roles sont extraordinaires , et qu'on peut les expliquer en sous-entendant : à moins 
qu'il ne reconnût ses fautes et n'en demandât pardon. — Ces paroles peuvent en- 
core signifier qu'il ne pourrait jamais être rétabli sur son siège. C'est, à notre avis, 
[et véritable sens, nous pourrions dire le seul applicable à ces paroles , qui n'ont 
ainsi plus rien d'extraordinaire. 

Cette sentence ne porte que le nom de Célius Félix , évêque de la sainte Église 
catholique de Rome, quoiqu'elle eût été signée par les soiiante-sept évêques du 
concile, parce qu'il était d'usage dans les conciles d'Italie, où l'on traitait de la foi, 
que le nom seul du pape parût au bas des décisions. 

(a) Libérants, Breviar., cap. 18, p, 770. — Théophane, p. 1 i4< — Nicéphore , 
Historia, lib. xvi, cap. 17. 

(3) Le P, Pagi. 



— 355 — 
lettre synodale à tous les évoques et à tous les moines d'Orient pour les 
avertir de renoncer à la communion d'Acace, de Pierre Monge et de 
Pierre-le-Foulon (1). 

N° 385. 
* CONCILE DE SÉLEUC1E , EN PERSE. 

(SELEUC1ENSE.) 

(L'an 485.) — Ce concile fut tenu par Barsumas , métropolitain nes- 
torien de Nisibe. On y permit , sur une fausse interprétation d'un texte 
de saint Paul, le mariage aux prêtres et aux moines (2). 

N° 5i>4. 
CONCILE DE SELELCIE, EN PERSE. 

(SELEICIEMSE.) 

(L'an 485.) — Ce concile fut tenu par Babuée, évoque catholique de 
Séleucie. On y condamna la décision de Barsumas et de son concile (5). 

N° 5SS. 

CONCILE DE ROME. 

(komancm.) 

(Le 5 octobre de l'an 485.) — Le pape saint Félix confirma dans ce 
concile la condamnation du patriarche Acace. La lettre synodale adres- 
sée aux clercs et aux moines d'Orient fut souscrite par les évéques Can- 
dide et Livoli et par quarante-deux autres prélats (4). 

(i) Victor de Tunonc, Chixmic. — Théophane , p. ■ 1 4 - — Liberatu», Brtvlar,, 
cap. 18, p. 770. — Nicépbore, lib. xvi, cap. 17. 

(1) Assemanus, BibUotiumi oricntalis, t. III, pars l a . 

(S) Idem, iitem. 

(4) Le P. Pagi. — Le P. Labbe , Smrosamlu concilia, t. IV, p. 1 124. — Le» au- 
teurs de Wlrt île vérifier Us liâtes disent <jue soixante-dix cvêiiues assistèrent a ce 
concile, et que c'est apparemment le même cjue celui où Pierre-le-Foulon fut ana- 
thémaiisé. Mais les Bénédictins se trompent : Pierrc-lc-Foulon fut condamné pour 
la première fois sous le pape Simplicius , l'an 47b; et depuis lors il n'est plu» lait 
mention de lui dans les conciles tenus à Rome sous le pape Félix II. 



T. II. 



I 



1 



V 






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- 554 — 

IN 336. 

CONCILE DE ROME. 

(romanum.) 

(Le 13 mars de l'an 487.) - Pendant que le schisme et l'hérésie ré- 
gnaient avec l'empereur Zenon sur tout l'Orient, et que le pape saint 
Félix employait les prières elles analhèmes pour ramener les coupables 
ou pour les punir, la persécution étendait ses ravages sur toutes lesÉgli' 
ses d'Afrique , produisait une multitude de confesseurs et de martyrs 
et révélait au monde tout ce qu'il y a de sublime et d'héroïque dans l'âme 
du chrétien que l'esprit de Dieu anime. 

Informé des maux que souffraient les fidèles dans cette malheureuse 
contrée, le pape saint Félix écrivit à l'empereur Zenon pour le prier de 
prendre la défense des catholiques persécutés par le cruel Hunéric roi 
des vandales (1). Mais toutes les représentations de cet empereur furent 
sans effet sur le coeur de ce tyran. Il affecta, au contraire, de faire 
placer un grand nombre de bourreaux avec tout l'appareil des supplices 
dans les rues où devait passer l'ambassadeur de Zenon! La justice di- 
vine punit enfin d'une manière éclatante les horribles cruautés de ce 
roi, qm mourut l'an 485 d'une maladie de corruption, son corps four- 
millant de vers et tombant en lambeaux. 

Deux ans après la mort d'Hunéric, le pape saint Félix fit quelques 
règlements de discipline pour l'Église d'Afrique dans un concile tenu 
a Rome où se trouvèrent quarante évèques italiens , quatre prélats afri- 
cains et soixante-seize prêtres (2). On ne sait point ce qui fut résoin 
dans ce concile , dont il ne nous reste qu'une lettre synodale (3) du pape 
monument précieux de l'antiquité sur la pénitence. Le Souverain-Pon- 
tife décide dans celte lettre que les évoques, les prêtres et les diacres, 
qui auront consenti à être rebaptisés soit volontairement, soit même 
par la violence des tourments , seront soumis à la pénitence toute leur 
vie, privés de la grâce de prier avec les fidèles et même avec les caté- 
chumènes, et qu'ils recevront seulement à la mort la communion laïque. 
Quant aux clercs inférieurs, aux moines, aux vierges et aux séculiers 

(.) Évagre, ffistorla, lib. ,„, cap. 2 „. _ Victor de Vite, De persécution va,M., 
ib. v, p. 77. 

(») Sain, Prosper, Chronic.- Sain. Félix, Epislola j. _ Le P. Mans i , Collectio 
amphssima concilwrum. 

(3) Cette lettre est daléedu ,5 mars , sous le consulat de Dynamius et de Sipl.i- 

tZ{S V^f 8 '' CC qUi faU Cr ° i,C ^ ,e P^ ™ -voyait des copie, 

onfj.nales, et qu',1 l es datait du jour de l'envoi. 



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— 355 — 

même, le pape les soumet aux règles de pénitence établies par les ca- 
nons de Nicée. Il statue que le temps de la pénitence sera abrégé à l'é- 
gard des impubères , de peur que la fragilité de leur âge ne les fasse 
tomber dans de nouvelles fautes durant le cours d'une trop longue 
épreuve. Il en fixe la durée à trois ans pour les catéchumènes qui se se- 
ront fait baptiser par les ariens, et pour les clercs inférieurs et les 
laïques, dont la faute pouvait être excusée par la violence ou la surprise. 
Enfin il décide qu'aucun de ceux qui ont reçu le baptême des ariens 
ne pourront jamais être admis aux fonctions du ministère ecclésiastique. 






N° 537. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CO.NSTANTINOPOLITANUM.) 

(L'an 492.) — Le patriarche Eupbémius , voulant prévenir les mali- 
cieux artifices de l'empereur Anastase , entièrement dévoué aux enne- 
mis du concile de Calcédoine , tint un concile des évêques qui se trou- 
vaient à Constantinople , et avec eux confirma les décisions de ce 
concile œcuménique (1). 

N° 388. 

CONCILE DE ROME. 
(romanum.) 

(Le 13 mai de l'an 495.) — Ce concile, tenu par le pape Gélase , 
était composé de quarante-cinq évêques et de cinquante-huit prêtres. 
Le légal Misène, qui avait trahi la cause de l'Église à Constantinople en 
l'an 483 , présenta une requête dans laquelle, après avoir rejeté , con- 
damné et anathématisé l'hérésie et la personne d'Eutychès , avec tous 
ses sectateurs, Dioscore , Timothée-Élure , Pierre Monge , Acace et 
Pierre-le-Foulon , il demandait au Souverain- Pontife grâce pour sa 
vieillesse. Le pape le rétablit dans la communion de l'Église et dans sa 
dignité épiscopalc ; et tous les évêques et les prêtres confirmèrent par 
acclamations ce décret , reconnaissant le pape pour vicaire de Jésus- 
Christ , et lui souhaitant les années de saint Pierre. Vital , le second 
légat prévaricateur, était mort quelque temps auparavant (2). 



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(i) Victor deTunone, Chrûnic., p. 5. 

(2) Le P. Labbe, Sactfosançla concilia, t. IV, p. 



1269. 



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- 356 - 



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N° 389. 

* CONCILE DE LAPET, ou BETH-LAPET, ou GANDISAPOR, 
EN PERSE. 
(lapethense.) 

(L'an 495.) — L'évêque nestorien Barsumas confirma dans ce con- 
cile l'hérésie et les décrets rendus précédemment en faveur du mariage 
des prêtres et des moines (1). 

N° SGO. 
* CONCILE DE SÉLEUCIE , EN PERSE. 

(SELEUCIENSE.) 

(L'an 495.) — L'évêque nestorien Barsumas confirma dans ce con - 
cile l'hérésie et les décrets rendus précédemment en faveur du mariage 
des prêtres et des moines (2). 

N° 361. 

* CONCILE ADRE, ou BETH-ADRE, EN PERSE . 

(adrense.) 

(L'an 495.) — L'évêque nestorien Barsumas confirma dans ce con- 
cile l'hérésie ei les décrets rendus précédemment en faveur du mariage 
des prêtres et des moines (5). 

N° 362. 
* CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANTINOPOLITANUM . ) 

(Vers l'an 495 (4).) — Le patriarche Euphémius ayant encouru la 
disgrâce de l'empereur Anastase , qui l'accusa d'avoir favorisé la révolte 
des isaures , ce prince le fit déposer et excommunier par quelques évo- 
ques réunis à Constantinople , qui , par une basse complaisance, mirent 
à sa place le prêtre Macédonius. Anastase fit en outre confirmer par les 
mêmes prélats l'hénotique de l'empereur Zenon (5). 

(i) Assemanus, Bibliotheca'prientalis, t. III, pars 1", p. 3gi el sefj.' 
(<) Idem, idem. 

(3) Idem, idem. 

(4) Le» Bollandisics mettent ce concile en l'au 4g6 (t. I, mens, aut/ust., p. 4j); 
d'autres le renvoient h l'an 497. 

(5) Victor de Ttinone, Chronk., p. 5. 






— 557 — 



I N" 563. 
CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(CONSTANT1NOPOLITANUM.) 

(Vers l'an 495.) — Le patriarche Macédonius confirma dans ce con- 
cile les décrets de Calcédoine et s'y sépara de la communion des pa- 
triarches d'Antioche et d'Alexandrie qui les rejetaient (1). 

Victor de Tunone (2) dit , au contraire , que Macédonius condamna 
dans ce concile ceux qui recevaient les décrets de Calcédoine et ceux 
qui soutenaient les erreurs de Nestorius et d'Eutychès. Mais il est évi- 
dent qu'il y a une faute en cet endroit et qu'au lieu de suspieiunt il 
faut lire despiciuni , puisque Victor de Tunone reconnaît quelques si- 
gnes plus loin que l'empereur Anastase fit déposer et envoyer en exil 
Macédonius avec plusieurs ecclésiastiques , parce qu'ils ne voulaient pas 
condamner le concile de Calcédoine. 

N" 364. 

CONCILE DE ROME. 

(roma.num.) 

(L'an 496 (3).) — Soixante-dix évêques assistèrent à ce concile. Le 
pape Gélase y fit un décret contenant les livres de l'Ancien et du Nou- 
veau Testament , les conciles et les ouvrages des Pères que l'Église ca- 
tholique reçoit avec vénération , et ceux qu'elle rejette comme apocry- 
phes (4). Ce décret contient premièrement le catalogue des livres de 
l'Ancien et du Nouveau Testament , tel qu'il est dans le saint concile 

(i) Synodicon; voir le P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. IV, p. i4 ■ 4- 
(s) Chronic, p. 5, 6. 

(3) Quelques auteurs mettent ce concile en l'an 494 » niais le P. Pagi prouve 
qu'il se tint l'an 4yB. 

(4) Dans quelques anciens exemplaires de ce catalogue , on l'attribue au pape 
Gélase seul , et non à un concile de Rome auquel le pape Gélase aurait présidé (le 
P. Labbe, Sacrosancta concilia, t. IV, p. i56o,not.). La plupart de ces exemplaires 
ne s'accordent pas entre eux sur le dénombrement des livres mentionnés dan» ce 
catalogue, ni même sur le jugement qu'on en porte. L' Histoire ecclésiastique d'Eu- 
sèbe, par exemple, est reçue par l'un à cause des choses importantes qu'elle ren- 
ferme, et déclarée apocryphe par l'autre, sans aucune exception {idem, p. ia63, 
1265). On y a même ajouté des livres qui n'étaient point eucorc connus 60us le pape 
Gélase (not. Baluze, ad Lup. Fer., Epistola 28, p. 456). 








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— 358 — 
de Trente , avec cette seule différence qu'il n'y est fait mention que d'un 
livre des Macchabées (1). Ce décret ajoute qu'après les livres inspirés 
sur lesquels l'Église catholique est fondée, l'Église romaine reçoit les 
conciles de Nicée, de Constantinople , d'Éphèse et de Calcédoine et les 
autres conciles autorisés par les Pères ; puis les écrits de saint Cyprien, 
de saint Grégoire de Nazianze , de saint Basile , de saint Athanase , dé 
saint Cyrille d'Alexandrie , de saint Jean Chrysostome , de Théophile 
d'Alexandrie, de saint Hilaire de Poitiers , de saint Ambroise, de saint 
Augustin , de saint Jérôme , de saint Prosper, la lettre de saint Léon à 
saint Flavien ; enfin les ouvrages de tous les Pères qui sont morts dans 
la communion de l'Église romaine , les décrétâtes des papes et les actes 
des martyrs. Quant aux actes des martyrs, porte le décret , comme ils 
ont été écrits par des auteurs inconnus, et qu'il y en a même de sup- 
posés, et d'autres altérés par des hérétiques ou par des ignorants , l'an- 
cienne coutume de l'Église romaine est de ne point les lire publique- 
ment , quoiqu'elle honore avec une sincère dévotion tous les martyrs et 
leurs combats , souvent plus connus de Dieu que des hommes. Mais elle 
reçoit avec honneur les vies de saint Paul ermite, de saint Hilarion et 
les autres écrites par saint Jérôme. Ce décret approuve sans réserve les 
poëmes de Juvénius , de Sédulius et l'histoire d'Orose. Quant à celle 
d'Eusèbe , il en permet la lecture à cause des faits importants qu'elle 
renferme , en condamnant toutefois les éloges qu'elle prodigue à Origène. 
Il permet aussi la lecture des ouvrages de Rufin et d'Origène, en excep- 
tant ce qui a été censuré par saint Jérôme. Il fait ensuite le dénombre- 
ment des livres apocryphes que l'Église rejette. 11 signale les actes du 
concile de Rimini, l'itinéraire de saint Pierre sous le nom de saint Clé- 
ment , les actes de saint André, de saint Thomas, de saint Pierre, de 
saint Philippe , les faux évangiles de saint Thadée , de saint Matthias, de 
saint Pierre, de saint Jacques, de saint Barnabe, de saint Thomas, de 
saint Barlhélemi, de saint André et ceux qui ont été altérés par Lucius 
et par Hésychius , les livres de l'enfance et de la nativité du Sauveur, 
de Marie et de la sage-femme , les actes de saint Thècle et de l'apôtre 
saint Paul, les actes du martyre de saint Quirice , de sainte Juliette, de 
saint Georges , le livre intitulé la Contradiction de Salomon, la lettre de 
Jésus-Christ au roi Abgar et d'Abgar à Jésus-Christ , le livre du pasteur, 
le trésor et le fondement des manichéens, le livre de la génération des 
filles d'Adam , les centons de Jésus-Christ composés des vers de Virgile, 



(0 Il est bon de dire que dans la plupart des anciens exemplaires , nos deux 
livres n'en forment qu'un. 



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— 559 — 

le livre appelé nepos, un des proverbes composé par les hérétiques sous 
le nom de Sixte, les révélations de saint Paul, de saint Thomas, de saint 
Etienne, le passage ou l'assomption de sainte Marie, la pénitence d'Adam, 
le livre d'Og, portant que ce géant avait combattu avec le serpent après 
le déluge, le testament de Job, la pénitence d'Origène, de saint Cy- 
prien, de Jannès et de Mambrès, les sorts des apôtres, l'éloge des apô- 
tres, les canons desapôlres, le philosophique sous le nom de saint 
Ambroise. Aux livres apocryphes, le décret ajoute ceux des hérétiques 
et des schismatiques depuis Simon le Magicien jusqu'à Acace de Con- 
6taniinople, auxquels il dit anathème; puis ceux des catholiques qui se 
sont écartés en divers points des sentiments de l'Église, savoir : Tertul- 
lien , Eusèbe de Césarée , Lactance, Jules africain , Posthuinien , Gallus , 
Commodien, Clément d'Alexandrie , Talius, Cyprien , Arnobe, Tescho- 
nius, Cassien, Victorin, Fauste de Riez, Frumentius l'aveugle , et enfin 
tous les caractères et billets préservatifs qui portent le nom des anges. 
Ce décret contient aussi une déclaration sur l'institution divine de 
la primauté du Saint-Siège et sur le rang des Églises patriarcales. Le 
pape y définit expressément que ce n'est point par une ordonnance des 
conciles que l'Église romaine a été mise au-dessus de toutes les autres , 
mais qu'elle a obtenu sa primauté en vertu de ces paroles du Sauveur : 
Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Le second siège est 
celui d'Alexandrie , établi au nom de saint Pierre par saint Marc son 
disciple , et le troisième celui d'Antioche , que saint Pierre a occupé 
avant de venir à Rome et où le nom de chrétien a pris naissance. 

N° 365. 

CONCILE DE REIMS. 

(remense.) 

(La veille de Noël de l'an 496.) — On met au rang des conciles l'as- 
semblée des évèques qui eut lieu à Reims pour le baptême de Clovis 
(Chlodowigh) , roi des francs. Saint Avit, évoque de Vienne, y fit un 
discours à ce prince (1). 

N° 566. 
* CONCILE DE PERSE. 

(PERSICUM.) 

(L'an 499.) — Hosée, évoque nestorien de Nisibe , fit confirmer dans 

(l) Saint Grégoire de Tours , llistoria, lih. n, cip. 3i, — De Laldnde, Suppl, 



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— 360 — 

ce concile les décrets de Barsumas en faveur du mariage des prêtres n 
des moines (1). 

N° 567. 

I er CONCILE DE ROME. 
(romanum I.) 

(Le 1» mars de l'an 499.) -Ce concile fut assemblé par le p ape 
Symmaque pour chercher les moyens les plus puissants d'empêcher les 
brigues des évêques et de remédier aux tumultes populaires qui arri- 
valent dans l'élection du pape. Il s'y trouva soixante-douze évêques 
soixante-sept prêtres et cinq diacres. On y fit trois canons au sujet de 
l'élection du pape. 

1 er canon. Si un prêtre, un diacre ou un clerc (inférieur), par sa par- 
ticipation, est convaincu d'avoir donné ou promis à quelqu'un du vivant 
du pape et sans billet ou par serment son suffrage pour la papauté , qu'il 
soit déposé et excommunié. 

2 e canon. Si le pape meurt subitement sans avoir pu s'occuper de 
l'élection de son successeur, celui-là sera consacré évêque qui aura 
réuni les suffrages de tout le clergé, et si les suffrages sont partagés, le 
plus grand nombre l'emporlera. 

3 e canon. Si quelqu'un découvre des brigues qu'on aura faites et en 
donne des preuves , non-seulement il sera absous , dans Je cas où il serait 
complice, mais encore il sera convenablement récompensé. 

Le pape Symmaque souscrivit à ces décrets et après lui tous les évê- 
ques, les prêtres et les diacres présents; l'archiprêtre Laurent, que le 
patnee Festus avait fait élire pape, souscrivit à la tête des 'prêtres (2) 
Quelque temps après , il fut fait évêque de Nocera. 

On déclara nul dans ce concile le décret du pape Simplicius (3), por- 
tant que le préfet du prétoire ou un envoyé du roi d'Italie présiderait à 
l'élection du pape pour empêcher le désordre. 

(<) Assemanus, Bibliotheca orientalis, t. III, pars la, p. 429. 
(a) Théodore-Lecteur, Liber pontif. — Le P.Labbe, Sacrosancta concilia t IV 
p. i3u. ' ' 

(3) Baronius prétend que ce décret est supposé ; mai, les évêques de ce concile ne 
le disent pas; et ce qui est constant, c'est que le préfet Basile assista au nom du 
roi Odoacre à 1 élection de Félix II. — Muratori, A nnales , t. III. 



I 



— 501 — 

N° 568. 
CONCILE DE LYON. 

(l.UGDUNENSE.) 

(Les 2 et 3 de septembre de l'an 500 (1).) — Ce fut plutôt une con- 
férence des catholiques avec les ariens , en présence de Gondebaud , roi 
des bourguignons, arien lui-même. Ces hérétiques y furent convaincus 
d'erreur par saint Avit de Vienne , et plusieurs se convertirent. Mais le 
roi, quoiqu'il aimât les catholiques , ne voulut point renoncer publique- 
ment à l'hérésie (2). Cependant, d'après le témoignage de saint Gré- 
goire de Tours (3), il reçut en secret de saint Avit l'onction du saint 
chrême, confessant que le Fils et le Saint-Esprit sont égaux au Père. 

N° 5G9. 
If, IIP ET IV CONCILE DE ROME, DIT DE LA PALME (4). 

(l'ALMARE II, III ET IV.) 

(L'an SOI (5).)— Deux ans environ après l'élection du pape Symma- 
que, le patrice Feslus et quelques membres du sénat et du clergé de 
Rome suborneront de faux témoins et les envoyèrent à Ravpnne auprès 
du roi Théodoric pour accuser le pape Symmaque de plusieurs crimes 
atroces. En même temps ils rappelèrent secrètement l'archipretre Lau- 
rent, dont la présence renouvela le tumulte et le schisme. Théodoric 
envoya d'abord à Rome Pierre , évêque d'Altino , avec le tilre de visi- 
teur, pour procéder à quelques informations sur les crimes imputés au 
pape. Mais cette mission , contraire aux canons, et ce titre, qui ne se 
donnait que pour les églises vacantes , excitèrent des plaintes générales 
de la part des catholiques (6). Le roi convoqua ensuite , avec le consen- 
tement du pape, un concile pour juger cette affaire. Tous les évêques 



(i) Quelques auteurs placent cette conférence à l'an 499 cl d'autres à l'an Sol. 

(2) Saint Grégoire de Tours , Historia, lin. u, cap. 'ii. — f.e P. Labbe, Sacro- 
sancta concilia , t. IV, p. i3i8. — De Lalande, Suppl. conc. ont. Gall. , p. 43. 

(3) Historia, lib. 11 , cap. 34- 

(4) Ce concile est ainsi nommé à cause du lieu où il fut tenu. 

(5) Suivant quelques auteurs, l'an Soi ; mais ils sont dans l'erreur. Ce concile se 
tint l'année qui suivit le consulat de Patrice et il'Hypatius , qui étaient consuls en 
l'an 5oo , sous le consulat de Pompée et de Faustus Avicnus, c'est-à-dire l'an 5oi. 
— Cassiodore, Clironic; liber jTonttfic. — Ennodius, lib. t. Kpislola 5. 

(6) Ennodius , jtpologel., a. i\i. 



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— 362 — 
lurent affligés autant que surpris d'une pareille mesure. Ceux de Ligu- 
rie, d'Emilie et de Vénitie se rendirent à Ravenne où se trouvait Théo- 
doric , et représentèrent à ce prince que le concile aurait dû être convo- 
qué par le Souverain-Pontife lui-même, à qui seul appartenait ce droit 
en vertu de sa primauté fondée sur l'institution divine, et que le pape 
étant le chef de toute l'Église, il ne pouvait être soumis au jugement de 
ses inférieurs ; mais le roi leur répondit que le pape avait donné son con- 
sentement à la convocation de ce concile, et il leur remit les lettres que 
Symmaque lui avait écrites à ce sujet. 

1" session. —Mois de juillet.— Le Concile tint sa première session 
dans la basilique de Jules en présence du pape Symmaque. Les évêques 
y rendirent compte de leur entrevue avec le roi Théodoric à Ravenne ; 
ensuite le Souverain-Pontife confirma de vive voix la déclaration conte- 
nue dans ses lettres touchant la convocation du concile qu'il avait désiré 
lui-même. Il demanda le renvoi de l'évêque visiteur et la restitution de 
tout ce qu'il avait perdu par les intrigues de ses ennemis , promettant de 
répondre aux accusations qu'ils avaient formées contre lui , si les évê- 
ques du concile le jugeaient à propos. Cette demande parut juste au 
plus grand nombre ; néanmoins on n'osa rien décider sans avoir aupara- 
vant consulté le roi , qui répondit que Symmaque se justifierait devant 
ses accusateurs avant la restitulion de son patrimoine et des églises que 
les schismatiques avaient usurpées , et le pape ne voulut pas contester 
sur ce point. 

2» session. — 1 er septembre. — Le Concile s'etant assemblé dans 
l'église de Sainte-Croix de Jérusalem (1) , au jour fixé par le roi , quel- 
ques évêques furent d'avis de recevoir le libelle des accusateurs, mais 
on y trouva deux défauts qui le firent rejeter. D'abord on y disait que 
les crimes reprochés à Symmaque avaient été prouvés devant Théodo- 
ric, ce qui était faux , puisque ce prince avait renvoyé la cause au ju- 
gement des évêques comme n'ayant pas encore été examinée ; ce qu'il 
n'aurait pas évidemment fait, si l'accusé eût été déjà convaincu et qu'il 
ne se fût agi que de prononcer la sentence. Ensuite les accusateurs 
prétendaient convaincre Symmaque par ses propres esclaves , et de- 
mandaient qu'il les livrât ; ce qui était contraire non-seulement aux lois 
civiles, mais encore aux canons de l'Église, car il était défendu de re- 
cevoir les esclaves en jugement. 

Pendant que l'on disputait sur ce grave incident , le pape venait au 
concile au milieu d'un grand concours de fidèles qui lui témoignaient 

(i) La basilique au pillais de Scssoiius. 



I 



"' h 



— 363 — 

leur affection par leurs larmes. Près d'arriver au lieu de l'assemblée , les 
schismatiques attaquèrent Symmaque et sa suite à coups de pierres , 
blessèrent grièvement plusieurs ecclésiastiques, qu'ils auraient massa- 
crés , si trois officiers du roi n'étaient accourus pour réprimer ces vio- 
lences et reconduire le pape à Saint-Pierre, d'où il était parti. Les fac- 
tieux se livrèrent ensuite à toutes sortes d'excès ; ils tirèrent des vier- 
ges de leurs monastères , les dépouillèrent honteusement et les acca- 
blèrent de coups; des prêtres et des laïques lurent même massacrés (1). 
Le pape fit dire alors aux évoques du concile qu'il avait bien voulu dé- 
roger à ses droits et à sa dignité, parce qu'il avait à cœur de prouver 
son innocence injustement attaquée , mais qu'après le danger qu'il ve- 
nait de courir, il s'en référait aux canons qui ne permettaient pas de le 
juger malgré lui, et que le roi pouvait faire ce qui lui plairait. Lesévê- 
qucs informèrent Théodoric de toutes ces circonstances , lui disant qu'ils 
ne pouvaient juger un absent, ni accuser de contumace celui qui avait 
voulu se présenter, et ils le prièrent en conséquence de leur permettre 
de retourner à leurs églises. Le roi leur répondit qu'il n'avait pas voulu 
prononcer sur cette affaire , n'ayant pas le droit de s'immiscer dans le 
jugement des causes purement ecclésiastiques, et qu'il les laissait libres 
de la terminer de la manière qu'ils jugeraient convenable , pourvu que 
la paix fût rétablie dans Rome. Après cette réponse , qui est datée du 
I er octobre (2) , les évêques adressèrent diverses remontrances au sénat , 
dont une partie tenait pour l'antipape Laurent. 

3 e session. — 23 octobre (3). — Et dans la troisième session (i) , ils 
prononcèrent leur jugement en ces termes : « Nous déclarons le pape 
i Symmaque, évêque du siège apostolique , déchargé , quant aux hom- 
» mes , des accusations formées contre lui (5) , laissant cette cause au 

(l) Ennodius , Âpolorjet. 

(s) Dupin, Nouvelle Bibliothèque des auteurs eccl., t. IV, p. 36a, dit que celle 
lellre est datée du 3o septembre. 

(3) Suivant quelques auteurs le 31, et selon un ancien manuscrit, le i3 du 
même mois. 

(4) C'est celte dernière session que l'on compte quelquefois pour la quatrième, 
en faisant la première de l'entrevue des évêques à Ravenne avec le roi Thc'odorir, 
qui est appelée le synode de la Palme, synodus Palmaris. Quelques auteurs la pla- 
cent à l'an 5o3 ; d'autres divisent ces trois ou quatre sessions en autant de con- 
ciles. Nous croyons ceux-là dans l'erreur, parce que cette dernière session fut tenue 
la même année que la première, dont la date est précise ; et nous ne suivons pas 
l'opinion de ceux-ci qui ne nous parait fondée sur aucune preuve raisonnable. 

(5) Le diacre Ennodius marque assez clairement dans son Apolouie que le pape 
Symmaque avait été accusé d'adultère par les schismatiques ; et l'on croit que celle 
calomnie lui donna occasion de faire une ordonnance pour obliger les évêques, les 






I 



— Ô6i — 

«jugement ,1e Dieu. Nous ordonnons qu'il administre les divins mvs 

« leres dans toutes les églises soumises à sa juridiction. Nous lui ren 

« dons , en vertu des ordres du prince qui nous en a donné le pouvoir 

« soit ce qui appartient à son Église, soit au dedans, soit au dehors dé 

« Home (c'est-à-dire le temporel que les schismatiques avaient usurpé ) 

« Quant aux clercs qui se sont séparés de la communion de ce pape et 

« ont fait schisme, nous ordonnons qu'en lui faisant satisfaction, ils 

« obtiennent pardon et soient rétablis dans les fonctions du ministère 

« ecclésiastique. Mais quiconque, après ce jugement, osera célébrer des 

. messes , sans le consentement du pape Syœmaque , dans l'un des lieux 

• consacres qui se trouvent sous sa juridiction , sera puni canoni- 

« quement comme schismatique. > Celte sentence fut souscrite par 

soixante-seize évêques dont les premiers sont Laurent de Milan et Pierre 

de Ravenne(i). 

A la nouvelle de cette sentence , les évêques des Gaules s'en émurent 
et chargèrent saint Avit d'écrire au nom de tous pour exprimer leur 
etonnement d'une entreprise jusqu'alors sans exemple. « On ne conçoit 
« pas, disait le saint évêque de Vienne (2), en vertu de quelle loi le supé- 
« rieur a été juge par ses inférieurs. Dans les autres prélats , si l'on 
« trouve quelque chose contre l'ordre, on peut le réformer ; mais si 
« l'on révoque en doute l'autorité du pontife romain , ce n'est plus un 
« evêque , c'est l'episcopat même qui est menacé. Celui qui est à la tête 
t du troupeau du Seigneur rendra compte de la manière dont il le 
« conduit; mais c'est au souverain juge, et non pas au troupeau , qu'il 
« appartient de demander ce compte au pasteur. • Du reste, en blâ- 
mant les évêques de s'être chargés de cette cause , il les loue de l'avoir 
enûn réservée au jugement de Dieu , et d'avoir fait entendre néanmoins 
qu'ils n'avaient trouvé aucune preuve des crimes dont le pape était ac- 
cusé. Il exhorte en même temps le sénat , dont il était membre , à ne 

préires et les diacres d'avoir toujours avec eux, pour mettre leur conduite à cou- 
vert de tout soupçon, un témoin sur, que l'on désigna sous le nom de syncelle. 
Les ecclésiastiques , qui n'étaient pas assez riches pour en avoir un , devaient en 
servir aux autres. (Baronius , Annales , ad annnm 502 , num. 32. — Le P. Labbe , 
Sacrosancta concilia, t. IV, p. u6o.) 

(i) Quelques auteurs prétendent, sur la foi du Pontifical, qui porte le nom de 
Damase, que le pape Symmaque fut déclaré innocent dans un autre concile com- 
posé de cent quinze évêques , et que Pierre , évêque d'Àltino , y fut condamné avec 
l'antipape Laurent; niais nous n'avons aucun monument qui nous révèle l'exis- 
tence de ce concile. Il n'en est fait aucune mention dans l'apologie d'Ennodius ni 
dans celle du pape Symmaque. 

(?) Eptslola ii, ad Fauslum et Symmachum senatoris. 






— 565 — 

pas montrer moins de zèle et de respect pour la primauté du Saint- 
Siège que pour la primauté temporelle de Rome. 



' 



N° 570. 

CONCILE DE ROME. 

(rojianum.) 

(6 novembre de l'an 502.) — Ce concile fut assemblé par le pape 
Symmaque dans la basilique de Saint-Pierre. 11 s'y trouva quatre-vingts 
évéques , trente-sept prêtres et quatre diacres , parmi lesquels on remar- 
que Hormisdas, qui fut depuis pape. Le Souverain-Pontife y remercia les 
évêques d'avoir offert le pardon aux schismatiques ; et comme ceux-ci , 
pour lui enlever les biens de l'Église sous prétexte de les conserver, 
s'étaient prévalus de la loi (1) rendue par Odoacre, sous le pape Simpli- 
cius , il représenta que cette loi était sans force , parce qu'elle émanait 
du pouvoir temporel. Mais voulant pourvoir à l'avenir, il lit un décret 
portant défense, sous peine de déposition pour les vendeurs et d'ana- 
thème pour les acbeteurs, d'aliéner les terres de l'Église romaine ou de 
les donner en usufruit à d'autres qu'aux clercs, aux captifs ou aux indi- 
gents. Quant aux maisons situées dans les villes, si leur entretien était 
trop coûteux , le décret permetlaii de les donner à rente (2). 



N° 571. 
V e CONCILE DE ROME. 

(nOMAMUH V.) 

(L'an 503.) — Le pape assembla ce concile au sujet d'un écrit com- 
posé par le diacre Ennodius en réponse à un libelle dans lequel les 
schismatiques avaient attaqué la décision rendue en faveur de Symma- 
que par le synode de la Palme. Il s'y trouva deux cent dix-huit évêques, 
ainsi qu'il paraît par les souscriptions (3). On y lut et on inséra dans les 

(i) Celte loi défendait [absolument et déclarait nulle toute aliénation des biens 
de l'Église romaine , à quelque litre que ce fût, et sans que l'empereur uni jamais 
se prévaloir de la prescription. 

(s) Le P. Labbe, Sacrosaticta concilia, t. IV, p. i33t. 

(3) Quelques auteurs pensent que la plupart de ces souscriptions appartiennent 
à d'autres conciles, parce qu'on y trouve les noms de plusieurs évêques qui, cin- 
quante-deux ans auparavant, avaientassisté au concile de Calcédoine et dont il n'est 
plus fait mention dans l'histoire dix ans après la tenue de ce concile. 



i) 



- 3C6 — 
actes l'apologie d'Ennodius en faveur du pape , qui fut unanimement ap- 
prouvée. Les évêques et les prêtres avaient tous demandé d'une voix 
unanime que l'on condamnât les accusateurs du pape et ceux qui avaient 
écrit ou parlé contre le concile de la Palme ; mais Symmaque déclara 
qu'il leur pardonnait et demanda qu'ils fussent traités avec douceur. 
Néanmoins , pour prévenir le mal qui pourrait résulter de semblables 
accusations , il proposa de maintenir rigoureusement les anciens canons 
qui dérendaient aux fidèles d'accuser leur pasteur, lorsqu'il ne pécherait 
pas contre la foi ou qu'il ne leur aurait fait aucun tort personnel. Le 
Concile confirma cette défense, sous peine de déposition pour les clercs, 
d'excommunication pour les moines et les laïques, et d'anathème s'ils 
persistaient dans leurs accusations (I). 

N° 572. 
VI e CONCILE DE ROME. 

(ROMANUU VI.) 

(Le 1 er octobre de l'an 504.) — Le pape Symmaque, voulant remédier 
aux maux que les églises souffraient de la part des usurpateurs des 
biens temporels, soit meubles, soit immeubles que les fidèles avaient 
donnés ou laissés par testament aux églises pour la rémission de leurs 
péchés et pour acquérir la vie éternelle, tint un concile à Rome pour 
renouveler les décrets faits dans les conciles précédents. Il y fut ré- 
solu de traiter, comme les hérétiques manifestes, les usurpateurs de ces 
biens, et de les analhématiser s'ils refusaient de les restituer ; et l'on y 
défendit de les admettre à la communion de l'Église jusqu'à ce qu'ils eus- 
sent satisfait par une entière restitution. Le Concile prononça les mêmes 
peines contre ceux qui se seraient mis en possession de ces biens , sous 
prétexte qu'ils leur auraient été donnés par la libéralité ou par l'ordre des 
princes et des puissants du siècle; il leur défendit aussi sous les mêmes 
peines de laisser ces biens à leurs enfants ou à leurs héritiers par voie 
de succession (2). 

(i) Le P. Labbe , \SacrosancUi concilia, t. IV, p. i364. — On voit ici une diffé- 
rence entre l'eicommunicalion, qui privait du droit de participer aux saints mys- 
tères ou même d'assister au sacrifice; et l'anatlième, qui retranchait de la société 
des fidèles. 

(3) Le P. Pagi. — Le P. Labbe, Sacrosancta concilia', t. IV, p. i3;3. — Il y a 
une si grande altération dans les souscriptions de ce concile, soit par rapport am 
noms des évêques, soit par rapport a celui de leurs églises, qu'il est presque impos- 
sible de les rétablir. 






— 56" — 

Cent quatre évêques , selon quelques auteurs et un plus grand nombre 
d'après Justel, souscrivirent aux décrets de ce concile. 

N° 375. 

CONCILE D'AGDE. 

(acathense.) 

(Le 11 septembre de l'an 506 (1).) — Pendant que TrasamonJ , roi 
des vandales, persécutait vivement les catholiques en Afrique et les 
fatiguait par des vexations continuelles pour les entraîner ainsi plus fa- 
cilement dans l'apostasie, Alaric, roi des visigoths en Espagne, et arien 
comme lui, les traitait avec beaucoup de douceur et d'humanité. Il permit 
aux évêques catholiques de ses États de tenir un concile à Agde, où se 
trouvèrent vingt- quatre prélats de diverses provinces avec les députés de 
dix évêques absents. Saint Césaire, évoque d'Arles, en fut le président. 

Après avoir fait à genoux des prières pour la longue vie du roi Alaric 
et la prospérité de son règne , les évêques traitèrent de la discipline 
ecclésiastique et firent quarante-huit canons (2) pour confirmer la disci- 
pline établie précédemment par plusieurs autres conciles. 

1 er canon. Les bigames et ceux qui ont épousé des veuves , qu'ils 
soient prêtres ou diacres , conserveront le nom de leur ordre , sans pou- 
voir toutefois en faire les fonctions. 

2« canon. Les clercs désobéissants seront punis par l'évêque ; et s'il 
s'en trouve qui, par orgueil, méprisent la communion, ou négligent 

(i) Ce concile est dalé du 3 e des ides de septembre sous le consulat de Messala , 
aie année du règne d'Alaric II, roi des visigoths. On voit par là que , quoique les 
Gaules ne fissent pas partie de l'empire romain, on y datait encore les actes ecclé- 
siastiques par les consuls romains. 

(2) Laurent Surius [concilia] remarque, d'après un manuscrit de Gemblours, que 
ce concile ne fit que quarante-huit canons. Le P. Sirmond dit qu'il en a trouvé le 
même nombre dans les manuscrits de Lyon, de Reims, de Corbie et dans plusieurs 
autres manuscrits ; d'où l'on conjecture avec beaucoup de raison que le concile 
d'Agde n'en fit pas davantage, et que les vingt-cinq canons, qui se trouvent après 
le quarante-huitième, y ont été ajoutés depuis et appartiennent à des conciles 
postérieurs, nommément à celui d'Épaone de l'an 517. Hiucmar de Reims, au neu- 
vième siècle, les cite comme appartenant au concile d'Arles; et on les trouve 
imprimés avec les conriles d'Espagne à la suite du dix-septième de Tolède. Quel- 
ques auteurs modernes n'admettent que les quarante-sept premiers canons et 
rejettent également les vingt-cinq derniers, parce qu'ils ne se trouvent pas dans 
les plus anciens manuscrits. — Le P. Sirmond, Cane. anl.Gall.,t. I, p. 161. — Le 
P. Labbe, Sacrosancla concilia, t. IV, p. i38i. — Le P. Hardouin, Collcct, concil., 
t. 11, p. 995. 



£ 



£s 



k) 



— 368 — 
d'assister à l'église et d'y faire leurs fonctions, ils seront effacés de la 
matricule et réduits à la communion étrangère (c'est-à-dire à la com- 
munion des clercs étrangers à qui l'on accordait un rang au-dessus des 
laïques , mais au-dessous des clercs de l'église qui avaient le même grade 
qu'eux). S'ils se corrigent et font pénitence de leurs fautes, ils seront 
rétablis dans la matricule de l'église et dans leurs grades. 

5 e canon. Si un évêque a prononcé une excommunication injuste ou 
trop sévère, et qu'averti par les évêques voisins de recevoir l'excom- 
munié, qui le demande avec instance, il refuse de le faire, ceux-ci 
sont autorisés à accorder la communion à celui qui en aurait élé privé, 
jusqu'à la tenue d'un concile , de peur que si l'excommunié venait à mou- 
rir dans cet état, l'évêque excommuniant ne fût encore plus cou- 
pable (1). 

4 e canon. Les clercs ou les séculiers qui retiennent les dons faits par 
leurs parents aux églises ou aux monastères, seront excommuniés 
comme meurtriers des pauvres , jusqu'à ce qu'ils restituent ce qui a été 
donné. 

5» canon. Si un clerc commet un larcin au préjudice de l'église , il 
sera réduit à la communion étrangère. 

6» canon. Les oblations faites aux évêques par des étrangers doivent 
être considérées comme appartenant à l'église ; car il est à présumer que 
les auteurs de ces dons ont eu en vue la rédemption de leur âme; et 
comme il est juste que l'évêque jouisse de ce que l'on donne à l'église , 
de même il est juste que ce que l'on donne à l'évêque appartienne à l'é- 
glise. Il n'y a d'exception que pour les choses données en fidéi-commis, 
soit à l'évêque, soit à l'église. 

7 e canon. Les évêques ne peuvent aliéner ni les maisons , ni les es- 
claves , ni les vases sacrés de l'église , à moins qu'il n'y ait nécessité de 
les vendre ou de les donner en usufruit , ce qui sera prouvé en présence 
de deux ou trois évêques voisins et attesté par leurs souscriptions. Ils 
peuvent néanmoins affranchir les esclaves qui ont bien servi l'église, et 
leur accorder un petit revenu , pourvu que la valeur n'excède pas la 
somme de vingt sous d'or, soit en terre, vigne ou maison. Si un évê- 
que donne une plus forte somme à l'esclave qu'il affranchit , l'excédant 
retournera à l'église après la mort de l'affranchi. Quant aux choses de 
peu de valeur, les évêques pourront en disposer en laveur des étrangers 
ou des clercs, et même les aliéner en cas de besoin sans consulter leurs 
confrères. 

(0 Voilà une excepiion à la rè C le G énérale qui défend aux évêques de recevoir 
i excommunie d un aune diocèse. * 






— r.r.l) — 

8' canon. Si un clerc abandonne son ministère et recourt à un juge 
séculier pour éviter la sévérité Je la discipline ecclésiastique , qu'il soit 
excommunié avec son proteceur. 

9 e canon. Les lois établies par les papes Siriee et Innocent , ;'i l'égard 
des prêtres et des diacres mariés qui retournent avec leurs icmnies 
doivent être observées. 

10' canon. Les clercs ne doivent point recevoir chez eux des femmes 
étrangères , ni les visiter fréquemment dans leurs maisons. Il leur est 
seulement permis de demeurer avec leur mère, leurjoeur, leur fille et 
leur nièce, comme ne pouvant êire suspectes. 

II e canon. Il leur est également défendu de garder chez eux des tilles 
esclaves ou affranchies pour les servir. 

12 e canon. Les fidèles doivent jeûner tous les jours du carême , a 
l'exception du dimanche (car il y a des églises où l'on ne jeûne pas le 
samedi). 

13 e canon. Dans toutes les églises on enseignera publiquement le sym- 
bole aux compétents en un même jour, huit jours avant le dimanche de 
résurrection du Seigneur. 

14* canon. Dans la consécration des autels, l'onction du saint chrême 
ne suffit pas , il faut encore la bénédiction sacerdotale. 

15 e canon. Les péniients, pendant le temps qu'ils demandent la pé- 
nitence, doivent recevoir de l'évêque l'imposition des mains et mettre 
un ciliée sur leur tète, suivant la coutume générale. Et dans le cas où 
les pénitents refuseraient de couper leurs cheveux, de changer d'habits 
et de faire de dignes fruits de pénitence, ils ne seront point reçus au 
rang des pénitents. Quant aux jeunes gens , on ne doit pas leur accorder 
aisément la pénitence à cause de la fragilité de leur âge; mais on doit 
accorder le viatique (c'est-à-dire l'absolution et l'Eucharistie) à tous ceux 
qui se trouvent en danger de mort. 

W canon. On ne doit point ordonner les diacres avant l'âge de vingt- 
cinq ans. S'ils sont jeunes et mariés , lorsqu'ils consentent à être ordon- 
nés , il faut auparavant s'assurer que leurs femmes sont aussi dans la 
résolution de vivre en continence , et que dès leur ordination elles n'ha- 
biteront plus dans la même chambre. 

17 e canon. On ne doit point ordonner les prêtres ni les évêques avant 
l'âge de trente ans, qui est l'âge de l'homme parfait. 

18 e canon. Les séculiers qui ne communient pas à pâques, a noël et 
à la pentecôle , ne doivent point être regardés comme catholiques. 

19' canon. On ne doit point donner le voile aux vierges avant l'âge de 
quarante ans, quelque éprouvées que soient leurs moeurs. 

T. II. 21 



1 



- 






I 






— 370 — 

20 e canon. Les clercs ne doivent point porter de longs cheveux , sinon 
l'archidiacre les leur coupera malgré eux (I) ; ils doivent également 
avoir des chaussures et des habits convenables à la sainteté de leur 
état. 

21 e canon. Il est permis aux particuliers d'avoir des oratoires et des 
chapelles dans les campagnes éloignées des paroisses ; mais il leur est 
défendu d'y faire l'office les jours de la nativité du Seigneur, de l'épi- 
phanie , de pâques , de l'ascension , de la pentecôte , de la nativité de 
saint Jean-Baptiste et des autres fêtes solennelles. Les clercs qui ces 
jours-là oseront célébrer la messe dans les oratoires des campagnes, 
sans une permission particulière de l'évèque , seront excommuniés. 

22 e canon. Les prêtres de la ville ou du diocèse (les curés), ni les au- 
tres clercs , ne peuvent donner ni aliéner les biens de l'église (dont ils 
auront l'usufruit); ils doivent les tenir de la manière permise par l'é- 
vèque , sauf le droit de l'église. La vente ou la donation qu'ils en feront 
sera nulle, et dans ce cas, ils seront obligés d'indemniser l'église de 
leurs propres biens et seront de plus privés de la communion (2). 

23 e canon. L'évèque doit suivie le rang d'ancienneté dans la promo- 
tion des clercs , à moins que quelques-uns d'entre eux ne méritent 
d'être humiliés à cause de leur désobéissance. Il pourra néanmoins choi- 
sir pour archidiacre celui qu'il trouvera le plus capable , si le plus ancien 
des clercs n'est pas en éiat de remplir les devoirs de cette charge. 

24 e canon. Ceux qui trouveront des enfants exposés en feront la dé- 
claration à l'église , et le dimanche suivant on publiera à l'autel que l'on 
a trouvé un enfant exposé. El si dans If s dix jours, depuis l'exposition, 
il se présente quelqu'un qui réclame l'enfant, on le lui rendra (3). 

23 e canon. On doit excommunier les séculiers qui se séparent de 
leurs épouses sans avoir auparavant prouvé devant les évoques de la 
province qu'ils ont des raisons légitimes pour résoudre leurs mariages. 
L'assemblée des fidèles doit leur être également interdite pour avoir 
manqué à la foi du mariage et l'avoir souillé par des alliances illicites. 

26 e canon. Si un clerc est convaincu d'avoir détourné les litres de 
l'église, de les avoir supprimés ou de les avoir livrés entre les mains de 



(i) Ce canou fut fait parce que les barbares, qui dominaient alors dans les 
Gaules, portaient de longs cheveux. 

(j) Ce canon, disent les auteurs de ÏArt de vérifier les dates, est l'origine 
des bénéfices, en ce qu'il permet aux prêtres et aui clercs de retenir , avec la 
permission de l'évèque, les biens de l'église, sans pouvoir néanmoins les vendre 
Ou les donner. 

(3) Ce canon renouvelle le neuvième du concile de Vaison, de l'an l\/\i. 



— 571 — 

sos adversaires, il doil indemniser l'église à soi propres dépens, et être 
excommunié avec les détenteurs de ces titres. 

27 e canon. 11 est défendu de fonder un nouveau monastère sans la 
permission de l'évêque. On ne doit point ordonner clercs les moines 
vagabonds, si l'abbé ne rend pas en leur faveur un lémo.'gna«e avanta- 
geux. 11 est défendu à un abbé de recevoir un moine dans un monas- 
tère sans la permission de son supérieur, mais il doil le renvoyer au 
monastère d'où il est sorti. S'il est nécessaire d'élever un moine à la 
cléricalure, l'évêque ne pourra le faire que du consentement de l'abbé. 

28 e canon. On doit éloigner les monastères des tilles des monastères 
des hommes, non-seulement pour éviter les tentations des démons, 
niais aussi les mauvais discours des hommes. 

29» canon. L'église doit prendre sous sa protection ceux qui ont élé 
légitimement mis en liberté par leurs maîtres, et excommunier ceux qui 
oseront ou s'en emparer ou les dépouiller avant d'avoir prouvé qu'ils 
étaient en droit de le faire. 

30 e canon. On doit observer partout le même ordre ('ans l'office divin. 
Après les antiennes (c'est-à-dire après les psaumes chantés à deux 
chœurs), les prêtres et les évèques diront les collectes ; on chantera tous 
les jours les hymnes du malin et du soir ; à la lin des offices de matines 
et de vêpres, on dira les capitules tirés des psaumes , et le soir, 
après la collecte, le peuple sera renvoyé avec la bénédiction de 
l'évêque. 

51 e canon. Les évêques s'emploieront à reconcilier ceux qui depuis 
longtemps sont en inimitié ou en procès ; s'ils ne veulent point se ré- 
concilier, ils seront excommuniés. 

52' canon. Il n'est point permis à un clore d'appeler un laïque devant 
un juge séculier, surtout en matière criminelle, sans la permission de 
l'évêque ; mais il doit répondre, s'il est appelé lui même. Lorsqu'un 
séculier aura fait un procès injuste à l'église ou à un clerc, et qu'il l'aura 
perdu , il sera chassé de l'église et do la communion des catholiques , à 
moins qu'il ne fasse pénitence. 

55' canon. Si un é\êque qui ne laisse en mouiant ni enfant ni ne- 
veu , donne ses biens à un autre qu'à l'église, on doit reprendre ce 
qu'il a aliéné du bien provenant de l'église ; et s'il a des enfants, ils in- 
demniseront l'église, sur les biens qu'il leur a laissés, du tort qu'il a 
pu lui faire. 

5i' canon. Comme il arrive souvent que les juifs convertis retour- 
nent à leur vomissement (ad vomitum), nous ordonnons qu'ils seront 
huit mois catéchumènes avant de recevoir le baptême, afin que l'on 




>J 









— 3"2 — 
puisse pop.ilant ce temps examiner s'ils le demandent avec sincérité; mais 
si durant cet intervalle ils tombent en danger de mort, on les baptisera. 
55 e canon. Tous les évoques de la province sont tenus d'assister au 
synode ou de se trouver à l'ordination d'un évêque , lorsqu'/ls y sont 
mandés par leur métropolitain, à moins qu'ils ne soient empêchés par 
maladie ou par ordre du prince. Ceux qui contreviendraient à ce canon 
seront privés de la communion de leurs frères et de celle de l'Église 
jusqu'au prochain concile , conformément aux anciens canons. 

36 e canon. Tous les clercs qui servent fidèlement l'Église recevront 
des gages selon le mérile de leurs services, conformément aux canons. 
57 e canon. Les homicides et les faux témoins doivent être excommu- 
niés , a moins qu'ils ne lassent pénitence de leurs crimes. 

38 e canon. Les clercs ne doivent point sortir (du diocèse où ils exer- 
cent leurs fonctions) sans des lettres de recommandation de leur évé- 
que , et les moines , sans la permission de leur abbé. S'ils n'observent 
point ce décret, nous ordonnons qu'ils reçoivent des châtiments corpo- 
rels. Les moines ne doivent point quitter leur monastère pour aller 
dans le désert habiter des cellules particulières, à moins qu'ils ne 
soient d'une vertu éprouvée par de longs travaux , ou obligés par leurs 
infirmités de diminuer, avec l'agrément de leur abbé, la rgiieur de leur 
règle; m.rs dans ce cas, leurs cellules doivent être dans l'enceinte du 
monastère. les abbés ne doivent pas avoir plusieurs cellules ni plu- 
sieurs monastères ; toutefois, à cause des incursions des ennemis, ils 
pourront Fe faire des hospices dans l'intérieur des villes murées. 

59e canon. Comme il n'est point permis aux prêtres, aux diacres et 
aux sous-diacres de se marier, il leur est défendu d'assister aux festins 
tles noces, où il se commet des choses indignes d'être vues et entendues 
tles ministres de l'autel. 

W canon. Il est défendu à tous les clercs et aux laïques de manger 
avec les juifs ; car les juifs ne mangeant pas des viandes que les chré- 
tiens mangent ordinairement, il est indigne, et même sacrilège, de 
manger des viandes qui sont offertes par les juifs. 

H' canon. Les clercs doivent éviter avec soin l'ivrognerie , qui est le 
foyer et la nourrice de tous les vices. Si un clerc s'enivre, nous ordon- 
nons qu'il s'abstienne de la communion pendant trente jours, et qu'il su- 
bisse une peine corporelle. 

42» canon. Nous défendons a tout clerc et à tout laïque , sous peine 
d'excommunication , d'étudier les augures et les sorts des saints pour 
deviner et prédire l'avenir. 
43 e canon. On doit observer les décrets des saints Pères touchant les 






— 373 — 

pénitents : nul d'entre eux ne sera élevé à la cléricaiurc, et l'on pri\era 
de leurs fonctions ceux nui auront été ordonné? par ignorance. 

•i4« canon. Il n'est point permis à un prêtre de donner la bénédiction 
au peuple , ni de bénir un pénitent dans l'église (i). 

i5e canon. Dans le cas de nécessité, l'évoque pourra vendre , sans le 
consentement de ses confrères , les terres et les vignes d'un revenu mo- 
difie ou qui sont fort éloignées. 

•i0< canon. Il pourra aussi vendre les esclaves fugitifs qui abandon- 
nent leur propre maison et leur famille, et qu'on a de la peine à garder. 

47 r canon. Nous ordonnons aux laïques, bous peine d'être publique- 
ment réprimandés par l'évèque, d'assister le dimanche à la messe en- 
tière, cl de ne point sortir de l'église avant la bénédiction de l'évèque. 

■48 e canon. Oii doit assembler tous les ans un concile, selon les décrets 
dis Pères. 

Avant ce dernier canon , Gratien en place vingt-cinq aunes qu'il 
cite comme appartenant au concile d'Agde ; mais ils sont presque tous 
tirés, ainsi que nous l'avons dit, du concile d'Epaone de fan 317. 






N" Ô74. 
CONCILE DE TOULOUSE. 

(TOLOSAiNlM.) 

(L'an 307.) — Alarie 11, roi des visigoths, tint une assemblée d'évè- 
ques et de grands de ses É'ats, où il lit approuver son code théolosien, 
rédigé et commenté par Anien. 

Saint Césaire d'Arles , dans sa lettre à saint Ilurice de Limoges , i.otis 
apprend que les évoques d'Espagne devaient se trouver à ce concile, 
dont les actes ne sont point venus jusqu'à nous (2). 

N° 575. 

* CONCILE D'ANTIOCIIE. 

(antiochenl'm.) 

(L'an 509 (3).) — Flavien d'Antioclie écrivit , dans ce concile, une 

( i ) (Je canon veut probablement parler tic la bénédiction solennelle qui se don- 
nait dans quelques ë;;!iscs, avant la communion, les jours de grandes têtes. 

(2) Dom Liron , Dissertation où il est prouvé qu'il s'est tenu un grand concile à 
Toulouse l'an de Jésus-Christ 507 , dans ses Singularités historiques cl littéraires , 
l. 1 , p. 295. — De t alandc, Suppt. conc. uni. Gai 1 ., p. \"]. — te P. Labbc, Sacr. 
rimr., t. IN*, p. 1827. 

(I) Suivant quelques-uns l'ail >o8. 



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— 574 — 
longue lettre synodale par laquelle il déclarait recevoir les conciles de 
INicée , de Constaminople et d'Éphèse, sans parler de celui de Calcé- 
doine; il y condamnait Diodore de Tarse et Théodore de Mopsuestc, cl 
semblait improuver celle expression , en deux natures (1). 

IS° 576. 

1" CONCILE D'ORLÉANS. 
(aurelianense 1.) 

(Le 10 juillet de l'an 511.) — Ce concile fut assemblé par Clovis , à la 
prière de saint Rémi, pour remédier aux désordres que la guerre avait 
occasionnés dans les Gaules. Il s'y trouva trente-deux évêques de di- 
verses provinces de France ; les plus connus sont saint Cyprien de Bor- 
deaux , Téiradius de Bourges , Licinius de Tours , Léonce d'Eause 
(Auch), saint Gildarède (saint Gildard, frère de saint Médard) de Rouen, 
saint Quiniien de Rodes , Euphasius de Clernsont , Loup de Soissons ,' 
saint Mélaigne, ou Mélenne, ou Mélanius de Rennes, Eusèbe d'Orléans, 
suint Théodore d'Auxerre (2). On y fit trente-un canons louchant la dis- 
cipline ecclésiastique. 

1 er canon. En venu des canons ecclésiastiques et des lois romaines 
qui ont acecordé le droit d'asile aux églises et aux maisons des évêques, 
nous défendons aux clercs d'enlever les homicides , les adultères et les 
voleurs, non-seulement de l'église , mais du parvis et de la maison de 
l'évêque , et de les rendre sans avoir pris serment sur l'Évangile qu'on 
ne leur fera subir aucune peine ni mutilation , mais à la charge par le 
coupable de donner satisfaction. Celui qui violera son serment sera non- 
seulement retranché de la communion de l'Église et de tous les ecclé- 
siastiques, mais encore de la table de tous les fidèles. Si la partie intéres- 
sée ne veut pas accepter un arrangement, et que par crainte le coupable 
s'enfuie, on ne pourra le redemander aux clercs. 

2» canon. Mais à l'égard des ravisseurs qui se sauvent dans l'église 
avec les filles qu'ils ont enlevées, nous ordonnons que la fille sera mise 
en liberté et le ravisseur fait esclave ou obligé de se racheter , s'il est 
convaincu de l'avoir ravie par force. Mais au contraire , si la fille a con- 
senti à son enlèvement, et qu'elle ait encore son père, elle lui sera ren- 
due, sans que le père puisse exiger aucune satisfaction de la part du ra- 
visseur. 

(i) Lequren, Orlem chrisiiaiiiis. — Théophanc , p. 129. 

(a) S. Grégoire de Tours, Ilist., lil). x, cap. 3r. —Le P. f-abbe, Sacmsancia 
concilia, I. IV, p. i.jo3 t'tset/uentes. 






— 575 — 

3» canon. Si un esclave coupable de quelque faute s'est réfugié dans 
l'église, il doit être rendu à son maître , à qui l'on fera toutefois prêter 
serment de ne lui faire subir aucune peine à cause de sa faute ; mais si, 
malgré son serment, il est convaincu de l'avoir maltraité, il doit être sé- 
pare delà communion du Seigneur et de la table des caiholiques. Si, au 
contraire, son esclave refuse de sortir de l'église lorsque son iraitre aura 
fait serment, à la demande des clercs , de ne lui faire aucun mal, on 
pourra l'en tirer par force. 

i' canon. On ne doit ordonner aucun séculier sans le commandement 
du roi ou la permission du juge, à l'exception de ceux dont les pères et 
les ancêtres auront été dans le clergé, parce que ceux-là sont sous la 
puissance des évêques. 

5' canon. Les revenus des biens donnés aux églises parle roi doivent 
être employés aux réparations des églises , à l'entretien des clercs, à la 
nourriture des pauvres et à la réJemplion des captifs. Si un évèque né- 
glige de le faire, qu'il soit réprimandé publiquement par ses confrères 
de la province ; et s'il ne se corrige point , qu'il soit déclaré indigne de 
la communion de ses confrères. 

6' canon. On ne doit pas excommunier un laïque qui forme une de- 
mande contre son évoque, pourvu qu'il n'intente pas en même temps 
une accusation criminelle. 

7 e canon. 11 n'est point permis aux abbés , aux prêtres , aux clercs ni 
aux religieux d'aller trouver le prince pour lui demander des grâces , 
sans la permission de l'évêque. Ceux qui contreviendront à ce décret 
seront privés de la communion et de l'bonneur de leurs qualités, jusqu'à 
ce qu'ils aient pleinement satisfait pour cette faute. 

8 e canon. Si un évêque ordonne un esclave diacre ou piètre à l'insu 
de son maître, mais bien informé lui-même de la servitude de celui 
qu'il ordonne, l'esclave demeurera clerc, et l'évêque en paiera deux 
fois la valeur à son maître. Mais, au contraire , si l'évêque ne l'a pas su, 
celui qui aura présenté l'esclave , ou qui aura rendu témoignage pour 
lui , devra payer celle somme. 

9 e canon. Si un diacre ou un prêtre se rend coupable d'un crime ca- 
pital, qu'il soil déposé et excommunié. 

10' canon. On peut admettre les clercs el les béréliques convertis aux 
fonctions dont l'évêque les jugera dignes, en leur donnant toutefois la 
bénédiction de l'imposition des mains. Les églises des goths peuvent 
être consacrées (réconciliées) ;ivec les mêmes cérémonies que celles des 
catholiques. 

ll r t\so.\. Les pénitents qui retournent aux actions du siècle doi- 






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— 37(> — 
veut être privés , non-seulement de la communion de l'Église, mais de 
la table des fidèles. Si quelqu'un communique ou mange avec eux, qu'il 
soil aussi privé de la communion. 

12 e canon. Dans les cas de nécessité, le prêtre ou le diacre qui s'est 
éloigné de l'autel pour faire pénitence d'une faute, peut administrer le 
bapiémc. 

13 e canon. Si la veuve d'un prêtre ou d'un diacre se remarie et ne 
veut pas quitter son second mari, qu'ils soient tous les deux excom- 
muniés. 

14 e canon. Suivant les anciens canons, nous ordonnons que la moitié 
des offrandes que les fidèles font à l'autel, dans les églises cathédrales, 
appartienne à l'évêque , et que l'autre moitié soit distribuée entre les 
clercs. Nous ordonnons aussi que l'évêque ait la disposition du revenu 
des terres. 

15 e canon. Que l'évêque ail l'administration de tous les biens appar- 
tenant à l'église , suivant les anciens statuts; dans les paroisses , qu'il 
ait fidèlement le tiers des offrandes faiies à l'autel. 

16 e canon. L'évêque doit visiter et nourrir, autant qu'il est en son 
pouvoir , les pauvres , les invalides et tous ceux que leurs infirmités em- 
pêchent de gagner leur vie. 

17 e canon. Suivant l'ancien droit, l'évêque doit avoir la juridiction 
sur tomes les nouvelles églises érigées dans son diocèse. 

18 e canon. Il en défendu d'épouser sa belle-sœur, ou la veuve de 
son frère, ou la sœur de sa femme. 

19 e canon. Les abbés sont soumis à la juridiction des évéques, qui 
doivent les corriger, s'ils violent leur règle , et les assembler une fois 
l'an. Les moines doivent obéir aux abbés, qui ont le droit de mettre en 
prison les vagabonds, avec les secours de l'évêque, de les punir selon 
la règle (1), et de leur enlever ce qu'ils auront pu acquérir. L'abbé lui- 
même se rendra coupable , s'il néglige de punir les moines qui méritent 
une correction , ou s'il en reçoit d'un autre monastère. 

20° canon. 11 est défendu à un moiue de se servir de linge dans son 
monastère , et de porter des chaussures (2). 



(i) On ne sait quelle était la réjjle dont il est ici fait mention , et Ton ne voit 
pas qu'il y en eût alors une dans les Gaules qui fût commune à tous les monastères. 

(7) Le texte latin porte : Monacho ttti orario in monasterio , vel tzanyas halien 
non liceat. Dnpin le traduit ainsi : Il est défendu à un moine de se servir de mouchoir 
dans son monastère ; cl Ceillier : 1 1 est défendu aux moitiés de se servir dans leur mo- 
nastère de linge /mur s'essuyer le visage et de porter des chaussures. Nous n'osons pas 
nous décider en Ire le mouchoir de Dupiu et Y essuie-visage de doui Ceillier. 






2P canon. Si un moine quille son monastère et se marie, il ne 
pourra jamais, en punition d'un tel crime, être admis dans le clergé. 

22 e canon. Si un moine quitte son monastère par ambition ou par va- 
nité, il ne pourra bâtir une cellule, pour vivre séparément, sans la per- 
mission de l'évéque. 

25 e canon, Si un évèque, pousse par un sentiment de bonté, donne 
des terres de l'église à l'es clercs ou à des moines, pour qu'ils puissent 
les cultiver et en jouir pendant un certain temps , ils ne pourront les re- 
tenir au préjudice de l'église , ni acquérir contre elle aucune prescrip- 
tion en vertu des lois civiles. 

24' canon. Nous ordonnons que le jeune avant la solennité de pàques 
soit fixé à quarante jours (1). 

25 e canon. Il n'est pas permis à un particulier, si ce n'est pour cau^e 
d'infirmité , de célébrer à la campagne les l'êtes de pâques, de nuël et de 
la penlecôle. 

20 canon. Personne ne doit sortir de la messe avant qu'elle soit 
achevée et que l'évoque ail donné la bénédiction. 

27 e canon. Toutes les églises doivent célébrer les rogations. Le ji'ùne 
qui se pratique doit finir à la lèle de l'ascension. Durant ces jours de 
jeûnes, on usera de la nourriture de carême; les esclaves et les ser- 
vantes seront exempts d3 travail. 

58 e canon. Les clercs qui négligeront d'assister à cette œuvre sainte 
seront punis selon la volon'c de l'évéque. 

2 ( j c canon. Oa doit garder les anciens canons qui défendent aux é\é- 
ques,aux prêtres cl aux diacres, toute familiarité avec des femmes 
étrangères. 

30 e canon. Si un clerc, un moine ou séculier observe les divinations, 
les augures ou les sorts faussement appelés des saints , qu'il soit privé 
de la communion de l'Eglise. 

51" canon. L'évéque doit assister , le dimanche, à l'ollice de l'église 
la plus proche du lieu où il se trouvera , à inoins qu'il n'en soit empêché 

par une infirmité. 

N° 577. 

* CONCILE DE SIDON, EN PALESTINE. 

(SIDONENSK.) 

(Vers la fin de l'an 511.) — Quatre-vingts é\éques assistèrent à ce 

(0 Ce canon défend, ce nous semble, de continuer te jeûne pendant cinquante 
jours. Voici le teste : id à saccrdoUbus omnibus thcretitm csl t tU antà pasclitn folem 
iHtuian, non qulntfuagesima y sed f/ttadragesitna teneutut\ 









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— 378 — 
concile, assemblé par ordre de l'empereur Anastase pour y faire con 
damner le concile de Calcédoine. Xénaïas, ordonné évêque par Pierre 
le- Foulon , en fut le président. Havien d'Anlioche et Elie de Jérusalem 
empêchèrent que le concile de Calcédoine n'y fût formellement con- 
damné; mais, par une faiblesse coupable, Flavien déclara dans une 
lettre qu'il recevait l'hénotique de Zenon, sans faire mention du concile 
de Calcédoine; Élie parut le rejeter, mais il le fit en des termes qui 
montraient clairement qu'il en approuvait la doctrine. Irrité de leur op- 
position, l'empereur résolut de les déposer l'un et l'autre (i). 

N" 578. 

* CONCILE DANTIOCHE. 

(antiochenum.) 

(Mois de novembre de l'an 512.) Ce concile fut tenu par Xénaïas 
d'Iliéraple. Sévère, l'un des plus ardents adversaires du concile de Cal- 
cédoine, y fut ordonné patriarche d'Antiochc , après quoi Flavien fut 
envoyé en exil (2). 

N° 379. 
* CONCILE DE CONSTANTINOPLE. 

(cOKSTANTINOPOLtTANCM.) 

(L'an 516.) — L'eutychien Timothée, patriarche intrus de Constanli- 
nople , mis à la place de Macédonitis qui fut exilé par Anastase, con- 
damna dans cette assemblée le concile de Calcédoine. 

N° 580. 

CONCILE DE LYON. 

(lugdunense.) 

(L'an 516.) — On ne connaît ce concile que par une lettre de Saint 
Avit de Vienne. Il dit seulement qu'il y assista (3). 

(i) Lcquien, Oriens christiamts. — Évagrc, Historitt, lib. m. — Théodore-Lcc- 
icur, lib. ii. — Théophane, p. [3*. — Marcellin, Chrome, ad annuin 5| 2 . 

[i] L'historien Évagre niel l'ordination de Sévère an mois de dius de l'an 56l de 
l'ère césarienne d'Antiochc, indiction 6'; ce qui revient au mois de novembre de 
l'an 5 i 2. 

(3) Le P. Sirmoml, fW. ont, Gall., t. I, p. it>>. 






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579 — 



N° 581. 



CONCILE DKS GAULES. 

(gallicanum (1).) 

(L'an 516 (2).) — Un arien n'ayant pu répondre aux questions de 
saint Rémi, se convertit, dans ce concile, à la foi catholique (5). 

N« 382. 
CONCILE D'ILLYRIE. 

(iLLVRIENSE.) 

(L'an 516.) — Jean de Nicopolis et sept autres évèques y marquèrent 
leur communion avec le pape Hormisdas. 

IV 385. 

CONCILE DE TARRAGONE, EN ESPAGNE. 

(tarraconense.) 

(Le 6 novembre de l'an 516 (4).)— Ce concile fut composé de dix 
évoques, parmi lesquels on remarque Jean de Tarragonc, qui on fut le 
président, et Oronlius d'Elvire. On y fit les treize canons suivants, pour 
réprimer certains abus et maintenir l'ancienne discipline de l'Eglise (5). 

1" canon. Les ecclésiastiques et les moines qui sont obligés d'assister 
leurs parents, doivent leur fournir tout ce qui leur est nécessaire; ils 
peuvent aller les saluer; mais toutes les fois qu'ils iront les voir, ils ne 
doivent y rester que fort peu de temps, et mener toujours avec eux une 
personne d'âge et de probité connue , pour être témoin de leurs actions. 
Si un moine ou un clerc n'observent pas ce règlement , que celui-ci soit 
privé de sa dignité, et celui-là renfermé dans une cellule du monastère où il 
fera mis en pénitence au pain et à l'eau , en la manière ordonnée par l'abbé. 

( i) On ne connaît pas le lieu où se tint ce concile. 
(i) Suivant quelques auteurs , l'an 5 1 5. 

(3) Le P. Sirmond, Conc. ont. Gall., t. I, p. Ig5. — Le P. Labbc, Sacras, conc, 
t. IV, p. 1575. 

(4) L'an 554 de l'ère d'Espagne. Ce concile est ainsi daté : Âtmo sexto Theiuierici 
( Theoderici , dicit Cardin, de Aguirre) régis, consulatu Pelri (forte Agapeti, dicit 
idem card.) , sub die ocUivo idûs novembres. C'est un des premiers conciles qui aient 
employé la date des années du règne des rois d'Espagne. 

(5) Le P. Labbc , Sacrosancta concilia, t- IV, p, 1 563. — Sacus de Aguirre , Col- 
Icetin maximti conriJiorum omnium Htspania, t. Il , p. ?35 et ±ea. — Carsias Loaisa. 
Coffret, concili Hispati. 








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— 580 — 
2 e canon. !! est défendu à loua ceux qui sont engagés dans la cléiica- 
ime d'acheter à vi! prix pour vendre ensuite plus cher; que celui qui 
voudra se mêler d'un semblable commerce en soit empêche par le clergé. 
5 e CAS0.V. Si un clerc prête de l'argent à une personne dans la néces- 
site , il pourra prendre pour son argent du vin et du blé selon sa valeur- 
ma.s s, celui qui a reçu l'argent n'a ni l'une ni l'autre de ces espèces! 
le clerc recevra sans aucune augmentation la somme qu'il aura prêtée. 
4 e canon. Il est défendu aux évoques, aux prêtres et aux autres clercs 
( inférieurs) de juger le dimanche ; toutefois il leur est permis de le faire 
les autres jours , sans qu'ils puissent néanmoins se mêler des affaires cri- 
minelles. 

3. canon. Si un évêquen'a pas été ordonné dans la métropole, mais 
par un autre évêque et avec la permission du métropolitain, il doit se 
présenter dans deux mois au métropolitain pour recevoir de lui les in- 
structions et les avis nécessaires. S'd néglige de le faire, il sera repris 
dans le concile par les autres évoques; et s'il en est empêché par quel- 
que infirmité , il doit en avertir le métropolitain par lettre. 

6' canon. Si un évêque néglige de venir au concile .qu'il soit privé de 
la communion de ses frères jusqu'au futur concile , à moins qu'une cause 
grave ne l'ait retenu chez lui. 

7 e canon. Dans les paroisses de la campagne , les prêtres et les dia- 
cres serviront tour à tour chacun une semaine; tous les jours ils diront 
vêpres et matines (c'est-à-dire les prières du soir et du matin) ; et le sa- 
medi soir, tout le clergé de ces églises devra se tenir prêt pour y faire 
l'office le dimanche (1). Ceux qui négligeront de se trouver aux offices , 
seront punis suivant toute la rigueur des canons. 

8 e canon. L'évêque visitera tous les ans les églises de la campagne 
pour y faire faire les réparations nécessaires sur le tiers des revenus 
qui lui est ailnbué, suivant l'ancienne tradition. 

e canon. Si un lecteur ou un portier veut se marier ou demeurer 
avec une femme adultère , qu'il soit chassé du clergé. 

10° canon. Il est défendu aux clercs de prendre aucun salaire, à la 
manière des juges séculiers, pour avoir exercé la justice , à moins qu'on 
ne leur fasse des offrandes gratuites dans l'église , sans aucun égard pour 
les services qu'ils auraient rendus. Que ceux qui accepteront un salaire 
soient dégradés comme usuriers , suivant les statuts des Pères. 

H 1 canon. Les moines ne doivent point sortir de leur monastère 
pour exercer les fonctions de clercs , sans la permission de leur abbé ; il 

(I) C'esldc là que vieil la commue en Espagne de s'absteuir .le toute œawe 
servife dès le samedi suir. 



— 5SI — 

leur est aussi défendu de se mêler d'affaires séculières, à moins que 
l'utilité du monastère ne le demande et que l'abbé ne l'ait ordonné. Mais 
avant toutes choses, ils doivent observer les canons des églises des 
Gaules touchant les moines (1). 

12 e canon. Si un évêque meurt s ns avoir lait de testament, les prê- 
tres et les diacres feront l'inventaire de tous ses biens; et s'il se trouve 
quelqu'un qui ait pris quelque chose, qu'il soit tenu de le restituer. 

13 e canon. Le métropolitain doit appeler au concile, non-seulement 
les piètres de la cathédrale, ruais encore ceux de la campagne, avec 
quelques séculiers , enfants de l'église (2). 

Gralien rapporte un fragment du concile de Tarragone, où il est dit 
qu'on ne doit conférer qu'une seule fois la confirmation , parce qu'd 
n'est pas permis d'administrer deux fois le bapiéme à la même personne. 

N" 584. 
CONÇUE DE C.ll.ONNE, EN ESPAG.NE. 

(CLRUNDENSE.) 

(Le 8 juin de l'an 51" (5).) — Ce concile, présidé par Jean, métropo- 
litain de Tarragone , fut Composé de sept évoques qui y lireni dix canons 
pour maintenir la discipline ecclésiastique (I). 

t" canon. Oins !a célébration de la messe et dans l'office divin, on 
observera le rit de la métropole. 

2'' canon. Dans la semaine qui suit la solennité de penlecôte, on doit 
célébrer des litanies (ou ro^'aii'jiis) pendant tro's jours, avec abstinence 
de chair et de vin , depuis le jeudi jusqu'au samedi. 

3* canon. On doit célébrer de secondes lita des le premier jour de 
novembre; et si ce jour est un dimanche on les renverra au jeudi sui- 
vant jusqu'au samedi. Pendant ces trois jours , on doit encore' s'àfisie- 
nir de chair et de vin. 

(0 Il est encore parlé des moines dans le i el : canon de ce concile; ci l'on voit 
flair» nient dans l'un et dans l'autre qu'il y avait alors des monastères en Espagne 
gouvernés par des abbés. Le plus ancien que l'on connaisse tst celui d'Asane en 
Arranon, sur la rivière de Cin0a. Il fut fondé par saint Victorien, qui, après avoir 
embrassé la piété dès sa jeunesse, gouverna plusieurs communautés île moines, — 
Acln sancUssimoruni benedict,, 1. 1, p. 189. 

(î\ Il ne s'agit probablement ici f|ue du concile que l'on assemblait pour l'élec- 
tion el l'ordination d'un évéque 

(3j Ânno septimo Tlieiiderlclregts, 6 idusjunias, Agapeto V Cl. consule. I.'an 555 
de l'ère espagnole. 

(4) I.c P. Labbe , Su< rosàm In concilia, t. IV, p. 1S67. — Sacns de Afjuirrc, 
Collecl, concil. Ilis/i., t. II, p. 24 1 cl sequent. 







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— 382 - 

i' canon. On ne doit administrer le baptême (solennel) qu'aux so- 
lennités de pàques et de pcntecôle ; mais dans les autres fêtes de l'an- 
née on pourra bjptiser ceux d'entre les malades auxquels il n'est pas 
permis de refuser le baptême en quelque temps que ce soit. 

5 e canon. On doit laptiser les enfants nouveau-nés, lorsqu'ils sont 
malades et qu'ils ne cherchent pas à lêler. 

e canon. Les clercs, depuis l'évêque jusqu'au sous-diacre inclusive- 
ment , qui ont élé ordonnés élant mariés , ne doivent point habiter 
avec leurs femmes; ou s'ils veulent loger avec elles, ils doivent avoir 
avec eux un de leurs confrères, pour être témoin de leur vie. 

7 e canon. Les clercs célibataires ne doivent point avoir de femme 
pour gouverner leur maison , si ce n'est leur mère ou leur sœur. 

8« canon. Si un laïque, après la mort de sa femme, a eu un commerce 
charnel avec une aune femme, qu'il ne soit point admis dans le clergé. 

9« canon. Si une personne élant malade a demandé et reçu la béné- 
diction de la pénitence , appelée le viatique , qui se donne par la com- 
munion , et que revenue en santé , elle ne soit pas soumise à la pénitence 
publique, ni convaincue de crimes, elle peut être admise dans le clergé. 

10' canon. L'évêque (mcetdos(\)) doit réciter tous les jours l'Oraison 
dominicale après maiines ci après vêpres. 



N° 58a. 
CONCILE D'ÉPAOKE (2). 

(EPAONENSE (3).) 

(L'an 517, depuis le 6 septembre jusqu'au 15 du même mois (K).) — 

(i) Le mot sacerdos signifiait toujours, dans les premiers siècles de l'Église, 
l'évêque, c'est-à-dire le prêtre par excellence. 

(a) Les historiens ne sont pas d'accord sur le nom que porte aujourd'hui cette 
v.lle. Les uns lui donnent celui d'Iéna en Savoie, alors située an diocèse de Belley 
(le P. Meuesliier, Dissertation sur la province où était la ville dEpaone; l'abbé 
rernctti, Lyonnais dignes de mémoire, l'appellent Albon au diocèse de Vienne Cette 
dern.ère opinion est suivie par les savants auteurs de Y Art de vérifier les dates ■ par 
Anet de Pérouse , .vêque de Gap [Mémoire sur l indication du lieu a"Epaone, où se 
tint un concile nombreux en 5i 7 , Journal eccl., , 7 63, février, p. i;6-i84) et par 
Valo.s (iVoW., p. 6oS). Cet auteur dit qu'Albon est appelé Ebaon dans quelques 
chartes; .1 avait cru d'abord que c'était Evian près du lac de Genève. De Valbonnais 
[Viss. sur la découverte du lieu dÈpaone , mém. de Trévoux, i 7 ,5, février, p. 
23ï-î43) dit qn'Epaone était située dans un territoire appelé autrefois Crezanû'eu, 
près devienne. Papyre Maison a cru qu'Epaunc ouÉpaone était Agaune en Valais. 

(3) Chiffleiius prétend qu'il faut dire Eponense, et que ce concile fut tenu à Nyon 
sur le lac de Genève. — Observatio de loco leaitimo concilii Eponensis. 

(4) Ce concile est daté de l'indiction i5. te P. Lecoinle a donc eu tort d'avancer 






— r»85 — 

Vingt-cinq évoques du royaume de Bourgogne assistèrent à ce concile , 
sous la présidence de saint Avil de Vienne qui le convoqua de concert 
avec saint Viventiole de Lyon. On y remarque saint Apollinaire de Va- 
lence , frère de saint Avit , saint Sylvcsire de Châlons-sur-Saône , 
saint Maxime de Genève , saint Pragmace d'Aulun , saint Grégoire de 
Langres et saint Claude de Besançon (1). 
Ce concile fit les quarante canons suivants (â). 
1" canon. Lorsque le métropolitain convoquera les évèques de la 
province pour assister soit au concile, soit à l'ordination d'un évêque , 
ils ne pourront se dispenser de s'y trouver que dans le cas de maladie. 
2' canon. Les bigames doivent être exclus de la prêlriseet du diaconat. 
3 e canon. On ne doit point appeler à la cléricaltire ceux qui ont fait 
pénitence (publique). 

4' canon. 11 n'est point permis aux évèques, aux prêtres et aux 
diacres d'avoir des cbiens ou des oiseaux pour la chasse , sous peine de 
trois mois d'excommunication pour un évêque , de deux mois pour un 
prêtre et d'un mois pour un diacre. 

5 e canon. Il est défendu aux prèlres d'un diocèse de desservir une 
église d'un attise diocèse, sans la permission de leur évêque , à moins 
qu'il ne les ait cédés à l'évêque sous la juridiction duquel se trouve celle 
église. 

C canon. Il est défendu de donner la communion à un prêtre ou à un 
diacre qui voyage sans avoir oblenu les lettres de son évêque. 

7 e canon. Les ventes des biens de l'église faites par les prêtres qui 
desservent les paroisses, sont nulles. 

8 e canon. Ces prêtres doivent dresser des actes de tout ce qu'ils achè- 
tent ou pour eux-mêmes ou pour l'église. Le même décret oblige aussi les 

qu'avant Charlemagne on ne Jalait poinc de l'iniliclion dans les Gaules, depuis 
qu'elles étaient tombées au pouvoir des barbares. Oulre celte date, ce concile en 
porte une autre : Die XVII caleiul. menais Octavi; ce qui prouve que les bourgui- 
gnons, aussi bieu que les francs, commençaient l'année au mois de mars. 

(i) On croit que ce dernier est le saint évêque qui a donné son nom au mo- 
nastère de Coudât, où il se retira et dont il devint abbé. On y voit aussi un évêque 
de Vindiscb , ville réunie au diocèse de Râle, et suivant les actes imprimés un éve- 
quede Nevers. Mais I.cbœuf a prouvé contre Schcepflin et plusieurs autres écrivains 
qui inféraient de là que Nevers a fait partie de l'ancien royaume de Bourgogne, 
qu'au lieu de Nivernensis , il faut lire Nivedimensis , Nyon , ville à 4 lieues de Ge- 
nève, près du lac où était autrefois le siège de Belley. 

(•j) Saint Avit, Epislolu zjo. — Le P. Labbe, Siicrosamta concilia , t. IV, p. i5y3. 
— Le P. llardouin, Collect. mux. concil., t. Il, p. io'|5. — Le P. Sirmond , CW. 
ant. Gull., t. I, p. io r ,. 













s 






— 384 — 
abbés; tlâ ne peuvcnl rien vendre sans la permission de l'évêque sous la 
juridiciion duquel ils se trouvent , ni même affranchir les esclaves qui 
appartiennent au monastère ; car il n'est pas juste que les esclaves jouis- 
sent du repos de la liberté , pendant que les moines sont assujétis chaque 
jour aux travaux de la campagne. 
9 e canon. Un abbé ne peut gouverner deux monastères à la fois. 
10 e canon. Un abbé ne peut établir de nouveaux monastères ou de 
petites congrégations sans la permission de l'évêque. 

i I e canon. Les clercs ne peuvent plaider, comme demandeurs, devant 
des juges séculiers sans la permission de leur évèque; mais il leur est 
permis de se défendre, s'ils sont assignés devant eux. 

12 e canon. Un évêque ne peut vendre les biens de son église sans le 
consentement du métroj olitain ; mais il lui est permis de faire des 
échanges utiles. 

13» canon. Si un clerc est convaincu de faux témoignage , qu'il soit 
considéré comme coupable d'un crime capital. 

U e canon. Si le clerc d'une église est fait évoque d'une autre, il doit 
laisser à l'église qu'il a servie tout ce qu'il a reçu en forme de don , et 
ne retenir que ce qu'il a acheté pour son usage, dont il fournira la 
preuve par écrit. 

15' canon. Si un clerc d'un rang supérieur est convaincu d'avoir 
mangé avec un clerc hérétique, qu'il soit séparé delà communion de 
l'Eglise pendant un an. Quant aux jeunes clsrci qui tombent dans celle 
faute, qu'ils soient seulement punis de quelques châtiments corporels. Si 
un laïque assiste aux festins des juifs, qu'il lui soit défen lu de manger 
ensuite avec un clerc. 

16 e cvnon. Il est permis aux paires de donner l'onction du saint 
chrême aux hérétiques en danger de mort, qui demandent à se con- 
vertir. Mais les hérétiques qui sont en santé doivent demander cette 
onction à l'évêque. 

iT canon. Si un évêque. donne par testament les biens de l'église, 
cette donation est nulle , à moins que l'évêque ne l'ait indemnisée sur 
ses propres biens. 

i8 1 ' canon. Aucun clerc ne pourra acquérir prescription sur les biens 
de l'église qu'il possède. 

19* canon. Si un abbé trouvé en faute ou en fraude se prétend inno- 
cent et ne veut pas recevoir un successeur de la part de son évêque, 
l'affaire doit être portée devant le métropolitain. 

20' canon. Il est défendu aux évêques, aux prê:res, aux diacres et 
à tous les autres clercs de rendre visite à des femmes à des heures 



— Ô8;'i — 

indues, c'e&l-à-dire à midi (1) et le soir ; et s'il y a nécessité «l'aller les 
visiter, ils devront être en compagnie d'autres clercs. 

2d c camoh. Nous abrogeons tout à fait la consécration des veuves 
appelées diaconesses; nous permettons seulement que l'on donne la bé- 
nédiction de la pénitence à celles qui voudraient se convertir (c'est-à- 
dire mener une vie religieuse). 

22 e canon. Si un prêtre ou un diacre commet un crime capital , qu'il 
soit déposé et enfermé dans un monastère pour le reste de ses jours , 
et que là seulement il soit admis à la communion. 

25 e canon. Celui qui , après avoir reçu la pénitence , mène une vie 
séculière , ne doit point être admis à la communion , s'il ne reprend 
Télat qu'il avait embrassé. 

24 e canon. Il est permis aux laïques d'accuser les clercs, pourvu 
que ce ne soit pas injustement. 

23 e canon. Il est défendu de mettre des reliques dans les oratoires 
«le la campagne , s'il n'y a des clercs dans les paroisses voisines pour y 
venir faire l'office et rendre honneur à ces précieuses cendres par le 
chant des psaumes; s'il n'y a pas de clercs dans le voisinage, on ne 
doit point en ordonner pour le service de ces oratoires , que l'on n'ait 
lait auparavant une fondation suilisante pour leur entretien. 

26 e canon. On ne doit consacrer avec le saint chrême que les autels 
de pierre. 

27 e canon. Dans la célébration des offices divins , les évêques doivent 
se conformer, en chaque province, au rit de l'église métropolitaine. 

28 e canon. Si un évèqne meurt avant d'avoir absout une personne 
■condamnée, il est permis à son successeur de l'absoudre, si elle s'est 
corrigée de sa faute et qu'elle en ail lait pénitence. 

20° cvnon. Les laps, c'est-à-dire les catholiques tombùs dans l'hé- 
résie , qu'on ne rétablissait autrefois qu'après une longue pénitence, 
seront reçus à la communion de l'Église après deux ans de pénitence , 
pendant lesquels ils jeûneront tous les trois jours, fréquenteront assi- 
dûment l'église , s'y tiendront à la place des pénitents , priant avec 
humilité et se retirant avec les catéchumènes. S'ils trouvent celte péni- 
tence trop dure , on leur imposera celle des anciens canons. 

30' canon. Il ist défendu de recevoir à pénitence ceux qui ont con- 
tracté des mariages incestueux, s'ils ne se sont auparavant séparés. Nous 
appelons incestueux le mariage contracté avec la bclle-fœur, la belle- 









1 



(■) Ce qui monlrc, disent les ailleurs de Y.-lri /le vérifier l»l datée . que la mé- 
ridienne était alors eu usage dans les Gaule*. 

T. II. 23 







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— 386 — 

mère , la belle-fille, la vtuve de l'oncle, et avec la eousine germaine 
ou issue de germaine. 

31 e canon. Les homicides qui auront évité la peine portée par les 
lois, doivent être soumis à la pénitence marquée par les (21 e et 22') ca- 
nons d'Ancyre. 

32 e canon. Si la veuve d'un prêtre ou d'un diacre se remarie, qu'elle 
soit chassée de l'église avec son époux .jusqu'à ce qu'ils se séparent.